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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Le choc des cultures...

Publié par Jackie Mansas sur 5 Juillet 2016, 10:36am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

la Triumph ; l'hospice de Bertren vue aérienne ; Audrey Hepburn, symbole de l'élégance dans les années 50 et 60. Le baron ressemblait beaucoup à David Suchet en Hercule Poirot ;
la Triumph ; l'hospice de Bertren vue aérienne ; Audrey Hepburn, symbole de l'élégance dans les années 50 et 60. Le baron ressemblait beaucoup à David Suchet en Hercule Poirot ;
la Triumph ; l'hospice de Bertren vue aérienne ; Audrey Hepburn, symbole de l'élégance dans les années 50 et 60. Le baron ressemblait beaucoup à David Suchet en Hercule Poirot ;
la Triumph ; l'hospice de Bertren vue aérienne ; Audrey Hepburn, symbole de l'élégance dans les années 50 et 60. Le baron ressemblait beaucoup à David Suchet en Hercule Poirot ;

la Triumph ; l'hospice de Bertren vue aérienne ; Audrey Hepburn, symbole de l'élégance dans les années 50 et 60. Le baron ressemblait beaucoup à David Suchet en Hercule Poirot ;

Le phénomène de "choc des "cultures" existait également dans les années 1950 et 1960 mais il ne concernait que les usages en vigueur dans les différentes classes sociales.

 

Le baron de Lataulade (1) et Henriette (2)

On n'a jamais su la raison pour laquelle ce monsieur âgé et baron de son état était venu séjourner à l'hospice de Bertren dit "L'Hôpital," à la fin de sa vie. Je soupçonne qu'il devait y prendre quelques vacances car on voit mal pourquoi une personne appartenant à une famille riche et noble serait venue passer sa retraite dans un hospice réservé aux pauvres et aux indigents. Je suppose qu'il avait choisi cet endroit pour la beauté des lieux, pour le bon air des Pyrénées et surtout, surtout parce qu'il était dirigé par des religieuses ! Cela se fait dans ces milieux-là...

 

Je me souviens de lui car il ne ressemblait à personne dans sa manière d'être. Il était hors du temps. Lorsque j'en fis la remarque, la sœur saint-Laurent me répondit que c'était cela la noblesse : les nobles étaient différents du commun des mortels car Dieu voulait qu'il y ait des gens dignes de lui. Et elle me rappela avec force, qu'ils n'allaient pas au cabinet, comme la reine d'Angleterre car Dieu voulait qu'ils soient purs... comme Lui ! Elle y tenait à la pureté de l'espèce supérieure de la société !

 

Bien sûr pour moi, c'était une réponse idiote car vu le regard de maman lancé en oblique et le micro sourire goguenard, j'ai compris qu'une fois de plus, la sœur radotait !

Mais tout de même, je me suis demandé pourquoi elle n'était pas d'accord et j'en ai eu l'explication plus tard, attendez quelques pages pour savoir !

 

Comment ne pas remarquer ce monsieur habillé tous les jours d'un costume gris trois pièces (il devait en avoir plusieurs car ils étaient toujours propres et nets ) sur une chemise impeccable blanc pur, le cou orné d'un nœud papillon noir, des chaussures à bout pointu brillantes comme un miroir et la tête coiffée d'un chapeau melon qu'il ôtait avec distinction lorsqu'il croisait une femme quelque soit sa condition.

Parfois, il fumait un cigare et consultait sa montre à gousset. Pour ce faire, il posait le pommeau de sa canne en palissandre sculpté d'une tête de lévrier sur son avant-bras, en ôtant le gant de sa main droite.

Sa petite moustache et sa barbiche élégamment taillée complétait le personnage un brin dandy fort sympathique au demeurant.

 

Nous, les filles, nous le trouvions rigolo mais beau malgré son âge car, et c'est très important, il sentait bon ! Ce qui, je vous l'ai déjà dit, était plus que rare, surtout l'été chez notre gent masculine travailleuse !

