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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Destins de femmes ....

Publié par Jackie Mansas sur 25 Janvier 2016, 11:56am

Catégories : #Les femmes des Pyrénées autrefois

Marcelle le 21 avril 1945 avant le bal chez "l'Américaine"

Marcelle le 21 avril 1945 avant le bal chez "l'Américaine"

Chapitre I : Le mariage...

1 - Marcelle et Simon un couple fusionnel

Ils se sont mariés à Bertren le 21 avril 1945 après trois années de fiançailles et ce fut un beau jour qui se termina par un bal, le premier depuis 5 ans !

Le repas fut animé et l'on chanta beaucoup. C'est au dessert que Simon eut l'idée d'offrir aux jeunes l'occasion de danser. Toute la noce accepta avec enthousiasme et la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Madame Crouzet que l'on surnommait « l'Américaine » car elle avait séjourné quelques années à New York, prêta la grange d'une de ses maisons. Elle l'avait louée à des couples de réfugiés dès 1940 et le dernier d'entre eux, vu que la France était libérée, était reparti pour Paris récemment. Dans la joie la plus complète, les jeunes nettoyèrent le sol et les murs et les décorations de fête qui sentaient le moisi sorties de leur malle rendirent le lieu aussi beau qu'une salle de bal de Débutantes ! Toutes proportions gardées bien entendu...

Et dès que la nuit tomba, une grande partie du village dansa au son de l'accordéon jusqu'au bout de la nuit.

Ce mariage fut, malgré les aléas de la vie, heureux mais le 12 janvier 1973, Simon s'en alla pour toujours laissant son épouse dans la plus grande tristesse.

Revenons sur ces 28 années de vie commune.

Dans les Pyrénées, il était d'usage si l'on appartenait au « petit peuple » de ne pas se montrer en public ensemble quand on était mariés officiellement ! Officieusement, c'était autre chose, n'est-ce-pas, cela allait de soi, on faisait semblant de ne pas se connaître…

Les femmes d'un côté, les hommes de l'autre ! Pour Marcelle, il n'était pas du tout question de sortir l'un sans l'autre, ils étaient mariés donc, ils devaient rester ensemble. Son rêve s'était réalisé, elle avait épousé un Français - elle avait refusé avec obstination tout projet de flirt avec les Italiens et les Espagnols qu'elle jugeait machos - et entendait vivre comme toutes les françaises, libre d'aller et venir, de sortir, de lire et d'aller au cinéma et au théâtre, sa passion ! Rien ne devait changer. Bien qu'elle avait adoré son père, (décédé en janvier 1927) elle s'était bien rendue compte que sa mère était à son service comme il était d'usage en Italie et trouvait entre autre choses, indécent qu'elle lui enlève ses chaussures mais c'était comme ça.

Elle lisait beaucoup et à Mauléon-Barousse, bon nombre de jeunes femmes dites « libérées » mais en fait tout simplement féministes lui avaient expliqué qu'il fallait se battre sans cesse pour obtenir un jour d'être les égales des hommes totalement. Aux Chalets Saint-Nérée à Ferrère où elle avait travaillé quand il y fonctionnait un établissement thermal renommé, la femme parfaite qu'était à ses yeux Jacqueline Auriol qui prenait le temps chaque année avec son mari de venir savourer la cuisine de la propriétaire à la saison des champignons, lui avait recommandé de ne jamais se laisser faire par n'importe quel homme et dans n'importe quelle situation.

Elle savait ce qu'elle voulait au niveau du mariage et ne répondit toujours qu'aux galanteries des Français ! Il faut dire qu'elle était une jolie femme aux cheveux auburn bouclés et aux yeux changeants tantôt bleu ciel, tantôt vert, tantôt gris argent… Et que sa gentillesse alliée à une réserve que l'on ne pense pas trouver chez quelqu’un dont les origines se trouvent être dans un pays méditerranéen, la rendait « populaire » au sens actuel du mot.

Il faut y ajouter une personnalité hors du commun !

Pour elle, c'était cela le mariage, un homme et une femme unis dans le respect l'un de l'autre.

