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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


La Grande Guerre : destins brisés

Publié par Jackie Mansas sur 29 Décembre 2015, 19:45pm

Catégories : #Les destins brisés de 14-18

Dans les tranchées 1914-1918

Dans les tranchées 1914-1918

GRANDE GUERRE
1914-1918
FAMILLE SAINT-MARTIN
D’OURDE
Auguste Saint-Martin Cultivateur
Pierre Saint-Martin Garde Forestier Communal
Bertrand Saint-Martin Sergent 4ème régiment de
Zouaves Mort pour la France
Jean-Marie Saint-Martin Père Assomptionniste
A la mémoire de
AUGUSTE, PIERRE, BERTRAND, JEAN-MARIE
SAINT-MARTIN d’OURDE
Mes grands-tontons….
Ils sont nés tous les quatre au 19ème siècle dans ce petit village d’Ourde perché sur un plateau en surplomb de la vallée de l’Ourse que l’on nomme Barousse. Très tôt, parce que la IIIème République avait rendu l’école laïque obligatoire, ils ont été convaincus que la société allait changer, que le travail de la terre, qui avait usé trop tôt leur père et leur mère, ne serait plus si dur, que l’on pourrait parcourir le monde et devenir quelqu’un d’autre sans renier les valeurs paysannes qui ont construit notre pays Pyrénées.
Ils sont nés et ont grandi avec leur quatre sœurs dans un village ou tout le monde se ressemblait, ou tout le monde partageait les mêmes valeurs, ou tout le monde était l’ami, le confident, la sœur, le frère de tout le monde.
Tout cela ne les empêchait pas de se disputer, car les montagnards sont depuis toujours des « forts en gueule ». Après quelques vérités dites fort peu aimablement de parts et d’autres, après, parfois quelques horions échangés, les belligérants allaient trinquer devant un verre de vin vert et bien entendu, la réconciliation se soldait par des chansons sur la place publique !
N’idéalisons toutefois pas : certaines querelles duraient…. Mais devant l’adversité, elles s’évanouissaient car le vent des montagnes emporte toujours les méchantes paroles...
Le 1er janvier 1900, un nouveau siècle naquit. Depuis longtemps, les quatre frères comme deux des quatre filles avaient pris leur envol, parce qu’Auguste devenu chef de famille à la place de son père Simon, trop âgé et malade, l’avait décidé ainsi. Il savait qu’il devait rester à la ferme, il était l’héritier, mais il voulait que ses sœurs et ses frères aient une chance d’avoir une belle vie, longue et prospère.
Il ne voulait pas pour ses sœurs du destin de leur mère Clémentine.
Il ne voulait pas pour ses frères du destin de cadet.
Né en 1872, second enfant de Simon Saint-Martin d’Ourde et de Clémentine Maylin de Ferrère, Auguste comprit très tôt qu’il lui faudrait sortir bien vite de l’enfance pour suppléer son père trop âgé dans le rôle de « pater familias ». Clémentine et Simon alors âgés de 24 et de 50 ans, s’étaient unis en février 1870 et de ce mariage arrangé huit enfants naîtront jusqu’en 1885 : Amélie en 1871, Auguste un an plus tard, Pierre en 1876, Félicie en 1878, Marie en 1880, Bertrand en 1881, Jean-Marie en 1883 et Victorine en 1885.
Lorsque cette dernière vint au monde Simon était un très vieux monsieur fatigué de 66 ans. Auguste avait oublié qu’il n’avait que treize ans et secondait activement son père. En 1892, au conseil de révision de Mauléon-Barousse, il fut déclaré apte mais dispensé au motif qu’il était « fils aîné de père septuagénaire ». Ce qui ne l’empêcha pas d’effectuer ses obligations militaires mais uniquement à Tarbes dans le 53ème Régiment d’Infanterie. Comme tous les jeunes français, il fut mobilisé le 1er août 1914 mais ne reprit du service que le 1er décembre 1914 pour se retrouver dans le service auxiliaire à partir du 9 janvier 1915 et jusqu’au 11 septembre de la même année. Il rentra à Ourde auprès de sa mère. Dans l’adversité et en ces temps troublés où les hommes avaient quitté leurs foyers pour servir à une guerre meurtrière, les femmes avaient décidé que la vie continuait et toutes ensembles, aidées par les enfants et les Anciens, poursuivaient leurs tâches immuables.
