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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


La Barousse : les dévastations du 19ème siècle .... 5

Publié par Jackie Mansas sur 26 Décembre 2016, 17:32pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Quelque région qu'elle fût, le travail dans la montagne était le même !
Quelque région qu'elle fût, le travail dans la montagne était le même !
Quelque région qu'elle fût, le travail dans la montagne était le même !
Quelque région qu'elle fût, le travail dans la montagne était le même !
Quelque région qu'elle fût, le travail dans la montagne était le même !
Quelque région qu'elle fût, le travail dans la montagne était le même !
Quelque région qu'elle fût, le travail dans la montagne était le même !

Quelque région qu'elle fût, le travail dans la montagne était le même !

Automne 1814 : le Préfet et la  gendarmerie enquêtent...

 

Le 14 octobre, par arrêté préfectoral, "les habitants des communes sont déclarés responsables des délits et des dévastations commises, les frères Andrieu sont suspendus de leurs fonctions, l'Inspecteur des Forêts est obligé de rester sur place en Barousse et le lieutenant de Gendarmerie doit dresser le procès-verbal. " Dès que ces mesures sont connues, la colère gronde, les violences se multiplient, les autorités et les maires de la vallée prennent peur.

Le 20 octobre, le Conservateur Lartigau demande l'intervention de la Gendarmerie et les maires adressent un mémoire au Préfet. (1) 

Ils expliquent qu'il n'y a pas eu de dévastation mais que les habitants n'ont fait que jouir  librement de leurs droits, sans attroupement ni rassemblement. Il n'y a pas eu de déprédations mais des coupes légales. Ils réfutent l'arrêté du 14 octobre, jugé nul et ils demandent :

- de ne pas être traduit devant les tribunaux,

- l'abrogation de la loi du 10 novembre an IV,

- de punir les dévastateurs mais non les cultivateurs

- que les gardes ne doivent punir que les crimes et délits.

"Les ennemis de la vallée de Barousse qui heureusement pour les habitants ne sont pas très nombreux attribuent les dévastations dont s'agit à un esprit d'insubordination et de révolte à la loi qui défend de couper dans les bois communaux qu'après avoir observé les formalités établies, tandis que les coupeurs ont sincèrement cru qu'il leur était permis d'utiliser à leur gré des forêts comme ils l'ont fait  et vu faire ; ils ont cru que les fonds leur appartenant, ils n'étaient point répréhensible d'y couper. La négligence des gardes forestiers les a fortifiés dans cette fatale croyance."

Le 28 octobre, le garde général Moisset, l'Inspecteur Larriale, les maires de Thèbe et de Loures visitèrent la forêt de Barousse dans les quartiers de Mouscarau, Betmale, Chibourneau, Sérisson et du côté du ruisseau de Bourdarès. Ils trouvèrent un grand  nombre d'arbres coupés qu'ils martelèrent.

Ils n'allèrent pas plus loin car le temps pluvieux rendait le parcours difficile. Le mouvement s'accentuant, le ministre lui-même intervint. Le garde fédéral de Saint-Laurent de Neste, Guillaume Biraben est dépêché pour remplacer les Andrieu le 31 octobre et pour faire une visite en forêt. Les maires de Loures et de Thèbe sont convoqués et se présentent. La gendarmerie est absente. Il faut dire que le 31 octobre tombait un dimanche, qu'il pleuvait et qu'il faisait froid. "Qu'à cela ne tienne, dit le garde, nous allons y aller malgré la pluie !". Son rapport sera édifiant, écrit avec l'emphase qui caractérise le siècle : "mal dirigé ce jour-là à ce que je présume, le trajet fut long, pénible et dangereux. Ce fut à travers des torrents fangeux, des rochers se perdant dans les nues, enveloppés d'un brouillard épais et de précipices ayant la profondeur de l'abîme que j'aboutis au quartier du Plan de Batpouey couvert en partie par la neige. J'y constatais plusieurs délits."

Le lendemain, comme le temps était toujours mauvais, il décide de faire des visites domiciliaires. La population ne s'y oppose pas, ne manifeste aucune mauvaise humeur, sans doute à cause de la présence des gendarmes enfin présents !

Le ministre s'en mêle. Il approuve l'arrêté du 14 octobre et engage le préfet à remettre de l'ordre rapidement en Barousse, plutôt que de poursuivre les prévaricateurs (2).

Le 21 novembre, ce dernier et le brigadier Muller se rendent à Ourde pour perquisitionner dans les maisons afin de trouver la cardine et le merrain provenant des forêts. Le maire étant absent, ils demandent à l'adjoint Pène de les accompagner qui refuse en prétextant que le dimanche, on ne travaille pas.

Sacrés caractères ces Baroussais....et malins avec ça, mais ça ne paye pas toujours !

