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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Comment, pour gagner aux élections municipales, les "Cornettes" se sont servies d'une petite fille de 5 ans...

Publié par Jackie Mansas sur 22 Mai 2017, 08:54am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Une série de photos de l'école d'autrefois....
Une série de photos de l'école d'autrefois....
Une série de photos de l'école d'autrefois....
Une série de photos de l'école d'autrefois....

Une série de photos de l'école d'autrefois....

Au fur et à mesure que j'écris l'histoire de ma famille et par-là même celle du village et que j'analyse en tant qu'historienne, l'évolution sociale, économique d'une région par rapport à l'histoire générale, je me rends compte que j'ai grandi et vécu avant les années 1960 dans un monde totalement différent, celui des temps anciens où solidarité et convivialité n'étaient pas de vains mots. Chacun avait sa personnalité mais était respecté par l'ensemble de la population.

 

 

Puis, tout doucement, le monde pyrénéen a changé. La génération baby-boom post Libération a changé la société pyrénéenne... parce qu'elle a appliqué dans sa vie de tous les jours, dans ses idées politiques, dans ses choix de vie "le rêve américain" sans y intégrer la culture ancestrale.

 

 

Si l'instruction et la culture avaient suivi - au même niveau - les choix de posséder argent et biens de consommation à foison, nous ne serions pas, en 2017, obligés de devoir lutter contre des forces populistes voire fascistes. Nous ne serions pas inquiets de l'avenir, nous aurions pu aider ceux qui se battaient contre les injustices, les profiteurs, les "exterminateurs "de l'humanité ... et nous aurions pu empêcher la marginalisation d'une partie importante de la population, enfin, je crois mais je ne suis pas sûre vu la capacité de l'humain à préférer l'argent à la dignité :


"En France, un individu est considéré comme pauvre quand ses revenus mensuels sont inférieurs à 840 ou 1 008 euros selon le seuil de pauvreté adopté". (1)

"Etre pauvre, c’est également être victime de privations matérielles. Près de 13 % des Français sont dans ce cas".(1)

"Entre 2008 et 2012, la pauvreté des enfants y a nettement augmenté, mettant même en péril l’avenir de nos sociétés, estime l’organisation. (UNICEF) (2)"

 

 

Les enfants sont les otages des haines personnelles et publiques des adultes en conflit pour des motifs qui à moi, me semblent dérisoires mais qui pour la majorité sont d'une importance capitale. Pour arriver à détruire ces derniers, quoi de plus facile que de s'attaquer à leurs progénitures...
 

Le nouveau président a promis de réformer l'école primaire afin que TOUS quelques soient leurs milieux d'origine, puissent entrer en sixième en maîtrisant la lecture, l'écriture et le calcul.

 

Et qu'ils puissent acquérir les bases de la culture afin de ne pas se retrouver en marge à l'âge adulte... Sans instruction et culture, personne ne peut survivre normalement dans ce monde qui est devenu une jungle où la violence ne cesse d'augmenter... car l'ignorance est le moteur de l'obscurantisme !

 

J'espère profondément qu'il réussira son pari.

 

 

Les enfants sont vraiment des otages et ils sont en danger. Personne ne devrait accepter qu'ils soient mal traités à l'école, ostracisés, car le système le permet. Pas par les enseignants, pas par le personnel de l'Education Nationale, malheureux d'une telle situation car eux-aussi sont malmenés, ils n'ont pas choisis ces métiers pour favoriser quelques uns au détriment du plus grand nombre. Mais par les politiques et leurs réformes désastreuses pour ceux qui ne font pas partie de la "gentry", les décideurs, les financiers, les banquiers... oui. C'est tout leur intérêt de détruire l'esprit humain, la réflexion, l'intelligence...

 

 

Aussi, si vous voulez me suivre encore dans les méandres de mes souvenirs, nous allons repartir une fois de plus en cette année 1952, à Bertren, à l'école, alors que la gauche se préparait à reconquérir le pouvoir perdu en 1947 au profit d'une droite très, très dure...

