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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Mes belles rencontres.... suite 1

Publié par Jackie Mansas sur 15 Novembre 2016, 22:04pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Mes belles rencontres.... suite 1
Mes belles rencontres.... suite 1
Mes belles rencontres.... suite 1

Citation : "L’homme a peu de chances de cesser d’être un tortionnaire pour l’homme, tant qu’il continuera à apprendre sur l’animal son métier de bourreau." 
Marguerite Yourcenar ( 1903-1987)

&&&

Quand on apprend toute sa vie des animaux sans s'interrompre un seul instant, on est toujours plus fort devant l'adversité car eux seuls savent vraiment aimer... 

 

Le 19 février 1981 :

 

Après avoir passé une bonne nuit, ce jeudi 19 février 1981, je pars en pleine forme - il fait toujours très froid - et 8 heures 30 sonnent lorsque j'arrive à la Maison de Repos pour prendre mon service. Je suis sur un petit nuage et les employées le remarquent. Augustine m'interpelle tout en rigolant en douce :

- Jackie ! Tu es contente ce matin, tu as rencontré le prince charmant en route ? Il serait temps quand même ! Le temps passe et tu ne rajeunis pas...

Les autres surenchérissent. Ce n'est pas du tout méchant de leur part, oh non, alors, c'est tout le contraire ! En fait, elles s’inquiètent pour moi car à mon âge avancé, je ne suis pas mariée .... ce n'est pas dans l'ordre des choses pour une femme et c'est drôlement perturbant !

Une femme encore célibataire et qui n'en a rien à faire passés les 25 ans, c'est une situation incompréhensible pour tout le monde. Sauf si elle est atteinte d'une tare quelconque, allez savoir ! Certaines ne se voyant pas, il faut se méfier... 

Toujours, à la fin du 20ème siècle, des idées d'autrefois, du temps où les femmes se devaient d'être soumises à la religion et à la tradition - seule alternative : ou le couvent ou le mariage - pour seulement avoir l'autorisation d'exister !

Donc, trente trois ans c'est vieux ! Bien sûr que non pour une femme mariée mais pour une célibataire c' en est....  Dans l'esprit de tout le monde, je vire "vieille fille" et ça voyez-vous, ce n'est pas recommandé, pas "coruscant" du tout, voire c'est honteux, je suis tout juste bonne à raser les murs, ou bien à me cacher....

Je ris bien sûr, j'ai l'habitude d'entendre ces raisonnements et comme cela me passe au-dessus de la tête, je lui réponds joyeusement :

- Un prince non, mais DES princes charmants ! Disons plutôt des rois, des empereurs...

- Toi, tu as trop étudié hier soir ! Il va falloir que tu freines un peu sur tes neurones et que tu arrêtes de les malmener parce que si maintenant tu rencontres DES rois et DES empereurs sur la route c'est qu'il y a un problème !

- Mais pas des vrais, Augustine, non des chiens !

Surprise non feinte et très amusante :

- Ça existe des chiens empereurs ? C'est quelle race ?

J'adore Augustine, elle a un humour particulier fait de rondeur et d'espièglerie et j'apprécie les échanges avec elle. Avec Suzanne aussi mais il faut se méfier de ce que l'on dit car en bonne Baroussaise, elle peut changer d'humeur en un rien de temps et si elle s'amuse avec beaucoup d'humour elle aussi, ça peut basculer dans le grognon en un clin d’œil. De sacrées bonnes femmes gentilles, intelligentes et surtout même si Suzanne est une "ronchonne" confirmée, de vraies "mamas" au fond d'elles-mêmes.

Augustine est toujours de bonne humeur mais ne mâche pas ses mots quand il le faut. Pas à bon escient toutefois dans certaines circonstances quand des "bonnes langues" - pour déclencher un conflit (il suffit d'une pour flanquer la pagaille) - s'amusent à lui faire croire qu'elle est lésée... Malgré qu'elle parle un excellent français, elle ne comprend pas toujours certaines expressions et elle part au quart de tour. Elle le regrette ensuite, soit parce qu'elle a compris à retardement soit parce que dans sa famille quelqu'un lui a expliqué ! Elle vient alors s'excuser.....

C'est facile de faire croire à des personnes immigrées n'importe quoi car la langue française est tellement difficile à appréhender que même pour ceux qui sont nés avec elle, elle n'est pas tout le temps intelligible ; et il y en a qui excellent dans ce jeu-là !

