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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Patrimoine oublié de Barousse

Publié par Jackie Mansas sur 29 Décembre 2015, 19:40pm

Catégories : #Patrimoine oublié de Barousse

Patrimoine oublié de Barousse
Patrimoine oublié de Barousse

LA CROIX DU CAP DETH MAILH ( suite)

La croix du Cap deth Mailh :

Dite croix de chemin

Au sud-ouest du village de Saléchan, un sentier part vers le mailh de Pourchingles aujourd’hui très boisé et rejoint le soum du Cot de Caudous puis une succession de sommets qui forment jusqu’à Sost, la crête du massif de Hourmigué.

D’où le nom donné à cette croix dite de chemin, de Croix du Cap deth Mailh ce qui veut dire du sommet (ou de la tête ou l’extrémité) du mailh.

Sur les flancs de cette montagne, se trouve tant sur le versant Est que sur le versant Ouest, un grand nombre de granges foraines sans doute bâties au 17ème siècle et au 18ème siècle jusqu’à la Révolution de 1789, au milieu de parcelles soit boisées, soit en pâture.

Sur les cartes du 18ème siècle, le sommet de cette montagne qui est également une crête rejoignant le massif du Hourmigué, on voit qu’il y a une très grande pelouse parsemée de bouquets d’arbres. On remarque bien que cet endroit de moyenne altitude est occupé en permanence soit par les animaux qui pâturent, soit par les bûcherons qui coupent le bois, soit par les paysans qui fauchent le foin. Précisons toutefois que lorsque Cassini a dessiné ces cartes – qui sont une référence sur le 18ème siècle - les forêts sont surexploitées. La population avait considérablement augmenté (il y aura jusqu’à 8000 habitants en 1850), et il fallut défricher puis cultiver les flancs des montagnes car on ne pouvait en aucun cas drainer et assécher la plaine à cause des nombreuses crues (on disait aygat) de la Garonne. Les récoltes étaient peu abondantes et vu que le climat de ce siècle a été exécrable (32 crues de la Garonne dont 3 terrifiantes), la misère ainsi que les maladies et les infirmités étaient légion. Et les forêts ont failli disparaître.

(Voir carte de Cassini IGN Géoportail)

Sur la carte d’État-major de 1864, on remarque de nombreuses bâtisses sur tout le mailh. Mais la forêt regagne. On exploite désormais la plaine de la Garonne et petit à petit les parcelles cultivées dans les pentes des montagnes diminuent. Elles deviennent des pâtures pour les animaux qui séjournent dans les granges et qui partent vers les estives du Hourmigué au printemps. Sur la carte IGN actuelle, elles ont presque toutes disparues, on trouve souvent la mention ruines.

Le chemin « camin en gascon » traverse le quartier dit d’Escalanon et passe avant de reprendre la pente du mailh de Pourchingles, à proximité d’une source dite de Pourchingles à 969 mètres. Vers l’Est, entre ce mailh et celui de Cos coule la fontaine du mailh de Cos. Deux autres sources sourdent vers le village. Ce massif est donc très boisé et l’eau ne manque pas, c’est pour cela qu’il a été exploité de tous temps.

Nous remarquons tout un réseau de sentiers reliant les villages les uns aux autres et rejoignant les sommets des montagnes.

Ces sentiers sont donc des « camins » qui existent depuis toujours, sans doute depuis la Préhistoire. Ils ont été empruntés par des centaines de générations avant l’ouverture de la route nationale 125 dite route royale en 1755 lorsque d’Etigny la fit construire.

Jusqu'à la fin du 18ème siècle, on utilisait principalement les anciens chemins de montagne. Pour arriver de Sost et de Mauléon-Barousse, il était plus facile, si on devait aller aux marchés et aux foires de Saint-Béat, de prendre le chemin dit des fromagers qui partait de Peyremilla à Sost. Il traversait le quartier dit le Laquet à Mauléon – il y avait une chapelle dédiée à Sainte-Catherine qui a disparu depuis longtemps - où les pèlerins allant vers Saint-Jacques de Compostelle par les ports de la Barousse ou se dirigeant vers Saint-Bertrand de Comminges pouvaient prier. Sainte-Catherine est la patronne des voyageurs. Du Laquet, il se dirigeait vers Cazarilh et à Thèbe (la route du Gouhouroun n’existant pas) prenait le chemin de Mayrou pour se retrouver à Siradan.