 

Et malheureusement, je me suis retrouvée à cinq ans au milieu d'un conflit politique, je ne pouvais rien comprendre mais alors, avec le temps qui révèle tant de choses, si vous saviez à quel point je m'en serais passée !

 

 

Donc, retrouvons le village à l'été 1952. (3)

 

 

Jean Castex avait conseillé à ma mère dès le mois de juin 1952, d’aller demander à l’institutrice, Madame B., de m’inscrire  à la rentrée d’octobre. J' allais avoir cinq ans en août et j'étais, ajouta-t-il, « à point ».

Madame B. venait d’accepter Yvette et Alfred d’office, le maire l’ayant avertie que ces deux enfants étaient en âge d’entrer en première année préparant au CP à cinq ans révolus, le 1er octobre. Elle avait convoqué les parents immédiatement, enfin les mères...

 

 

Lorsque Mr Castex apprit l’intervention de son adversaire politique, il surveilla le garage que Gérard B. (4), le mari de l’institutrice, avait installé dans la grange de la maison d'un ex-collaborateur  parti avec sa famille après la Libération,  se réfugier à quelques kilomètres dans un autre village pour se faire oublier.

 

 

Il suivait les allées et venues depuis la fenêtre du bistrot. Madame B. surgissait plusieurs fois dans la journée pour surveiller son mari car il était très assidu auprès de la gent féminine à qui il apprenait – gratis – à conduire. Très peu de ses élèves arrivaient à passer le permis car les leçons s’arrêtaient dès que le professeur se lassait de sa conquête pour la remplacer par une nouvelle. Ces dames étaient très motivées mais disaient les mauvaises langues, par quoi ? La conduite où le mécanicien séduisant malgré le cambouis qu’il avait sur les mains et l’odeur d’huile frelatée qui émanait de lui ?

 

 

Son épouse se consumait de jalousie. Elle le menaçait de le quitter mais il riait, se moquait d’elle, puis lui promettait la lune et elle se calmait. Il ne voulait pas divorcer car elle avait l’argent, ce n’était pas avec ce que lui rapportait son garage qu’il pouvait mener la grande vie. Les belles voitures qu’il achetait d’occasion pour les restaurer et parader sur les routes de la région, étaient pour lui une passion dévorante qui lui coûtait très cher.

 

 

Mr Castex réussit à rencontrer l’institutrice. Il lui expliqua qu’il y avait au village un troisième enfant, une petite fille qui allait avoir cinq ans et qui devait faire sa rentrée elle  aussi, le 1er octobre comme les deux autres. Elle lui répondit qu’elle l’ignorait, que le maire ne lui avait donné que deux noms et qu’elle avait vu leurs mères qui ne lui avaient parlé de rien. Elle ne comprenait pas : « on ne fait pas de différence entre les enfants pour leur éducation. L’école publique a été créée obligatoire et laïque car TOUS les enfants ont le droit d’accéder à l’enseignement ». Elle se montra fort mécontente et Jean Castex essaya de calmer le jeu en lui proposant de rencontrer la maman de la fillette. Elle accepta.

 

Cette discussion avait eu lieu le mercredi et le jeudi, jour de repos hebdomadaire, elle s’absenta. Ma mère trouva porte close et se promit de revenir le lendemain avec moi pour me présenter. Elle rencontra donc cette dame au physique sévère. Elle était de taille moyenne, un peu ronde, son visage était avenant mais rendu austère par des cheveux tirés en arrière en un chignon serré.