Pour moi, elles étaient et elles resteront des dames bien.

Suzanne qui vient de rentrer dans la cuisine et qui apprend la nouvelle, rigole franchement car bien entendu, Augustine est en pleine réflexion sur l'existence de chiens de race "empereur" et son air dubitatif est trop drôle.Elles me taquinent, l'atmosphère est bon enfant et cela met de la bonne humeur dans la maison au moins pour la matinée !

Je raconte mon aventure de la veille, on m'écoute attentivement puis les discussions vont bon train sur le fait qu'il y aurait un élevage de bergers allemands ou de chiens loups dans le coin ! Mais où ? Jamais entendu parler !

Augustine :

- Tu es sûre que c'était des bergers allemands ? Comme ce sont des chiens qui se vendent cher, tu crois qu'ils pourraient se balader sur la route la nuit ?

Moi :

- Non, vous avez raison, maintenant je n'en suis pas du tout certaine car la lueur de la lune n'éclairait pas vraiment l'endroit où ils ont débouché lorsque j'arrivais. Ils se sont retrouvés au milieu de la nationale vers le bosquet pour bien voir ce qu'était la lumière du vélo qui avançait vers eux. C'est quand je l'ai posé sur le bas-côté de la route pour aller les voir tout en leur parlant, qu'ils se sont montrés encore plus curieux.  A bien réfléchir, je pense plutôt à des chiens-loups gris et bruns.

Augustine :

- Ce serait plus logique que des bergers allemands ! Ils valent une petite fortune chacun alors...

Suzanne :

- Un élevage de chiens-loups en Barousse ? C'est la pleine lune, Jackie, tu as rêvé et comme tu y passes ton temps, hein dans la lune (j'ai déjà entendu cela quelque part non ? hier au soir plus précisément. Ma réputation de rêveuse me suit depuis toujours alors)... c'est pas possible autrement, tu vois toi, un élevage de chiens qui s'échappe dans la nuit, les propriétaires s'en seraient aperçus !

Augustine :

- Pas forcément, hier soir, il gelait alors après les avoir soignés, ils ne sont plus ressortis de chez eux !

Suzanne :

- Guguste **, tu as raison : c'est vrai, on ne sait pas tout, il s'est peut-être installé récemment et déboussolés, les chiens se sont sauvés ! Mais ne te fais pas de souci Jackie, ils vont revenir chez eux quand ils auront faim. (hier au soir....le bon sens)

Une infirmière entre alors et demande quel est l'événement qui provoque cette discussion et ces rires. Plutôt : qu'est-ce que j'ai fait ou dit comme bêtise pour que tout le monde s'en amuse ! Une des deux cuisinières présentes ce jour-là, sérieuse comme un pape, la renseigne :

- Jackie a vu des chiens !

- Ah ça c'est une nouvelle ! Cela fait si longtemps que ça qu'elle n'en a pas vu ? Il n'y a que ça par ici, des chiens, des chats... et avec tout ce qu'elle a chez elle ! (1)

La cuisinière :

- Pas des chiens "simples", non des chiens-loups !

Tout le monde rit et moi aussi. L'infirmière veut savoir. Je raconte alors cette rencontre magique et :

- Des chiens-loups dans la montagne, un soir d'hiver avec la pleine lune ! Et oh ! Jackie ! Redescendez de la lune justement, on est sur Terre et c'est impossible ! Vous avez rêvé.

Et voilà ma réputation ! (2)

Bien sûr que non, je n'ai pas rêvé ! Le ton employé me déplaît un tant soit peu mais je ne relève pas car vu que je sais - et que nous savons toutes - qu'elle va clôturer les échanges amusants du personnel avec un (gros) brin d'ironie méprisante :

- La seule chose sensée que vous devriez faire, maintenant c'est aller travailler, on n'est pas là pour écouter vos contes fantastiques.... C'est à croire que vous ne savez faire que ça... c'est-à-dire pas grand chose !

Dès qu'elle a commencé sa phrase, Suzanne en quatre enjambées a quitté la pièce et Augustine s'est levée pour partir à son tour. Je l'ai écoutée poliment et quand enfin, elle se tait hilare de ses bons mots, je passe devant elle sans un mot, sans un regard et je sors rapidement.  

Le personnel faisait la tête, il y avait de quoi... la journée avait bien commencé et il avait fallu que quelqu'un la gâche...

