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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


L'été 1968... 1

Publié par Jackie Mansas sur 7 Septembre 2016, 09:01am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Vue aérienne et ancienne de Luchon

Vue aérienne et ancienne de Luchon

Le monde rural et sa jeunesse dans les années 60.

L'histoire que je vais vous raconter s'est passée en juin et juillet 1968 à Luchon.

Pour tenter de comprendre pourquoi tout cela est arrivé sans que l'on s'étende sur la suite des événements, il faut se replonger dans l'année 1968.

La "Révolution" de mai est le début d'une nouvelle ère, en fait elle ouvre la porte à une libéralisation des mœurs mais rien ne s'est fait sans douleur. Et bien plus vite en ville qu'à la campagne !

Années 60 : charnière entre la tradition et la modernité.

Repartir dans son passé est un moyen très sûr pour revivre la société des temps qui nous ont précédés. Dès la fin de la décennie "50", elle bougea drôlement, certaines jeunes filles s'émancipant avec aplomb en faisant fi du jugement des autres. La majorité était encore soumise aux diktats familiaux et sociétaux très forts et très rigides en milieu rural.

On ne pouvait toutefois pas dire qu'elles avaient acquis, - hérédité d'un monde hostile oblige - grâce à l'ouverture sur le monde, une quelconque idée de la compassion et de la douceur ! Il ne fallait pas trop en demander quand même... Et les garçons - idem - se montraient les dignes épigones de leurs pères : la douceur, la finesse, la complaisance ? Bien sûr que non : ils ne connaissaient toujours pas. Toujours raison et incapables d'écouter ce qu'une femme disait lorsqu'elle se permettait de donner une opinion quelconque sur n'importe quoi... surtout dans le domaine politique !

"Mais enfin voyons, une femme ne vote que ce que son mari lui dit de voter et de comprendre, elle n'a pas le cerveau "fabriqué" pour cela ! Il lui manque une partie, celle du raisonnement."

Ben voyons...

Ne croyez-pas que j'exagère, j'ai entendu cette phrase un nombre incalculable de fois ! En fait, ils ne savaient pas exactement où se trouvait le trou qui fait que nous sommes incapables de penser, les dyslexiques montraient à droite et les autres à gauche, ou bien vice versa allez savoir !

Des sémaphores déglingués... C'était crispant et ça donnait des envies de fuir à toutes jambes !

Oui bien sûr, une fille, dès l'enfance, devait être "dressée", il fallait qu'on lui dise comment faire en toutes circonstances et elle avait intérêt à obéir si elle voulait plaire !

Etudier ? Vous n'y pensez pas ! Son cerveau n'était pas fait pour ça ! Secrétaire, postière au guichet de la Poste mais surtout pas facteur, elle perdrait les lettres et les colis, comptable non mais aide oui, institutrice oui encore mais pas plus ! Alors gendarme ou militaire ? Cris d'horreur : c'était impensable, oui, oui, impensable ! J'ai même entendu le raisonnement suivant, vous êtes assis (es) ? Oui ? Et bien que Marie Curie était un homme déguisé en femme - une maladie grave - sinon on ne comprenait pas pourquoi elle avait découvert tant de choses ...

Vous croyez que si parfois on avait des envies de meurtre, on avait tort ?

Que faisaient-elles alors, ces jeunes filles ? Et bien, elles acceptaient l'outrage et se taisaient... Sachant parfaitement que lorsqu'elles seraient pourvues de maris, elles les feraient filer doux et ils n'auraient pas intérêt de moufter, sinon... ? Grève !

Et toutes mèneraient aussi par le bout du nez les copains de LEURS "hommes" car ils seraient dans le même bateau chez eux ! (1)

Donc, la vie serait belle, la gent féminine continuerait de gouverner en sourdine, les hommes prenant tous les reproches et les honneurs, ce serait selon l'humeur générale !

La liberté d'exister quelque part tout en respectant les codes établis : un pouvoir immense de manipulation des masses sans que quiconque ne puisse contester !

Liberté sexuelle pour certaines, respect total des traditions dans ce domaine pour d'autres.