 

Madame B. se montra fort aimable et me regarda avec attention. Mais elle ne laissa pas parler ma mère en lui assénant sur un ton sans réplique qu’elle ne m’inscrirait pas à la rentrée car elle avait trop d’élèves au cours préparatoire et qu'elle ne pourrait pas assumer un enfant de plus. Puis elle la congédia. Maman en resta bouche bée : elle avait trop d’élèves ? Mais ils n’étaient que trois à pouvoir entrer en classe pré- CP ! Ses yeux se mouillèrent, elle se sentit ostracisée et ne comprit pas pourquoi. En passant le portail de la cour de l’école, elle sentit comme un regard dans son dos. Elle se retourna vers le rosier mais ne vit personne. « Pourtant, pensa-t-elle, je suis sûre que quelqu’un nous regardait ».

 

Elle ne se trompait pas : la mère de Nez de Couteau avait suivi toute la conversation en compagnie de sa belle – fille… et elles jubilaient. La petite mularde allait avoir une année de retard, c’était déjà ça de gagné ! Son fils avait promis de recommencer l’année prochaine et plus s’il pouvait. L’essentiel était qu’elle n’aille pas à l’école, cela prouverait qu’ils avaient tous raison : les mulards étaient idiots et débiles, ils ne pouvaient réussir ! Pour convaincre les récalcitrants, il fallait prendre toutes les précautions en amont sinon, ils perdraient les élections d'avril 1953. 

 

Donc, tout était bon pour attaquer le "bistrot" qui s'enrichissait avec tous les "ivrognes " du village, ce qui était honteux.... Le seul moyen de faire craquer cet homme qui osait s'opposer à eux en profitant de son instruction et de sa connaissance des lois et des chiffres, était de l'attaquer dans ses convictions intimes : la laïcité, l'égalité, l'école pour tous gratuite et laïque, la liberté de penser et de parler, l'anticolonialisme avéré, son admiration pour Pierre Mendès-France  et le désir profond d'une évolution vers une meilleure vie pour tous...

 

Et ses prises de position à la Libération contre les collaborateurs....

 

Mais le domaine de prédilection  de Nez de Couteau était l'école car il savait comment contrôler les instituteurs afin d'empêcher la progéniture de la gauche d'acquérir les fondamentaux de l'enseignement. C'était la seule voie pour pouvoir la contrôler, l'empêcher de rester au gouvernement et un jour, de conquérir légalement le pouvoir suprême afin d'établir la société dont ses amis et lui rêvaient depuis la guerre...

 

En premier lieu : éliminer les étrangers.

 

Il s’appuyait sur les résultats des enfants étrangers de la commune qui étaient de vrais cancres parce que l'école ne les intéressait pas et qu'ils avaient de nouveaux centres d'intérêt. Il faut dire que les parents qui ne maîtrisaient pas complètement le français avaient du mal à les pousser.

 

Les filles arrivaient à suivre à peu près, elles avaient de meilleurs résultats.  L’institutrice piquait des colères homériques, elle voulait que tous ses élèves soient reçus au Certif quand ils le présenteraient, son honneur en dépendait ! Mais ils ne suivaient pas et elle criait, criait et plus elle criait moins ils bossaient. Elle criait aussi pour exprimer son désarroi devant le fiasco de son mariage et le tout mélangé, elle rendait l'atmosphère dans la classe pénible. De ce fait, elle n'encourageait pas les écoliers à étudier... Mais elle ne s'en rendait pas compte.

 

Sous la houlette d'un frère et d'une sœur, rejetons d'un couple de réfugiés, les Castillo (5), de la guerre civile espagnole mais nés en France, très délurés et meneurs de troupe, plutôt que de travailler à l’école, ils faisaient des projets d’avenir en écoutant à la radio les chanteurs à la mode comme Luis Mariano, Tino Rossi, Bourvil, Edith Piaf, Georges Guétary et un petit nouveau qui débutait, Georges Brassens.

 

Ils l’imitaient dans sa chanson « Le Gorille » en se tapant la poitrine pendant les récréations ou bien sur la place des Quatre-Chemins lors des grandes réunions dominicales. Ils se disputaient les magazines de cinéma que le père Castillo achetait pour sa femme et sa fille où s’étalaient les photos sublimes de Sophia Loren et de Gina Lollobrigida. On commençait à parler d’une jeune actrice de 19 ans, Brigitte Bardot et on admirait béatement son physique sexy. 