Lorsque les cloches sonnèrent la Mobilisation Générale le 1er août 1914, les frères d’Auguste avaient quitté la ferme et le village d’Ourde pour d’autres destinées.

Remontons dans le temps pour les connaître

Pierre Saint-Martin dit Bourrut
Pierre arrive en ce monde, le 20 février 1876 à 11 heures du soir dans la ferme familiale en so de Bourrut à Ourde. Simon, accompagné de deux témoins, Bertrand Forasté âgé de 33 ans charpentier de son état ainsi que de François Sens âgé de 30 ans menuisier, vint le déclarer le lendemain dès 7 heures du matin devant le maire Jean-Bertrand Soulé. C’est la fête à la maison : un second garçon robuste et en bonne santé vient agrandir la famille quatre ans après la naissance d’Auguste, l’héritier ! On est rassuré, si l’aîné disparaît, il y a désormais la relève.
Il est un enfant doux, gentil, rieur mais ferme dans ses convictions. Sans doute un peu chenapan comme tous les garçons. Il aime par-dessus tout courir dans les bois et amener les bêtes à la pâture dans les endroits éloignés ne lui fait pas peur, au contraire.
Il va à l’école, s’instruit normalement, réussit son certificat d’études en 1890 et reste à la ferme pour seconder son frère et ses parents. Il est un cadet mais il rêve d’un autre destin : entrer dans l’Administration des Eaux et Forêts comme garde communal. L'Administration des Eaux et Forêts est divisée en Conservations des Eaux et Forêts ; elles-mêmes subdivisées en Cantonnements, Inspections et Brigades et depuis les années 1850, elle connaît de gros bouleversements car il faut reconstituer le domaine forestier surexploité depuis le 18ème siècle. Dans certains endroits, il a disparu complètement et il faut absolument le reconstituer, aussi a-t’on besoin de nombreux gardes forestiers communaux, de gardes forestiers domaniaux et d’un personnel administratif de grande qualité. Pour les gardes, la tâche est harassante car il faut sans cesse parcourir des centaines d’hectares pour réprimer les abus, surveiller les travaux, et dangereuse car la population qui vit dans la plus extrême pauvreté n’entend pas céder devant les pressions de l’État.
De surcroît, à la fin du 19ème siècle, les gardes communaux sont nommés par les maires, ce qui n’est pas sans inconvénient, car pour garder leur emploi, les préposés n’osent pas sévir contre les hommes dont ils dépendent. La répression des délits, même dans les forêts communales, est une question d’ordre public, comme celle de toute espèce de vol ; mais les maires et leurs affidés profitent de leurs positions et les abus se multiplient. Aussi, décide-t’on en haut lieu qu’il n’y a donc pas plus de motif de donner aux maires la nomination des gardes que celle des gendarmes. Dès les années 1900, les gardes communaux sont nommés par les préfets sur la présentation des conservateurs, et sont, comme ceux de l’État, soumis à l’autorité de l’administration forestière.
La Barousse s’étant révoltée contre l’État lors de la Révolution de février 1848, il est difficile pour un jeune homme de la vallée d’entrer dans les Eaux et Forêts. La confiance dans leurs capacités à sévir contre les abus est plutôt minime.
Pierre entrevoit la possibilité de réaliser son rêve lors de son conseil de révision à Mauléon-Barousse en 1896. Il demande à être intégré dans le 1er Bataillon d’Artillerie à pied pour effectuer ses obligations militaires. Il arrive au Corps le 15 novembre 1897 comme 2ème canonnier. Il est en congé à partir du 22 septembre 1900 et passe dans la Réserve de l’armée active le 1er novembre 1900.
Il accomplit une 1ère période d’exercices du 2 au 29 mars 1903 puis une 2ème période d’exercices dans le 14ème Bataillon d’artillerie à pied du 12 mars au 8 avril 1906.
Là, comme il a fait ses preuves, il peut demander à entrer dans l’administration forestière en tant que garde communal.
