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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barousse : les dévastations du 19ème siècle ... 4

Publié par Jackie Mansas sur 4 Décembre 2016, 13:55pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Garde forestier des Forêts Nationales de la 1re République, en habit bleu de l'an VII (1803), baudrier et sabre-briquet arrêtant un braconnier. Le garde est vraisemblablement un ancien militaire qui a perdu un bras. Peinture de Horace Vernet (1789-1863). Photo des uniformes de la Gendarmerie : http://force-publique.net/
Garde forestier des Forêts Nationales de la 1re République, en habit bleu de l'an VII (1803), baudrier et sabre-briquet arrêtant un braconnier. Le garde est vraisemblablement un ancien militaire qui a perdu un bras. Peinture de Horace Vernet (1789-1863). Photo des uniformes de la Gendarmerie : http://force-publique.net/

Garde forestier des Forêts Nationales de la 1re République, en habit bleu de l'an VII (1803), baudrier et sabre-briquet arrêtant un braconnier. Le garde est vraisemblablement un ancien militaire qui a perdu un bras. Peinture de Horace Vernet (1789-1863). Photo des uniformes de la Gendarmerie : http://force-publique.net/

Nous avons quitté les gardes forestiers Roch et Dominique Andrieu et nous allons nous intéresser, entre autre, à leur hiérarchie.

Les deux frères étaient les maîtres en Barousse et leur supérieur, l'Inspecteur Larrialle n'y était venu qu'une seule fois. On pensait qu'il habitait à Bagnères mais il expliquera qu'il avait quitté l'auberge "Dinguet" où il était logé officiellement à Lannemezan parce que ses appointements ne lui permettaient pas de payer son séjour. Il affirma ne s'être rendu à Bagnères que pour ses affaires (1). Quoiqu'il en soit, il ne visita jamais les forêts de Barousse. Quant à Moisset (2), brigadier des Eaux et Forêts, lorsqu'il devait faire quelques procès-verbaux sur les délits commis, il prélevait une petite partie du bois de chaque char et la pile obtenue faisait l'objet du procès-verbal. Malgré sa tolérance, tout au moins une fois, il avait été battu à coups de branches de saules par les bûcherons qu'il voulait verbaliser (3).

La plupart des témoignages s'accordent sur un point : dans un premier temps, les autorités forestières essayèrent d'arrêter les dévastations, les gardes ayant même demandé des renforts, ensuite la violence devint telle qu'ils prirent peur et se contentèrent de percevoir l'argent qu'on leur offrait !

D'après certains, les fabricants de cardine rétribuaient Moisset. La vallée d'Oueil lui aurait envoyé 3 louis. Le maire de Saléchan lui donna 40 francs, des charretiers 36 francs, le jour où la gendarmerie entra en Barousse. Il partagea cette somme avec le Brigadier de Gendarmerie de Loures. Des charretiers offrirent à ce dernier, à Montréjeau, 50 francs pour laisser passer la cardine. Il s'exécuta et un "étranger" lui porta 40 francs à Mauléon quelques jours après (4). Il n'est pas facile de connaître la vérité mais on constate que les gendarmes laissèrent faire jusqu'au mois d'octobre où ils se firent "sonner les cloches" durement par le Préfet !

Plusieurs personnes de Mauléon affirmèrent avoir donné de l'argent à Moisset qui fit faire en 1813 une obligation de 21 francs. Il recevait en outre, des douelles des tonneliers de Troubat où il habitait. Anne-Marie Lamolle veuve Baron, 36 ans et aubergiste à Mauléon, vers le mois de juillet, entendit Moisset et un des frères Andrieu se disputer. Le garde reprochait à son supérieur d'avertir les délinquants des jours de visites en forêt car il ne pouvait jamais trouver personne (5). Les chars de cardine passaient par Mauléon de jour comme de nuit, plusieurs personnes attestèrent ces faits.

Bernard Dustou, maire de Cazarilh, 62 ans propriétaire, raconta qu'à la fin de septembre 1814, il vit de sa fenêtre trois chars chargés de cardine arriver tout près de son moulin à Cazarilh. Les gardes arrêtèrent les deux derniers et firent retourner le premier. Les deux frères martelèrent le bois, mais environ un quart d'heure plus tard, les trois chars reprirent leur route vers Siradan (6). Un autre déclara qu'au début octobre, le garde-général Moisset vit passer dans la nuit à Troubat cinq chars de cardine qu'il arrêta. Un certain Lacristinie lui ayant dit qu'ils appartenaient à madame Plamajou, il les laissa repartir. Par contre, le conducteur du char de planches qui suivait le convoi pour le compte d'un menuisier de Saint-Bertrand dût verser 5 francs.

Les personnes considérées comme dangereuses pour la bonne marche du négoce étaient étroitement surveillées. Monsieur Larride habitant Siradan ou Bertren on ne sait pas, étant venu à Mauléon visiter un ami, avait demandé à loger chez un particulier, Ibos, qui louait des chambres car de là, il pouvait surveiller les passages de nuit. Vaqué, d'Anla, vint le chercher et l'emmena chez le maire Dutrey assez loin de la route principale afin qu'il ne puisse rien voir. 

Il a dû être drôlement bousculé, ce qui est une façon de faire habituelle chez les Baroussais quand ils veulent bien se faire comprendre, quelque soit la personne ! En général, les femmes l'étaient plus que les hommes quand elles osaient exprimer une opinion...

