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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


La religion dans le monde rural

Publié par Jackie Mansas sur 29 Décembre 2015, 20:09pm

Catégories : #la religion dans le monde rural

Quand on voit la bête... Pauvre Magdeleine !

Quand on voit la bête... Pauvre Magdeleine !

Vie sociale et religion au 18ème siècle

En 1997, est parue une étude sous la responsabilité de Serge Brunet et avec la collaboration de Renaud de Bellefon, d'Isabel Rufaste et de Mathieu Tajan « La Montagne vue par les montagnards. Haut-Comminges et Val d'Aran (Fin XVIIème – XXème siècle).

Édité par le CNRS-UMR 5591 de l'université de Toulouse Jean Jaurès, dans le cadre de recherches : histoires des Sociétés du Moyen-Âge à l'époque contemporaine. Publié sur internet.

En ce qui concerne la vie quotidienne et les comportements des communautés, les auteurs de cette étude ont rapporté que la permissivité des populations était tout de même soumise à des règles de… bienséance. Extrait, page 51 :

« 2 – Les mécanismes régulateurs,

La tension autour de la terre et les comportements qu'elle suscite peuvent présenter une menace pour la stabilité de la communauté, aussi, des mécanismes régulateurs sont mis en place. Ils permettent de rendre ces attitudes moins dangereuses pour l’ensemble de la communauté.

A – Les normes de comportement.

Tout d'abord, la communauté valorise les comportements reconnus comme socialement « acceptables », c'est-à-dire qui tendent à maintenir le statu quo. Pour cela, certaines règles tacites doivent être respectées. Elles constituent une forme d'étiquette sociale.

« [ Cette dernière définit ] avec fidélité sur le mode symbolique, l'ordre social. A la différence des codes moraux et politiques, elle joue avant tout sur les valeurs du non-dit, de l'implicite et du sous-entendu. Comme la morale et le droit, l'étiquette trace des limites sévères et légifère sur ce qu'on peut et ne pas faire ; jamais elle ne dit non mais jusqu'à quel point. Un jusqu’à quel point fondé sur des dispositions qui ne sont pas expresses mais implicites ».

Le défaut de respect de l'étiquette est considéré comme un véritable affront, qui demande réparation. Barthélémy Sapène, de Billère, alors qu'il soupait, un soir de l'année 1772, chez Bertrand Caubet, curé de Bourg-d'Oueil :

« Maître Caubet fit les premières politesses à Magdeleine, sa servante, en lui disant si elle voulait l'aile ou la cuisse d'un chapon rôti qui était sur la table de quoi le dit Sapène avait été fort scandalisé ».

Cette dérogation à la règle de civilité autorise l'offensé à rendre public ce que tout le monde sait, c'est-à-dire de rompre un tabou, d'étaler sur la place publique, le comportement de l'offenseur :

« Que la dite Magdeleine avait été rendue enceinte des œuvres du sieur curé […..] dont il faisait passer les bâtards en Espagne dans des paniers ».

Ces règles de bienséance établissent une hiérarchie au sein de la communauté, où chacun a une place bien définie suivant la réputation de sa maison. Le potentiel symbolique de chacun lorsqu'il est remis en cause, est défendu bec et ongle par des actions spectaculaires et publiques, afin que l'ensemble de la société soit témoin de l'importance de l'offense subie par la maison. »

Archives Départementales de la Haute-Garonne, Juridictions secondaires. B ; 335.

&

Si nous analysons ce texte avec notre esprit de 2015, nous retenons que la politesse et la courtoisie du curé envers sa servante qui était – et cela tout le monde le savait mais ne disait rien – sa compagne, a OFFENSE son invité. Il a offensé LA MAISON de cet homme. Mais pour nous, il a simplement agi comme un homme bien élevé pratiquant les bonnes manières !

1- il a considéré la jeune femme comme son égale, il a osé la placer en évidence avant son invité et cela est inacceptable à plusieurs titres, elle est une femme et une servante. Il lui a donné le rang d'une épouse qu'elle n'avait pas et ne pouvait avoir. Mais même une épouse ne pouvait en aucun cas passer devant un homme, de surcroît un invité !

2 - il a osé lui proposer les meilleurs morceaux alors qu'il devait les présenter à son invité en premier ! Aux yeux de Barthélémy Sapène, la hiérarchie sociale n'a pas été respectée et il s'est senti très vexé. Cela demandait donc réparation.

3 - on peut ajouter aux raisons de son courroux, le fait que la conduite du curé qui vivait avec Magdeleine comme si elle était son épouse, le contrariait et le scandalisait surtout que, apprend-on, elle a été enceinte plusieurs fois et les enfants nés de cette union illégitime étaient envoyés en Espagne pour être placés dans des orphelinats sans espoir de retour.

Abandonner un enfant était considéré comme un crime car il était l'avenir de LA MAISON. Il ne faut pas croire que c'était par compassion envers les mamans à qui on enlevait leurs bébés, non pas du tout, un enfant viable était tout simplement une force de travail et une machine à perpétuer l'espèce, tant fille que garçon, mais bien sûr, ces derniers étaient bien plus prisés pour l'avenir de la communauté !

Dans cet exemple, mais il y en a eu des centaines d'autres car les prêtres vivaient en concubinage pour la plupart - situation acceptée par la population tant qu'il ne naissait pas d'enfant, celui-ci étant le fruit unique et autorisé d'une union devant Dieu, on sait ce qu'il advenait d'une « fille-mère », hélas ! - le sieur Sapène s'autorise alors à dévoiler publiquement, c'est-à-dire devant le tribunal et donc devant l'ensemble de la communauté, la conduite « éhontée » du religieux. Qui sera, bien évidemment, puni de son audace. L'affront sera vengé… Mais pas Magdeleine qui est tellement méprisée… et humiliée publiquement car son péché mortel (???) est révélé et également jugé !

Quelques questions toutefois se posent : le curé connaissait les usages et il a offensé son invité sans doute sciemment. Pour partir de cette cure ? Pour avoir l'occasion de quitter l’Église et vivre enfin avec la jeune femme ? Ou tout simplement pour donner à Magdeleine une chance de se marier et d'avoir des enfants qu'elle pourrait garder … loin de lui ? Ainsi elle pourrait recouvrer son honneur !

Je ne sais pas pourquoi mais j'ai envie de croire à cela….

Jackie Mansas

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