 

Enfin, bref, ils n’avaient nullement envie de suivre en classe car la vie que l’on disait «moderne » explosait au travers de la radio, des journaux, de la musique dans les bals de village, au casino pour les adultes. Tout était nouveau, tout était si beau, si entraînant, si joyeux… On aurait tout sans se fatiguer, cela était sûr ! Alors, autant se laisser vivre…

 

Il suffisait d’avoir un bon métier qui rapporterait de l’argent. On construisait des usines, des hôpitaux, les stations thermales faisaient le plein, vraiment il y aurait du travail pour tout le monde. Les parents rêvaient à un bon emploi de fonctionnaire à la Poste : facteur pour les garçons ou guichetière pour les filles, à la SNCF, les plus ambitieux à l’Education Nationale. Mais ils préféraient de loin les usines qui embauchaient. Ils voulaient oublier à quelles conditions …

 

Les deux jeunes filles de familles françaises rêvaient elle aussi, malgré leur jeune âge, de ressembler plus tard, à ces belles femmes des magazines mais elles travaillaient bien pour «avoir un bagage ». Leurs familles y tenaient et leur rappelait tous les jours qu’elles devaient étudier pour avoir un autre rang social que le leur quand elles seraient en âge d’avoir un métier…

 

Ce qui leur importait, c’était qu’elles entrent au Cours Complémentaire et soient reçues au Brevet, si possible, mais si elles ne l’obtenaient pas, ce n’était pas grave, elles auraient les bases pour un métier de secrétaire, de préparatrice en pharmacie, (il y avait des écoles privées qui préparaient à ces métiers), pour devenir standardiste aux PTT où dans les hôtels. Elles allaient profiter de tous les bienfaits de la société de consommation même si personne ne savait pas vraiment ce que cela sous-entendait. 

 

La décision de l'institutrice met le feu dans le camp des "Bolchevicks".

 

Ma mère s’arrêta au bistrot et rendit compte de sa rencontre avec l’institutrice. Joséphine s’étrangla de rage et vit du Nez-de-Couteau là-dessous.  Son mari ne fit aucun commentaire mais n’en pensa pas moins ; il avait compris le plan de son adversaire et se promit d’y remédier dès qu’il serait élu maire l’année prochaine, car il ne doutait pas de reconquérir la mairie. Tout son clan et surtout son épouse, se démenait depuis longtemps pour prouver que l'actuel édile et son équipe étaient des incapables qui n’avaient pas fait évoluer le village dans le bon sens. 

 

Le bistrot Vignolle ayant disparu, la droite n’avait plus de lieu de réunion car tous les hommes étaient obligés, s’ils voulaient boire un canon et se retrouver, de venir chez Castex et d’écouter les récriminations des uns et des autres. Les Cornettes essayaient d’endiguer la débâcle qui s’annonçait mais il était difficile, sans l’appui des religieuses qui avaient été sermonnées par leur maison-mère et par leur évêque pour avoir participé à la campagne de 1947, de faire basculer le village en leur faveur.

« Saleté de bolcheviks disaient-ils ! ».

 

Tous les coups-bas étaient permis pour importuner le clan adverse et là, avec la petite Jackie, il faisait d’une pierre deux coups : pour son plaisir personnel à lui, elle prendrait un retard certain et pour la cause future, cela déplairait au clan "progressiste" qui n’avait aucun pouvoir face à lui le véritable patron du village ! 

 

Ben voyons....

 

Ma mère raconta l’affaire à mon père qui se recroquevilla sur lui-même, « Encore un coup du clan des cornettes se dit-il ! ». Mais la petite n’était pour rien dans leurs histoires d’adultes. Il s’inquiéta pour l’avenir de sa fille, maman lui répondit qu’elle m'aiderait à rattraper mon retard par rapport à Yvette et à Alfred, l’année prochaine. Il se rassura.

