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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barbazan : les eaux guérisseuses...

Publié par Jackie Mansas sur 3 Septembre 2016, 09:02am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Barbazan au loin.

Barbazan au loin.

Partout, il existait des sources sacrées.

Au bord de la source sacrée de Luscan, un autel votif recevait les offrandes ; d'autres devaient exister dans la contrée. L'eau est d'ailleurs présente dans toutes les religions, le baptême chrétien fut un symbole puissant pour que le christianisme puisse être accepté dans toute la région.

Les paysans honoraient les sources, la terre et ses produits - arbres, plantes, gibier, oiseaux - et le soleil. Ces cultes païens furent poursuivis jusqu'au 18ème siècle et les prêtres savaient, avec beaucoup d'intelligence et de tact, les ramener à la doctrine par des symboles très simplement interprétés. Les dieux, les fées, le dieu chrétien faisaient bon ménage, le ciel et la terre étant assez vaste pour loger tout le monde.

L'idée de l'eau guérisseuse était très répandue. Mais il fallait donner une explication à ses pouvoirs et c'est pour cela que partout dans le bassin, les sources étaient habitées par les fées qui dispensaient leurs bienfaits aux hommes en les soulageant ou en les guérissant de leurs maux. A Saint-Bertrand de Comminges existe encore la source des fées - Era Hount de las Hados - au bas de l'Escalère de Higaro, elle jaillit d'une petite gorge "romantique et cachée". (1)

Les sources d'eau minérale connues dès l'Antiquité pour leurs vertus médicinales, ont été exploitées par les Romains. Les Thermes Onesiurum (Luchon), Aquae Convenarum (Capvern), Vicus Acquensis (Bagnères de Bigorre), Aquae Livie et Julie (Labarthe de Rivière), Barbazan sont parvenues jusqu'à nous.(2)

Qui est venu et en a parlé ?

D'autres, ayant connu leur heure de gloire sont oubliées de nos jours : Saint-Nérée à Ferrère, Siradan, Sainte-Marie en Barousse. Seule Barbazan est restée. Au premier siècle de notre ère, Strabon, grand voyageur, écrit : "qu'il a rencontré dans le pays des Convènes, une eau admirable, très salutaire à la santé" et surtout "au point où la Garonne fait un coude, coule une eau admirable qui a la propriété de libérer les entrailles". En 1841, lorsqu'on voulut commercialiser la source, il fallut la recapter. Le docteur Froment décrit en 1891 le travail découvert à l'occasion :"Impossible de se tromper, la maçonnerie construite en briques et petites pierres carrées, avec un mortier complètement vitrifié est bien d'eux. L'appareil de construction est typique, quand on l'a vu une fois seulement avec ses quatre faces taillées en coin, le parement visible de 10 à 15 centimètres, arrangé dans le mur en forme de pavé, formant des assises séparées par une ligne de briques, on reconnaît de suite la manière de bâtir de nos conquérants d'autrefois".

Sans nul doute, cette installation plus ou moins rénovée de temps à autre, a été utilisée par la population locale, les divers amis du seigneur, les religieux de Saint-Bertrand. De Froidour écrit encore dans sa description du pays où il séjournera deux ans :

"Outre ce lac, il y a encore une autre chose fort remarquable à Barbazan qui est une fontaine d'eau fort salutaire, de laquelle on boit et en laquelle on se baigne. Au matin, elle est un peu tiède et le reste du jour, elle n'est ny chaude ny froide". On buvait l'eau à la source principale et aux deux autres résurgences, dites du Saule et du Sureau, à cause des arbres qui poussaient à proximité. On se baignait dans deux baignoires en bois entreposées dans une construction également en bois appelée "la Baraque". On faisait chauffer l'eau dans un petit cabinet attenant.

De Froidour fut guéri de violentes coliques après quelques jours de cure. En effet, venu en Barousse pour visiter les forêts, il fut accueilli on ne peut plus froidement. Dès le premier jour à Créchets, il sut à quoi s'en tenir : messire de Palatz, seigneur du lieu, le syndic de la vallée, les consuls, le recteur de la paroisse l'attendaient plus que méfiants !

Après les discours de bienvenue et la messe, ils l'invitèrent à dîner mais ils firent maigre chère et burent le vin du coin qui rendit le Grand Maître des Eaux et Forêts fort malade. Il ne fut pas dupe : les Baroussais avaient voulu l'intimider. Il ne s'attarda pas ce jour-là et redescendit au château de Barbazan.

De 1644 à 1670, le lieutenant-général de Guyenne, grand ami du seigneur de Barbazan, François d'Epignay, Marquis de Saint-Luc, vint "prendre les eaux chaque année, ce qui parut lancer la station. Mais malheureusement, cette publicité ne dépassa pas le cadre de la région et les hauts personnages du pays n'eurent même pas la courtoisie de s'y intéresser.

Partout, dans les Pyrénées, durant l'époque moderne, on vit naître des établissements thermaux : " Les sources guérissseuses se multiplient". (3) Henri IV publia les premiers édits relatifs à l'entretien des sources minérales et au XVIIIème siècle, quelques médecins formés par la faculté de Montpellier, décidèrent de mettre à jour les connaissances en nature d'eaux thermales. L'expérience des anciens fut consignée dans des livres d'observation, tel le fameux "Journal de Barèges" (Musée Pyrénéen de Lourdes). Ils précisèrent formellement que la durée de la cure ne devait pas dépasser 21 jours, car au-delà, l'organisme ne supporte plus le traitement".

Louis XV créa une commission de médecine, à laquelle il confia l'administration générale des eaux thermales du royaume et la tâche de réunir tous travaux et observations les concernant. Des personnalités de premier plan fréquentaient les stations thermales des Pyrénées, mais elles oubliaient de venir à Barbazan, peut-être parce que ce village était à l'écart de la route de Toulouse à Luchon, peut-être aussi parce que terre seigneuriale, elle ne fut pas mise à la mode par le seigneur lui-même.

A suivre

Jackie Mansas

1 septembre 2016

1 - Robert Gavelle : Revue de Comminges 1970

2 - R. Francioli : Revue de Comminges 1986

3 - R. Deguiral : Annales de la,Fédération Pyrénéenne d'Economie Montagnarde 1935 - tome 4

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Billiet Freddy 14/03/2017 12:00

Bonjour. Je possède une carte postale ancienne de Barbazan représentant la nouvelle fontaine le jour de l'inauguration. Serait-il possible d'en retrouver la date exacte ? J'effectue un énorme travail de recherche par la carte postale et je serai ravi (et dépanné) de résoudre ce problème. Merci d'avance.
Freddy Billiet

Jackie Mansas 14/03/2017 12:17

Bonjour, je pense que c'est avant la deuxième guerre mondiale mais pour plus de sûreté, je vous invite à joindre Mr Robert Michel à Siradan 65 collectionneur passionné de la Barousse (voir article sur la journée du patrimoine 2015) et qui a commencé aussi sur Barbazan à rechercher des cartes. Il est répertorié dans l'annuaire et vous le trouverez facilement. Votre travail est fort intéressant, est-ce un sujet d'études universitaires ou pour votre plaisir ?

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