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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Au fil des années à Bertren..

Publié par Jackie Mansas sur 10 Janvier 2016, 20:50pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

 Tour 1950 dans les Pyrénées http://sports.loucrup65.fr/tour1950.htm. Photo : les trois "chipies" bien sages ce jour-là
 Tour 1950 dans les Pyrénées http://sports.loucrup65.fr/tour1950.htm. Photo : les trois "chipies" bien sages ce jour-là

Tour 1950 dans les Pyrénées http://sports.loucrup65.fr/tour1950.htm. Photo : les trois "chipies" bien sages ce jour-là

Les élections au village de Bertren sous la Vème République.

Avant de raconter la vie politique de ce village, il faut se plonger dans ...

1 – Les souvenirs ! Commençons par les années 50, celles de mon enfance...

Bertren a toujours été une commune ou deux clans politiques s'affrontaient à tous moments de la vie publique, c'était vraiment amusant d'écouter tout ce qu'il se disait – surtout en gascon - et en français quand les bourgeois ou bien des étrangers étaient là, pour la petite fille curieuse que j'étais.

Il y avait les Blancs, droite traditionnelle alliée à l’Église et rondement soutenue par les religieuses de l'hospice. On y retrouvait les familles riches du village, les rentiers et certains agriculteurs au passé « glorieux » mais qui avaient été relégués une classe en dessous !

Et de l'autre côté, il y avait les Rouges, les communistes, nombreux pour un si petit village et absolument détestés par la droite qui les taxait de tous les maux. En particulier d'être au service du Diable car ils osaient lire La Terre et l'Humanité ! De leur côté, ils les traitaient de culs-bénits, de béni-oui-oui, de grenouilles de bénitiers et de profiteurs du pauvre peuple.

Cela ne dérangeait personne. Lorsque les uns et les autres avaient besoin d'un service que le clan adverse pouvait rendre, le demandeur faisait profil bas et le demandé jubilait en acceptant tout aussitôt. Tout le monde s'aidait.

Et au milieu, les Roses (radicaux-socialistes) majoritaires, arbitraient les combats sur la place publique ou bien au bistrot et bien des fois, en général au moment des élections, les discussions sur fond de chopines bien remplies se terminaient par des pugilats d'anthologie ! Les cris et le bruit des coups de poings me terrorisaient, j'allais me cacher sous le lit !

Nous étions nombreux, nous les jeunes nés après la Libération de 1945, mais les garçons et les filles ne jouaient pas ensemble en dehors de l'école, et encore là, c'était plutôt très rare. J'étais une petite fille hyperactive qui courait partout et grimpait aux arbres pour me gaver de fruits. Maman m'avait demandé un jour si j'étais décidée à installer mon lit en haut des branches car j'avais fait une razzia pas possible dans la récolte de cerises ce qui m'avait valu une indigestion de premier ordre ! J'étais en concurrence avec des merles qui me regardaient faire et nous avions conclu un marché : moi je prenais le premier étage de branches et eux, le second, ce qui me paraissait équitable ! A part que je mangeais plus vite qu'eux, alors à un moment donné, forcément, j'ai empiété...

La crise de coliques monumentale qui m'a clouée au lit une journée et deux nuits ne m'a pas empêché de recommencer l'année suivante !

Pour nous gaver de pêches, ma sœur de trois ans ma cadette et moi avions trouvé un moyen de les attraper car il nous était impossible de grimper dans l'arbre vu la finesse des branches. Maman nous laissait à la garde de Manolo, un espagnol qui avait fui le franquisme en 1939 et trouvé refuge à l'hospice. Les religieuses l'avaient pris sous leurs "ailes" après sa sortie des hôpitaux où il avait été soigné pour les graves blessures qu'il avait reçues mais la nuit ne le quittait plus désormais. Il était jeune encore, une trentaine d'années et gentil à un point tel que j'ai un peu honte maintenant de l'avoir fait tourner en bourrique car il nous adorait ! Mais je viens de comprendre qu'en fait, il savait qu'on profitait de lui car on l'aimait et on avait confiance en lui et qu'il l'acceptait totalement.