Il est nommé dans les Hautes-Pyrénées, dans le cantonnement d’Arreau Nord, au triage numéro 3, le 7 septembre 1907. Sa résidence est désormais à Rebouc, hameau de Hèches. Il doit surveiller 696 hectares 28 ares et 6 kilomètres 200 mètres de cours d’eau. Il reçoit un traitement de 160 francs annuels de la part du Trésor et 623 francs des communes ce qui lui fait un revenu de 783 francs par an. Pour un célibataire, c’est la panacée quoiqu’il lui faille payer son loyer. Bien évidemment, il devient également un Chasseur Forestier dans la 22ème compagnie avec le grade de chasseur. Il est classé dans l’affectation spéciale comme employé à la 22ème conservation forestière en qualité de garde communal à Lesponne Bagnères le 3 octobre 1907.
Il est bien noté, il est déclaré robuste, doté d’un caractère doux mais ferme, sa tenue est bonne ainsi que sa conduite privée, il est assez actif dans la répression des délits, dans la surveillance des exploitations et travaux mais on lui refuse tout avancement et tout changement d’affectation alors qu’il rêve de revenir en Barousse à Sacoué plus précisément. A défaut Héchettes mais bon, il doit attendre…
En 1913, il reçoit une réprimande car il n’a pas surveillé assez sérieusement les travaux forestiers. Mais il est heureux à Rebouc et ne désire plus en partir. Pour monter dans la hiérarchie, il s’instruit activement ce qui a pour résultat que le 20 septembre 1913 sur la recommandation de son chef, l’Inspecteur adjoint des Eaux et Forêts le propose pour un poste de garde forestier domanial. Son rêve de retourner en Barousse va se réaliser !
Las, le 1er août 1914, il est rappelé sous les drapeaux et est affecté le 5 août 1914 à la Compagnie des chasseurs forestiers. Il est nommé à Saint-Caprais en Dordogne le 20 août 1914. Mais il est malade, il souffre d’une néphrite tuberculeuse qui lui occasionne des troubles graves et des douleurs. Une crise aiguë se déclenche aussi est-il réformé temporairement par la 6ème commission spéciale de réforme de la Seine à partir du 7 juillet 1915. Il revient à Ourde où il est soigné et finalement, la Commission spéciale de réforme de Tarbes le classe service armé le 13 octobre 1915 en vertu de la loi du 17 août 1915. Il arrive à la 13ème Compagnie des Chasseurs Forestiers le 15 novembre 1915.
« Les chasseurs forestiers font partie des « troupes d’élites » et en portent les signes distinctifs. En temps de paix, le personnel sert à assurer la continuité du service forestier et sa surveillance. En temps de guerre, les chasseurs forestiers sont alors intégrés dans les 1re lignes, et servent de guides et d’informateurs de l’armée ».
Ils sont donc au cœur des combats, les rangs sont décimés. Les pertes sont considérables aussi décide-t’on en haut lieu de rattacher les Chasseurs Forestiers au Génie dans le service forestier des armées à la demande du général en chef Maistre dans l’instruction du 25 juillet 1915 ; L’objectif est l’approvisionnement en bois de l’armée française, que ce soit en bois de chauffage, bois de construction, bois de mines, traverses de chemins de fer ou piquets pour protéger ce qui restait de cette armée. Mais les conséquences d’une telle hécatombe sur seulement une année, furent terribles : il fallut attendre 1930 pour que l’Administration des Eaux et Forêts arrive à reconstituer ses effectifs. Durant toutes ces années la gestion forestière fut réduite au minimum. Il ne faut pas oublier que les hommes qui en réchappèrent furent pour la plupart grièvement blessés, beaucoup moururent de leurs blessures et les suicides des rescapés furent nombreux. On ne peut pas sortir indemne d’une telle catastrophe. Et c’est ce qui arriva à Pierre Saint-Martin.
On a vu qu’il était un homme doux et qu’il était atteint d’une maladie rénale grave qui dans les cas extrêmes, outre les symptômes physiques douloureux, peut entraîner également des troubles psychologiques. Lorsqu’on a vécu, en première ligne des combats les plus durs et les plus meurtriers, des choses inacceptables, lorsqu’on n’a pas compris pourquoi on a pu en réchapper et que l’on s’en sent coupable, la souffrance psychique atteint des sommets insupportables.