Et Simon, qui au début de son union continua durant quelques temps de sortir avec ses copains comme il seyait à un « mâle » dominant, copiant en cela les maris du village et de la région en majorité... comprit très vite que sa place était au foyer avec sa femme parce que tout simplement, il y trouva son compte : c'était cela aimer…

Mais, mais, il y avait une autre raison pour elle de garder « son monde » auprès d'elle : étant angoissée de nature, elle n'allait pas le laisser s'éloigner d'un iota en cas qu'il lui arrive quelque chose !

Il faut dire que l'angoisse qui la dévorait nous a fait vivre - à nous ses enfants - en fonction d'elle et cela n'a jamais été facile !

Quoiqu'il en soit, cela n'a pas déplu à notre père car lui aussi ne pouvait s'empêcher de la chercher s'il ne la voyait plus depuis un moment. Le ballet des recherches était trop drôle ! « Tu as vu ta mère ? », puis l'écho : « Tu sais où est ton père ? ».

Aujourd'hui, on leur aurait offert un GPS à chacun …

Comme nous avons ri de les voir faire ! Tout le monde savait que si l'on en voyait un, l'autre n'allait pas tarder à apparaître et si l'un s'éloignait, l'autre le cherchait. Mais quand ils étaient ensemble, ils n'arrêtaient pas de se chamailler, pas de se disputer, non, de se chamailler !

Les frictions étaient obligatoires car ils avaient des caractères opposés mais quelque part, ils se ressemblaient. Aussi têtus l'un que l'autre, si l'un d'eux devait céder, il se vengeait ensuite .

J'ai attrapé de ces fou-rires !

Florilège :

a - le travail au jardin ou au champ de maïs pour le sarclage :

Chacun prenait une rangée mais à bout opposé car elle travaillait à droite et lui à gauche ce qui fait qu'à un moment donné, ils allaient se retrouver au même niveau et donc, prendre une nouvelle rangée. Seulement, seulement, c'était là que le drame arrivait : comme un avait sarclé d'un côté et l'autre de l'autre côté et pas de la même façon, à savoir qu'elle, elle enlevait jusqu'à la moindre petite herbe, lui enterrait le tout pour « engraisser » la terre - mais il ne recouvrait pas les herbes entièrement, ce qui faisait qu'elles se voyaient et donc ça « n'était pas propre ! » et « qu'est-ce que c'est que ces manières d'enterrer les graines des mauvaises herbes : elles allaient repousser en double ! » - à ce moment-là du récit que croyez-vous qu'il arrivait ? Et bien, après quelques reproches bien sentis à savoir elle vers lui qui regardait les pieds des plants propres comme des sous neufs dubitativement, il y en avait un qui s'en allait en colère. Mais un ne disait rien et prenait son vélo pour aller faire un tour tandis que une râlait. Dans le cas contraire, elle déclarait doctement le doigt levé « que du moment qu'on ne pouvait pas travailler avec lui et que elle, elle ne faisait pas un travail de cochon, elle préférait faire autre chose » !

Ils savaient tous les deux pertinemment comment l'association d'un jour allait se finir mais ils recommençaient ! Je me suis toujours demandé si en fait, ils ne le faisaient pas exprès TOUS LES DEUX d'agir ainsi !

Cette situation a duré quelques temps puis sans doute lassés l'un de l'autre pour travailler ensemble, ils ne le firent plus qu'à tour de rôle !

Dans ce domaine-là, il y aurait un dictionnaire à écrire !

Mais je vais me limiter à quelques histoires pour cette fois.

b - pourquoi porter des lunettes quand on ne sait jamais où on les met (soi-disant)

Ah ! Ces lunettes ! Elles ont été un combat… En fait, Simon, depuis son accident en juin 1914, - le timon du tombereau lui était tombé sur la tête à l'âge de 9 ans et avait provoqué un coma de 8 jours – n'entendait ni ne voyait pas bien. Et pourtant, il n'avait jamais vu un ophtalmo de sa vie avant la soixantaine et conduisait la moto et la voiture, faisait du vélo et heureusement qu'il n'y eut pas beaucoup de circulation sur les routes durant toute sa vie ! Sinon…