Comme maman ne voulait pas que l'on touche aux pêches vu les coliques prévisibles, on l'avait convaincu de nous les faire tomber, ce qu'il faisait en tournant la tête de tous côtés comme pour surveiller si elle arrivait par surprise. On riait aux éclats car on savait qu'il ne voyait pas. Tout cela aurait pu durer longtemps sans que maman ne se doute de rien mais c'était sans compter sans notre polissonnerie qui nous a perdues ! En fait et je pense que vous allez être d'accord avec moi, trois pêches à la fois ce n'était pas assez pour des estomacs affamés de fruits défendus.

S'ils avaient été autorisés….

Je vous assure que je comprends Adam et Ève !

Bon, bref, ce jour-là, Manolo décida de faire du vélo – je vous rappelle qu'il était aveugle – mais il avait repéré les lieux dans ses moindres détails. Il commença à tourner autour de la cour doucement puis de plus en plus vite et on riait en criant et en applaudissant car il imitait les commentateurs du Tour de France que tous les hommes et même certaines femmes écoutaient à la Teuseufeu ! En l'espace de 10 minutes, il avait grimpé en triomphateur l'Aubisque, le Tourmalet, l'Aspin et le Peyresourde ! Pris le maillot jaune à Luchon et tout d'un coup, décidé à entrer le premier au Parc des Princes bien accompagné de ses coéquipiers, il s'arrêta devant nous et nous dit de monter, moi sur la selle et ma sœur sur le porte-bagage. Ce que nous avons fait sans nous faire prier ! Déjà, le goût du risque….

Il s'apprêtait à entrer dans le Parc des Princes en vainqueur après nous avoir fait faire au moins cinq tours dans la cour qui était vous le devinez, la ville de Paris, par le tunnel menant à l'entrée du Parc sous les vivats de la foule en délire (nous deux braillant tout ce qu'on savait) mais il avait mal calculé sa trajectoire et avec nous sur le vélo, il dévia et comme j'avais immédiatement compris que si je le guidais vers le pêcher, les fruits tomberaient, je m'agrippais à la barre du vélo, ma sœur coinça la roue avec ses jambes et comme il était déjà déséquilibré, il fila droit sur le tronc ! On sauta vite à terre pour le regarder se dépêtrer de tous les fruits qui lui tombaient dessus !

Le pauvre !

Manolo, je vous demande pardon...

Comme il portait les cheveux un peu longs et un drôle de chapeau, une grosse pêche se coinça dedans et il ne s'en aperçut pas…

Il venait de s'extirper de tout ce gâchis quand le petit portail de la rue s'ouvrit et…. Aïe, aïe, aïe… Il s'ensuivit une engueulade maison que Manolo accepta sans broncher « Mais enfin Manolo, vous auriez pu vous tuer et tout cela pour faire rire ces chipies qui profitent de votre gentillesse »…. Comment elle avait pu deviner ? « Regardez vous, en plus vous avez une bosse sur le front et des égratignures et vous boitez ! Rentrez à l'hospice, la sœur Saint-Laurent va vous soigner ! ». Et Manolo s'éloigna en boitant et en poussant le vélo dont la roue était cabossée… Quant au guidon...

Avec la pêche du forfait qui pointait au dessus de sa tête !

Quant à nous, nous avons reçu une fessée, je ne vous dis que ça ! Et nous n'avons pas pu manger une seule pêche car elle les a toutes ramassées pour en faire des confitures que nous n'avons pas pu goûter avant que ne soit écoulé le mois de punition !

Et nous n'avons plus été gardées par notre ami qui s'était fait enguirlander - en plus - par les religieuses !

J'aimais tellement Manolo... il était si rigolo, si gentil ! Il nous a été interdit d'aller le voir pour jouer avec lui. Je crois aussi que, tant maman que les sœurs, elles ont eu peur qu'il cède encore à tous nos caprices et que cela finisse par un accident grave. C'est son absence qui nous a le plus punies !

Néanmoins, il ne renonça pas à sa passion.