Pour Pierre, qui après son éloignement du front attendait son affectation dans une Conservation en arrière des lignes de combats et résidait à Bellay dans la Seine et Oise, dans la ruelle de l’Église, à midi pile ce 14 juin 1916, cette souffrance devait se terminer. Ses voisins, l’instituteur et le garde-champêtre, entendirent un coup de fusil et comprirent aussitôt. Ils entrèrent en force dans la maison et le virent étendu, il avait mis fin de lui-même aux cauchemars qui le hantaient. Il aurait suffit qu’il demande à rentrer à Ourde dans sa famille pour soigner sa maladie qui le faisait tant souffrir mais il a préféré mourir loin de sa maison pour tout simplement oublier les horreurs de la guerre. Il avait 40 ans et une promise à Hèches…
Bertrand Saint-Martin dit Bourrut
Le troisième garçon de la fratrie Saint-Martin dit Bourrut d’Ourde, Bertrand, voit le jour le 22 septembre 1881 à huit heures du matin. Il est déclaré dans la foulée par son père Simon devant le maire Jean-Bertrand Soulé en présence de Bertrand Forasté, charpentier et de Casimir Manent, cultivateur. Il est le 5ème enfant de Simon et de Clémentine et lui aussi, très tôt, sur les conseils de son frère aîné, rêve d’une autre vie et celle des armes lui conviendrait parfaitement. Dans toutes les familles, il est important que les garçons s’ils ne veulent pas rester à la ferme en tant que cadet, s’engagent soit dans l’armée, soit dans l’administration, soit dans le clergé.
Bertrand choisit l’armée car la prêtrise ne lui convient guère. Il rêve de l’Afrique en écoutant les récits de ceux qui sont partis dans les armées coloniales et puis servir la France sous le soleil est quand même plus agréable que de rester dans ce pays où il fait froid l’hiver et trop chaud l’été et où il pleut beaucoup trop souvent à son goût… Et puis partir c’est l’aventure… Il travaille bien en classe, obtient son certificat d’études en 1895, aide aux travaux de la ferme et au conseil de révision à Mauléon-Barousse en 1901, il demande à être incorporé au 6ème Régiment d’Infanterie. Il y entre le 16 novembre 1902 comme soldat de 2ème classe. Il passe soldat de 1ère classe le 6 mars 1904, se rengage pour un an le 18 septembre 1905 à compter du 14 novembre de la même année. Il passe caporal le 14 octobre 1905 et se rengage pour un an et 15 jours le 29 septembre 1906 à compter du 1er novembre 1906.
Il est commissionné à compter du 1er novembre 1907 en vertu de l’article 183.3° de la loi du 21 mars 1905.
Étant donné qu’il a choisi la carrière militaire, il est envoyé à l’école militaire préparatoire de Saint-Hyacinthe du Fort puis sa préparation terminée, il est incorporé dans le 4ème régiment de zouaves. Quand fut déclarée la mobilisation générale le 1er août 1914, il était maître d’armes…et sergent au deuxième Tirailleurs Algériens, douzième compagnie, dans lequel il servira lors des campagnes contre l’Allemagne du 2 août 1914 au 15 décembre 1916.
Homme gentil et affable, sérieux dans son travail et intransigeant, il reviendra à Ourde à chacune de ses permissions et aidera son frère au travail de la ferme. Il vouait comme tous ses frères une véritable passion pour sa mère Clémentine et se préoccupa du destin de ses sœurs allant jusqu’à trouver parmi ses collègues militaires, un mari pour la dernière de la couvée, Victorine !
Ce jour du 14 septembre 1916, il combat avec son régiment sur le front à More dans la Meurthe et Moselle lorsqu’il tombe, grièvement blessé. Les ambulanciers se précipitent pour le sortir de la mitraille qui fauchait tous les jeunes gens autour d’eux et le transportent dans l’ambulance mais il meurt très vite, les blessures sont trop graves. Il a reçu la mention Mort pour la France, il avait 35 ans…
Jean-Marie Saint-Martin dit Bourrut
Jean-Marie quant à lui, avant-dernier enfant de la famille Saint-Martin dit Bourrut, naît le 27 septembre 1883 à huit heures du matin. Il est aussitôt déclaré par son père Simon devant le maire Jean-Bertrand Soulé en présence de Bertrand Forasté, charpentier et de Jean-Bertrand Courbet, cultivateur à Ourde.
