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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Patet et les coutumes barbares...

Publié par Jackie Mansas sur 2 Juillet 2016, 14:51pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Patet ressemblait à ce gros chien mais il avait les poils plus longs, il était un chien mélangé soit un "bâtard" ; cartes postales de Loures-Barousse collection de Robert Michel.Sauf la dernière copiée sur le site Delcampe.net
Patet ressemblait à ce gros chien mais il avait les poils plus longs, il était un chien mélangé soit un "bâtard" ; cartes postales de Loures-Barousse collection de Robert Michel.Sauf la dernière copiée sur le site Delcampe.net
Patet ressemblait à ce gros chien mais il avait les poils plus longs, il était un chien mélangé soit un "bâtard" ; cartes postales de Loures-Barousse collection de Robert Michel.Sauf la dernière copiée sur le site Delcampe.net
Patet ressemblait à ce gros chien mais il avait les poils plus longs, il était un chien mélangé soit un "bâtard" ; cartes postales de Loures-Barousse collection de Robert Michel.Sauf la dernière copiée sur le site Delcampe.net
Patet ressemblait à ce gros chien mais il avait les poils plus longs, il était un chien mélangé soit un "bâtard" ; cartes postales de Loures-Barousse collection de Robert Michel.Sauf la dernière copiée sur le site Delcampe.net
Patet ressemblait à ce gros chien mais il avait les poils plus longs, il était un chien mélangé soit un "bâtard" ; cartes postales de Loures-Barousse collection de Robert Michel.Sauf la dernière copiée sur le site Delcampe.net

Patet ressemblait à ce gros chien mais il avait les poils plus longs, il était un chien mélangé soit un "bâtard" ; cartes postales de Loures-Barousse collection de Robert Michel.Sauf la dernière copiée sur le site Delcampe.net

Un beau cadeau !

 

 

Ce fut au cours du mois de janvier 1952 que Patet débarqua dans notre vie. Mon père le ramena un soir, planqué dans sa musette. C’était un chiot de deux mois tout pelucheux. Il avait une fourrure soyeuse marron toute tachetée de noir et de blanc, un museau pointu et des yeux brillant d’intelligence. Ma mère bien que fort mécontente d’être mise devant le fait accompli, l’accepta néanmoins, lui prépara une gamelle et une couche près de la cuisinière. Le petit chien s’y installa tout de suite après avoir avalé sa pâtée. Nous jouions chez nos voisins et Maman nous appela : toute la bande rappliqua. Les cris de joie fusèrent lorsque la boule de poils apparut en jappant. Je me précipitais pour le prendre dans mes bras mais ma mère m’en empêcha : on ne manipulait pas un « cagnot », ça lui coupait la « croissance » et il deviendrait rachitique. Nous eûmes toutefois l’autorisation de le caresser.

 

Comme il fallait dîner, elle renvoya Yvette et Michel chez eux et prépara la table. Nous restions autour de Patet, béates d’admiration. Je tombais littéralement en amour devant le chiot qui le sentit et vint vers moi. Tany prit ma main (elle allait fêter ses deux ans) et ensemble, nous nous penchâmes sur lui pour le couvrir de baisers.

 

Dans les jours qui suivirent nous ne l'avons plus quitté, il était l’objet de toutes nos attentions, il fallait qu’il mange, qu’il dorme, qu’il soit brossé et bien entendu, qu’il soit cajolé du matin au soir. Maman nous avait interdit de le toucher pour ne pas lui faire de mal en le serrant trop fort mais nous contournions l’interdiction en nous couchant par terre pour être à sa hauteur et pouvoir l’embrasser. Quand il répondait à nos baisers par une rapide léchouille, nous sautions en criant de joie. Yvette finit par se fâcher car depuis son arrivée, ses deux amies ne venaient plus jouer avec elle.... Résultat de la protestation : nous en vînmes aux mains, les cheveux étant tirés de toutes parts ! Maman remit de l’ordre et envoya tout le monde s’amuser dans la rue. Yvette ne manqua pas de faire remarquer à coups de « Gna, gna, gna, je t’ai eu, bisque, bisque la carotte ! » qu’elle avait gagné ! Ce qui entraîna une autre bagarre car je n’appréciais pas qu'elle me dise… que moi, j'avais perdu ! Et puis, après des « Aïe, ouille ! Ça fait mal ! », nous finimes par en rire et on alla jouer dans le verger de ses parents. Nous aimions faire courir le nouveau petit cochon qui couinait tout ce qu’il savait quand il était seul et qui frottait sa tête gentiment contre la main qu’on lui tendait.