Toutes les infirmières prirent l'habitude dès leur arrivée, de m'envoyer des piques acérées quand l'occasion se présentait vu que leur situation dans la maison leur permettait de rabaisser les autres. Comme avec tout le reste du personnel, elles auraient eu la répartie, aussi passaient-elles leur mépris du "petit peuple" sur moi.

Tout simplement, en plus, parce qu'il fallait montrer une supériorité sociale à quelqu'un qui n'entrait pas dans leurs cases. Je ne devais jamais oublier où j'étais et qui j'étais. (3) Je n'ai jamais répondu jusqu'en août 1981...où j'ai fini par craquer mais à ma manière...

Je me souviens de l'une d'entre elles qui m'avait prise en grippe dès que je lui fus présentée une vraie peau de vache. Voici dans l'ordre les "défauts" qui à ses yeux, auraient dû me valoir illico presto un licenciement pour faute grave (4) :

- J'étais trop laide. Mais bon, si elle s'était regardée avant de parler...

- J'étais trop bête. Mais bon, si elle s'était écoutée avant de parler....

- Il était incompréhensible que les pensionnaires puissent m'apprécier ! Quelqu'un comme ça... et qui en plus faisait rire tout le monde ! C'était d'un inconvenant ! Mais vu qu'elle, elle était aussi gaie qu'une porte de cachot... elle pouvait juger.

Mademoiselle m'avait recommandé de continuer à être ce que j'étais, de ne pas changer pour rien au monde. J'amusais la galerie et ça faisait du bien de rire...surtout quand on avait été très malade et qu'on essayait de guérir pour reprendre une vie normale !

 

Alors, l'opinion des autres....

 

Elle ne fut aimable qu'une seule fois, le jour où, pour les aider, elle voulut sortir une valise du coffre de la voiture d'un couple de pensionnaires qui arrivait : mal retenue, la portière retomba sur sa tête ! Le temps que la bosse ait terminé de rougeoyer sur le haut de son crâne, à savoir une demie-journée, j'ai eu la paix sans devoir à supporter" la soupe de museau" habituelle.

J'ai sauté de joie quand elle est partie ! Sans me dire au revoir bien entendu mais là, ç'aurait été un miracle... Sainte Bernadette étant à Lourdes, impossible d'en espérer au niveau de la gentillesse.... et du respect.

 

Au moment de rejoindre la salle à manger, dans le couloir....

 

Dans le couloir, il y a un pensionnaire qui rentre de sa promenade matinale et qui a écouté la conversation, je le devine vu le regard peu amène qu'il lance à l'infirmière qui continue à discourir avec les cuisinières. Je lui souris et lui envoie un bonjour joyeux, il me répond de même et me pousse vers l'office. Je le précède perplexe mais curieuse.

Ce monsieur était très sympathique et respectueux mais extrêmement "coquin". Il sortait courir un peu juste après que le jardinier ait ouvert les portes de la cuisine et du couloir à 8 heures précises car le personnel arrivait jusqu'à 8 heure et quart. Je pense que personne ne savait qu'il s'esquivait en catimini car c'était interdit et il se cachait pour rentrer...

Je n'ai jamais posé de questions ni rien dit en cas de lui attirer des ennuis si...

Il était un monsieur de 60 ans environ, très bien de sa personne et il savait se servir de son charme genre "latin lover", il en usait et en abusait lorsqu'une dame lui plaisait ou quand il voulait obtenir quelque chose.... de défendu ! Il n'était pas en convalescence, il accompagnait sa femme qui avait été très malade... Et oui, la Sécu payait même les vacances mais cela permettait de garder des emplois alors....

Cela faisait deux mois qu'ils étaient là.

Un jour de janvier très froid, à 18 heures 15, je l'ai surpris dans une situation un peu scabreuse sans qu'il s'en doute...

Je ne me souviens plus pourquoi, ce jour-là, la nationale était fermée à la circulation, ce devait être à cause de travaux, à partir du carrefour du centre de Bagiry. De ce fait, pour rejoindre la Maison de Repos, il m'avait fallu passer par la route de Sainte-Marie puis par le chemin de terre de l'Artigau. 