Contrairement à ses frères, il est petit et paraît malingre mais il se montre très vite vif d’esprit et très curieux de tout. Il apprend avec une facilité incroyable et Monsieur le Curé lui prête des livres qu’il dévore tout aussitôt. Il est de constitution fragile et souffre très tôt de maux de ventre qui l’empêche de travailler longtemps dans les champs.
En 1840, la Congrégation des Augustins Assomptionnistes est créée à Lyon et les prêtres sont envoyés en mission sur les routes à la recherche de postulants parmi les jeunes garçons des familles pauvres qui seraient susceptibles d’intégrer les alumnats de l’ordre. Jean-Marie est séduit par leurs discours et Auguste l’encourage vivement. Clémentine qui a vu partir deux de ses filles pour servir dans la congrégation des Filles de Notre-Dame des Douleurs à Tarbes, a un peu d’appréhension mais comme son fils est de santé fragile, elle pense qu’au moins là-bas avec les religieux, il sera bien soigné. Aussi, part-il poursuivre des études secondaires dans les alumnats d’Arras dans le Pas de Calais de 1896 à 1899 et de Saumon en Charentes-Maritimes de 1899 à 1901. Dans son éloge funèbre, les Pères assomptionnistes écrivent :
«De bonne heure, il est remarqué par son ardeur au travail, son sérieux, sa piété, la fermeté de son caractère et son allure décidée qui se manifeste en toute chose. En 1901, il se rend au noviciat de Louvain où il prend l'habit le 25 septembre, sous le nom de Saint-Martin qui est également son patronyme. Comme beaucoup de jeunes novices de sa génération, il va achever sa formation religieuse sur les bords de la mer de Marmara, à Phanaraki en Turquie). C'est là qu'il prononce ses vœux perpétuels le 27 septembre 1903. Puis après deux années de philosophie sur place (1903-1905), il est envoyé comme professeur au collège de Varna en Bulgarie (1905-1908). En 1908, il reprend le cours de sa formation en se rendant à Notre-Dame de France à Jérusalem (1908- 1912). Il y est ordonné prêtre le 9 juillet 1911. Mais déjà sa santé donne de sérieuses inquiétudes à ses supérieurs. La première année de son sacerdoce est particulièrement pénible et il se trouve dans un état de fatigue grandissant quand il quitte Jérusalem en août 1912. Après un court séjour dans son pays natal, il est désigné pour le collège de Philippopoli en Bulgarie comme professeur. Là le rejoint l'ordre de mobilisation en août 1914. Incorporé dans le service armé, malgré son état de santé précaire, il réussit d'abord à obtenir une convalescence pour soigner une entérite rebelle. En décembre 1914, il est versé dans un service auxiliaire comme infirmier et il est basé à Saint-André de Cubzac, près de Bordeaux, en Gironde. Il se trouve à bout lorsque l'armée décide de le réformer définitivement. Après quelques jours passés à Bordeaux, il peut se rendre chez une de ses sœurs à Bertren (Hautes-Pyrénées). C'est là qu'il meurt trois semaines plus tard, le 16 mai 1915, à l'âge de 32 ans. Le corps du Père Saint-Martin repose dans le cimetière du village natal, à Ourde »
Jean-Marie, père Assomptionniste sous le nom de Saint-Martin, est donc décédé à Bertren dans la maison de sa sœur et de son beau-frère Félicie et Jean-Marie Mansas. Il savait qu’il vivait ses derniers jours et il a choisi de les passer dans sa famille à Bertren car, tout le monde croyait qu’il pourrait guérir s’il buvait de l’eau thermale de Barbazan. Ses neveux Jean-Baptiste et Simon, 13 et 10 ans, partaient chaque matin lui en chercher une bouteille. Mais lui savait que cela ne servait à rien, la maladie allait être la plus forte.
