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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barbazan : coutumes et traditions.

Publié par Jackie Mansas sur 15 Janvier 2017, 10:23am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Barbazan : coutumes et traditions.

Continuons à nous promener dans le village d'antan.

 

La grande liberté des habitants

de Barbazan avant la Révolution.

 

Au point de vue économique, huit articles de la déclaration des privilèges et des coutumes de Barbazan témoignent de la grande liberté des habitants. Ils avaient le droit de faire paître tous les bestiaux, de couper du bois pour bâtir, pour le chauffage, pour créer leurs instruments aratoires, pour faire de la chaux dans tous les herms (1)  et les bois de la juridiction de Sauveterre contre 50 sols annuellement. Barbazan dépendait de la châtellenie de Sauveterre.

Leurs propriétés communes s'étendaient sur le territoire tout entier de Barbazan :

1° - un pré appelé l'Arpent, au milieu duquel il y a un lac qui leur appartient et qui confronte avec les terres des nommés Lortet  au levant, Couleu au midi, Bouchicq au couchant, Baltazar Lucas au septentrion.

2° - une petite île le long de la Garonne qui, subissant les crues du fleuve, se trouvait tantôt en pré, tantôt en terre inculte.

3° - un bois appelé la Hage confrontant avec Sauveterre, le terroir de Gez, le bois de la Bouchède et le grand chemin.

4° - une place appelée la "cour des Dismes", la fontaine et son chemin, le tout mouvant de la directe de Monsieur de Barbazan à qui ils payaient annuellement par feu allumant 2 mesures d'avoine,1/2 mesure de blé, 1/ mesure de millet et un poulet.

5° - un bois appelé Aristou qui confronte avec les terres de Bernard Doux au levant, Jacques Monselier au midi, Fabian Pourquier au couchant et le chemin public au septentrion.

6° - des bois appellés "Castillon de Buret", "Larrouset", le "Caubet", "Lacoste", "Moncouerton", "Montagut", "Lou Castéra", "Les Taillades et Pugnieux", conjointement avec les habitants de Labroquère pour la somme versée annuellement au trésorier du Roi de 12 livres, 15 sols, 4 deniers.

7° - pour chaque journal de terre culte, ceux qui relevaient de la directe du Roi sont tenus de payer chaque année un liard ainsi que ceux qui vendaient une parcelle de ces terres. Les consuls recevaient un pot de vin pour les droits de lods et ventes.

 

Les consuls représentaient la communauté, ainsi que les prud'hommes, étaient élus chaque année après Noël, régissaient les habitants et s'occupaient de la police. Il leur était interdit, une fois élus, de refuser la charge.

 

1° - ceux qui manquaient les réunions du Conseil sans excuse légitime étaient condamnés à trois sols la première fois, à six sols la seconde fois (tiens donc ?)

2° - ils taxaient le vin, la viande et le pain, punissaient ceux qui contrevenaient aux règlements.

3° - ils avaient le droit avec leur Conseil d'interdire à tous les habitants et aux étrangers qui se rendaient aux Assemblées Publiques et aux fêtes locales, de porter des épées et des armes afin d'éviter les bagarres sous peine de trois livres d'amende ; de punir ceux qui reniaient et blasphémaient, ceux qui les injuriaient de trois livres d'amende. Par contre, si eux-mêmes commettaient ces délits, ils étaient condamnés à six livres d'amende pour l'exemple.

4° - ils pouvaient élire et nommer des messagers pour la garde des fruits, s'il y avait dommage, ils en portaient estimation. Ils recevaient pour le compte deux pots de vin ;

5° - il en était de même si un animal était blessé et ainsi que pour chaque coupe d'arbres. On leur donnait vingt sols et demi ;

6° - en cas de contagion ou de maladie du bétail, ils étaient requis pour créer des parcs et obligeaient les propriétaires à y mettre leurs animaux malades. Ceux qui n'obtempéraient pas étaient punis de trois livres la première fois, six livres la seconde fois ;

7° - ils goûtaient le vin des marchands qui venaient dans le village avant de les autoriser à le décharger et à le vendre et le taxaient. Ils agissaient de même avec les viandes de boucherie. Ils recevaient une livre de viande par tête.

 

Et chaque année, ils  se réunissaient avec ceux de Labroquère selon la Coutume, obligatoirement pour discuter des affaires communes. Après chaque dénombrement, on procédait à vérification des affirmations. Cela donnait lieu à tout un rituel de discussions et de protestations lors des publications lors des publications qui se tenaient, en général, à la sortie de la messe sur la place publique. A l'issue d'interminables palabres, on finissait par tomber d'accord. Le dénombrement des habitants de Barbazan donna lieu à des contestations en cette année 1725.

 

En effet, le 5 février 1725, la vérification fut faite par le secrétaire Palette "tenant place du greffier en chef, du Parlement de Navarre". Il est spécifié qu'en "marge de l'article 20 (jouissance des bois), il est écrit, "la communauté paye à Monsieur d'Astorg, comte d'Aubarède, les 12 livres 15 sols, comme acquéreur de ce domaine".

