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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Destins de femmes...

Publié par Jackie Mansas sur 25 Janvier 2016, 11:55am

Catégories : #Les femmes des Pyrénées autrefois

Clémentine Saint-Martin (1845-1929) à Ourde ; un soir de dépiquage à Bertren ; Ancienne de Bramevaque avec son petit-fils ; Félicie à Bertren été 1953 ; A Siradan 1939, retour de la messe ; A Siradan ; Mariage de Victorine d'Ourde avec un militaire ; les lavandières à la Garonne.
Clémentine Saint-Martin (1845-1929) à Ourde ; un soir de dépiquage à Bertren ; Ancienne de Bramevaque avec son petit-fils ; Félicie à Bertren été 1953 ; A Siradan 1939, retour de la messe ; A Siradan ; Mariage de Victorine d'Ourde avec un militaire ; les lavandières à la Garonne.
Clémentine Saint-Martin (1845-1929) à Ourde ; un soir de dépiquage à Bertren ; Ancienne de Bramevaque avec son petit-fils ; Félicie à Bertren été 1953 ; A Siradan 1939, retour de la messe ; A Siradan ; Mariage de Victorine d'Ourde avec un militaire ; les lavandières à la Garonne.
Clémentine Saint-Martin (1845-1929) à Ourde ; un soir de dépiquage à Bertren ; Ancienne de Bramevaque avec son petit-fils ; Félicie à Bertren été 1953 ; A Siradan 1939, retour de la messe ; A Siradan ; Mariage de Victorine d'Ourde avec un militaire ; les lavandières à la Garonne.
Clémentine Saint-Martin (1845-1929) à Ourde ; un soir de dépiquage à Bertren ; Ancienne de Bramevaque avec son petit-fils ; Félicie à Bertren été 1953 ; A Siradan 1939, retour de la messe ; A Siradan ; Mariage de Victorine d'Ourde avec un militaire ; les lavandières à la Garonne.
Clémentine Saint-Martin (1845-1929) à Ourde ; un soir de dépiquage à Bertren ; Ancienne de Bramevaque avec son petit-fils ; Félicie à Bertren été 1953 ; A Siradan 1939, retour de la messe ; A Siradan ; Mariage de Victorine d'Ourde avec un militaire ; les lavandières à la Garonne.
Clémentine Saint-Martin (1845-1929) à Ourde ; un soir de dépiquage à Bertren ; Ancienne de Bramevaque avec son petit-fils ; Félicie à Bertren été 1953 ; A Siradan 1939, retour de la messe ; A Siradan ; Mariage de Victorine d'Ourde avec un militaire ; les lavandières à la Garonne.
Clémentine Saint-Martin (1845-1929) à Ourde ; un soir de dépiquage à Bertren ; Ancienne de Bramevaque avec son petit-fils ; Félicie à Bertren été 1953 ; A Siradan 1939, retour de la messe ; A Siradan ; Mariage de Victorine d'Ourde avec un militaire ; les lavandières à la Garonne.

Clémentine Saint-Martin (1845-1929) à Ourde ; un soir de dépiquage à Bertren ; Ancienne de Bramevaque avec son petit-fils ; Félicie à Bertren été 1953 ; A Siradan 1939, retour de la messe ; A Siradan ; Mariage de Victorine d'Ourde avec un militaire ; les lavandières à la Garonne.

Destins tristes de nos grands-mères ? Peut-être, sans doute pour nous qui sommes libres de choisir mais pour elles ? Voici quelques unes de leurs histoires.

1

DES RELIGIEUSES EN BAROUSSE

Ce dimanche 20 février 1870, à Ourde, il est 9 heures du matin et les cloches sonnent déjà la bénédiction du mariage prévue dans une demi-heure avant la grande messe dominicale. Il fait froid et la neige crisse sous les pas de la noce qui remonte la grande rue vers la maison commune où attend le maire Pierre Saint-Martin. A l’église, le curé est transi et se tient dans la sacristie en essayant de se réchauffer sous une chaude pelisse.

Jean Maylin, cultivateur à Ferrère conduit sa fille Clémentine 24 ans, vers l’autel prendre pour mari Simon Saint-Martin 50 ans, dit Bourrut, cultivateur à Ourde. Derrière eux, en tête du cortège, son épouse Marianne Rotgé suit le visage fermé mais résigné du sort réservé à sa fille. Elle aussi n’a épousé Jean de 11 ans son aîné que parce que son père l’a voulu et Clémentine n’avait pas le choix : elle avançait en âge et ne pouvant prétendre à une dot trop conséquente quoiqu’un contrat a été signé chez Maître Marchant à Mauléon-Barousse, le 19 janvier dernier à la demande expresse du père, elle devait se marier.