 

Mr le baron montait au moins deux fois la rue du Vignaou pour aller papoter avec Mr le Curé et comme le presbytère se trouvait être en face de notre maison, nous pouvions, en nous cachant derrière le haut portail en fer, écouter, ou bien tenter d'écouter la conversation ! Ce qui s'avérait très difficile vu qu'ils employaient des mots savants que nous ne connaissions pas.

 

Mr le baron offrait toujours un cigare à Mr le curé et nous reniflions les effluves odorants ! Puis il repartait en nous saluant avec courtoisie. A nous, des enfants et de surcroît des filles ! nous étions espantées car en général, quand on gênait les gens "pas finis", c'était "qu'est-ce que vous foutez là encore ! Vous déguerpissez ou bien vous allez voir si mon pied chausse du 45 ! ". Si on ne gênait pas, la réflexion était un peu plus aimable mais le résultat était toujours le même "Ouste ! Allez voir ailleurs si on y est ! On vous a assez vues ! On n'écoute pas les conversations des adultes" ! Oui, mais c'était les plus intéressantes... alors, nous n'allions pas nous priver de ce plaisir, un brin coquin il faut l'avouer, pour rien au monde !

 

Il est quand même plus agréable d'entendre :

"Bonjour, mes enfants, vous désirez rendre visite à Mr le Curé ? Voilà, je vous laisse la place et profitez bien de ses précieux conseils..." Le baron était-il naïf ? Je ne crois pas, il était tout simplement gentil. Et terriblement intelligent !

 

Il s'arrêtait pour faire la causette à maman qui, cela se remarquait, semblait beaucoup lui plaire... Lui faisait-il une cour discrète ou bien était-il simplement courtois ? J'opte pour la première car il s'attardait un peu trop longtemps et la complimentait beaucoup, n'est-ce-pas...

Mais il était de santé fragile, vu son âge, cela semblait normal et il se promenait souvent dans le village, toujours seul.

 

Un après-midi, vers 17 heures 30, après le goûter, il croisa Henriette, veuve depuis très longtemps et qui avait élevé ses deux garçons toute seule. Elle poussait sa brouette remplie de bûches jusqu'à son domicile en prévision de l'hiver. Elle n'était pas si âgée que cela mais bon, le chargement était lourd et elle peinait.Le baron la vit s'arrêter pour souffler et avec galanterie lui proposa de l'aider, "elle ne pouvait porter une telle charge, cela la fatiguait et il fallait qu'elle se ménage...". Henriette le regarda, ahurie qu'un homme propose de l'aider vu qu'elle venait d'en dépasser quelques uns qui... l'avaient encouragée... avec un " C'est lourd hé Henriette ! reposes-toi de temps en temps....".

 

Et très motivé, il empoigna les deux bras de l'engin, mais quand on n'a pas l'habitude, n'est-ce-pas et que l'on est fatigué... il n'alla pas bien loin car la brouette tangua, tangua, lui aussi et patatras ! tout tomba...

 

Henriette commença par maugréer puis voyant que le brave homme était contrit et s'empressait de tout remettre en ordre, elle finit par sourire et lui conseilla :

- Monsieur de Lataulade, vous êtes bien aimable mais je vous en prie, à l'avenir, laissez faire ceux qui ont l'habitude de travailler !

Le baron sourit, s'inclina devant elle en ôtant son chapeau et lui dit :

- Madame, je vous présente mes hommages et vous souhaite le bonsoir.

 

Elle ouvrit la bouche et les larmes embuèrent ses yeux. Tandis que le baron s'éloignait, elle reprit son outil en mains et l'abandonna précipitamment devant son perron donnant sur la place. Elle monta rapidement la rue et vit ma mère sur le pas de sa porte ; elle se dirigea vers elle comme si elle avait trouvé la SEULE personne au monde qui allait lui apporter le salut ! Maman ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait. Elle crut qu'un de ses fils avait eu un accident, qu'il était mort et très inquiète, elle réussit, au bout d'un moment, à la calmer.

