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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barousse : les dévastations du 19ème siècle. 2

Publié par Jackie Mansas sur 2 Septembre 2016, 13:01pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Mauléon et la haute-vallée ; L'Ourse à Mauléon.
Mauléon et la haute-vallée ; L'Ourse à Mauléon.

Mauléon et la haute-vallée ; L'Ourse à Mauléon.

Les événements qui conduisirent les Baroussais et leurs voisins à dévaster presque totalement les massifs baroussais de juillet à octobre 1814 furent connus des autorités lorsque l'Inspecteur des Eaux et Forêts Larrialle écrivit au Préfet, le marquis de Villeneuve, le 6 octobre 1814. (1)

Il dénonçait les coupes sauvages et la violence qui régnait dans la vallée.

Mai 1814 après le retour du roi Louis 18 : les Baroussais décidèrent - dans l'euphorie de ce retour et ainsi -croyaient-ils, de leurs privilèges sur les forêts et vacants - lors d'une réunion, de reprendre la fabrication de la cardine et du merrain.

D'après le procès-verbal des deux gardes, nous pouvons imaginer ce qui se passa à partir de là quotidiennement en Barousse (3).

Le 8 juillet, une troupe d'hommes venue de Troubat, Mauléon, Sost, Esbareich, Ourde et Ferrère se dirigèrent en plusieurs groupes vers les quartiers de Salabé, Bordelesone, Betmale, Chouarneau avec des haches et des scies et armés de fusils. Le vacher Simoné de Cazarilh aperçut un groupe d'habitants de Troubat monter vers Massader à Ourde.

Les gardes forestiers, Dominique et Roch Andrieu, originaires d'Anla, effectuant une tournée dans les forêts de la Haute-Vallée, trouvèrent un grand nombre d'arbres abattus et pour la plupart déjà débités en douelles (4), cardine et chevrons. Une partie des sapins et des hêtres coupés avaient été transportée près des ruisseaux de Ferrère. Après avoir visité les quartiers de Salabé et Bassia où ils martelèrent le bois trouvé, le bruit des cognées d'une douzaine d'hommes les attira vers le quartier de Bordelesone. Les bûcherons s'enfuirent dès qu'ils les aperçurent en abandonnant deux haches. La même scène se répéta à Chouarneau où le nombre de coupeurs était encore plus important.

Ensuite, il n'y eut plus de procès-verbaux dressés par les gardes car à partir du mois d'août, le commerce de la cardine prit des proportions considérables grâce à des complicités à tous les niveaux. Les dégâts n'auraient pas pris cette ampleur si les représentants des Eaux et Forêts et les Gendarmes ne s'en étaient pas désintéressés. Chacun, ensuite, rejeta sa propre responsabilité sur les autres afin de minimiser les faits.

Il est fort probable que tous furent plus ou moins dépassés par les événements et qu'après avoir tenté de réprimer les abus en vain, ils préférèrent en tirer profit.

Profit et violence.

Pourtant, ce ne fut que lorsque les bûcherons armés devinrent menaçants que l'Inspecteur Larrialle envoya son rapport au Préfet. Jusque-là tous les notables et responsables de la vallée jouirent impunément de cette industrie.

Deux hommes seuls ne pouvaient sur une si grande superficie - tout le canton - arrêter les dévastations. Mais, malgré leurs affirmations, il était quasiment impossible qu'ils ne connaissaient rien des événements. De mai à octobre, il fut fabriqué cent piles de cardine, la plupart en délit à 80%, chaque pile contenant 24 à 25 douzaines (5).

Après le 8 juillet, les gardes ne remontèrent plus en forêt. Ils installèrent leur quartier général chez Anne-Marie Lamolle, veuve Baron, âgée de 36 ans, aubergiste à Mauléon et ceci durant sept mois (6). Les files de chars descendant de Ferrère et de Sost passaient devant son auberge de jour comme de nuit. Certains transportaient même la cardine à dos d'âne. Quatre ports recevaient les bois en roule ou déjà transformés : Saléchan et Bagiry (7) pour ceux du Hourmigué, Loures et Labroquère pour ceux de la Haute-Vallée.