Il s'était habitué à voir imparfaitement et ma foi, vivait à peu près bien. Avec l'âge, la presbytie s'en mêla et comme tous les myopes il vit mieux de loin donc, se sentant rajeunir, il « oubliait » ses lunettes de « vieux ». Ce qui faisait râler sa femme « Simon, mets les lunettes pour lire, tu vas attraper une crampe au bras et ce sera bien fait ! ». Bien évidemment, il lisait le journal à bout de bras. Mais je me suis toujours demandé s'il ne le faisait pas exprès pour la faire râler car je l'avais surpris un jour - il ne m'avait pas entendue rentrer, alors qu'il savait qu'elle était allée passer un moment chez la voisine - lire normalement avec…. les lunettes ! J'avais fait semblant de ne rien remarquer…

Vu le sourire mutin !

Et l'esprit évident de contradiction...

Le drame – car c’en fût un – éclata un soir avant le repas. Maman arriva vers moi qui était en train de faire mes devoirs (j'étudiais par correspondance avec le CNED à l'époque le CNTE) après avoir ouvert le frigo et fouillé parmi les provisions : « Tu as donné à manger aux chats ? Je ne trouve pas la boîte que j'ai ouverte ce matin ! »

Ah ! Non, non, je n'avais pas donné "à manger" aux chats.

Elle sursauta car elle voulait savoir où était passée cette boîte vu que le chat miaulait ! Elle s'adressa à mon père qui avait l'habitude de gâter les animaux à tout bout de champ, d'ailleurs il partageait le sandwich du goûter avec Karolus le chien épagneul adorable : une bouchée chacun... « Simon ! Tu as pris la boite dans le frigo ? » Nuance tout de même : à moi « tu as donné » à lui « tu as pris » !

Il était en train de regarder la télé – sans lunettes, bien sûr, si on lui avait demandé pourquoi, il aurait répondu « je ne sais pas où elles sont » - mais prit la peine de répondre oubliant qu'il était sourd, n'est-ce-pas : « Oui j'ai mangé le pâté qu'il y avait dedans avec du pain mais il n'était pas aussi bon que d'habitude : Karolus a aimé lui ».

Tiens donc… Vous m'en direz tant….

Un ange passa….

Et puis la foudre tomba :

- Mais c'était la pâtée des chats ! Tu as mangé la pâtée du chat ! Si tu mettais tes lunettes – on ne les a pas achetées pour faire joli le jour où tu voudrais les mettre sur le nez - tu aurais vu que ce n’était pas du pâté pour nous ! Et puis ça n'existe pas du pâté en boîte pour les humains ! Tu vas être malade…

Je vis mon père blêmir, il prit conscience de la bêtise qu'il avait faite et eut, je crois, peur d'être empoisonné. Morte de rire, j'essayais d'arranger la situation mais je dus baisser pavillon car elle ne décoléra pas de la soirée ! Elle termina sa diatribe par une constatation évidente : « Qu'est-ce que je vais donner aux chats ce soir ? Il ne restait que cette boîte ! ». La connaissant, elle n’allait pas les laisser sans rien et bien évidemment, ils eurent droit aux restes de midi : ils s'en pourléchèrent les babines. A mon avis, ils ont dû penser qu'il devrait oublier ses lunettes plus souvent…

Quant au coupable d'un tel forfait, après avoir passé une nuit à se demander s'il n'allait pas être malade, dès le lendemain, ce fut drôle, mais il sut désormais où se trouvaient ses lunettes : sur son nez…. Pourtant, pour elle, un autre combat commença : lui faire nettoyer les verres ! Ce ne fut pas une mince affaire là aussi….

Mais c'est une autre histoire....

Jackie Mansas

25/01/2015

A suivre

Commenter cet article

Jackie Mansas 06/02/2016 12:57

merci Othello, cet article vous rappelle-t'il des souvenirs ? Pardon de ne pas avoir répondu plus tôt, aujourd'hui je réponds à tout le monde en même temps. Si vous avez des souvenirs à raconter ne vous gênez pas. Bonne journée.
Jackie Mansas

Othello 27/01/2016 19:21

Bravo, super

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