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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


La religion dans le monde rural

Publié par Jacinthe sur 29 Décembre 2015, 20:09pm

Catégories : #la religion dans le monde rural

1935 à Bertren : procession de l'église vers le Sacré-Cœur et l'hospice : les femmes devant et les hommes derrière séparés par les religieux...
1935 à Bertren : procession de l'église vers le Sacré-Cœur et l'hospice : les femmes devant et les hommes derrière séparés par les religieux...

1935 à Bertren : procession de l'église vers le Sacré-Cœur et l'hospice : les femmes devant et les hommes derrière séparés par les religieux...

Citation :

« Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu.

Enfer mahométan, du feu. Enfer hindou, des flammes.

A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur. »

Victor Hugo.

AU FIL DU TEMPS

Il n'est pas interdit de raconter la vie des prêtres et des nonnes car d'aller à la rencontre des traces qu'ils ont laissé permet de comprendre le monde d'aujourd'hui.

Jusqu’à la Révolution les curés et les religieuses étaient totalement intégrés dans la population et jouissaient d’un immense prestige car ils étaient là pour aider les cœurs en peine. On les aimait et on les écoutait, ils étaient des médecins de l’âme, des « rabibocheurs » d’amis devenus ennemis, des émissaires, des conseillers et parfois, quand il le fallait, des pères et mères fouettards. Mais en fait ils vivaient comme tout le monde, pauvres et dépendants des autres avec leurs défauts et leurs qualités. On leur pardonnait tout. On acceptait tout d’eux.

Dans les siècles passés, la religion était surtout un rempart contre un monde hostile, une protection contre la violence, l’agressivité et l’indifférence. L’église, dans les villages reculés des montagnes où peu d’étrangers venaient, était un bâtiment solennel où régnait une atmosphère de paix et de recueillement quoique comme on s’y sentait comme chez soi, on y venait avec son chien si celui-ci nous suivait, les poules en liberté pouvaient y entrer, les portes étaient toujours ouvertes et même les cochons ne se gênaient pas. Mais c’était aussi un lieu où l’on apprenait des histoires que l’on trouvait « magnifiques » à défaut de savoir lire et écrire mais qui ouvraient les esprits et leur permettaient de réfléchir.

La Révolution vint tout bouleverser. Plus de prêtres, les églises furent vendues, abîmées, ruinées. Napoléon rétablit l’ordre social et l’Église encouragée dans sa tâche, endurcit quant à elle, l’ordre moral. Poussée par le pouvoir monarchique qui voulait à tout prix rétablir une société plus conforme à ses idées et effacer tous les acquis de la Révolution et de l’Empire, la hiérarchie catholique (qui elle aussi désirait retrouver tous les privilèges perdus) partit à l’assaut de la MORALE. Afin de maintenir la société en otage, ce fut en priorité l’obligation de « se tenir bien », traduisons, de s’abstenir d’avoir des relations sexuelles en veux-tu en voilà. De l’avis de chacun, le bon temps était fini mais les religieux ne voulaient pas qu’une telle « abomination » comme celle de 1789 revienne. Le raisonnement des bien-pensants était simple : outre le fait que l’on devait par tous les moyens laisser le peuple dans l’ignorance pour mieux le contrôler, il fallait lui interdire de tomber dans la débauche ce qui se pratiquait allègrement avant la Révolution et qui était toléré voire favorisé car tant que le peuple fornique, il ne se pose pas de question ! Mais on sait ce qu’il se passa à partir de 1789. Aussi un carcan de contraintes tomba en particulier sur les femmes qui se virent taxées de tous les maux car « tentatrices nées ». Il fallait bien des boucs émissaires pour que les hommes gardent tout leur pouvoir !

Et l’on y en trouva souvent, car tout fut prétexte à obliger les enfants et en particulier les filles à oublier leur sexualité afin que lorsque celle-ci apparaîtrait, elles ne se laissent pas aller à séduire les garçons qui bien entendu, deviendraient comme Adam, des pauvres « couillons » sans cervelle ! Et l’on imposa l’idée que le sexe était « sale », « dégradant », « avilissant » et surtout, surtout, « déshonorant » en dehors du mariage, bien entendu. Mais même là, il ne devait servir qu’à perpétuer l’espèce. Les « filles-mères » comme on les appelait ainsi que leurs « bâtards » (!!!) furent l’objet de toutes les cruautés… Il est bien évident que malgré toute l’attention et la surveillance dont elles furent l’objet, les jeunes filles puis les femmes mariées ne se privèrent pas de courir le guilledou. Et l’on peut être certains que tous les Adam n’y trouvèrent rien à redire !