 

Mon père était doté d'un esprit de contradiction remarquable et comme il ne parlait pas, sauf en gascon et encore, pour lui tirer une phrase - longue - il fallait s'armer de patience. Ou bien renoncer. Mais doté également d'une grande intelligence que les Frères du couvent de Gembrie qui l'avaient eu comme pensionnaire durant cinq ans après son traumatisme crânien, (résultat d'un coup de timon de tombereau à l'âge de 9 ans, donc en 1914), avaient reconnue sans pouvoir toutefois l'obliger à étudier correctement -  avec les méthodes de l'époque, on peut comprendre - il mit au point un plan pour se venger du clan des "cornettes" sans qu'il s'en doute un seul instant.

 

Il était arrivé jusqu'au CM2 difficilement mais n'avait pas  pu passer le certificat, il s'était buté contre eux qui, au lieu de l'aider psychologiquement, le grondaient et le punissaient sans cesse. C'était l'époque, on ne savait pas soigner les traumatisés crâniens : du moment qu'il avait survécu à un coma de huit jours, il pouvait se conduire comme tout le monde... Et oui...

 

Il avait développé chez lui, un sentiment de colère contre l'autorité et pour la manifester, disons pour manifester son dédain des autorités, il se moquait. Il décida, pour mettre en colère le clan des cornettes qui se servait de sa fille afin de gagner les élections, de les "faire parler" pour ne rien dire et ainsi de les ramener à leur place. Mais voilà, personne ne comprit au départ la manœuvre et ce fut - sans se douter le moins du monde qu'elle allait dans le sens de son gendre - ma grand-mère Catherine qui remit tout le monde à sa place....

 

En octobre, il revint du travail avec une vieille voiture, une Torpédo modèle 1930, qu’il avait achetée pour une bouchée de pain et qui démarrait difficilement. Il maniait la manivelle avec dextérité et elle partait en crachant une fumée noire qui faisait rire tout le monde. Personne ne comprenait qu’il ait eu l’idée d’acquérir cette antiquité alors que de nouvelles automobiles sortaient en grand nombre des usines Renault ou mieux Citroën mais rien ne valait Peugeot. Il faisait semblant de ne rien entendre comme à son habitude. Il ne voulait pas d’une voiture neuve - qui démarrait avec une clé - qu’il ne pourrait pas démonter et remonter. Ce qui lui plaisait le plus au monde était de fouiller dans le ventre de la belle mécanique !

 

Il ignorait les moqueries, maman en était peinée, elle ne comprenait pas pourquoi il faisait cela. Mais elle montait dans la « torpédo » comme elle l’avait surnommée, pour savourer le plaisir de la promenade. Nous criions de joie à l’arrière, le vent dans les cheveux. 

 

Il profita de cette nouvelle liberté pour visiter ses cousines de Luscan (descendantes du frère ainé de son arrière-arrière-grand-mère paternelle) qu’il présenta à sa femme. Elles vieillissaient doucement dans leur petite maison aux volets vert foncé perchée sur le flanc de la montagne abrupte à la sortie du village. Elles se montrèrent charmantes et recommandèrent à maman de venir les voir souvent. Elles ne firent aucune remarque sur le fait que la voiture était passée de mode, elles s’en moquaient totalement.

 

Mais les dames "cornettes" n’en pouvaient plus de voir ce spectacle : comment cette femme pouvait-elle se promener le dimanche sur les routes de la région plutôt que de rester à la maison à s’occuper de son ménage ou bien à repasser son linge ? 

 

Pour se venger de cette incongruité,  elles se moquaient cruellement (le piège...) et un jour, que mémé de Mauléon était venue nous voir, l'une d'entre elles ne manqua pas de lui faire remarquer qu’elle devrait intervenir pour que "Simon revende sa voiture car au village, on les appellait « les Gitans ». Franchement indignée d'une telle méchanceté envers un peuple nomade qu'elle, en bonne chrétienne, respectait et considérait égal aux autres et envers sa famille, Mémé, en bon français cette fois car elle voulait marquer le coup, lui répondit :


- Voyez-vous madame, je suis descendue de mon village, le chef-lieu du canton, jusqu'à Bertren et quelque part c’est comme si l’aristocratie se mettait au niveau des Gitans.