Bien évidement, les deux hommes ne sont pas dupes. Ce répit donnait aux habitants le temps de cacher la marchandise. Pène est démis de ses fonctions. Malheureusement tout le monde se met à bavarder (non pas pour soulager la conscience mais sûrement pour se prémunir contre les sanctions : si on parle peut-être que le Préfet et les gendarmes feront un petit geste...)

Larriale commet la faute de dire à l'un de ses amis de Lannemezan, sous le sceau du secret bien entendu, qu'en fait il y a eu 12 000 arbres abattus au lieu des 2 000 mentionnés dans les rapports (on peut imaginer les ravages dans les forêts et l'état des massifs !). Cet ami le rapporte au Préfet. L'énormité du chiffre fait peur et le juge Plamajou qui devait instruire l'affaire, se la voit retirée au profit du sous-préfet de Bagnères  jugé, quant à lui, incorruptible. Plamajou est apparenté par sa femme aux gardes Andrieu et les habitants, sûrs de l'impunité sont repartis en forêt malgré la neige.

Le 20 décembre 1814, les premières auditions commencent devant le sous-préfet, le juge de paix du canton de Nestier, François Brocca dans sa résidence de Barsous à Tibiran. Les premiers témoins parlent peu, seulement des généralités. Les maires de la Haute-Vallée disent ne rien savoir et que les frères Andrieu faisaient leur travail convenablement. Les autres les accusent de prévarication.

Les dévastations continuent au même rythme en Barousse et en Bize-Nistos. Les mesures prises restent inefficaces et le lieutenant demande une compagnie de 100 hommes au Préfet. Les conseils municipaux se réunissent et essayent de trouver une solution. 

Le 26 décembre, à Mauléon, la discussion entre les maires, les conseillers, le juge et les notables est assez animée. On décide après bien des disputes :

- "qu'il est urgent de faire plaider que ports, montagnes et forêts appartiennent à la Vallée et qu'il faut abroger l'arrêté du 14 octobre conformément au Titre IV de la loi du 10 vendémiaire an IV ;

- que cette loi punirait les délits et crimes à l'intérieur des communes à force ouverte ou par violence pour les attroupements et les rassemblements ;

- que les délits mentionnés dans l'arrêté sont faits dans les forêts situées à 4 ou 5 lieues des plus proches communes. Mais elles n'ont pas été faites par des attroupements ou des rassemblements ;

- que le rapport de L'inspecteur des Forêts est faux."

Mauvaise foi quand tu nous tiens....

Ils s'obstinent donc à nier l'évidence et continuent de faire fonctionner les ateliers.

Durant tout l'hiver, malgré la neige et le froid, les Baroussais pratiquent l'abattage. Lors des auditions du 13 et 14 mars 1815, on s'aperçoit que les rapports des forestiers rendus en octobre dernier ont été faussés. On apprend que lorsque le gare Moisset était venu à Mauléon le 7 octobre dernier, vers 4 heures de l'après-midi, il s'était arrêté devant la salle d'audience du juge Plamajou et que causant avec lui, il était passé sous leurs yeux plusieurs chars de cardine tirés par des bêtes de somme. Il aurait alors demandé aux conducteurs à qui appartenait cette marchandise et les laissa passer dès qu'on lui eut répondu qu'elle appartenait à Madame Plamajou. Il logea chez Dutrey et avant de se coucher, il demanda à Vaqué, maire d'Anla et neveu de Dutrey, de lui servir de secrétaire pour la rédaction du procès-verbal qui donne le résultat des opérations  qu'il aurait dû faire et qu'il n'a pas fait car il repartait le lendemain à l'aube.

Les gendarmes furent dirigés vers les cantons où il y avait le moins de délits avec comme guides le maire de Mauléon, le garde général, Plamajou et Vaqué. Lors de la visite de l'Inspecteur et du garde, plusieurs chars de bois étaient attelés sur la place de Mauléon. Ils ne saisirent qu'une très petite quantité de cardine qui fut revendue aux enchères.

Moisset visita un jour les forêts et  à son retour quelqu'un lui ayant demandé s'il avait fait beaucoup de procès-verbaux, il aurait répondu "qu'il ne fallait pas tuer tout ce qui était gras".

L'adjoint, surpris, lui fit remarquer qu'il manquait à son devoir. Moisset répondit "qu'il l'avait fait assez en venant se remplir les poches d'argent" (3). Le fils du maire de Sost aurait rétorqué à une personne qui lui reprochait de couper le bois en délit "que tant que juges, avocats, maires et notaires du canton le feraient, lui, continuerait".

A suivre.

Jackie Mansas

26 décembre 2016

 

1 - lettre des maires au Préfet Archives départementales des H-P.

2 - lettre du ministre au Préfet - 19 novembre 1814

3 - déposition adjoint de Mauléon.

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