Elle est jolie comme un bouton de rose à peine éclot et répond « oui » la voix tremblante en n’osant pas regarder le vieil homme qui devient son époux, mais ainsi va la vie et elle doit obéir. Elle sait qu’il est gentil, travailleur et qu’elle sera respectée.

Le 15 janvier 1871, à 10 heures du soir, elle met au monde sa première fille Marie Louise Amélie ; le 20 juillet 1872 c’est un fils qui voit le jour, l’héritier tant attendu Jean Dominique Auguste ; le 21 février 1876 c’est au tour de Pierre d’arriver en ce monde, le 2 février 1878 de Louise Justine Félicie, le 4 avril 1880 de Marie, le 22 novembre 1881 de Bertrand, le 27 septembre 1883 de Jean-Marie et enfin le 21 mai 1885 de Victorine Marie.

En cette fin de siècle, les villageois vivent comme s’ils formaient une grande famille s’aidant les uns les autres dans le respect de la religion et de la tradition. Le curé est débonnaire mais se veut sévère, le régent mène son monde à la baguette, tous les enfants doivent apprendre à lire, à écrire, à compter et obtenir le fameux sésame : le certificat d’études ! Il en va de son honneur à lui et de l’avenir de ses élèves ! En 1887, 35 enfants, garçons et filles confondus, fréquentent peu ou prou à cause des travaux des champs, l’école communale.

Il est concurrencé depuis quelques temps par des religieux qui viennent porter la Bonne Parole et il voit, non sans inquiétude que les prêches sont écoutés attentivement.

Chaque année, en novembre, la Barousse et le Comminges proche voisin, attendent avec impatience les « Petites Sœurs des Pauvres » de Tarbes venues quêter pour nourrir tous les pauvres, les vieillards et les malades sans ressources, recueillis dans les différentes « Maisons » crées par Marie Saint-Frai et le Père Jean Dominique Ribes en 1866. Elles portent en échange de dons, la Bonne Parole et le don de soi aux pauvres et aux malheureux et nombre de jeunes filles révoltées par le sort qui les attend, à savoir le mariage arrangé par les parents avec, en général, des hommes beaucoup plus âgés qu’elles, sont tentées par la vie au couvent. Elles ont la foi simple et directe des filles de la montagne. Les garçons ne sont pas en reste car dès les années 1880, on voit arriver des religieux de la Congrégation des Augustins de l’Assomption fondée en 1845 (Assomptionnistes) qui recherchent des postulants parmi les nombreux garçons ayant réussi le certificat d’études. Ils intégreront les « alumnats » de l’ordre afin de poursuivre des études et un jour, choisir la prêtrise. Jean-Marie Saint-Martin, brillant élève, semble très intéressé par leurs discours, être agriculteur à Ourde ne l’attire pas particulièrement surtout qu’il n’est qu’un cadet et qu’il devra travailler sous les ordres de son frère aîné s’il ne trouve pas une héritière à marier !

Amélie Saint-Martin, en cette année 1888, vient de fêter ses 17 ans et sent monter en elle un désir ardent de rejoindre les Filles de Notre Dame Des Douleurs à Tarbes. Elle sait très bien que son père et son frère ont le projet de la marier afin de la voir partir de la maison où le trop grand nombre d’enfants rend la vie difficile. Elle souffre de la pauvreté dans laquelle vit sa famille mais elle ne veut pas du destin de sa mère. Elle s’en ouvre à Monsieur le Curé qui l’encourage dans son dessein.

Bien qu’étant l’aînée de la fratrie, elle sait très bien que c’est son frère Auguste qui prendra en mains le destin de la ferme familiale aussi n’a-t’elle aucun scrupule à en partir si ce n’est de quitter sans espoir de retour, ceux qu’elle aime. Elle prend sa décision et le 8 décembre 1888, Auguste l’accompagne jusqu’à la Maison-Mère Saint-Frai de Tarbes et ils se séparent le cœur gros mais là est son destin.

Elle est dotée d’un fort caractère et d’une personnalité assez autoritaire néanmoins son engagement au service des plus démunis est profond et sincère. Elle prononce ses premiers vœux le 8 décembre 1891 et ses vœux perpétuels le 6 mai 1897.

