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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Le jour où j'ai appris que les filles et les garçons étaient différents...

Publié par Jackie Mansas sur 24 Juin 2016, 16:15pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Les filles naissent dans les roses et les garçons dans les choux. La cigogne les apporte à leurs parents
Les filles naissent dans les roses et les garçons dans les choux. La cigogne les apporte à leurs parents Les filles naissent dans les roses et les garçons dans les choux. La cigogne les apporte à leurs parents

Les filles naissent dans les roses et les garçons dans les choux. La cigogne les apporte à leurs parents

Ou plutôt, l'éducation sexuelle dans les années 50 dans les familles très, très, très chrétiennes...

Dans ma famille, il y avait des sujets que l'on ne devait absolument pas aborder sous peine de réprimandes plutôt vigoureuses. Et la différence entre les sexes étaient bien évidemment en première position, suivie de l'argent dont le fait de seulement en dire un mot déshonorait la personne et tout son entourage ! Ajoutons-y celui de se moquer du physique des autres et d'envier ceux qui se trouvaient socialement au-dessus ! Tout cela était un péché ! Mortel...

Dans le village grâce aux actions moralistes des religieuses qui manipulaient toutes les femmes en leur disant que de parler de sexualité aux fillettes en âge de se poser des questions conduisaient tout droit en Enfer, on ne pouvait jamais savoir comment on était arrivé sur la Terre à part que les filles naissaient dans les roses et les garçons dans les choux.... et que c'était une cigogne qui les apportait quand on les commandait ! C'est bête, je sais mais c'était comme ça. (1)

Je peux vous assurer qu'une fois que l'on était sorti de la réprimande générale, on se devait de respecter les règles... en ce qui concerne la curiosité sur ce qui différenciait les filles des garçons ! Par contre, ma mère ne transigeait en rien sur le fait de respecter les trois dernières raisons sur les quatre et elle avait raison ! Une fois que toutes ces notions ont été intégrées, la vie n'a été qu"un long fleuve tranquille" : je suis toujours contente et de bonne humeur, ce qui se passe autour de moi de négatif à savoir la course à l'apparence et à la simili richesse m'importe peu. Je préfère voir le verre à moitié plein que le verre à moitié vide mais à l'occasion, je n'en pense pas moins et il vaut mieux que personne ne sache ce que j'ai vraiment pensé !

Ceci dit, je ne me suis rendue compte que les filles étaient différentes des garçons "pour faire pipi" que vers l'âge de 7 ans le jour où j'ai pu observer une scène quelque part cocasse mais en même temps extrêmement méchante et humiliante.

C'est donc en mars 1955, qu'après avoir joué comme des folles avec ma sœur pendant que tous nos copains étaient à l'école (2) et que nous avions décidé de nous cacher derrière un haut mur pour observer en catimini les villageois qui allaient et venaient, que j'ai pu assister à cette scène qui m'a montré à quel point l'humanité pouvait avoir un drôle de comportement !

La rue était calme et tranquille lorsque nous avons vu arriver un homme tenant une feuille de journal à la main que nous avons tout de suite reconnu mais comme il nous faisait un peu peur, nous nous sommes pétrifiées afin qu'il ne nous remarque pas ! On le vit s'approcher de la porte d'entrée d'une maison donnant sur la rue, défaire la ceinture de son pantalon et baisser celui-ci en même temps qu'un slip bleu avec des lignes blanches, sur ses pieds. Il s'accroupit et en faisant des efforts qui le rendirent rouge comme une tomate, il déposa devant le seuil à un centimètre à peine du paillasson, une grosse bouse noire et malodorante au milieu d'une flaque.... Il s'essuya, jeta le papier dans le caniveau, se rajusta et disparut à grands pas vers sa maison !

Un groupe de dames arriva en devisant et soudain, elles s'arrêtèrent pour renifler en tournant la tête de tous côtés pour savoir d'où l'odeur venait !

Leur odorat exercé aux mauvaises effluves les guida vers le lieu souillé et elles se regardèrent effarées par un tel geste !

Comme je voulais savoir ce qu'elles allaient dire car il y avait quelque chose que j'avais vu qui m'intriguait, nous sortîmes de notre cachette pour remonter la rue comme si de rien n'était. Comme nous étions petites, les dames ne nous remarquèrent pas tout de suite et continuèrent de parler en gascon bien sûr mais nous comprenions parfaitement la langue. Je vous livre la discussion avec mes mots d'aujourd'hui ....

- Et bien, le porc, il doit manger comme quatre, parce que pour faire un tel truc, il a bon appétit !

- Je croyais que la coutume avait disparu depuis longtemps !

- Quelle coutume ?

- Et bé, celle de rabaisser les gens que l'on n'aime pas au niveau d'une m(crotte) sur le pas de la porte par laquelle on rentre dans NOTRE maison !

- C'est vrai, tu as raison ! On est pourtant civilisé en France, on va à l'école, on passe le certificat et on travaille dur pour élever sa famille mais il y en a encore qui s'en tiennent à des choses aussi sales !

- Il doit pas être fini, celui qui a fait ça !