Socialement elles n'avaient pas obtenu un statut d'égalité malgré la création des "collèges d'enseignement général" (CEG) dans chaque canton en 1959. Ils étaient ouverts à tous les enfants car l'examen d'entrée en 6ème avait été supprimé et les filles travaillaient très bien dans à peu près toutes les matières. Mais en dehors, elles restaient à leur place toujours pour ne pas déplaire et trouver un mari avant les fatidiques 25 ans. Comme Sainte-Catherine était haïe ! Avouez que pour une sainte c'est plutôt rare !

Mais certaines, conscientes de leur beauté et donc de leur pouvoir, se sont "défoulées" dans le domaine sexuel en revendiquant leur liberté. Leurs "grands-mères", bridées par la tradition, ne s'étaient pas gênées elles non plus dans les siècles passés - pour se venger des mariages arrangés plutôt qu'au nom d'une idée de liberté - mais en secret. Si elles tombaient enceintes, ce n'était pas important, le mari cocu ne comprendrait rien et serait fier d'être père une fois de plus !

Dès le début des années 50, le rôle de la presse et de tous les médias féminins a été décisif pour que ces jeunes femmes, dites libérées, prennent de l'assurance et décident de vivre intensément leur sexualité en pleine ébullition. Elles ont fait face avec dédain aux "ordalies" péremptoires du genre "ça ne vaut rien tout ça".

Leurs modèles et mentors ?

Les actrices et chanteuses ! Leurs mères déjà, nées dans le premier quart du 20ème siècle, avaient vu la société évoluer vers plus d'émancipation. Les Années Folles - 1920-1930 - sont la renaissance d'un pays martyrisé à tous les niveaux social, économique, politique et culturel.

Nous sommes sortis d'un cycle infernal où n'importe quel président ou monarque à la tête d'un pays pouvait déclencher des guerres aussi effroyables que celle de 14-18. Parce que le monde voulait plus que tout avancer dans le bon sens, des esprits ouverts ont créé la Société des Nations dont le principal but était de résoudre les conflits par la négociation collective. Et rien que cela a été un immense bond en avant pour l'humanité...

Malgré qu'à partir de 1933, un gratiné de la cafetière déglinguée allait mettre l'Europe à feu et à sang. L'horreur serait tout aussi forte mais avec un autre visage.

Dès 1920, les artistes envahissent le devant de la scène bien décidés à montrer toutes les facettes du génie culturel humain. On voit - oh ! honte suprême pour les conservateurs - des danseuses nues se trémousser devant un parterre d'hommes et de femmes quémandeurs de plaisirs nouveaux ! La créativité devient générale et de nombreuses découvertes vont améliorer le quotidien des français. 1936 verra l'apogée de cette mutation d'une société sclérosée ou seule une catégorie de gens fortunés avait droit aux loisirs et aux vacances !

1936 libère les aspirations d'un peuple besogneux mais pauvre en général.

Hollywood est aussi passé par là car les journaux parlent beaucoup des splendides créatures - fabriquées par des hommes pour l'argent qu'elles rapportaient et objets sexuels malheureusement - comme Greta Garbo, Marlène Dietrich, Louise Brooks, Bette Davis et tant d'autres qui s'affichent sur les murs des cinémas et dans les magazines. Leur vies privées scrutées par la presse "people" de l'époque n'ont pas manqué d'interpeller les jeunes filles des années 20 et 30 lorsqu'elles pouvaient avoir accès à la lecture des journaux.

Même ici, dans cette région muselée par la religion et les coutumes !

Et quand nous sommes nées, nous les filles du baby-boom post-Libération, nous devions respecter les règles morales et sociétales, mais nous avions nos mamans pour nous parler d'autre chose !