De là le chemin était assez entretenu pour arriver à Saint-Bertrand : Siradan, Sainte-Marie, Bagiry mais comme la route n’existait pas en l’état, on prenait l’ancien chemin dans la montagne qui rejoint Bertren et de là Anla, Izaourt, Sarp et Saint-Bertrand.

Pour rejoindre Saint-Béat, il y avait deux solutions :

- soit à Saléchan, on traversait la Garonne sur un bac au port qui se trouvait – on suggère – au niveau du pont d’Ore

- soit on continuait jusqu’à Cierp pour passer par le pont en pierre ;

Pour rejoindre Esténos et Cierp, on prenait à partir de Thèbe le chemin qui descend sur Saléchan, on traversait le village et on longeait la montagne jusqu’à destination.

Mais il est bien évident que lorsque l’on avait :

- un attelage qui tirait un tombereau dans lequel avaient pris place soit un cochon ou un veau ou bien les deux, des agneaux, des volailles et des sacs de grains

- dans une besace sur le dos et dans les sacoches accrochées au dos de l’âne, de bons et gros fromages affinés à point et quelques légumes et fruits,

il fallait impérativement demander à Dieu ou bien à la Sainte-Vierge d’aider à faire de bonnes affaires c’est-à-dire de tout vendre et si possible à un bon prix.

Pour être exaucé on faisait une halte à la chapelle de Sainte-Catherine, puis on arrêtait le convoi à Saléchan pour aller prier un peu plus haut devant la si belle croix du Cap deth mailh. Et puis on repartait le cœur un peu plus léger. En revenant, si la vente avait été bonne, on s’arrêtait à nouveau pour remercier. Dans le cas contraire….

Et les pèlerins faisaient de même ! En conclusion, nous voyons donc que nous avons tous les ingrédients d’une société bien structurée autour de la montagne, de l’Antiquité à la fin de l’Ancien Régime, c’est-à-dire jusqu’à la révolution de 1789 :

  • un terroir peu facile à cultiver et demandant beaucoup d’efforts mais qui à force de travail pouvait arriver à faire vivre toutes les familles s’il n’y avait pas trop d’aléas climatiques

  • un boisement diversifié en essences de lumière d’abord : charmes, merisiers, noisetiers, bouleaux, tilleuls, châtaigniers, chênes rouvres et verts, frênes, buis…

  • en essences d’ombre : des hêtres en majorité et quelques sapins

  • des montagnes portant également de grandes étendues d’estives qui peuvent recevoir les troupeaux de la Saint-Médard à la Saint-Michel. On peut fabriquer les fromages tous les jours avec du lait parfumé aux herbes de montagnes dans l’enceinte du « courtaou ou cortal » c'est-à-dire l’enclos autour de la cabane, sous la houlette du Majouraou, le chef des bergers-fromagers

  • l’occupation des estives par les animaux permet la récolte du foin ainsi que du regain qui servira à la nourriture l’hiver en totalité dans les villages

  • de l’eau à foison

  • des villages bien protégés des crues et du vent

  • un fleuve et des ruisseaux regorgeant de poissons et de crustacés

  • une autorisation de chasser accordée par le seigneur dans les Coutumes de 1300.

  • un réseau de routes - impraticables lors de grandes pluies si elles sont en bordure de la plaine mais par contre toujours praticables dans la montagne, - qui relie les villages et les villes où se tiennent les marchés et les foires.

  • un réseau d’auberges pour les voyageurs

  • des églises et chapelles, des autels dédiés à Marie…

  • des lieux secrets où les légendes abondent…

  • des curés débonnaires et permissifs

  • peu de seigneurs qui n’ont que le droit de ne rien réclamer et qui doivent payer les impôts comme tout le monde

  • une administration lointaine qui ne vient que pour relever les impôts et en cas de délits graves.