J'allais arriver au carrefour du chemin actuel de Bouvour lorsque j'entends des bruits qui ne trompent pas et je stoppe immédiatement pour ne pas être indiscrète et m'en retourner le plus silencieusement possible ... mais, mais la curiosité étant la plus forte, je veux savoir qui est là en train qui de tromper sa femme et qui en train de tromper son mari ! Oui bon, je sais que ce n'est pas bien mais comme je serai muette pour la vie - sur les noms et prénoms bien entendu, sur la situation ce n'est pas la même chose un jour ou l'autre quand ils seront partis, la preuve aujourd'hui - je peux me moquer un peu de temps en temps, non ? L'essentiel est que personne ne le sache pour que justement personne n'ait de peine !

Je m'avance doucement sur un mètre ou deux et je vois dépasser deux pieds chaussés de baskets et surmontés de chaussettes rouge et bien évidemment le jogging sur les mollets. Je reconnais aussitôt à qui tout ça appartient car une voix plus que satisfaite sort de derrière le tas de bois et des quelques pieds de maïs séchés qui cachent les deux "marathoniens" de la bagatelle.

Vu ce qu'il gèle, ils ont dû pratiquer l'acte adultérin en un temps record. En tendant un peu plus le cou, j'aperçois des fesses rebondies et musclées rougies par le froid et j'essaie de réprimer un fou-rire qui monte, qui monte... ! Bien entendu aussi, je sais qui est la dame vu qu'elle lui décrit, franchement énamourée, en détails, l'extase qu'elle a éprouvé grâce ses prouesses !

J'en conclus que le froid et le gel transforment les amants en moteurs de haute compétition....

Oui, mais bon, vu le vent glacé et l'herbe gelée, ils risquaient d'attraper un "rhume de fesses" comme disaient les vieilles dames quand j'étais petite lorsque l'on s'asseyait sur une pierre : on ne portait que des robes, pas de bas ni de collant que des chaussettes montant jusqu'aux genoux mais on ne craignait pas l'hiver du moment que l'on pouvait jouer dehors...

Ayant su ce que je voulais savoir, sur la pointe des pieds et portant le vélo, je repars en courant et quand je débouche sur la grande route, là, je laisse le fou-rire éclater ! Je dois avoir les joues aussi rouges que les fesses du monsieur mais pas pour la même raison ! 

Et comme je suis obligée de passer par le centre de Siradan puis de revenir vers la Maison de Repos par le chemin de Bouvour, j'arrive en retard.... Mais personne ne m'a rien dit et je n'ai trouvé d'autre excuse que celle du détour à cause des travaux sur la route !

 

Donc, ce matin du 19 février, le monsieur "coquin" me dit :

 

- J'ai entendu votre récit, ce sont des chiens que vous avez vu hier au soir ?

- Oui, sur le moment j'ai cru que c'était des bergers allemands mais je pense plutôt à des chiens-loups.

- Ils seraient venus d'où ?

- D'un petit village qui s'appelle Samuran et qui se trouve de l'autre côté de la montagne du Gert, dans la vallée de Barousse.

- Et c'est à quel endroit que vous les avez vus ?

- A environ 3 km et demi de la Maison de Repos.

Après un moment de réflexion, il me répond :

- Dans la journée, j'irai voir s'il y a des traces car cette histoire m'intrigue.

Puis, il me pose un tas de questions comme une mitraillette :

où se trouve la frontière avec l'Espagne, comment on peut y aller par la montagne, comment sont les forêts, les sentiers.... est-ce qu'il y a beaucoup de routes (et ben oui, le Peyresourde) et puis ensuite, les plus hauts pics s'alignent....mais on peut passer facilement par les cols, etc. etc.

Nous devisons encore un petit moment puis il monte les marches quatre quatre pour rejoindre sa chambre et..... sa femme et je me dépêche de préparer les petits déjeuners car bien évidemment, en bavardant, j'ai perdu du temps.

Je rentrais vers 14 heures et ce jour-là, j'ai avalé le repas en quelques bouchées pour me précipiter sur l'annuaire le plus rapidement possible ! Je cherche fébrilement Samuran et tout aussitôt, j'appelle le premier de la liste. Mais il m'a fallu faire plusieurs numéros avant de tomber par hasard sur le maire. Il n'y a pas d'élevage canin au village, ni à Troubat, ni à Gembrie, ni à Ilheu. Il me conseille gentiment de téléphoner à la gendarmerie. Ce que je fais aussitôt.

Mama mia ! L'amabilité du gendarme ! Je me suis fait jeter d'une façon incroyable, il m'a ordonné avec colère de ne "plus l'emmerder avec des histoires de bonnes femmes et de chiens ! Qu'il n'en avait rien à foutre si des animaux se faisaient écraser sur la route et que je n'avais qu'à retourner à ma cuisine". Et il conclut après avoir éructé sans s'excuser de l'impolitesse :

- Vous n'avez qu'à appeler la SPA à Saint-Gaudens, là il n'y a que des cons comme vous !