 

Finalement entre deux hoquets, Henriette put lui confier sa peine :

- Marcelle, Marcelle, il faut que je vous dise quelque chose ! J'en suis malade ! Il m'a insultée, vous vous rendez compte, oui, il m'a insultée !

- Calmez-vous Henriette, reprenez votre respiration et racontez-moi : qui vous a insultée et que vous a t-on dit ?..

- Le baron ! le baron, il m'a dit qu'il voulait me présenter ses fromages ! Vous vous rendez compte, ses fromages ! Mais je suis une femme honnête moi...

Des fromages ? Mais quels fromages ? Enfin, tout de même, le baron ne travaillait pas dans l'agriculture et il ne fabriquait pas de...

 

C'est alors qu'elle réalisa la méprise et ne put empêcher un fou-rire d'arriver mais devant le chagrin d’Henriette, elle réussit à se reprendre. La pauvre dame ne s'en aperçut pas et continua sa diatribe sur "ces hommes riches qui se permettent des privautés pareilles parce que les femmes pauvres sont méprisables !".

 

Maman la laissa déverser sa colère puis quand elle se tut, avec beaucoup de tact, elle lui expliqua ce que le baron avait voulu lui dire. Elle savait que si elle pouvait s'exprimer en gascon, ce serait plus facile pour Henriette de saisir le sens réel des propos du baron mais là, il fallait faire avec le français et choisir ses mots :

- Bien, bien, écoutez-moi. Dans la noblesse, il y a des règles de bonne éducation qui se traduisent par des gestes et des phrases particulières. Par exemple, quand un homme salue une femme, il enlève son chapeau en s'inclinant en avant comme s'il fallait que la tête soit plus basse que le chapeau qui lui, reste au niveau du visage de la dame. En se relevant, il doit exprimer le respect qu'il lui doit et c'est "Madame, je vous présente mes HOMMAGES !" puis il lui baise la main et se relève entièrement pour engager la conversation.

- Il a fait tout comme vous venez de dire sauf me baiser la main mais il m'a lui, présenté ses fromages, pas le mot que vous venez de dire ! Et dans la bouche d'un homme, tout est prétexte pour parler de ce que vous savez !

- Non, non, il ne vous a pas dit fromage mais hommage

- Mais qu'est-ce que ça veut dire ça ? Ce mot là, je ne le connais pas...

- Attendez, je vais chercher le dictionnaire et vous allez voir qu'il ne vous a pas insultée.

 

Maman rentra, prit le gros " Savoir " trônant sur le buffet et ressortit très vite. Elles s'assirent sur les chaises devant la porte et elle tourna les pages :

- Voyons, f, g, h, attendez un moment, je crois que le mot commence par un h, si ce n'est pas cela on cherchera à o, voyons,voyons.... alors, hommage, hommage, ah ! voilà, j'ai trouvé, je vous lis la définition :

nom masculin, - on dit un hommage - " Don qui exprime le respect, l'admiration, la reconnaissance de quelqu'un ; marque de respect : Agréez cet hommage de ma sincère admiration. Acte par lequel le vassal se reconnaissait l'homme de son seigneur. (L'hommage était suivi du serment de foi.)

La seconde n'est pas la bonne, c'est la première qui vous correspond.

- Voyons, relisez-moi cette définition que je comprenne bien...

- Oui, bien sûr : "Don qui exprime le respect, l'admiration, la reconnaissance de quelqu'un ; marque de respect : Agréez cet hommage de ma sincère admiration"

- Vu comme cela, ça peut aller, mais pourquoi m'a-t'il dit cela ? Je ne suis pas de sa condition et personne ne m'a jamais dit que l'on me "marquait du respect !". C'est drôle quand même... Je ne savais pas qu'un homme pouvait me dire qu'il me respectait...