  • une solidarité sans limite, soudant tous les habitants dans le même respect de la vie d’autrui

  • et surtout, surtout, le caractère bien trempé des Baroussais qui ne les fait céder en rien et les entraîne à toujours tout contester : tous des « caps bourrut » !

Tout changera au 19ème siècle lorsque les Baroussais devront accepter d’être français et de se conformer aux lois ! Comme tout le monde…

Avant de vous raconter les coutumes des habitants le jour du solstice d’été, je vais vous décrire cette croix.

Observons les extrémités des trois branches qui sont ornées de trois motifs plus ou moins arrondis. On se souvient que cette croix a été imaginée pour orner un blason seigneurial et donc dans ce cas on dit que les branches sont pommetées.

Lorsqu’elle est devenue un objet de culte, on lui a donné tous les symboles de la religion chrétienne en prenant soin d’y intégrer les croyances ancestrales.

Dans ce cas, les pannetons pourraient représenter la fleur de lys en référence au roi. Mais ils respectent bien la règle des 3 motifs qui, dans toutes les religions et en particulier dans le catholicisme, a une symbolique particulière.

Nous pouvons penser que ces trois motifs sculptés sont la représentation du mystère de la Trinité : le Père, le Fils et l’Esprit Saint. On retrouve ce chiffre de nombreuses fois dans la Bible et les Évangiles : Pierre a renié Jésus trois fois, Jésus a été trahi par Judas pour 30 pièces d’argent, Il a été crucifié à la 3ème heure. Les ténèbres ont duré 3 heures après sa mort. Et tant d’autres…

Dans la mythologie païenne, cette triade pourrait représenter le temps passé, le présent et le futur dans les croyances anciennes…

Mais si nous additionnons les trois motifs des trois branches, nous arrivons au chiffre 9 qui semblerait symboliser les 9 dons de l’Esprit-Saint : la sagesse, l’intelligence, la connaissance, la force, la science, la piété et la crainte de Dieu.

Le cœur de la croix au croisement des branches :

Cet endroit particulier est toujours orné de sculptures qui ont un rapport avec la Résurrection du Christ. Car ce centre est le cœur de Jésus.

Sur la croix du Cap deth Mailh, on voit deux cercles concentriques de diamètres différents. Le plus petit est un Lauburu à six virgules tournées vers la droite. Il peut signifier :

  • la marche du Temps sur une journée : le soleil se lève à la sixième heure, il est à son zénith à la douzième, il se couche à la 18ème et le jour change à la 24ème soit 6 fois 4 = 24 (il faut calculer par rapport à l’heure solaire bien évidemment…).

  • Adam, le premier homme, a été créé le 6ème jour par Dieu… etc.

Le second cercle est plus grand, on compte 8 motifs géométriques ayant plus ou moins les contours de pétales de fleurs formant une sorte de roue (très répandue dans la Gaule ancienne). On peut penser qu’il s’agit d’une représentation du soleil avec 8 rayons. Le soleil est essentiel à toute vie sur Terre. Avec le retour du printemps, c’est le renouveau de la Nature et la promesse de belles récoltes mais aussi avec Pâques, la Résurrection du Christ.

Ces huit figures pourraient, aussi, symboliser les gouttes de sang qui se sont écoulées du cœur de Jésus percé par la lance du soldat pour vérifier qu’Il était bien mort.

Nous pouvons également trouver dans le dessin de ce motif une représentation de la coquille Saint-Jacques en référence aux pèlerins de Compostelle qui empruntaient cette route pour se rendre à St-Bertrand de Comminges ou bien en en venant.

Nous avons donc sur ce monument religieux scellé dans un rocher d’un sentier de montagne en partie oublié, plusieurs composantes des croyances populaires :

  • chrétiennes : la Trinité, la mort de Jésus sur la croix, sa Résurrection, la création de l’homme Adam, les dons que l’on reçoit par le baptême et qui permettent aux femmes et aux hommes de vivre en bonne harmonie.

  • païennes : le renouveau de la Nature, le soleil et le temps qui passe…

La tradition est perdue et l’on ne peut qu’extrapoler si les documents précis n’existent plus. Cependant, il nous faut préciser que la création et la pose d’un monument religieux étaient ardemment discutées par les autorités religieuses, seigneuriales et royales à Saint-Bertrand de Comminges. La population était consultée et la décision relevait de l’évêque et du donateur qui choisissaient également le sculpteur.

