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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barbazan : 1789 l'Ancien Régime s'effondre

Publié par Jackie Mansas sur 6 Mars 2017, 11:16am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Barbazan : 1789 l'Ancien Régime s'effondre

Le monde tranquille de Barbazan bascule en 1790.

 

Devant la fureur du peuple, les nobles et leurs alliés prirent le chemin de l'exil. En 1791, Jean-Jacques Marie d'Astorg, ex-lieutenant des gardes du corps de Louis XVI, retrouva Barbazan ayant tout perdu en perdant le roi. Les habitants ne lui donnant plus rien, il quitta la France pour l'Espagne et rejoignit l'armée de Condé en 1792 (1). Ses biens furent vendus à des cultivateurs, des propriétaires, des commerçants, des hommes de lois (2).

- le château fut mis à prix avec les dépendances, jardins, terres............................. 3 645 livres

- le moulin Patoye avec pré et jardin......................................................................... 9 706 livres

- la métairie du Cot det Gez avec terres et bois.......................................................18 940 livres

- la métairie de Burs avec dépendances et terres....................................................12 980 livres

- la métairie de Vignau avec dépendances et terres................................................16 000 livres

- les prés pour 40 mesures......................................................................................  3 160 livres

 

Les bois de la Buchède, ceux de Cier-de-Rivière, de Galié, de Labroquère ne furent pas estimés. La somme récoltée fut élevée : 76 885 livres. Selon G.Perilhous * cette somme équivaudrait à un total approximatif de 11 532,75 euros...de 2017 !

 

Les 4 et 5 prairial an II, la métairie de Burs et une partie de celle de Vignau (terre, pré de la fontaine et des bains) furent acquises par le sieur Ebelot, propriétaire à Montréjeau. Escat, gendarme à Saint-Gaudens, Billère et Dulac, propriétaires, Antichan et Godot, cultivateurs, se portèrent acquéreurs du reste. Le moulin dit de Patoye, fut adjugé 9 706 francs à Couzie, négociant à Toulouse. Le 13 fructose an V, le château, les dépendances, le jardin et les terres furent à nouveau vendus à Cazes, arquebusier à Toulouse. La mise à prix avait été de 1 120 francs.

 

La source et la baraque venaient donc de changer de propriétaire et l'on pouvait espérer que Mr Ebelot aurait l'idée de commercialiser les eaux et de lancer la station. Mais il n'en fût rien. Il aurait fallu que les habitants s'entendent pour l'acheter et l'exploiter, ils n'y songèrent même pas étant trop dépendants du seigneur et trop respectueux de ses droits féodaux. Ce fut donc un étranger à la contrée qui succéda à la famille d'Astorg pour la possession de la source qui passa ensuite par héritage aux Saust de Montréjeau qui la vendirent à leur tour à Jean-Claude Descaillaux de Barbazan.

 

Pourquoi ces particuliers ne se préoccupaient-ils pas d'installer un établissement thermal comme il en fleurissait un peu partout dans la région après la Révolution bien sûr ?

 

Les eaux étaient surtout connues des populations locales car les propriétaires ne faisaient pas de publicité et la clientèle se recrutait de "bouche à oreilles" (3). Dans la première moitié du 18ème siècle seuls quelques médecins de la région - Montréjeau, Labroquère, Seilhan, Saint-Béat - prescrivaient des cures à leurs malades. Ces curistes suffisaient à la station mais ne lui permettaient pas d'être connue ailleurs que localement. De plus, les habitants recevaient des gens qui avaient les mêmes habitudes qu'eux, qui leur ressemblaient et de ce fait, ne faisaient aucun effort pour moderniser leurs maisons, pour créer des auberges, des hôtels.