Il y avait aussi à l'hospice, comme pensionnaire, un adorable "petit homme" que tout le monde appelait Monsieur Jean. Le "monsieur" était obligatoire - les religieuses y tenaient - car il était l'héritier d'une riche famille. Leurs différences les rapprocha et ils ourdirent un complot dans le dos des sœurs. A savoir que pour avoir la joie de se promener sur toutes les petites routes du coin à bicyclette - chacun ne pouvant le faire seul mais ensemble ce devenait possible - Manolo, aveugle, pédalerait et Monsieur Jean le guiderait.

Comment vous dites-vous ?

Jean ne mesurait qu'un mètre, peut-être même un peu moins et ses jambes ne pouvaient le soutenir longtemps aussi ne marchait-il que très peu et ne sortait-il quasiment pas sans voiture pour le transporter. Ils réfléchirent au problème et trouvèrent très vite la solution : en s'asseyant en amazone sur la barre tout en étant retenu par un harnais à la taille de son complice, il pouvait diriger le coureur non voyant ! Totalement inconscients, ils étaient...

Et ils en firent des tours et des détours !

On se souvint longtemps de la frayeur qu'ils causèrent aux automobilistes qui les croisèrent sur toutes les routes qu'ils empruntaient.

Le jour qui resta dans toutes les mémoires mais qui signifia également la fin de leurs exploits, fut celui où, descendant de la Barousse en pédalant comme un fou, Manolo tenta de négocier le tournant des Four à Chaux d'Izaourt alors que des voitures arrivaient dans les deux sens. Monsieur Jean, rouge comme une pivoine et mort de rire – il faut dire qu'ils étaient allés se désaltérer dans un café de Mauléon-Barousse après avoir grimpé le Gouhouroun – guidait Manolo qui se prenait encore pour le vainqueur du Tour de France. Ils chantèrent à tue-tête tout au long du trajet, traversèrent Izaourt à toute allure et débouchèrent au carrefour des Fours à Chaux (dit de Castans) sans pouvoir ni ralentir ni freiner.

Monsieur Jean rigolait tellement qu'il ne réussit pas à indiquer à Manolo, tout aussi vermillon et hilare que lui, la manœuvre à effectuer à temps. Manolo lâcha le guidon une seule minute juste au moment où il devait revenir vers le bas-côté de droite pour tourner vers Bertren. Le vélo tangua, il réussit à éviter le bas-côté gauche où se trouve le socle de la croix de mission en zigzaguant et se retrouva face aux voitures qui arrivaient dans les deux sens. On entendit les freins et les pneus hurler à mort, des coups de klaxon rageurs mais Manolo, sur les conseils de Jean, les esquiva par miracle et se retrouva dans le bon sens pour rentrer à Bertren…

Bien entendu, il fallut que quelqu'un les dénonce...

La sentence tomba très vite : après une engueulade des sœurs qui s'entendit de loin, un sermon énergique du curé, celui autoritaire du maire, celui rouge tomate des voisines qui déclarèrent doctement "qu'il y avait un Bon Dieu pour les ivrognes" (pour une fois quand même....), Ils furent interdits de vélo définitivement. Mais, mais... leurs copains surent les aider sans que les religieuses ne le sachent….Jusqu'à ce que Manolo tombe malade et meure.

Je n'ai appris sa disparition que bien des années plus tard et cela me causa beaucoup de peine. Je reprochais à maman de ne pas me l'avoir dit et elle me répondit que j'étais à l'époque trop jeune pour avoir autant de chagrin !

Comme quoi, elle avait tout compris !

C'était un type bien.

Et nous de sacrées chipies mais nous savions aimer….

Jackie Mansas

8 janvier 2016

Commenter cet article

JUNE 23/02/2016 12:26

Les fruits défendus sont toujours les meilleurs ! même de nos jours !

Jackie Mansas 23/02/2016 15:43

Bonjour et merci de vote commentaire plein de bon sens. Je suis tout à fait de votre avis et absolument persuadée que la gourmandise n'est plus un péché !

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