- Enfin, voyons ! Tous les êtres humains sont dignes de respect, les femmes comme les hommes, nous sommes tous égaux ! Mais il est vrai que par ici, les hommes sont plutôt mal élevés.... Enfin pas tous ! Il y en a à qui leurs mères ont inculqué quelques principes de bonne éducation...

 

Devant le regard foudroyant que lui lança Henriette, maman recula dans son propos et la rassura sur la pertinence de son analyse :

- D'accord, d'accord, ils sont rares mais quand on a la chance de tomber sur un homme bien élevé et gentil, on en profite et dites-vous bien que le baron vous a fait un magnifique compliment, à vous la brave femme qui pour vivre et élever ses enfants a fait des ménages, est allée rincer la lessive des riches insolents et méchants envers leurs bonnes, a vidé leurs pots de chambre et leurs seaux hygiéniques, a travaillé la terre jusqu'à en avoir mal au dos ! Tout cela vous honore et en vous considérant à son niveau, quelque part, sans le savoir, il vous a donné de l'importance ! Allez, je vous en prie, séchez vos larmes, le baron de Lataulade est un homme bien... Voulez-vous, que je lise les expressions que Larousse donne avec la définition du mot ?

- Si vous voulez, ça me fera apprendre...

- Ah ! Voilà, il y en a plusieurs mais je vais choisir les deux dernières :

- " rendre hommage à quelqu'un, à quelque chose, saluer avec respect, proclamer hautement leur valeur, leur mérite, les reconnaître avec gratitude ou estime.

- Rendre un dernier hommage à quelqu'un, saluer sa disparition par une cérémonie, l'évocation de sa vie, de son œuvre, etc."...

- Redites-moi s'il vous plaît...

 

Maman répéta plusieurs fois, puis Henriette, rassurée et quelque part fière et heureuse conclut :

- Comme cela, je comprends tout et je suis rassurée, merci Marcelle, vous êtes de bon conseil...

 

Et elle repartit d'un pas plus léger : elle avait été considérée comme une dame pour la première fois de sa vie ! Maman rangea son dictionnaire puis commença à préparer le goûter vu que nous allions rentrer de l'école, affamées comme tous les jours. Après nous avoir écoutées raconter notre journée, elle cuisinerait le repas du soir car dans deux heures, notre père allait, lui, rentrer du travail, fatigué sans doute mais il ne le montrerait pas.

Ce que ni elle, ni Henriette ne savait, c'est que le voisin qui travaillait dans son jardin potager derrière notre maison avait entendu la conversation qu'il s'empressa de rapporter le soir au bistrot. Vous devinez sans doute les réflexions un tantinet stupides qui en découlèrent car bien entendu, il n'avait pas compris le sens de ce qu'il avait entendu.

 

A savoir que :

- " les fromages du baron devaient être dans un triste état"...

- " que ce serait une chance pour lui qu'une femme peu regardante sur l'état de délabrement desdits fromages, puisse les retourner pour les "faire mûrir"...

- " que faire des propositions de ce genre à Henriette prouvait par a + b que le baron malgré ses beaux habits, sa canne et sa montre à gousset n'avait rien à se mettre sous la dent, car la pauvre, elle n'était plus de première jeunesse"...

Et tout à l'avenant !

 

Les rires graveleux furent interrompus par une Mme Castex en colère qui remit énergiquement les pendules à l'heure ! Ils n'en dirent plus un mot au bistrot mais quand ils croisèrent le baron qui les saluait toujours d'un signe de tête poli, les réflexions derrière son dos manquèrent sûrement de finesse. Il n'en sût jamais rien, Henriette non plus et au bout de quelques temps, ils passèrent à autre chose...

Quant à elle, elle garda son pansement dans le cœur sans doute très longtemps...

 

Les citadins moqueurs ...