En France, les stars planétaires des années 50 étaient plus accessibles et plus proches des jeunes filles rêvant de devenir l'une d'entre elles : les "grands - garçons et filles - ne parlaient que d'elles et bien évidemment celle qui faisait le plus rêver était Brigitte Bardot. En fait leur beauté plus "populaire" se rapprochait de celle à laquelle aspiraient les jeunes femmes : des formes pulpeuses mais sans trop, des coiffures moins apprêtées que les stars d'avant-guerre, des vêtements moins glamour et plus pratiques mais restant "chics". Enfin quoi, elles pouvaient rester classiques tout en se permettant une certaine liberté vestimentaire loin des diktats de la mode austère autorisée par la religion et les grands-mères à cheval sur les convenances. Par contre la mini-jupe toute nouvelle n'attirait pas vraiment car il fallait toujours et encore être "respectable" pour gagner un "bon" mari !

Il est vrai que BB a beaucoup fait pour que les jeunes femmes se sentent prêtes à conquérir le monde... Et pourtant, avec le recul, on comprend bien que sa liberté totale ne résultait que de la volonté masculine de "faire de l'argent" et d'assouvir les fantasmes. BB n'a été rien d'autre qu'un beau produit - réduit à la consommation courante, hélàs - qu'ils ont vendu... très cher. Mais elle a apporté à des millions de femmes, le droit de se sentir aussi libres qu'elle.. Chez nous comme ailleurs ! Et cela est inestimable !

Une tradition en apparence respectée...

Ce vent de liberté avait toutefois des limites vite contournées dans le secret des nuits d'été. Lorsqu'elles sortaient danser dans les bals et dans les dancings, elles étaient accompagnées d'un chaperon qui, de l'avis de tous, fermait les yeux .... complice.

Oui, tout avait sans doute changé avant 1968, année où la société gaullienne était arrivée au bout de sa course. Mais elle gardait un rempart puissant, la religion, qui empêchait la jeunesse d'exprimer au grand jour ses aspirations. Et pourtant Vatican II en 1965 avait commencé un bouleversement général du milieu et provoqué quelques frictions internes !

1968 a été le bouchon qui a libéré le champagne et nous avons vu en cet été-là, les jeunes sortir, s'amuser ouvertement, consommer de l'alcool, fumer et exprimer ses désirs sexuels sans aucune contrainte.

J'ai eu un mal fou à appréhender les hésitations, les aspirations et l'égoïsme de cette génération d'après-guerre qui n'a vu que l'argent et l'apparence sociale comme but ultime de vie. La consommation à outrance, la recherche du plaisir dans tous les domaines, l'argent facilement gagné car il y avait du travail, ont changé radicalement notre mode de vie.

Mais paradoxalement les classes sociales ont été encore plus structurées. La masse "populaire" qui croyait avoir trouvé le nirvana dans sa "richesse" toute nouvelle, a oublié la culture ancestrale trop ringarde à ses yeux. Seul l'argent a compté. Ce qui est ahurissant c'est qu'il n'y a encore que lui qui compte pour elle. Pourtant, vu l'âge...

Essayer de comprendre, pas facile...

Le 4 septembre 2016, j'ai regardé la messe de canonisation de Mère Térésa devenue sainte Thérèse de Calcutta et dans les propos des intervenants à la fin de la célébration quelque chose m'a frappé.

On nous a expliqué que cette grande dame qui a voué sa vie aux pauvres avec un amour sans limites, trouvait dans la pauvreté une raison d'aimer encore plus le Christ. "J'ai soif", mots prononcés par Jésus sur la croix avait un sens plus profond pour elle : "j'ai soif" non pas d'eau mais d'amour pour les malheureux, les exclus, les miséreux et les malades. Cependant, elle considérait la richesse comme moyen nécessaire pour permettre aux pauvres d'être soignés, bien sûr mais aussi et surtout de s'en aller dans la dignité.

Il est évident que je fais là, un raccourci de la pensée de Sainte Thérèse de Calcutta.

Elle croyait profondément que la pauvreté était indispensable pour approcher l'amour parfait du Christ ! Il est indiscutable que cette interprétation ne peut être comprise et admise comme logique et réelle par des esprits rationnels mais cette religieuse était née en 1910 et sa vie n'a été qu'un long chemin mystique.

Néanmoins ce qu'elle a réalisé est inestimable. Sa foi immense l'a portée vers des sommets.