Quant à Patet, il rejoignit sa couche tristement, il n’avait pas pu nous suivre car maman avait refermé le portillon donnant sur la rue pour qu’il ne sorte pas. Il devait attendre de grandir avant d’aller batifoler avec nous.

Il nous gardait si maman devait s'absenter un moment et personne ne s'approchait de nous, alors qu'il était très gentil, mais il devait faire son travail de gardien avant tout.

Il nous accompagnait lorsque maman nous emmenait avec elle faire les courses à Loures-Barousse.

 

 

Juin 1953

 

 

Selon ses habitudes, maman, ce jeudi 11 juin 1953, nous installa dans la remorque attachée au vélo et suivie de Patet, roula vers Loures-Barousse pour acheter les provisions de la semaine. Elle s’arrêta devant l’épicerie, cala le vélo contre le mur de la maison mitoyenne et nous confia au gros chien qui s’assit en regardant les passants avec un air féroce que démentait la queue en panache brassant l’air de droite à gauche. L’énorme boule de poils prenait son rôle très au sérieux : personne ne s’approcha de nous.

 

Elle remplit son sac à provisions de sucre, d’huile, de savon de Marseille, d’eau de javel en grande quantité et de lessive pour le petit linge délicat. Elle y ajouta une bouteille de vin blanc pour le dimanche suivant, un paquet de gâteaux secs pour notre goûter et des boudoirs pour déguster la salade de fruits de dimanche prochain, quelques oranges et des bananes. Bien sûr, l’épicerie ambulante de Caïffa passait une fois par semaine le samedi, le boulanger et le boucher deux fois également, le mercredi et le samedi, l’épicier le jeudi et l’Epargne de Loures le mardi et le vendredi ; le marchand de café était venu et avait fait griller les grains parfumés comme d’habitude et tout le village en avait profité mais elle aimait faire quelques emplettes dans ce grand magasin. Bien sûr, les épiciers n’étaient pas très sympathiques ni aimables, ils avaient la réputation de ne pas aimer les étrangers, « tous des voleurs et profiteurs » disaient-ils, de ne pas apprécier la présence de pauvres dans leur établissement, ils les surveillaient soigneusement car ils étaient susceptibles de voler, mais malgré cela, elle aimait flâner dans les rayons. Le vieux patron la suivait en faisant semblant de ranger la marchandise. Il se devait de la contrôler car elle était étrangère et pauvre ! « Méfiance, méfiance… répétait-il à sa belle-fille qui se tenait à la caisse, avec tous ces pauvres et ces étrangers… » ! Et tous ses bons amis avec qui il avait bien travaillé durant la guerre agissaient de même. Donc...

 

Maman se sentait oppressée à chaque fois qu’elle entrait dans cet antre mais elle ne pouvait s’empêcher de tout regarder, de toucher les produits et enfin, d’acheter, c’était un plaisir pour elle. Elle se rendit ensuite à la quincaillerie-mercerie et à la librairie-journaux déserte à cette heure pour acheter ses magazines préférés. Mr Dangremont, le libraire, vint lui commenter les derniers événements mondiaux et en particulier le couronnement de la reine d’Angleterre du 13 juin qu’il avait pu suivre à la radio.

 

Il était vraiment heureux d’évoquer ce sujet et lui montra le Paris Match de la semaine où des photos de la reine couronnée, dans le carrosse, au balcon du palais, s’étalaient à chaque page. Maman se laissa convaincre et ajouta le magazine à Nous Deux et Intimité car pour 50 francs et pour une fois, elle pouvait faire un effort ! Elle sourit intérieurement en pensant à la tête des religieuses si elles la voyaient ! Paris Match en plus ! Elle quitta le charmant vieux monsieur qui la regarda partir avec un peu de regret : il aurait aimé prolonger la conversation mais les petites filles chaperonnées par le chien attendaient.

Maman posa les journaux sur le panier à provisions à côté de moi et repartit vers Bertren après avoir salué plusieurs personnes qu’elle connaissait.