Les charretiers qui ne voulaient pas d'ennuis suivaient ceux de Plamajou ou de Vaqué par le chemin longeant la commune d'Antichan (7) à partir de 10 heures du soir. Ils se dirigeaient vers le port de Labroquère de façon à charger les radeaux pour qu'ils puissent arriver avant l'aube. D'autres prenaient la route nationale qui s'appelait en ces temps, route impériale et redevint ensuite route royale.

Cougine de Lasgraves était dépositaire de la cardine saisie par le Garde (8) et il reçut une nuit, trois chars de hêtre et, le lendemain, des particuliers de Huos dans la Haute-Garonne vinrent les chercher. De temps à autre, les gardes faisaient de petites saisies pour montrer leur bonne volonté vis-à-vis de leurs supérieurs. Au début d'octobre, ils procédèrent à la vente de cent douzaines de cardine et de quelques roules de hêtres après avoir écarté le maire et l'adjoint. Pour la bonne règle, ils désignèrent un membre du conseil municipal afin que la vente soit régulière mais qu'elle se déroulât selon les désirs des marchands.

Ceux-ci pouvaient de cette façon-là, faire sortir de très grosses quantités d'arbres coupés en fraude. Certains propriétaires acceptaient de vendre une petite partie de leur bois contre le versement d'une forte somme. Ils permettaient ainsi de faire sortir légalement du hêtre de la vallée. Sapène de Sost vendit pour 600 francs du hêtre évalué à 60 francs seulement. Au mois d'octobre, les dégâts étaient tels et les affrontements inévitables entre bûcherons se produisant tous les jours, l'Inspecteur Larrialle décida d'intervenir auprès du Préfet, le marquis de Villeneuve. Il lui signala que des baroussais armés allaient journellement dans les forêts royales, le nombre des gardes étant insuffisant pour les arrêter.

Le 7 octobre, six cents hommes interrompirent le travail de marquage de l'Inspecteur, de deux brigadiers et de deux gardes dans le quartier de Salabé. Devant cette foule en colère et menaçante, les forestiers se replièrent sur Mauléon et se réfugièrent chez le maire Dutrey puis chez  le Juge de Paix Plamajou. Les habitants se réunirent autour d'eux agités et excités. Les forestiers protégés par les autorités demandèrent des explications. Dans un brouhaha indescriptible, beaucoup parlèrent mais personne ne voulut témoigner ouvertement. Le maire et le juge déclarèrent alors que seule la "force armée" calmerait les esprits car "la plupart des délinquants sont familiarisés avec le crime et toujours prêts à se porter à la dernière extrémité" (9). Un des garde général resta sur place pour essayer de rétablir l'ordre.

Le brigadier Muller arrivé à Mauléon le 12 octobre à deux heures de l'après-midi, arrêta deux voitures chargées en obligeant les gardes à saisir la cardine. Muller avoua avoir peur d'aller en forêt avec eux car "ils ont fait de la contrebande avec l'Espagne et ils sont de mèche avec les délinquants" (10). 

Le 13 octobre, il partagea sa troupe en trois groupes, un mené par lui et chacun des autres par un garde. Ils parcoururent les forêts dévastées, les hommes se cachèrent dans les rochers et dans les villages à leur approche. Malheureusement pour lui, un habitant de Mauléon fût pris en flagrant délit et reconnu mais il réussit à s'enfuir. Dans toute la vallée, ils ne rencontrèrent que des femmes et des pasteurs.

Tout alla alors très vite.

La prochaine fois.... vers le dénouement de l'affaire...

A suivre

Jackie Mansas

4 décembre 2016

 

1 - déposition Larrialle, 13 mars 1815

2 - déposition Jean-François Vaqué, 43 ans, maire de Gembrie

3 - déposition Jean-Baptiste Dulon, chirurgien à Bertren, 11 mars 1815

4 - déposition Andrieu

5 - déposition Anne-Marie Lamolle

6 - déposition Bernard Dustou. Les chars prenaient l'antique route de Barousse par le Mayrou, celle du Gouhouroun n'existant pas.

7 - déposition J-L Sécail, maire d'Antichan

8 - déposition J-F Cazine Méritens, maire de Sacoué, 33 ans, propriétaire

9 - lettre de l'Inspecteur au Préfet

10 - rapport de Muller au Préfet

Un franc 1803 vaut environ 2,07 € 2006 : donc 50 francs 1814 correspondent à peu près à 2.07 * 50 = 103.5 euros ! Vu tout ce que les protagonistes ont empoché durant les 5 mois, ça valait le coup de laisser faire les Baroussais et si on ajoute en plus les dons en nature !

1 louis d'or valait approximativement 23,68 francs.

http://www.histoire-genealogie.com/

http://erwan.gil.free.fr/

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marine D 06/12/2016 17:02

J'ai fait de super balades à cheval dans la Vallée de La Barousse !

Jackie Mansas 06/12/2016 23:30

Bonsoir, je suis d'accord avec vous, on fait des "super balades" comme vous dites à cheval, à vélo et à pied, ce que je préfère ! Les sous-bois et leurs senteurs ! et quand je pense que mes ancêtres de Ourde et de Ferrère comme ceux de Bertren, d'Izaourt, de Samuran et de Loures ont participé à cette aventure dans les massifs, je me dis que peut-être on peut encore entendre leurs voix ! mais bon, il y a 200 ans.... Continuez à vous promener dans cette belle nature pas mal, encore, préservée ! merci de ce petit mot, ça fait plaisir. peut-être à bientôt.

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