- Pourquoi tu dis "celui", c'est peut-être une femme !

- Ça m'étonnerait ! Il faut être "con" pour traiter les gens comme cela et seul un homme peut en avoir l'idée !

- Tu dis ça parce que tu détestes le tien mais bon, autant les femmes que les hommes peuvent avoir des idées bêtes, c'est parce qu'il leur manque des cases dans leurs têtes, c'est tout !

- Ça se voit que tu n'as été mariée que peu de temps (3) car sinon, tu saurais que les hommes, une fois passés devant le maire et le curé, ne valent pas la corde pour les pendre et là, tu vois, cette bouse, le montre bien !

J'écoutais très attentivement et l'énervement de cette dame m'empêchait de poser la question qui me taraudait : pourquoi le monsieur avait quelque chose qui pendait vers le sol et remuait dans tous les sens pendant qu'il était accroupi et qu'il "faisait pipi" ? Et qu'il ne l'avait plus quand il s'est relevé, enfin que je ne voyais plus parce que la chemise le cachait... !

Je n'ai pas eu le temps de poser la question parce que maman venait de nous rejoindre et j'ai senti instinctivement qu'il valait mieux ne pas le faire ! J'ai quand même eu l'explication mais sur le moment, parce que j'étais trop petite, elle ne m'a pas parue digne d'intérêt...

La dame qui détestait son mari déclara doctement :

- Il s'agit d'un homme, j'en suis sûre ! Et je crois deviner qui c'est ! Il va prendre quelque chose car

petit 1 : on respecte les autres même si on ne les aime pas

petit 2 : on ne montre pas ses attributs dans la rue en cas que des enfants passent et voient ces choses répugnantes qui sont censées donner du plaisir

petit 3 : du moment que l'on fait ses besoins dans la rue et sur le pas d'une porte au risque, je le répète de se faire voir par des enfants - des filles surtout - on est un malotru. Et de toutes façons, les hommes sont tous des malotrus, fiers de leur appendice qu'ils nous mettent sous le nez lorsqu'ils sont dans le lit et qu'il faut subir sans rien dire en plus ! Répugnant, je vous dis, répugnant !

Maman salua tout le groupe et nous prit par la main pour rentrer chez nous. Je me taisais pour ne pas la fâcher mais le soir, je ne pus m'empêcher de lui demander :

- Maman, qu'est que c'est un "appantice" ?

- Tu veux dire un appendice ? Tu le sauras quand tu seras grande et tu oublies ce que tu as entendu ! Tu ne poses plus de questions sinon gare... Il y a des choses dont on ne doit pas parler si on est bien élevé !

Je n'ai plus jamais posé de questions sur ce que j'avais vu mais bon, j'ai finalement compris qu'être une femme en ces temps-là, n'était pas de tout repos. Que les garçons étaient très différents des filles mais aussi, que pour cette dame, il devait y avoir, au sein de son couple, des problèmes d'hygiène.... En ces temps que l'on pourrait qualifier de lointains, sachant que de nos jours on peut se doucher à volonté, les hommes ne se lavaient pas tous les jours (à part le dimanche pour aller jouer aux cartes avec les copains au bistrot) et sentaient vraiment fort mauvais surtout l'été...

Mais la coutume de rabaisser et d'humilier les gens que l'on juge inférieurs a perduré : certains gardent les crottes de chats (les plus malodorantes du règne animal domestiqué) pour leurs amis qui aiment bien les déposer devant les portes d'entrée, n'hésitant pas à pénétrer dans les propriétés quand ils sont sûrs de ne pas être repérés ! Qu'ils croient ...

C'est comme ça la vie malheureusement : si on s'en réfère aux propos de la dame de 1955, il y a toujours des gens pas finis ... Mais bon, si elle avait raison sur la pratique inqualifiable, sur le reste, elle avait quand même, un peu, beaucoup sans doute, tort : l'appendice masculin n'est pas que je sache... répugnant ! Mais bon, elle était vraiment mal tombée ou bien, elle avait été forcée d'accepter ce mari qu'elle détestait et à son époque, il était plus que mal vu de divorcer...

Oui vraiment, c'est la vie.

Jackie Mansas

24 juin 2016

1 - Pour la légende des roses et des choux voir : http://www.alsagarden.com/blog/legende-les-garcons-naissent-dans-les-choux/

2 - Je suis rentrée en classe le 1er octobre 1953 à l'âge de 6 ans au CP directement, j'ai quitté l'école le 28 mai 1954 après un problème de santé extrêmement grave qui a mis ma toute jeune vie en danger. Je ne suis retournée à l'école qu'à la rentrée de Toussaint 1954 pour la quitter à nouveau aux vacances de Noël jusqu'à la rentrée 1955 - avec ma sœur dont c'était la première - mais je ne sais pas dans quelle classe. De ce côté-là, il n'y avait aucun problème....alors personne ne s'est préoccupé de ma scolarité mais de ma santé oui et peut-être pas dans le bon sens ....

3 - La grande Guerre a privé de maris beaucoup, beaucoup de femmes qui ne se sont jamais remariées !

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