Son condisciple le Père Marie-Calixte Bouillon a écrit de lui :

« J'ai appris par La Croix la mort du P. Saint-Martin et je me suis empressé de faire pour lui les prières de règle. Ce religieux m'était particulièrement cher. Nous avions fait toutes nos études ensemble depuis Saujon en 1899 où nous fûmes alumnistes. Deux compatriotes, deux enfants de Notre-Dame de Lourdes ne devaient pas manquer de sympathiser bien fraternellement et de s'aider de leurs conseils. Je le savais très franc, très ouvert, ennemi des lâches complaisances. Je tenais en haute estime son bon sens, son jugement sûr, et j'en profitais pour redresser mes torts et corriger mes défauts. Il avait tout du montagnard, à part la nostalgie. Le côté original, pittoresque des Choses l'attirait, l'Orient devait le ravir à ce premier point de vue, mais surtout à cause des dévouements apostoliques dont il était avide. Son noviciat à Louvain et à Phanaraki fut fervent et austère. Les deux années de philosophie qui suivirent furent par lui considérées comme la continuation du noviciat, selon la recommandation que nous avait laissée le P. Benjamin Laurès. Il pratiquait en Carême le jeûne quotidien. La tête, l'estomac, les jambes, tout était solide chez lui ; il se fiait à cette force où l'énergie du caractère était pour beaucoup. Je le revis à Jérusalem, après ses trois ans d'œuvres à Varna où il avait enseigné les premiers éléments du français à une quinzaine d'enfants. Il se rappelait avec bonheur cette jeunesse qui s'était attachée à lui comme il s'était donné à elle, apportant dans l'enseignement, comme dans ses propres études, beaucoup d'application, de méthode et de clarté, sachant très bien se mettre à la portée de ces petites intelligences. Il me disait quelquefois : « je veux rester un enfant toute ma vie. Rapprochez de ce mot ce qu'il vous disait d'une neuvaine à Sœur Thérèse de l'Enfant- Jésus... ».
Nous pouvons citer une de ses dernières lettres à son ami le Père Marie-Calixte :
« Décembre 1914. « Chaque année, le Supérieur de la communauté vous offrait les vœux de bonne fête au nom de tous ses religieux. Les communautés se sont multipliées cette année-ci, mais ce sont des communautés d'une espèce particulière. Hélas, les isolés sont encore plus nombreux qui passeront les belles fêtes de Noël dans la solitude du cœur, tout en vivant parmi des grandes multitudes parfois et au milieu du bruit. Pas un, j'en suis sûr, n'oubliera le Père en regrettant la famille. Depuis plusieurs jours pour ma part, j'y pense. Que Dieu vous aide à porter les peines et les joies, les tristesses et les responsabilités de l'heure présente. Que Dieu protège, fortifie, soutienne vos enfants dans les œuvres et dans le service de la patrie auquel un si grand nombre sont sacrifiés et sanctifiés au sens biblique du terme. Pour moi, j'ai le sort d'un humble infirmier de la troupe. Je m'efforcerai d'aller passer la nuit et la journée de Noël avec nos Pères à Bordeaux, si je puis avoir une permission. Je suis un petit régime pour achever d'extirper une entérite. Je couche en chambrée. Nous formons une communauté de sommeil un peu gênante ! J'étais habitué à être trop bien ! ». Saint-Martin
Il résidait à Phanaraki en Turquie lorsqu’il reçut sa convocation au Conseil de Révision en 1903. Il fut ajourné car son frère était au service. Il se trouvait en Bulgarie lorsqu’il reçut l’ordre de mobilisation. Il arriva au Corps le 3 août 1914, fut classé service auxiliaire par la Commission Spéciale de Réforme de Tarbes, 7ème brigade d’Infanterie en date du 18 novembre 1914 pour gastro entérite ancienne et faiblesse générale. Il fut réformé n°2 par la Commission Spéciale de Réforme de Bordeaux dans sa séance du 8 avril 1915 pour « Entérite chronique forme grave 11 cachexie profonde » et renvoyé dans ses foyers le 12 avril 1915 en phase terminale d’une très grave maladie.
Il fut inhumé dans le cimetière d’Ourde après une messe où de nombreux religieux lui rendirent hommage.

Registres matricules (Arch. Départementales H-P)

SAINT-MARTIN Jean Dominique Auguste dit Bourrut
Né le 19 juillet 1872 à Ourde canton de Mauléon-Barousse
Résidant à Ourde département des Hautes-Pyrénées. Profession de cultivateur
Né de Simon et de Maylin Clémentine domiciliés à Ourde Hautes-Pyrénées
N° 38 du tirage dans le canton de Mauléon-Barousse
Décision du Conseil de Révision et Motifs :
Bon dispensé fils aîné de père septuagénaire
Conseil de Révision Mauléon-Barousse
Numéro matricule : 1187. Classe de mobilisation : 1892
Cheveux et sourcils châtains. Yeux châtains, front couvert, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, visage ovale. Taille : 1 mètre 66 cm
Degré d’instruction : 2
Corps d’affectation :
53ème Régiment d’Infanterie à Tarbes dans la disponibilité ou dans la réserve de l’armée active. 144ème Régiment Territorial d’Infanterie dans l’armée Territoriale et dans la Réserve.