Ben voyons....

Soit il avait un problème avec les femmes, soit une mauvaise digestion lui avait donné des gaz (bruits suspects durant la conversation)...mais franchement, quel infect bonhomme macho et mal élevé en plus !

Après tout, pourquoi ne pas appeler la SPA ? 

Je tente le coup et là, je tombe de haut :

- Où vous avez vu qu'il y a un élevage de bergers allemands dans votre coin ? Ne m'emmerdez plus avec une histoire pareille et cessez de boire ! Des bergers allemands sur la route ! Pourquoi pas des éléphants roses, tant que vous y êtes ! Hein, je vous le demande !

Donc, vous êtes, je suppose, d'accord avec moi : je ne dois plus "emmerder" les autorités compétentes dans le domaine des animaux errants car je suis "con", "alcoolique" et parce que ma place est à la cuisine ! Je ne sais même pas cuisiner alors...

Les mecs parfois....

Puisque personne ne veut s'occuper de ces animaux et bien tant pis ! Je sais que j'ai fait une merveilleuse rencontre et ces chiens étaient bien plus gentils et sympas que les humains.

Le soir, le monsieur "coquin" m'a, quelque part, réconfortée preuve que la bêtise n'atteint pas tout le monde :

- Jackie, j'ai vu les traces, il y en a partout sur le sentier, autour des maisons fermées et ce sont bien des canidés que vous avez vu mais je ne crois pas que c'était des chiens, elles sont trop grosses et les griffes plantées sur la pente me paraissent être celles... de loups. Aucun chien ne peut grimper cette pente, mais les loups oui.

Des, des, des quoi ? Des loups ? Des loups ! Des loups.... des vrais loups ? Vrais de vrais ? Des vrais loups ?

Mais ce n'est pas possible, vraiment c'est impossible, il n'y en a plus depuis le siècle dernier. Je suis comme paralysée, mon coeur qui bat comme un fou, n'arrête pas de dire  "tu as vu des loups, tu t'es approchée d'eux, tu as senti le souffle du jeunot magnifique sur ta main.... Jackie, tu as vu des loups sauvages....un soir d'hiver avec la pleine lune et le froid qui faisait briller le ciel".

En face de moi, le monsieur me regarde avec affection. Il sait que je suis émerveillée, bouleversée par ce qu'il vient de me confier et avec une extrême douceur, il me caresse la joue plusieurs fois puis écrase la larme de joie qui coule ... une larme d'infini bonheur.

Je ne l'ai dit à personne sauf à maman car j'ai toujours su depuis ma plus petite enfance qu'il faut toujours se méfier des "fous du fusil". Certains qui rêveraient de chasser les "humains" et se retiennent de le faire par peur de la prison, ne se gêneraient pas de monter un commando pour les rechercher et les tuer, ces.... beaux chiens, euh non, loups !

A moins qu'ils ne m'auraient pas crue ? Ils sont tellement plus forts que les autres, alors, n'est-ce pas, ils les auraient vus, eux... Oui, bon...

A part Dieu - et encore - il n'y a personne au-dessus d'eux : le pouvoir de la gâchette est immense.

Quand il y a des gens qui n'ont rien à faire d'autre que de partir en guerre contre les animaux sous n'importe quel prétexte... en rêvant de pouvoir le faire un jour contre les humains que l'on considérerait comme chassables donc tuables pour simplement rigoler un bon coup, il vaut mieux se méfier.

 

Le rideau est tombé sur un très beau secret.

 

L'année suivante, en mars 1982, je suis partie en randonnée (petite) dans le Gert depuis Bertren en passant par Bagiry puis Cazaux à Samuran, avec seulement Titus le cocker car Karolus était malade. Nous étions sur la crête avec la vallée de la Garonne à l'est et celle de Barousse à l'ouest et soudain, je vois Titus qui renifle sous les arbres. Intriguée par son comportement fébrile, je le suis et j'aperçois des traces de pattes de chiens très grosses, avec des griffes bien visibles, : il y en a partout....