La protection divine ne pouvait être effective qu’après une bénédiction de l’évêque ou plus simplement du curé si le monument avait une moindre valeur.

Le motif originel datant du 10ème siècle et apparaissant pour la première fois sur un blason, repris au 11ème siècle par les comtes de Toulouse, il est fortement envisageable que la croix du Cap deth Mailh est postérieure au 12ème siècle. L’évangélisation de la contrée continuant car les populations étaient plus ou moins rétives, les créateurs ont composé avec toutes les croyances pour mieux les intégrer dans le catholicisme.

Sa présence sur ce sentier qui mène à la crête du mailh entérine ce fait car s’il avait été prévu uniquement pour les voyageurs, les pèlerins et pour des raisons économiques, la croix aurait été scellée à proximité de la route principale. Non, là elle est loin du village et indique la direction à prendre vers le sommet. On peut dire sans risquer de trop se tromper, qu’elle a, à cet endroit, un autre sens en plus : celui de garantir aux femmes et aux hommes qui prieraient devant elle, la protection de Dieu pour qu’ils puissent fonder et élever une grande famille.

Fêtes du solstice d’été

De tous temps les humains ont fêté le Soleil lors du solstice d’été car sans lui, rien ne peut vivre sur Terre. Chaque peuple le fête à sa manière, mais toujours avec la même symbolique : ce jour le plus long de l’année est le départ de l’abondance.

En effet, c’est à partir de juin que les récoltes commencent et que les femmes et les hommes doivent se préparer à fonder ou à agrandir leurs familles.

Pourquoi me direz-vous ? Tout simplement parce que les enfants devaient impérativement naître en hiver pour survivre tout simplement.

Les paysannes, contrairement à la légende qui dit qu’elles restaient à la maison, ont toujours abattu un travail considérable. Non seulement, elles devaient tenir leur maison, s’occuper de la basse-cour, des lapins et du cochon, entretenir le potager, élever leurs enfants et soigner les grands-parents, mais elles allaient en plus aider les hommes dans les champs pour les moissons, elles ramassaient les épis et la paille et édifiaient les meules, elles allaient faner, elles glanaient et aidaient à décharger les chars.

N’oublions pas qu’elles devaient faire les lessives (la grande une fois par mois) et chaque semaine pour le linge courant au lavoir (il fallait pousser la brouette !), les conserves et les confitures, elles fabriquaient le pain et étaient chargées de sa cuisson, soit chez elles soit au four banal sur la place du village (il fallait transporter le bois, nettoyer…), aider au pèle-porc etc.etc.

Leur vie quotidienne était bien remplie. Les seuls moments où elles se reposaient, c’était lors des offices religieux.

Dans ces conditions, d’avril à décembre, il leur était impossible de s’occuper d’un bébé.

Il fallait donc que les enfants naissent de fin décembre (après la « fête du cochon ») au début mars au plus tard pour que les mamans aient le moins de travail physique à effectuer et restent au chaud afin de ne pas tomber malade ce qui pourrait être fatal aux nourrissons. Un autre danger les guettait : en cas de grande fatigue due à un travail physique intense, le lait tarissait. Mais dans ce cas-là, les autres mamans prenaient le relais.

Jusqu’à la fin du 17ème siècle, dans les registres paroissiaux, on compte un grand nombre de naissances en janvier et en février ce qui confirme le fait que nos aïeules devaient impérativement tomber enceintes en mai, au plus tard en juin.

La gestation d’un enfant humain est de 39 semaines soit 273 jours de la fécondation jusqu’au terme. Elle varierait entre 268 et 273 jours.

Pour que l’enfant puisse naître en janvier, il faut le concevoir en mai de l’année précédente et pour qu’il puisse naître en février, il faut qu’il soit conçu en juin.