L'un des intervenants a fait remarquer que le pape François ne s'est aucunement étendu sur cette partie de la personnalité de la nouvelle sainte car lui, tout simplement, il raisonne quelque part en politique lorsqu'il parle du combat à mener contre la pauvreté, l'exclusion, la souffrance issue du manque de tout. Socialement, ces trois facteurs n'existent que parce que des gens sans scrupules accumulent les richesses en niant la dignité du "matériel" humain. Et aussi parce qu'ils se servent sans aucune honte de l'égoïsme de ceux qui vivent bien grâce à des revenus corrects (acquis honnêtement et avec beaucoup de sacrifices parfois grâce au travail de toute une vie), renvoyant de ce fait vers le néant les 30% de population pauvre.

Pape François donne à voir la richesse comme un crime.

Nous pouvons préciser pour aller plus loin : crime contre l'humanité.

C'est une évolution extraordinaire de la pensée. Une nouvelle génération de femmes et d'hommes va emboîter son pas et elle sera en contradiction totale avec celle née après la Libération.

Celle-ci voulait sortir de sa condition en faisant table rase du passé et de l'histoire par HONTE envers la pauvreté du milieu dont elle était issue.

On abandonna les belles maisons de famille (symboles de paupérisation) pour un logement en HLM en ville ou une maison neuve sans intérêt architectural - du tout venant en général - afin de gagner de la considération ! Pour accéder et rester ensuite dans cet univers de confort et de simili richesse, ces femmes et ces hommes ont cédé à tous les excès - surtout d'intolérance - et ont rejeté la culture comme moyen d'élévation sociale. Seul l'argent a compté parce que POSSÉDER était le but ultime du jeu.

En ce 21ème siècle, comment peuvent-ils accepter ce raisonnement de richesse égale crime ! (2). Assertion qui sera un jour reprise à l'envi par une génération de gens plus ouverts, plus lettrés, moins vaniteux surtout !

C'est pour cette population post-Libération, impensable. Ce serait remettre en question ce pour quoi elle a vécu. Sa seule planche de salut en milieu rural face aux connaissances diffusées par les médias, est d'imposer les fondamentaux d'une société ringarde et injuste, celle de nos grands-parents. Elle y usurpe le rôle des notables d'autrefois - ce qui lui permet de régner sans vergogne en imposant un mode vie régressif - afin de concrétiser la réussite finale de leur destinée ! Mais qu'ont-ils fait de leur vie justement ? A bien regarder, à bien analyser, pour chacun, elle a été tout à fait normale, c'est-à-dire aux niveaux économique, social et politique, utile oui, mais assez stérile et sans intérêt au niveau des échanges humanistes.

Il faut savoir que :

Selon les sociologues (en 2014), on est "riche" à partir d'un revenu de 2917 euros pour une personne seule, de 5693 euros pour un couple sans enfant, de 6842 euros pour un couple avec un enfant, de 7863 euros pour un couple avec deux enfants et enfin de 5735 euros pour un couple avec trois enfants et plus. On est pauvre avec un revenu en dessous de 729 euros pour une personne seule... actuellement c'est en dessous de 766 euros ! (3).

766 euros, c'est l'équivalent de l'argent de poche d'une semaine pour le petit nanti de base !

Alors quand on les entend se plaindre de la cherté de la vie, on a envie de rire jaune !

En tous temps et en tous lieux, pour vivre, il faut travailler et on a tous eu un un premier emploi.

C'est en juin 1968 que j'ai été en contact avec le monde du travail pour la première fois et le souvenir que j'en ai gardé est celui d'une tristesse infinie.

Mais la belle rencontre du 16 juin de cette année-là est restée quant à elle, un magnifique souvenir.

A suivre

Jackie Mansas

8 août 2016

1 - Suzanne Lamoure née Castex +

2 - toutefois plus conforme à l'enseignement des Évangiles

3 - Observatoire des inégalités 2014

Pauvres : 30%; Populaire : 10% ; Classe moyenne : 40% ; Classe aisée : 20%.

Pauvres : 30%; Populaire : 10% ; Classe moyenne : 40% ; Classe aisée : 20%.

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