Ceux d'ailleurs

Les marchands de bois de Saint-Béat, de Cierp, de Montréjeau et de Toulouse les achetaient soit sur place en montagne soit directement au port. La marchandise était embarquée par radeau, vendue dans la région ou expédiée au loin. Certains se spécialisaient : Pierre Castet de Cierp achetait la vieille cardine aux adjudicataires de Mauléon, Jean Gesse de Cierp également, s'était associé avec un certain Baron de Frontignan de Comminges et leur affaire marchait bien, l'un traitait avec les ouvriers directement et choisissait les meilleurs lots, l'autre fournissait l'argent.(8)

Le commerce existait avec les hautes vallées pyrénéennes, les habitants de la vallée d'Oueil allaient chercher du bois dans les montagnes de Barousse. (9)

Les habitants de Loures et d'Izaourt travaillaient eux aussi pour leur propre compte (10). Jean Lafforgue, maire de Loures, 45 ans, laboureur, déclarait qu'en août 1814, Anselme Verdier de Loures (peut-être charpentier) lui demanda s'il voulait l'aider à transporter de la cardine pendant la nuit avec son char jusqu'au port de Loures. Il accepta. Il fut convenu que Verdier viendrait l'appeler. Le maire attendit en vain et le lendemain lui en demanda la raison. Verdier lui répondit qu'il avait eu peur de réveiller le gendarme qui logeait chez lui et qui pourrait arrêter le convoi.

En fait, tandis que les gendarmes qui le surveillaient, l'attendaient au port, il déposait le char de cardine chez un nommé Lieusac à Izaourt. Il avait été averti et avait trouvé la solution pour échapper à l'arrestation.

Anselme Verdier fournissait la Basse-Vallée et avait un autre associé à Mauléon. Il vendait d'autres bois comme le noyer qu'il transportait lui-même avec son domestique souvent le dimanche (11).

Des marchands comme Pelleport de Saint-Arroman qui avait son magasin à Montréjeau faisaient le trajet plusieurs fois par mois pour choisir la cardine. Ceux de Toulouse séjournaient à Mauléon.

D'un autre côté, la foule des habitants abattaient hêtres et sapins pour leur usage personnel.

Les maires de Sost, d'Esbareich, de Ourde, de Ferrère, d'Ilheu, de Troubat et de Sacoué dirigeaient des groupes de bûcherons. Quant aux notables de la vallée, ils organisaient le travail des ouvriers : Madame Plamajou l'épouse du Juge de Paix, Pierre Vaqué maire d'Anla et riche propriétaire, Rumeau marchand de bois à Mauléon et un particulier Guillaume Ferrère s'occupaient de ce commerce si lucratif.

Billère, arpenteur à Bertren, déclara le 20 décembre 1814 au Juge de Bagnères que "le nombre de coupeurs est aussi considérable que le nombre des habitants de la haute vallée".

A suivre.

Jackie Mansas

1 septembre 2016

1- Série 7 M archives départementales des Hautes-Pyrénées

2 - Cardine : bois de boulange

Merrain : planches servant à confectionner les panneaux, les douves des tonneaux.

3 - Série 7 M

4 - Douelle : petite douve de tonneau

5 - environ 30 000 pièces de bois

6 - déposition d'Anne-Marie Lamolle le 14 mars 1815

7 - A l'entrée de Siradan, le Gouhouroun longeait la pente du Mayrou puis partait tout droit vers la Garonne. Lors de la construction de la route par d'Etigny (fin du 18ème siècle), il fut dévié à partir du niveau de la route et son cours fut creusé pour assécher les terrains vers le fleuve et aussi pour diminuer la force du torrent. Le nouveau confluent devint un port.

Son tracé actuel dans le village de Siradan ne date que de la moitié du 19ème siècle car tel qu'il est, il ne serait plus navigable vu que l'on n'a jamais vu un cours d'eau remonter une pente !

8 - dépositions Pierre Castet et Jean Gesse le 13 mars 1815

9 - déposition Jean Verdalle, maire de Signac le 13 mars 1815

10 - déposition Jean Lafforgue le 13 mars 1815

11 - déposition François Lasserre, 57 ans, laboureur à Izaourt.

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