En étudiant les dates de naissance des parents on s’aperçoit que la plupart des femmes déjà pourvues d’enfant conçoivent en mai mais que les jeunes le font en juin car la fête du solstice leur est réservée. Il faut toutefois préciser que dans les siècles passés jusqu’à l’adoption du calendrier grégorien à la fin du 16ème siècle, mais qui ne fut effectivement appliqué qu’au 18ème siècle, le solstice d’été se trouvait, dans le calendrier julien, au début du mois de juin à la Saint Barnabé. Dès que la date de cet événement fut figée au 21 juin, on vit les naissances s’étendre jusqu’en mars et avril. Et de ce fait une augmentation assez conséquente de la population.

Tant que les peuples ont vécu en autarcie repliés sur eux-mêmes, les femmes ont été fécondes en même temps. On retrouve ce phénomène encore de nos jours dans les communautés féminines fermées comme les couvents, les prisons et les internats. Mais il pouvait y avoir des exceptions parmi toutes les jeunes femmes, à cause de l'âge, de la fatigue et des maladies et les périodes de fécondation pouvaient s'étendre sur tout le mois.

Une coutume païenne de célébration du soleil acceptée par l’Église puis intégrée dans le catholicisme sous une autre forme, celle des feux de la Saint-Jean :

Les changements de saisons ont toujours été pour tous les peuples et ce depuis les temps les plus anciens, des cycles de grandes réjouissances. Le solstice d’été marque la période où les jours sont les plus longs et de ce fait, les nuits les plus courtes. Il annonce les récoltes, les fêtes votives, les fêtes religieuses comme l’Ascension, la Fête-Dieu, la Pentecôte, la montée des animaux en estive et surtout la victoire de la lumière (le jour) sur les Ténèbres (la nuit) etc.etc.

Le jour du solstice a été marqué partout dans le monde par de grands feux allumés sur le point le plus haut du village face au soleil levant. Les danses succédaient aux danses, le vin coulait à flots, on riait, on s’amusait et on finissait par … faire des bébés qui naîtraient l’hiver de l’année nouvelle !

Et tout cela sous l’œil complice et amusé des prêtres. La bénédiction permettait à ce que la fête païenne devienne chrétienne par la magie d’un goupillon aspergeant de l’eau bénite !

En 1975, j’avais trouvé dans le dépôt de cailloux arrachés à la Garonne par Jean de Nardin d’Esténos qui exploitait le sable de rivière au niveau du pont d’Ore, un phallus en pierre assez grossièrement sculpté mais qui était très réaliste. Un tout vieux monsieur, courbé par les ans, qui me voyait chercher m’avait expliqué ce que représentait cette sculpture et à quoi elle servait puisqu’il avait vu sa mère et ses tantes s’en servir lorsqu’il était enfant à la fin du 19ème siècle.

Lorsqu’une jeune femme se mariait, elle recevait un phallus en pierre ou en bois, cela dépendait de la richesse de la famille, afin qu’elle soit protégée de la stérilité. Il y avait tout un rituel autour de cet objet qui n’est pas, il faut le préciser, un « sex-toy » comme on pourrait le croire. Son usage était uniquement symbolique. Et il était très souvent répété à l’approche du solstice d’été.

Devant une énorme pierre dite de fécondation (il y en avait une dans chaque montagne) en général posée à proximité d’une source, la femme qui désirait tomber enceinte, après avoir procédé à des ablutions dans l’eau claire, pressait le phallus sur son ventre en mouvements concentriques tout en priant pour être féconde. Un autre rituel consistait à frotter le ventre contre la pierre tout en récitant des Avé et des Pater et la cérémonie se terminait par un vigoureux signe de croix accompagné d’un amen tout aussi énergique.