Sans vraiment une grande surprise, elle voit arriver sa sœur Marie comme postulante le 26 janvier 1897 et lorsqu’elles apprennent le décès de leur père le 6 avril 1898 à l’âge de 79 ans usé par le travail et la maladie, elles sont encore de très jeunes femmes. Elles ne disent pas leur chagrin de l’avoir perdu sans l’avoir revu une dernière fois. Cela ne se fait pas !

Elles apprendront également le mariage arrangé de Félicie avec un agriculteur de Bertren de 14 ans son aîné mais qui a du bien. Auguste l’a repéré sur les marchés de Montréjeau et de Lannemezan et a apprécié sa personnalité ainsi que le fait qu’il est assez aisé. Le travail est moins pénible qu’en montagne alors il a été formel : ou le couvent ou le mariage. Félicie a choisi en toute connaissance de cause et la mort dans l’âme après avoir lutté contre ce projet pendant près d’une année.

Seront-ils heureux ? Clémentine en doute vu le caractère de Félicie qui est la copie conforme de celui d’Amélie ! Et ses craintes, hélas, seront fondées !

Puis viendra celui de Victorine en 1912 avec un militaire, ce qui les réjouira car elle n’aura pas à travailler la terre et c’est déjà une victoire. Et enfin celui, en 1925, d’Auguste avec Thérèse native de Ferrère bien plus jeune que lui mais consentante. Ce n’est pas une union arrangée : la jeune femme de 28 ans a accepté d’épouser cet homme de 53 ans qui lui montrait un profond attachement qu’elle lui a rendu.

Elles se réjouiront de la naissance de leurs neveux et nièces (4 chez Félicie et 2 chez Auguste) mais ne les connaîtront que très peu.

Elles apprendront avec tristesse le décès de leurs trois frères durant le conflit de 14-18 ainsi que celui de leur beau-frère militaire mais elles sont loin d’Ourde et ne reviennent pas. En 1935, leur premier neveu Jean-Baptiste meurt accidentellement à l’âge de 33 ans. Elles manifestent tout de même leur tristesse et leur soutien à leur sœur Félicie.

Cependant leur vie religieuse sera bien remplie.

Pour Amélie, devenue la 119ème religieuse de la congrégation de Notre Dame des Douleurs dite de Saint-Frai sous le nom de sœur Saint-Marc, le sort l’a menée de ses Hautes-Pyrénées natales jusqu’au Moyen-Orient au service des pauvres de toutes confessions. Elle sert à Tarbes, puis part avec sœur Saint-Raymond, sœur Saint-Irénée et sœur Saint-Denis fonder la Maison de Beyrouth au Liban, le 30 juin 1904. Elles font une halte à Alexandrie en Egypte et débarquent à Beyrouth le 10 juillet suivant. La Maison dont sœur Raymond devient supérieure se développe rapidement.

A Ourde, dans la ferme familiale, Clémentine vieillit doucement mais garde son sourire lumineux. Elle reçoit les religieuses dites “Petites Sœurs de Saint-Frai” ou “des Pauvres” lorsqu’elles viennent quêter à Ourde chaque année, demande des nouvelles de ses filles et les charge de messages pour elles. Lorsqu’elle meurt le 30 mai 1929, Auguste est resté auprès d’elle, elle est usée par le travail de toute une vie, par la mort de ses trois fils et de son gendre à la guerre de 14-18, par l’absence de ses filles mais Félicie, Victorine et Thérèse sont là et elle entend les deux enfants d’Auguste donner un peu de joie dans la maison.

Le temps passe, les années se succèdent trop vite au gré de tous, sœur Saint-Marc revient à Tarbes à la Maison-Mère dans les années 1930 et meurt le 20 janvier 1944 après une courte maladie très douloureuse, veillée par ses trois sœurs de naissance Marie, Félicie et Victorine auxquelles s’est jointe leur belle-sœur Thérèse.

Des destins différents dans une Barousse fermée et repliée sur elle-même, des traditions nées d’une vie rude et de la religion… Marianne, Clémentine, Amélie, Félicie, Marie et Victorine ont été le symbole d’une société dominée par les hommes mais si elles ont cédé à leurs diktats, elles ont été grandes comme toutes les autres…

Jackie Mansas

Régent : dans le midi, l’instituteur

Sources : sœur Martine de la Congrégation FNDD, Maison Saint-Frai à Tarbes pour la vie religieuse des sœurs Saint-Martin. Pour le reste, documents personnels et témoignages oraux ; internet : Wikipedia et les liens qu’il faut suivre impérativement. Monographie de l’instituteur d’Ourde de 1887.

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