Dans un crissement de pneus une voiture s’arrêta devant le bistrot. Un klaxon retentit et on entendit une galopade puis des cris de joie et d’admiration. Maman parlait avec Madame Castex dans la salle déserte à cette heure et nous l'accompagnions bien évidemment. Entendant le raffut, elles sortirent pour voir ce qu'il se passait et nous, au lieu de rester sages comme des images en les attendant, nous avons couru vers la porte, notre curiosité étant sans limites !

 

Les jeunes qui bavardaient aux Quatre-Chemins s'étaient précipité vers l'automobile de sport rouge vermillon décapotable garée sur le trottoir. Un homme vêtu d’un costume sport impeccable et d’une luxueuse casquette, descendit en souriant, contourna l’engin et ouvrit la portière à une jeune femme très élégante qui tenait un long fume-cigarette entre ses doigts manucurés, clone parfait - pour la petite fille que j'étais - d'une actrice américaine que l'on pouvait regarder en couverture des magazines ! Ses lèvres étaient aussi rouges que la carrosserie.

 

Les garçons, béats d’admiration, nullement intimidés par ces personnes de la ville habillées comme des gravures de mode, posèrent des questions auxquelles le conducteur répondit aimablement. Oui, sa voiture était une Triumph TR 2000 de 1949, oui, elle était équipée de toutes les innovations modernes, oui elle possédait un nombre incroyable de chevaux. Un petit génie osa demander :

- Elle coûte combien ?

Là, l’homme se fit tirer l’oreille puis finit par lâcher :

- Très cher mais elle le vaut bien.

 

La femme se dirigea vers le café, son compagnon la suivit. Elle commanda une bière très fraîche, Madame Castex haussa un sourcil interrogatif (une dame de son rang buvait de la bière ?) mais ne fit aucune remarque et la servit. L’homme préféra un whisky bien tassé. Ils sirotèrent en silence leur breuvage, un sourire railleur aux lèvres. En effet, les hommes arrivaient pour la chopine du soir et leur accoutrement contrastait avec les vêtements si bien coupés du couple. Ils en eurent conscience et sentant l’ironie et le dédain se replièrent sur eux-mêmes et un diablotin passa...

 

La femme prit une cigarette dans son étui doré, la fixa au bout de son long porte-cigarette et commença à envoyer des volutes de fumée parfumées en souriant moqueusement. Elle détaillait les clients avec des lueurs insolentes dans les yeux. Alors les hommes sortirent leur blague remplie de « gris » et roulèrent les leurs. L’odeur âcre remplit toute la pièce tant ils y allaient de bon cœur.

 

Devant tant d’impolitesse, le couple se leva. Furieux, le quidam lança à Joséphine :

- Il faudrait que vous pensiez à aérer un peu, cette odeur est insupportable. C’est bien celle des bouseux !

Il s’apprêtait à franchir le seuil lorsqu’un paysan poussiéreux du foin de la journée le regarda dans les yeux et lui lança :

- Monsieur de la ville, sachez que c’est avec de la merde que l’on fait de la mange !

Et un autre lança :

- Dans l'autre sens ça marche aussi !

Et tandis que le couple s'enfuyait effaré par tant de vulgarité, à l'intérieur du café, les rires leur disaient au revoir !

J'étais une gamine mais cette scène m'a beaucoup marquée, c'était la première fois que je rencontrais "le mépris" des classes riches envers les travailleurs.

 

.......

 

Les lois scolaires de Jules Ferry en 1881, rendant l'école gratuite, l'instruction et non l'école obligatoire et l’enseignement public laïque (cela n'interdisait pas le crucifix posé sur le mur au-dessus du bureau de l'instituteur) ainsi que l'usage unique du français à l'échelle nationale a permis une francisation du pays ou plutôt la "nationalisation" de l'Etat.