 

Le dimanche 18 février suivant, Bernard Bordères, bayle royal, résidant à Loures, sur requête de Charles Touigne, syndic de la communauté de Barbazan et devant la porte de l'église paroissiale, à l'issue de la messe, en présence des consuls Bernard Poux et Jean Dulac, et des habitants dudit lieu "avertis au prône par Messire Jean Mourère, curé dudit lieu, étant pris comme témoins du fait, Michel Sainte-Marie de Loures et Domenge Duclos d'Ardiège, publiait : "... La déclaration générale fournie par ledit syndic des biens que ladite communauté possède".

 

Sur quoi, Bernard Touzet, consul de Labroquère, s'oppose à l'article relatif au "petit bois d'Aristou".

 

Le dimanche 25 février suivant , dans les mêmes conditions, a lieu la seconde publication et le dimanche 4 mars, la troisième.

 

Le 1er septembre 1726, sur requête de Charles Touigne, syndic de Barbazan, Jean Rouillon, bayle royal du lieu de Cier-de-Rivière, se rendit à Sauveterre et à l'issue de la messe paroissiale, fit la même publication rejetée les deux dimanches suivants. Furent pris pour témoins "Les sieurs Lambatie et Dubarry habitans de Montréjeau et Valcabrère....".

 

Lors de la publication faite le 8 septembre, Grégoire Estoup et Bertrand Estoup, consuls de Sauveterre, déclarèrent : "... être opposants à l'article 13 (sur la faculté de faire paître toute sorte de leur bétail) n'ayant jamais eu aucune connoissance des facultés qu'ils demandent audit article, ne les ayant jamais apprivoisé" (2).

 

Il est donc important de constater que les habitants du lieu n'avaient aucun droit sur la source et les bains qui appartenaient en propre au seigneur. Nulle part il n'est fait mention d'un quelconque paiement pour aller boire l'eau ou pour se baigner. Ils pouvaient donc en profiter avec l'autorisation du seigneur et ce, gratuitement. Ni d'un côté, ni de l'autre, il ne peut y avoir de contestation. De plus, si les Mauléon habitaient Barbazan, les Astorg se partageaient entre le village, "Paris, Versailles, les champs de bataille et divers théâtres d''opérations" (3).

 

D'après les correspondances familiales et les chroniques paroissiales dues aux curés de Barbazan, nous pouvons reconstituer les différents séjours de la famille à Barbazan. La première connue fut celle de 1783.

 

"En 1783, Jean-Jacques Marie comte d'Astorg, comte d'Aubarède et de Barbazan, baron de Fos et de Lès et de Laspujolle, seigneur châtelain de Fronsac et autres terres en dépendant, exempt des gardes du Roy, Chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, marié dans la maison de Luxembourg avec la nièce du comte de Tingrie, en 1783, et héritier immédiat des terres du seigneur de Roquepine, désirant voir la comtesse d'Astorg, sa femme, dans ses terres et craignant que le son des cloches et le désagrément du cimetierre de l'église qui estoit bastie dans son parc, ne lui fit aucune peine, pria la Communauté de la transférer dans le jardin de Bernard Artus, Jean-Bertrand Descaillaux, Gérard Labatut et fonds de Jean Fadeuilhe-Bataille, fonds que ledit Astorg prit pour y bâtir l'église et indemnisa les propriétaires de ce fond, au fond (à l'extrémité) du champ du Blanc, confrontant à la rue...." (4)

 

Marie-Thérèse de Cely, comtesse d'Astorg, trouva les Pyrénées "tristes et sauvages". Originaire de la région de Fontainebleau, elle ne pourra jamais s'habituer à la beauté austère des montagnes.

 

La famille d'Astorg ne fit que quelques séjours en pays de Rivière. Elle sut se montrer simple en toute occasion, ses rapports avec les habitants furent amicaux ; bienveillants, légèrement condescendants, ils surent vivre en harmonie avec tous et se faire aimer. Ils exigeaient leurs droits mais respectaient leurs débiteurs. Il n'en était pas de même pour les seigneurs voisins et en particulier le marquis de Luscan, baron de Mauléon. Ils gérèrent avec intelligence leurs biens, les étendirent et mirent en valeur les terres défrichées. Ils surent aussi, mais dans un autre domaine, recevoir et leur table était enviée :

"isard de Luchon, sanglier de Barousse, coqs de bruyère de Nistos, truites des Nestes, cèpes de Troubat, pâtisseries et fines gueules de Montréal (Montréjeau), poireaux de Saint-Gaudens, vins capiteux d'Espagne et traitres au point de faire oublier à qui s'y laisse prendre l'exacte appréciation de la ligne droite. Il y a bien sur la table un pichet d'eau de la source qui coule au pied du château : prise à doses modérées, elle facilite dit-on la digestion et rend souplesse et lucidité à ceux qu'endormiraient les petits excès commis" . (5)

 

Les Astorg continuèrent la tradition mise à l'honneur par les Mauléon : "Monsieur de Barbazan réunit à sa table, chaque dimanche, un membre du Chapitre. Ne pouvant envoyer partout à la fois ses invitations, il a imaginé une signalisation précisant à ces messieurs de Saint-Bertrand quel était l'élu de la semaine. Deux petits canons, épaves espagnoles ramenées du fort de Castellevin et installées sur la terrasse du château, face à la plaine, lui prêtent leur voix et suivant un code bien connu d'eux tous, il fait tirer le vendredi, quand le soleil est sur le point de marquer la moitié du jour sur le cadran de la façade, un ou plusieurs coups :

- un seul : M. le vicaire général accourra

- deux : ce sera M. le Doyen, et ainsi de suite.