La population dans les villages de montagne augmenta dès le premier quart du 18ème siècle de façon alarmante et lorsque le nouveau siècle apparut, elle était à un niveau tel que la misère causait des ravages immenses. Il n’y avait plus assez de terres et les forêts avaient disparues car exploitées sans vergogne. A partir de 1850, l’administration des Eaux et Forêts fut intraitable pour sa reconstruction aussi la plupart des cadets et cadettes partirent sur les routes comme colporteurs, comme domestiques ou comme employés-es dans les établissements thermaux, comme nourrices, comme serveuses dans les cafés et dans les bars avec le destin que l’on devine pour certaines. On émigra aux États-Unis, en Amérique du Sud et dans les « colonies » d’Afrique et d’Asie. Et beaucoup revinrent des « Amériques » riches à millions prenant ainsi leur revanche sur une jeunesse pauvre…

Mais malgré tous ces départs, il naissait encore trop d’enfants, il en restait encore trop dans les villages. Pour éviter les troubles, il fallut les embrigader dans un carcan de règles sociales rendues encore plus dures et plus insupportables avec à la clé, la peur de l'Enfer et de ses flammes éternelles ! Dans le meilleur des cas, le Purgatoire….

Dès le mitan du 19ème siècle, on vit apparaître une quantité d’ordres religieux qui eurent tôt fait de recruter les cadets sans avenir de chaque maison paysanne. Les filles surtout se retrouvèrent au couvent car on ne pouvait les marier faute de dot. Et elles passèrent leurs vies au service des pauvres dans les hospices, des enfants dans les écoles privées qui essayaient de contrer la « mauvaise influence » de la laïcité.

Ce système moral/social dura, bon an mal an, jusqu’à Vatican II. Bien sûr à partir de mai 1968, le carcan se desserra mais il y eut un revers : avec la diminution du nombre de religieuses et les contraintes sociales, politiques et économiques, ces établissements fermèrent les uns après les autres. On parla pudiquement de crise des vocations. Mais cela n’est pas totalement vrai car les consciences s’ouvrirent et le plus grand nombre de parents refusèrent de voir partir leurs filles vers les couvents contre leur gré. Ils préféraient les voir apprendre un bon métier et même sans dot, épouser le garçon qu’elles aimaient par choix personnel et non plus par devoir celui que leurs pères ou leurs frères leur imposaient. Celles qui choisirent de consacrer leur vie à Dieu le firent librement et non pas pour complaire à leurs familles. Ce fut un grand pas en avant vers la tolérance et le respect des personnes. Il en fût de même pour les garçons.

Mais force est de reconnaître qu’avec cet abandon du terrain c’est tout un système social où se mêlaient respect, convivialité, amitié et bonheur de vivre ensemble qui s’écroula. Les églises restèrent fermées, cette culture ne fut plus accessible au plus grand nombre et on oublia l’humilité et le partage. En fait la crainte et la considération qu’inspiraient les religieux disparurent de la vie des villages et furent remplacées par ceux que les politiques instaurèrent pour leur profit personnel. Mais dans les campagnes et les montagnes, les emplois fondirent comme neige au soleil et les villages se vidèrent les uns après les autres ne laissant que des populations vieillies et désolées par un tel abandon.

Naquit alors une sorte de mendicité servile qui ne profita qu’à quelques uns et qui dressa les gens les uns contre les autres. Dès les années 1990-2000, les habitants se replièrent sur eux-mêmes, se fermèrent sur leurs acquis rejetant tout ce qui pouvait les ouvrir sur l’extérieur. Un communautarisme généralisé sépara les populations qui bien avant ce repli identitaire vivaient en bonne entente. Les communautés ainsi formées ne dialoguèrent plus.

1968 fut un bouleversement total pour tout le monde. On était à la charnière entre l’ancien monde serviteur de la religion moraliste à l’extrême et en suivant les règles et le nouveau où toutes les libertés seraient permises surtout celles de satisfaire des égos surdimensionnés, la cupidité poussée à démesure, la vanité du paraître et l’indigence de la pensée capitaliste. 1968 a été un catalyseur, elle a libéré les inhibitions et certains ont su avec beaucoup d’intelligence se servir des derniers religieux et religieuses pour tracer leur chemin dans un monde indifférent.

Le choc de ces deux mondes a causé beaucoup de dégâts.

Jackie Mansas

juillet 2015

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