Sur une ronce, une touffe de poils marrons et gris et un peu plus loin quelques crottes. Titus les renifle sans trop s'approcher puis, pris d'une crise de panique, retourne sur ses pas ! Je le rattrape, on a décidé d'aller jusqu'à la croix d'Herbe Rouge alors pas question de faire des caprices. Mais il refuse et s'enfuit vers Cazaux ; je cours derrière lui pour le rattraper. Peine perdue, il ne s'arrête que lorsque nous avons traversé le gué de Siris sur le ruisseau de Labau à Bertren !

Je m'écroule sur le sentier (la piste n'était pas construite et le vrai chemin antique existait encore) et lui aussi se couche. Je le prends contre moi et on se serre fort tous les deux l'un contre l'autre. Il se calme enfin. Question dans ma tête : mais pourquoi a-t'il eu si peur ? 

Je n'ai eu l'explication de son immense frayeur qu'en 1990 lorsque j'ai raconté cette rencontre à un technicien de l'ONF. Il a ri et m'a dit :

- Ma pauvre Jackie, tu es complètement nulle (sic : un mec quoi...), ce ne sont pas des chiens que tu as vu, mais des loups sauvages et ton cocker a pris peur parce que les chiens ont peur des loups, tout simplement !

- Mais il n'y a plus de loups depuis longtemps !

- En France non, mais en Espagne oui et ils sont très nombreux. Ils peuvent parcourir des kilomètres pour élargir leur territoire et la meute que tu as vue devait avoir l'habitude de franchir la frontière chaque hiver puis de repartir en Espagne au début du printemps dès que la présence humaine redevenait envahissante. Ici, en France, il y a de la nourriture avec les cervidés et les chevreuils en surnombre. Sans oublier les sangliers...

- Mais ils n'ont pas eu peur de moi et n'ont montré aucune agressivité !

- C'est parce qu'ils ont senti que tu n'avais pas, toi, peur d'eux. Et puis, les loups n'attaquent jamais les hommes, ils les fuient. Tu as eu les bons gestes et tu as reçu un beau cadeau de la Nature : tu as approché la vie sauvage parce que tu es toi, c'est tout ! Ils ont très bien compris que tu n'étais pas un danger et comme ils sont curieux, ils se sont laissés approcher. Tu as entendu leur hurlement dans la nuit et il ne te faudra jamais l'oublier car il était amical : ils te saluaient, te disaient au revoir...

Dis-toi que cette nuit-là, toi et eux, vous aviez rendez-vous et que vous ne pouviez pas vous manquer...

Un beau cadeau .... et un beau rendez-vous.

Je n'oublierai jamais cette rencontre magique. Je sens encore le souffle du beau jeunot sur ma main et je vois encore dans mes rêves éveillés, cette nuit d'hiver froide sur une route déserte alors que la lune envahissait un ciel étoilé tout brillant de givre ! 

Merci... 

 

Jackie Mansas

6 novembre 2016

 

A partir du moment où les pistes forestières ont été construites, je n'ai plus jamais vu de traces dans la montagne l'hiver. Les loups sont restés dans les Monts Cantabriques où ils ne sont pas dérangés par les activités humaines, les Espagnols comme les Italiens savent s'organiser pour vivre en accord avec les prédateurs. Il est à noter que aucun éleveur en France durant toutes ces années, même s'ils laissaient leurs animaux dehors n'ont jamais eu de dégâts dans leurs troupeaux, preuve que s'ils sont gardés et surveillés, les loups comme les ours ne s'approchent jamais. Contrairement aux chiens errants ou non.... Derrière ces derniers, il y a toujours malveillance humaine !

 

Vidéo sur You Tube à partager sans modération !

Aujourd'hui 26 décembre, je joins cette magnifique vidéo à découvrir sur YouTube. Émerveillement garanti.

Mes belles rencontres.... suite 1
Mes belles rencontres.... suite 1
Mes belles rencontres.... suite 1
Mes belles rencontres.... suite 1

A LIRE

 

http://baladesnaturalistes.hautetfort.com/archive/2011/07/19/loup-y-es-tu.html :

les photos d'empreintes et le texte suivant sont copiés sur ce site.