 

La dame perçut cette phrase comme une gifle, elle ne riposta pas et tourna les talons.  Mais grâce aux Cornettes qui commentèrent aigrement cet épisode, tout le village fut rapidement au courant et les Bolchevicks rigolèrent....


Elle eut pourtant gain de cause quelques temps plus tard car la « Torpédo » à bout de course, tomba en panne définitivement et partit pour la casse. Je soupçonne fort que mon père ayant réussi son coup, décida qu'elle ne lui servait plus à rien...

 

Son crédo... "faire une "bonne action" (oui, bon...) qui fait parler les gens pour ne rien dire, en mal bien sûr, pour qu'ils soient heureux ensuite".... les rendait ridicules tôt ou tard.

 

Jackie Mansas

22 mai 2017

 


1 - http://www.inegalites.fr/spip.php?article270http://www.inegalites.fr/spip.php?article270
2 - http://www.rfi.fr/hebdo/20141031-france-grece-enfants-victimes-pauvrete-unicef-crise-pays-riches-recession/ :

"Quand en 2008 éclate la crise économique, l’attention du public se focalise sur les banques, montrées comme étant les premières victimes de la folie d’un système. Cinq ans après le début de cette tempête financière, on le constate, les banques vont bien. Beaucoup moins visibles, les vraies victimes elles, se comptent par millions et c’est ce qu’a voulu montrer l’Unicef (Fonds des Nations unies pour l’enfance) dans un rapport intitulé Les enfants de la récession. Entre 2008 et 2012, la pauvreté des enfants y a nettement augmenté, mettant même en péril l’avenir de nos sociétés, estime l’organisation. (2)"

3 -  désolée, je me répète mais c'est important de comprendre car croyez-moi, je n'ai pas été la seule enfant à subir cette situation, je pense que nous avons  été, très, très nombreux... prenons-en conscience....

4 - prénom inventé

5 - nous allons les appeler Castillo,  du nom de la province d'où, paraît-il, la mère était originaire, mais je ne suis sûre de rien. Et je n'arrive pas à retenir leur patronyme sans doute une saine réaction... de toute façon, je ne l'aurais pas dévoilé alors... Ils sont partis mais paraît-il, reviennent souvent dans la région chez des amis de longue date. J'essaie de les oublier de toutes mes forces mais bon...

Le mot gentry est ici utilisé comme anglicisme pour définir le phénomène social de la "gentrification". Tous ces événements m'ont été raconté par les copains de mon père, Bolchevicks bien entendu... Même bien des années plus tard, les Cornettes étaient toujours méfiantes "si elle pose des questions, c'est qu'elle cherche quelque chose, c'est une Mansas, ne l'oubliez pas alors taisez-vous'' conseillaient Nez de Couteau  et ses deux potes en politique...

J'ai beau chercher mais je ne comprends pas pourquoi les Cornettes - à part les religieuses, le curé et les vieilles familles rentières enracinées dans l'histoire du village depuis la fin du 18ème siècle (gaullistes) et les partisans de l'extrême-droite (3-4 familles  pas plus) -  se disaient de droite alors qu'ils votaient à peu près tous pour le parti radical de gauche...

Franchement les humains sont pétris de contradiction, car il me semble que le parti radical est de gauche n'est-ce-pas ? En tout cas, dans notre région, on ne peut en douter...

Sans doute ne voulaient-ils pas être assimilé aux communistes (qui étaient très actifs pour défendre les droits des populations) car ils avaient peur de voir une révolution à la "russe" déferler sur la France ... Aussi votaient-ils pour la gauche tout en se déclarant de droite... Il faut suivre !

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