Le grand jour étant arrivé, toute la communauté - la plus en forme bien évidemment - partait bien avant l’aube rejoindre la crête la plus proche. Dans le cas de Saléchan comme de son voisin Esténos - puisque cette croix porte le nom du mailh - les villageois se réunissaient sur la crête face à l’est. Des cris de joie saluaient le lever du soleil puis une messe était dite, dehors si le temps était au beau ou bien dans une grange en cas de pluie puis un pique-nique enjoué suivait avec des chants, des jeux, des danses et des rires jusqu’à la fin de l’après-midi. Les jeunes hommes avaient préparé un grand tas de branchages et de troncs bien secs sous le regard admiratif des jeunes filles. On pouvait avoir dressé dans les jours précédents, un tronc bien sec entouré de fagots, le brandon. Bien avant que la nuit ne tombe car il fallait redescendre ensuite, le dernier jeune marié de l’année enflammait les branchages et le feu s’élevait vers le ciel. Le curé le bénissait et les cantiques se succédaient. Ensuite, on pouvait regarder les garçons qui rivalisaient d’adresse pour sauter le brasier (le curé avait prévu des onguents contre les brûlures et des bandages) tandis que les jeunes couples « travaillaient » à fonder une famille au vu et au su de tous.

Personne ne disait rien puisque c’était pour la bonne cause.

Et l’on redescendait heureux, la tête remplie de rires, de chants et de rêves.

Et 9 mois après, les curés baptisaient les enfants du solstice…

Belle histoire, n’est-ce-pas ?

Au 19ème siècle le brandon se généralisa dans les villages et on le brûla dans des lieux appelés « tchars » qui devaient obligatoirement être tournés vers l’Est et le Pic du Gar. La coutume ancestrale de fête de sommet disparut sur l’injonction de l’Église qui voulut que l’on « se tienne bien » et que cette débauche païenne et blasphématoire cesse. A partir de là, les naissances se firent toute l’année …

Jackie Mansas

18 mars 2015

Où trouver des renseignements ?

Chercher tous les sites héraldiques sur internet

Idem tout ce qui s’est écrit sur les croix et autres légendes

Sites religieux

Mes travaux personnels résultant des recherches dans les documents tant écrits qu’issus de la tradition orale avec les témoignages des Anciens encore vivants dans les années 60-70-80, Gazette des Vallées et autres.

Et enfin, pour lire de bons auteurs sur notre région, je conseille les œuvres de Jean-Léonard Pène et Armand Sarramon. Depuis, peu de découvertes ont été faites, mais les livres de ces deux érudits restent le travail de base des connaissances sur le pays, formé par la tradition orale très étendue à l’époque où ils compilaient leurs recherches.

Voir aussi les livres historiques publiés sur la Barousse de Jean-Marc Chaduc et René Marrot (Ed Pyrégraph) ainsi que les publications de Gabriel Chantelot.

On peut également lire le dernier livre de Jacques Brau sur l'histoire de la Bigorre-Baronnie-Comminges-Barousse depuis la préhistoire à nos jours. Ed Caïrn.

Et enfin, les œuvres de Frantz-Emmanuel Petiteau sur les vallées d'Aure.

Egalement Henri Maurel et Jean-Luc Morinière.

Photos de la croix : N.B. professeur des écoles, Saléchan.

Les sentiers n'étant plus entretenus dans les massifs, il vaut mieux demander à la mairie avant de chercher à rejoindre cette croix.

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Gar12 06/02/2016 12:40

Pourquoi dites vous le dernier jeune marié du village alors que dans la Coutume de 1300 il est écrit les 4 derniers mariés de l'année ?

Jackie Mansas 06/02/2016 12:53

Bonjour,

Merci pour votre question. En effet dans les Coutumes il est mentionné que les 4 derniers mariés de l'année devaient allumer le brandon. Mais quand Bernard de Labarthe a écrit ces Coutumes, il l'a surtout fait en pensant aux "gros bourgs" de sa baronnie : Sarrancolin, Arreau, La Barthe de Neste. Vu le petit nombre d'habitants dans le fond des vallées comme la Barousse, il ne pouvait pas y avoir plus d'un couple qui se mariait dans l'année. Prenons l'exemple de Bertren qui au plus fort de son extension au 18ème siècle était une annexe d'Izaourt avec pas plus de 50-60 habitants et encore ! Alors en 1300 avec pour seuls terrains cultivables le plateau du Vignaou et Débat la Ribère soit pour 5-6 familles ! Croyez-vous qu'il y avait 4 mariages chaque année ? Il en est de même pour à peu près tous les villages : même Mauléon ! J'espère avoir répondu à votre question, ne vous gênez pas, si je peux répondre, je le ferai avec plaisir. Jackie Mansas

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