Date de libération du service militaire : 1 octobre 1919.
Détail des services et mutations diverses :
Parti le 11 novembre 1893 pour le 53ème Régiment d’Infanterie arrivé au Corps et Immatriculé le dit jour sous le numéro 3955. Soldat de 2ème classe. En congé du 7 septembre 1894 en attendant son passage dans la Réserve. Certificat de bonne conduite accordé.
Passé dans la réserve de l’année active le 1er novembre 1896.
A accompli une 1ère période d’exercices dans le 53ème Régiment d’Infanterie du 24 août au 20 septembre 1899. A accompli une 2ème période d’exercices dans le 53ème Régiment d’Infanterie du 2 au 29 juin 1902. Passé dans l’armée territoriale le 1er octobre 1906.
Rappelé à l’activité le 1er décembre 1914 par décret du 1er août 1914 « Mobilisation Générale ».
Classé dans le service auxiliaire par décision du général et les 7ème et sème subdivisions en date du 9 janvier 1915 sur proposition de la Commission de Réforme de Tarbes du 2 janvier 1915 pour « Myopie 20 dioptries à droite ».
Maintenu service auxiliaire par décision de la Commission de Réforme de Tarbes en date du 11 septembre 1915 (loi du 17 août 1915).
Rappelé à nouveau le 7/ 12/ 1915. Mis en sursis d’appel : travaux agricoles à Ourde jusqu’au 3 mai 1917. Décision Général Commandant 18ème Rég du 23/2/1917.
Détaché agricole dans ses foyers à Ourde le 24 mai 1917. Mis en congé illimité 1er échelon – 12ème.788 le 16 janvier 1919. Se retire à Ourde (Htes-Pyrénées).
SAINT-MARTIN Pierre dit Bourrut
Né à Ourde le 21 février 1876
Fils de Simon et de Clémentine Maylin
Résidant à Ourde, profession de cultivateur
Numéro matricule de recrutement 917. Classe de mobilisation 1896.
Numéro 2 du tirage de Mauléon-Barousse
Décision du Conseil de Révision
Bon.
Signalement :
Cheveux et sourcils châtains, yeux gris-bleu, front couvert, nez ordinaire, bouche grande, menton rond, visage ovale. Taille 1 mètre 66 centimètres.
Degré d’instruction générale 3, militaire exercé.
Détail des services et mutations diverses
Parti le 15 novembre 1897 pour le 1er bataillon d’Artillerie à pied. Arrivé au Corps et immatriculé le dit jour sous le numéro 3978, 2ème canonnier.
En congé du 22 septembre 1900 en attendant son passage dans la Réserve. Certificat de bonne conduite accordé.
Passé dans la réserve de l’année active le 1er novembre 1900.
Classé dans l’affectation spéciale comme employé à la 22ème conservation forestière en qualité de garde communal à Lesponne Bagnères du 3 octobre 1907.
A accompli une 1ère période d’exercices dans le 14ème Bataillon d’artillerie à pied du 2 au 29 mars 1903.
A accompli une 2ème période d’exercices dans le 14ème Bataillon d’artillerie à pied du 12 mars au 8 avril 1906.
Rappelé sous les drapeaux décret de mobilisation générale le 1er août 1914. Le 5 août 1914 affecté à la Compagnie des chasseurs forestiers. Nommé à Saint-Caprais (Dordogne) au 20 août 1914. Réformé temporairement par la 6ème commission spéciale de réforme de la Seine du 7 juillet 1915 pour néphrite tuberculeuse. Classé service armé par la Commission spéciale de réforme de Tarbes du 13 octobre (loi du 17 août 1915). Arrivé à la 13ème Compagnie des Chasseurs Forestiers le 15 novembre 1915. Passé à la 3ème Compagnie par décision (???) du 17 février 1916. Numéro : 30705/16. Décédé le 14 juin 1916 à Bellay (Seine et Oise).