 

"Cependant, les pelotes digitales du Loup sont plus allongées et ne sont pas aussi rapprochées. Il en résulte que l'intervalle existant entre les deux doigts médians est un peu plus grand que chez le Chien. En outre, les marques laissées par les griffes sont plus fortes, plus longues et plus pointues que chez le Chien. L'empreinte de la patte antérieure d'un Loup adulte mesure environ 11 cm de long et 10 cm de large ; l'empreinte de la patte postérieure a 8 cm de long et 10 cm de large".

voir aussi http://www.ma-chasse.com/mammif.shtml

ttps://mrmondialisation.org/abattre-plus-de-loups-le-gouvernement-demande-votre-avis/

Lire :

http://www.leklanduloup.fr/article-rubrique-ethologie-alpha-et-omega-120459935.html

http://www.leklanduloup.fr/article-loups-beta-et-gamma-120793944.html

https://reporterre.net/Le-berger-qui-n-a-pas-peur-des-loups

 

CITATIONS SUR LES ANIMAUX

"Quand un animal fait quelque chose, nous appelons cela instinct ; si nous faisons la même chose pour la même raison, nous appelons cela intelligence."
Will Cuppy (1884-1949)

"Tant qu’il n’étendra pas le cercle de sa compassion à tous les êtres vivants, l’homme ne trouvera pas de paix."
Dr Albert Schweitzer (1875-1965)

Les naturels sanguinaires à l’endroit des bêtes témoignent d’une propension naturelle à la cruauté." 
Michel de Montaigne (1533-1592)

"Le raisonnement justifiant la vivisection, le sacrifice de créatures que nous considérons comme des êtres "inférieurs", diffère peu de celui qui justifie le camp de concentration ou le commerce des esclaves." 
Prince Sadruddin Aga Khan , journal The Observer, 16 août 1981.

"Auschwitz commence partout où quelqu’un regarde un abattoir et pense : ce sont seulement des animaux." 
Theodor Adorno (1903-1969)

Sources : http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2010/03/06/1973697_quelques-citations-a-mediter.html

 

RENVOIS

** Suzanne aimait donner des surnoms quand l'envie lui prenait ! De quelle vallée elle est originaire déjà ? Moi j'ai été Jacotte, Jacline, Jacquelinou, Jijine.... enfin bref toute une panoplie que parfois Augustine reprenait ! Elle, d'origine italienne, était arrivée en Barousse avec son mari de son Piémont natal je crois en 1944 après qu'ils se soient évadés d'un camp où les fachistes les avaient enfermés pour cause politique et avait appris le français mais aussi adopté les coutumes baroussaises très vite ! C'est cela une intégration réussie et ses enfants sont des Baroussais pur jus appréciés comme tels ! 

1 Karolus l'épagneul mélangé et Titus le cocker et plusieurs chats comme d'habitude, plus une cochonne d'Inde, Peggy qui a vécu ... 5 ans ! et un couple de tourterelle-colombe : Hercule le mâle [oui je sais....] et Vénus la femelle.

2 - Quel âge avait tout le personnel que j'ai connu ? 

Dates de naissance approximatives : 1919, 1921, 1926, 1934, 1942, 1943, 1949, 1953, 1954, 1957, 1962. 

Les jardiniers qui se sont succédés ? Les deux plus jeunes que j'ai connus étaient nés au début des années 1950 mais les autres, je ne sais pas je pense que pour les plus anciens, c'était dans les années 1920, par déduction...

Celle qui m'a parlé de cette façon ce jour-là est née en 1953 ou 1954 je crois. Mais c'était habituel dans ce milieu médical chez les Baby-boomer post Libération. J'ai été agréablement surprise de constater en 2016 que les nouvelles générations de ce milieu si spécial sont vraiment gentilles et respectueuses des autres, sans doute parce que le concours et l'école sont désormais accessibles à toutes les catégories sociales et que leurs esprits ouverts sur le monde sont tournés plus vers la bonté que vers l'autoritarisme.

4 - Elle me l'a dit et répété plusieurs fois ! Je n'ai jamais répondu mais bon ensuite, j'ai doublement fait le clown lors des services. Ce qui l'a énervée... bien entendu. En passant un jour à midi, Melle m'a lancé un clin d'oeil complice alors qu'elle venait de la croiser dans le couloir...

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Victoria Podemos 09/11/2016 11:47

Quel bel article ! autant par son sujet que par sa forme.
Que n'aurais-je donné pour être à votre place. Tant de fourrures à caresser. Cette rencontre doit rester à jamais dans votre mémoire.