Voilà pourquoi l'anxiété règne dans le Chapitre à l'approche de l'heure où les canons du sire de Barbazan lancent l'invitation à leur maître".

 

Certain jour de brouillard, bruits étouffés et visibilité douteuse, permirent à deux concurrents de s'affirmer pareillement élus : un mauvais plaisant avait lancé deux pétards sous les murs mêmes de Saint-Bertrand et troubla ainsi le code établi.

"On entendit dans le cloître, éclats de voix et menaces presque d'excommunication".

 

 Vanitas vanitatum omnia vanitas : vanité des vanités, tout est vanité. Et oui....

 

Jackie Mansas 

15 janvier 2016

 

Et pour rendre hommage à ces villages d'antan, lisons ensemble le beau poème dédié à Barbazan de Zoé Gauthier.

 

J'y crois pas....

 

 

Et nous voici encore

tous deux dans la campagne

empruntant les sentiers

interdits aux enfants.

 

 

Malgré le froid piquant

le soleil éclabousse

d’un bleu immaculé

le ciel et l’eau du lac.



Sur les feuilles d’automne

craquantes et gelées,

une fois de plus on a,

sans l’ombre d’un regret

pris le sentier écrit :

« le sentier des pêcheurs… »



« Attention aux chevaux »

annonçait la pancarte,

et aux jolis Merens

on a fait attention.

 

 

Enjambant des clôtures

électriques, éclectiques

c’est vrai, il faut l’avouer,

on a sans doute flirté

dans l’illégalité…



C’était tel un rituel

de nos balades passées :

faut faire le tour du lac !

Alors coûte que coûte

au travers des fossés,

des joncs et des prèles,

des sous-bois emmêlés,

des racines des aulnes,

du bois mort, de la boue,,

des ronciers agressifs…

on s’est aventuré…



Eclats de rire enfin !

Eclats qui nous suivront

tout au long de nos jours

des bons et des mauvais,

de ceux ou doucement

la jeunesse s’étiole…



Ta guinguette au bord de l’eau

avait pris, il faut le dire,

un petit air de ghetto !

Main dans la main,

le nez rivé au sol,

détaillant en riant

les lactaires facétieux

pas du tout délicieux…



Voilà qu’est apparu,

d’un abord courroucé,

sortant tel un beau diable

des larges baies vitrées

l’hôte de ces lieux .



On ne peut l’en blâmer…

Jetant des noms d’oiseaux

nous vouant aux orties,

souhaitant que des fossés

nous restions prisonniers

en de promptes injonctions

il nous a convaincu

que du lac si placide

nous ne ferions pas le tour…



alors amis promeneurs,

amoureux en goguette,

si d’aventure un jour,

vous vous laissez tenter

d’un beau panneau marqué :

« le sentier des pêcheurs »

quelques conseils utiles :



emportez avec vous

musette, canne et moulinet.

Avant que de partir pour

une telle randonnée

au poissonnier du coin

achetez une carpe,

ou une perche, une tanche…

enfin un quelconque poisson

que vous pourrez jeter,

témoin de votre bonne foi,

aux humains de rencontre…



Le sentier des pêcheurs

est un sentier étroit

il est juste situé

sur la berge mouvante

entre la terre et l’eau.



Pas un pas de côté !

Entre un plongeon

dans l’eau glacée

et une course poursuite

sur la terre habitée,

on a joué profil bas….



Et rebroussé chemin

attaquant la falaise

ménageant nos arrières

des fois qu’un animal cornu

ait des velléités

de nous chercher querelle.



Ainsi sans faire du bruit

on a fini le tour

du beau lac réservé

aux poissons

aux canards

aux pêcheurs entêtés…

 

 

Zoé Gauthier

 

10 décembre 2012

 

 

A consulter pour découvrir l'univers de Zoé :

 

http://charengo.over-blog.net/article-j-y-crois-pas-113333756.html

 
https://zedge31.wordpress.com/
 
http://charengo.over-blog.net/

 

Renvois :

1 - herm : vacant

2 - Archives Départementales de la Haute-Garonne

3 - J. d' Astorg - Revue de Comminges

4 - chronique paroissiale due aux curés de Barbazan - Revue de Comminges 1943

5 - Revue de Comminges "Les canons de Barbazan" - 1956

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