 

Durant le trajet, ballottées de droite à gauche, nous rions aux éclat et nous nous amusions à attraper Patet qui courait en aboyant à côté de la remorque. Il se laissait faire avec un bonheur inégalé. Une voiture qui arrivait à vive allure du pont de Luscan ne marqua pas le stop au croisement et força maman à s’arrêter brusquement sur le bord de la route. Le conducteur accéléra, la frôla et remonta vers Bertren. Les magazines tombèrent sur moi, je les ramassais pour les replacer sur les courses. Mais j'aperçus la une de Paris Match avec la photo de la reine Elizabeth II entourée d’hommes en manteaux d’hermine et de femmes en diadème. Je fixais cette image bouche bée, cherchant à comprendre ce que cela voulait dire.

Je tenais encore le magazine à la main lorsque nous arrivâmes à la maison. Maman me l'enleva immédiatement des mains pour qu’il n’y ait pas de discussion vu qu’elle avait du travail et qu’elle ne pouvait pas perdre son temps à répondre à des questions !

Mais bon, il y en a eu quand même ! (1)

Le problème Patet....

Au village, à l’animosité entre les Espagnols et les Italiens qui continuait de faire parler dans les chaumières, s’ajouta le problème PATET. Il devint un sujet de discussions entre ses défenseurs, les femmes et ses détracteurs, les hommes car il s’avéra très vite qu’outre sa beauté qu’il avait fort grande, il était doté d’une très forte personnalité. Il réussit l’exploit de mettre fin à une coutume barbare.

Il grandit rapidement et devint un énorme chien à longs, très longs poils ! C’était toute une affaire pour le brosser, maman y tenait car il courait partout et elle ne voulait pas qu’il ramène des microbes. Il n’attendit pas sa seconde année de vie pour devenir l’attraction du village, il allait visiter les copains et surtout les copines, dans chaque ferme, ce qui énervait prodigieusement les paysans car leurs chiennes se retrouvaient mères de famille nombreuse régulièrement. Ils avaient beau les enfermer dans les étables quand elles étaient en chaleur, Patet trouvait toujours le moyen de les saillir. Les maîtres piquaient des colères homériques, le poursuivaient mais rien n’y faisait, il revenait. Et maman le défendait bec et ongles acérés avec une mauvaise foi qu’elle assumait parfaitement !

C’était un phénomène. Il parcourait des kilomètres pour honorer les femelles et il eut de nombreux descendants dans la région toutefois plus sages et moins fugueurs que lui. Mais tout aussi décidés à honorer les femelles !

Il était très attentif envers nous, nous suivant dans nos jeux, nous surveillant quand notre mère s’éloignait. Que de jeux, que d’embrassades ! Et que de tristesse quand, pour calmer les paysans en colère, maman l’enfermait dans la cour des patrons ! J'avais décrété que l’on ne devait enfermer personne parce que comme mon chien était malheureux, tout le monde l’était.

Il déclencha une énorme dispute au mois de novembre 1954. Il avait décidé qu’il devait faire son devoir de mâle auprès de la chienne des C. Cette pauvre bête assommée de travail et maltraitée tomba en chaleur et Patet qui avait une horloge dans la tête guetta le moment où il pourrait entrer dans la ferme sans se faire voir. Mais l'agriculteur avait prévu le coup : le portail était fermé par une chaîne et un cadenas. Patet essaya bien de tirer dessus mais en vain. Il s’assit au milieu de la route nationale, observa bien le portail et les murs qui le soutenaient et décida de passer par-dessus ! Les voisins qui observaient le manège n’en crurent pas leurs yeux : le chien, en un seul élan, sauta sur le mur de 2 mètres de hauteur, retomba de l’autre côté, prit la chienne qui vint vers lui – lui il l’aimait et elle lui en était reconnaissante – et se laissa faire.

Il venait de terminer son affaire lorsque l'homme l’aperçut faisant le beau pour le narguer. Il prit la carabine sous les yeux effarés de sa belle-mère et sortit en hurlant, fou de colère. Elle lui emboîta le pas et lui cria de ne pas tirer, elle ne voulait pas d’histoire avec Marcelle, ça allait barder s’il le tuait ! Aveuglé par la colère et excellent tireur, il chargea le fusil pour mettre Patet en joue mais le chien après une pirouette moqueuse refit le chemin en sens inverse. L'homme resta planté au milieu de la cour totalement désemparé et encore plus furieux : une fois de plus ce démon l’avait nargué. Ça n’allait pas se passer comme ça cette fois-ci, il allait en parler avec Marcelle mais avant comme il ne voulait pas de naissances, il fallait se débarrasser de la chienne.