Le monde animal est magnifique. J'ai la joie, depuis bientôt treize ans, de vivre en compagnie de ma jolie petite chatte. Il y a tant d'amour dans ses yeux. Et ses miaulements, n'en parlons pas. Chaque intonation s'applique à une situation donnée. J'ai appris à comprendre son langage. Il me suffit de l'écouter et alors je comprends. Je partage également ses jeux et ce sont de véritables moments de rigolades.
Petite histoire : dimanche dernier, j'étais invitée chez des amis. Chez eux, deux chattes. L'une toute noire, Câline, et l'autre sa fille Grisette. Comme son nom l'indique elle est toute grise avec une petite tache toute blanche sur le cou en forme de nœud papillon. Magnifiques toutes deux. Ce qui m'a le plus étonné, c'est l'attitude du "maître de maison". Cette personne que je connaissais comme rigide et exigeante, ne laissant rien passer dans son travail, M. RECTITUDE, quoi !, était aux petits soins pour Grisette. Et que je me lève pour la faire sortir, entrer autant de fois qu'elle le demande, la caresser, etc, etc. Au moment de partir, alors que Grisette faisait des roulades devant ses pieds, il me dit en confidences : "Ce que je préfère, c'est le soir quand je suis allongé sur le canapé. Grisette monte sur moi et se pelotonne sur ma poitrine, et ronronne. C'est le pur bonheur !". Je ne dirai pas le contraire.
Victor Hugo a écrit : "Dieu a inventé le chat pour que l'homme ait un tigre à caresser chez lui". En est-il de même pour le chien......(le loup) ? J'ose le croire.
Faites nous partager vos rencontres aussi belles les unes que les autres. J'attends la suite.......

Jackie Mansas 10/11/2016 13:06

Bonjour Victoria merci de toujours laisser un petit message. C'est super gentil de votre part. Je comprends que vous seriez heureuse de faire une telle rencontre et je mesure la chance que j'ai eue. C'était magnifique, magique et je n'oublierai jamais. Dans la vidéo que j'ai jointe au récit, l'intervenant dit qu'il ne faut pas avoir peur des loups mais toutefois ne pas être inconscient. Je trouve ce monsieur incroyable car les loups se comportent avec lui comme avec un ami, presque un papa "oui tu es beau mon bébé... il a eu trois ans hier et c'était son anniversaire" au loup qui venait lui dire bonjour. Le voir suivi par un chat alors qu'il vient de quitter l'enclos est unique... Il est vraiment bien ce monsieur, comme tous ceux qui s'occupent avec autant d'amour des animaux.

Je crois maintenant, que le temps a passé que lorsque j'ai vu débouler la meute du sentier et qui donc était au-dessus de moi - puisque avant d'arriver au lieu-dit Mélède à Bagiry, il y a une côte et puis je ne suis pas grande donc ils ont pu m'observer à loisir - je savais qu'ils n'étaient pas des chiens. Je le savais au fond de moi et c'est vrai je n'ai pas eu peur car je n'ai peur d'aucun animal. Ils sont tous bons et votre récit le prouve bien : si on aime, on est aimé par eux. C'est obligatoire, ils nous devinent, ils savent qui nous sommes. J'imagine Grisette la petite chatte que vous décrivez et qui a fait craquer son "papa" car il n'est plus son maître, il le prouve bien par ses actes : en est-il conscient qu'il s'est fait avoir ?
J'en ai 5 à la maison dont les âges s'échelonnent de 100 ans (20 ans) pour Marguerite - encore chipie et qui ne fait que ce qu'elle veut - Mara 11 ans ( un cas : mamma dans tous les sens du mot et qui parle, qui discute comme la vôtre), Athéna et Vénus 10 ans, les deux soeurs "écailles de tortue", totalement différentes de caractère mais adorables, Vénus, discute aussi et fait des bisous si on le lui demande ! et enfin le matou Zéphyr, 9 ans, un vrai mec genre "latin lover" comme le pensionnaire dont je parle dans cet article, le vrai mec qui se fait chouchouter par toutes "ses filles " et qui ne se gêne pas pour faire du charme à toutes les mamans humaines qu'il trouve sympa... Et ça marche toujours, preuve que les garçons sont tous des charmeurs quelque soit l'espèce à laquelle ils appartiennent ! Et puis ma Shinook adorée 12 ans.
Je vais vous raconter toutes mes rencontres magiques : la grive draine, le milan adolescent et forte tête, les palombes, l'ours, les vautours, les belettes, les écureuils, la crécerelle, le héron centré, les oies sauvages, les martinets étourdis etc.etc et ... des brebis bavardes ! unique !
Bonne journée malgré cette pluie froide qui tombe mais c'est l'automne alors : normal !

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