SAINT-MARTIN Bertrand dit Bourrut
Né le 22 septembre 1881 à Ourde canton de Mauléon-Barousse département des Hautes-Pyrénées. Résidant à Ourde. Profession de cultivateur
Fils de Simon et de Maylin Clémentine domiciliés à Ourde
N° 37 du tirage dans le canton de Mauléon-Barousse
Décision du Conseil de Révision et Motifs :
Bon
Conseil de Révision de Mauléon-Barousse.
Numéro matricule du recrutement : 1508
Classe de mobilisation : 1901
Signalement :
Cheveux et sourcils châtains clair
Yeux bleus ; Front couvert ; Nez ordinaire ; Bouche grande ; Menton rond ; Visage ovale.
Taille : 1 mètre 69 cm
Degré d’instruction : générale 3 ; militaire : exercée
Détail des services et mutations diverses
Incorporé au 6ème Régiment d’Infanterie à compter du 16 novembre 1902 ; Arrivé au corps et immatriculé ledit jour sous le numéro 3849. Soldat de 2ème classe.
Soldat de 1ère classe le 6 mars 1904. Rengagé pour un an le 18 septembre 1905 à compter du 14 novembre 1905. Caporal le 14 octobre 1905 rengagé pour un an et 15 jours le 29 septembre 1906 à compter du 1er novembre 1906. Commissionné à compter du 1er novembre 1907 art 183. 3° de la loi d u 21 mars 1905. Décédé le 14 septembre 1916 à Maren (Meurthe et Moselle). Acte de décès reçu transcrit à la mairie d’Ourde le 2 mai 1921. Campagnes contre l’Allemagne du 2 août 1914 au 15/12/1916.
Indication des Corps où les jeunes gens sont affectés :
Dans l’armée active : 6ème régiment d’Infanterie ; École militaire préparatoire de St Hippolyte du Fort ; 4ème régiment de Zouaves
SAINT-MARTIN Jean-Marie dit Bourrut
Né le 27 septembre 1883 à Ourde, canton de Mauléon-Barousse, département des Hautes-Pyrénées, résidant à Phanaraki (Turquie d’Asie), profession étudiant.
Fils de Simon et de Maylin Clémentine domiciliés à Ourde canton de Mauléon-Barousse, département des Hautes-Pyrénées.
N° 31 au tirage dans le canton de Mauléon-Barousse. Numéro matricule du recrutement : 898. Classe de mobilisation : 1903
Décision du Conseil de Révision et Motifs :
Ajourné à 1905. Bon dispensé art 50 ; Établi à l’étranger et article 21, frère au service.
Compris dans la 3ème partie de la liste du recrutement cantonal.
Signalement :
Cheveux et sourcils châtains foncé. Yeux châtains ; Front moyen ; Nez moyen ; Bouche moyenne ; Menton grand ; Visage ovale.
Taille : 1 mètre 59 cm
Degré d’instruction : générale 4 ; militaire : …
Détail des services et mutations diverses
Passé dans la réserve de l’armée active le 1er octobre 1097.
Appelé sous les drapeaux (décret de mobilisation général) 1er août 1914
Arrivé au Corps le 3 août 1914, classé service auxiliaire par la Commission Spéciale de Réforme de Tarbes (…la 7ème brigade d’Infanterie en date du 18 novembre 1914 pour gastro entérite ancienne, faiblesse générale. Réformé n°2 par la Commission Spéciale de Réforme de Bordeaux dans sa séance du 8 avril 1915 pour « Entérite chronique forme grave 11 cachexie profonde ».
Renvoyé dans ses foyers le 12/4/1915.
Campagne contre l’Allemagne du 3 août 1914 au 8 avril 1915.
Décédé à Bertren le 16 mai 1915.
Localités successivement habitées.
Domicile du Consul de Phanaraki Turquie d’Asie Résidence
Du 29 janvier 1906 chez les Frères Assomptionnistes
Gendarmerie de Loures 25/7/1908 pour Ourde Tarbes Résidence
Domicile du Consul de Jérusalem Turquie d’Asie
Du 19/10/1908 à Notre-Dame de France Résidence
Gendarmerie de Loures du 6/08/1911 pour Ourde Résidence
Consul de Jérusalem du 5/10/1911 Notre-Dame de France Turquie d’Asie Résidence
Domicile Consul Rome Italie du 27/07/1912 Résidence,
Jackie Mansas
Novembre 2014

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