Toutes les langues anciennes et régionales furent qualifiées du terme péjoratif (pour l'époque) de "patois" et interdites d’enseignement, ce qui a eu pour conséquence, un déclassement social pour la majorité des provinciaux dont la langue maternelle était celle pratiquée à la maison et en société. Le français n'était appris qu'à l'école et donc peu compris dans ses subtilités lorsqu'il était fait de codes et d'usages propres aux classes sociales les plus élevées de la société.

 

La population parlait le gascon et un français scolaire appris et pratiqué assidûment jusqu'au certificat d'études puis, durant toute la vie, seulement au travers des livres, des journaux et de la radio et pour finir de la télévision. Seuls ceux qui avaient "poussé" jusqu'au brevet puis plus loin pouvaient tenir une conversation avec "les français" lettrés.

Au niveau des discours politiques, les politiciens avaient adapté leur langage et leurs expressions toutes faites à ce peuple "d'ignorants", comme la plupart nous qualifiaient. Cela n'a pas changé, rassurez-vous, vu comme ils agissent soi-disant pour notre bien, on ne peut qu'en être persuadé !

 

Néanmoins, le peuple n'était pas dupe et la génération du baby-boom d'après guerre en a fait les frais : si nous voulions, nous les jeunes pour nos grands-parents et parents, bénéficier de la considération sociale, nous ne devions parler que le français ! Funeste erreur : le gascon a failli être oublié. Et son immense richesse aussi, bien entendu.

 

Mais ce que l'on a tendance à oublier, à cause de la formule "obligatoire pour tous les enfants" c'est que la fille était toujours tenue comme inférieure dans la plupart des familles et bien sûr dans la société. Il fallait qu'elle se marie, sache cuisiner et coudre et élève ses enfants en leur inculquant obligatoirement les mêmes valeurs qu'on lui avait enseignées - en dehors du travail qu'elle pouvait fournir afin d'améliorer LE compte du mari - mais bon, comme en général, c'était elle qui tenait les cordons de la bourse, elle se rattrapait....

Donc, n'est-ce-pas, les études n'étaient pas pour elles !

 

Tenues à l'écart de la vie sociale officielle, ( à part les fortes personnalités qui parlaient haut et fort et qui savaient s'imposer ), même si elles se réunissaient pour parler, pour jouer aux quilles le jour de la fête paroissiale, même si elles se dévouaient pour l'Eglise et la charité, elles n'étaient pas vraiment - lorsqu'elles appartenaient à la classe populaire que nos dirigeants et nos sociologues (3) qualifient aujourd'hui du très, très chic "défavorisée" - au courant des us et coutumes des classes supérieures, surtout en usage dans la noblesse et la haute bourgeoisie qui ne s'exprimaient que dans un français châtié. Ces personnes ne se mélangeaient évidemment pas et quand cela arrivait, c'était vraiment le "choc des cultures".

 

Mais, les hommes malgré leur manière d'agir assez rustre, parce qu'ils étaient les héritiers d'une longue tradition, parce que la coutume voulait qu'ils soient des " mâles dominants" dans tous les domaines de la vie sociale et politique, parce qu'ils étaient peu instruits en français, savaient très bien que les femmes étaient capables de réaliser de grandes choses : à la maison, ils filaient doux... et leurs épouses en profitaient allègrement ! En fait, c'était ELLES qui détenaient le vrai pouvoir et savaient "conseiller" leur "mâle dominant" ! Et elles ont eu du mal, toutes générations confondues, à accepter celles qui s'affirmaient LIBRES !

 

Jackie Mansas

5 juillet 2016

 

(1) il existe un château à Saint-Cricq en Chalosse - 40 - qui appartient depuis des générations à la famille des barons de Lataulade. Mais je ne sais pas s'il y a une parenté quelconque entre cette famille et le "héros" de mon récit

(2) le prénom a été changé bien que cette dame soit décédée depuis longtemps.

(3) On pourrait penser qu'ils ne servent strictement à rien vu qu'à chaque fois qu'ils interviennent, ils enfoncent des portes ouvertes mais bon, ils sont utiles tout de même... quelquefois !

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