Il eut une idée et pour la mettre en pratique, il devait en parler avec un de ses voisins, un très méchant homme qui maltraitait les animaux. Sa femme ne le contraria pas, quand il était en colère, il valait mieux se taire et ne se mêler de rien. Elle se rattrapait ensuite car elle aussi n'aimait les animaux que par rapport à l'argent qu'ils pouvaient en retirer lors de leurs ventes et son credo était quand nous, nous allions chez le véto pour soigner nos chiens et chats : "On soigne les vaches quand elles sont malades parce qu'elles nous rapportent et les chiens peuvent crever ! La mère des chiens n'est pas morte et on en aura toujours pour les remplacer...". Ils n’avaient le droit d’exister que s’ils étaient utiles.

Oui, enfin, ce sont des êtres vivants tout de même ! Le jour où j'ai osé répondre cela, dans les années 80, elle a levé la main vers mon visage ! J'ai vu arriver un battoir (vu qu'elle mesurait au moins un mètre quatre-vingt et pesait près de 90 kilos, si ce n'était plus ) et j'ai reculé, effrayée... Elle a compris qu'elle était allée trop loin et ne m'a plus fait de réflexions.

Comme vous pouvez le comprendre, je n'ai jamais éprouvé la plus petite étincelle d'amitié pour elle...

Son mari brutalisait toute la chaîne du plus petit, le chat, aux plus grands, les vaches. En plus de les frapper, il avait une monstrueuse spécialité partagée avec l'autre voisin : pour protéger les yeux des vaches de labour des agressions des mouches et des taons, en lieu et place des « muscatèras » ou moustiquaires en tissu bordées de franges, ils écorchaient les chiens vivants. Ils les assommaient, les pendaient par les pattes arrières à la poutre principale de la grange, arrachaient la peau d’un coup sec puis tuaient l’animal immédiatement s’ils y pensaient ! Oh ! Les cris ! Les cris ! Une horreur !

Des barbares au 20ème siècle...

Cette barbarie se passait quand l’idée leur venait à l’esprit. Ils préféraient tout de même empoisonner des renards ou des blaireaux pour leur ôter la peau. La pauvre chienne fut choisie pour satisfaire ce désir de cruauté. Mais ce fut pour la dernière fois de leur existence. Ils arrêtèrent définitivement ce jeu pervers car Eugénie Carbonne mise au courant de l’exploit de Patet et qui se doutait bien qu'ils allaient tuer la chienne de cette horrible façon, les guetta et dès qu'ils commencèrent à la pendre par les pattes arrière au crochet du cochon - sans l'avoir assommée pour la punir d'être en chaleur - s’en aperçut et se mit à les injurier en proie à une colère effroyable ; elle criait tellement qu’elle en hoquetait, le cou gonflé et les veines apparentes, prêtes, semblait-il, à éclater ! Elle était scandalisée, énormément choquée, elle ne pouvait pas ne pas gagner dans sa joute avec ces barbares. Les deux hommes s’esquivèrent rapidement et ne se montrèrent pas durant trois jours. Les épouses firent le travail à leur place !

Et la chienne n'eut pas le temps de trop souffrir, le fils du voisin qui rigolait du spectacle donné par ses soubresauts saisit son fusil et la tua net lorsqu'il vit Eugénie déboucher dans la cour de la ferme en hurlant. Elle était une femme pas très aimable avec les humains mais les animaux, chez eux, vivaient comme des rois !

Je n'aimais pas ces gens cruels et "pas finis" mais alors pas du tout et quand je pense à eux, j'ai encore la boule de colère dans la gorge ! J'espère qu'une telle barbarie a disparu mais bon, quand on apprend de nos jours, ce qui se passe dans les abattoirs, on se demande jusqu'où l'humain peut aller pour satisfaire son désir et surtout son plaisir de tuer en faisant souffrir...

Jackie Mansas

2 juillet 2016

1 - voir récit "je voulais faire reine"

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