 

Mais matériellement, la plupart d'entre eux ne le pouvaient pas. Il y avait au 19ème siècle près de 700 âmes à Barbazan et plus de 400 à Loures et il leur fallait vivre sur des propriétés qui s'amenuisaient au fur et à mesure des générations et des héritages ; La plupart des cadets ne se mariaient pas pour éviter la dispersion des biens au profit de l'aîné - l'héritier - mais malgré cela la vie à la terre devenait de plus en plus difficile. Aussi, l'unique préoccupation des paysans était de surveiller son voisin pour éviter les usurpations et quand le cas se présentait, c'étaient des procès qui n'en finissaient pas !

 

Une situation géographique peu favorable.

 

Personne ne pensait que l'exploitation des eaux minérales pourrait être profitable économiquement à l'ensemble de la populaation. Pourtant, bien que Barbazan soit à l'écart de la route principale, on pouvait le rejoindre par Labroquère et par le bac sur la Garonne au port de Loures. 

 

Bien sûr, à partir des années 1770, la circulation fut facilitée par l'établissement de nouvelles voies de communication que la Révolution n'empêcha pas de se développer.

Lorsque d'Etigny créa la route royale, disons Montréjeau et Saint-Gaudens-Luchon, cela prit de nombreuses années car il fallut assécher les terrains tout au long du tracé et comme le 18ème siècle fut pluvieux - on note 32 crues, souvent plusieurs la même année - le creusement des fossés qui remplacèrent le lit naturel des ruisseaux prit du temps parce qu'il fallut les dévier à travers les plaines et récupérer ainsi, à la longue, les terrains inondables.

 

Ils ne purent exécuter ces travaux que durant les deux mois d'été en sus du travail des champs. Ensuite, l'établissement des fondations de la route fut laborieux, il n'y avait que des pioches, des masses, des barres à mine et des pelles comme outils de travail et il fallait sans cesse recommencer l'ouvrage.

Il faut savoir que dès que la pluie tombait, la terre sen allait, le sous-sol poreux à cause des couches successives de sable, de graviers, de galets, s'effondrait... Un travail de Titan à l'époque mais la main-d'oeuvre était tellement nombreuse que lorsque les conditions climatiques le permettaient, l'ouvrage avançait, si l'on peut dire, rapidement ! Cependant, comme il fallait sans cesse reconstruire des tronçons abîmés par les pluies, les chars, les tombereaux, les diligences et autres voitures hippomobiles, les nombreux troupeaux d'animaux, l'entretien de la voie dite royale puis impériale, puis nationale obligea les autorités à employer une nombreuse main-d'oeuvre locale....bien que durant la Révolution, l'entretien du réseau routier fut longtemps oublié ! Napoléon y mit bon ordre !

 

Les relais de poste se trouvaient toutes les 4 à 5 lieues - 16 à 20 km - ce qui fait qu'à partir de Montréjeau jusqu'à Luchon nous en trouvons un tous les 15 à 16 kms vu le relief accidenté et pentu : Montréjeau, Bertren, Cierp, Luchon ; Cierp, Saint-Béat ; mais aussi au départ de Saint-Gaudens, Barbazan,  Marignac, (pour la correspondance à Cierp vers Luchon), Saint-Béat.  

Si l'on voulait arriver jusqu'à Barbazan, on ne pouvait que suivre l'itinéraire longeant la rive droite de la Garonne si l'on venait de Toulouse et Saint-Gaudens. Si l'on venait des Hautes-Pyrénées, on devait passer par Saint-Bertrand de Comminges et Labroquère.... A moins, de descendre à Loures et d'utiliser le bac...

De ce fait ni Barbazan trop excentré de la route principale, ni Loures sans intérêt pour aucun voyageur sauf si l'on avait à y traiter des affaires, n'attiraient pas les touristes de l'époque... et donc aucun curiste en perspective... en dehors des locaux.

 

Pourtant, bien après la Restauration, on en vit arriver pour seulement 9 jours car les cordons des bourses étaient serrés et le travail attendait.

 

En 1854, Descaillaux écrivait que "Barbazan n'a pas d'hôtels mais de modestes auberges  et des maisons particulières où l'on trouve la liberté du foyer domestique". On vivait exactement comme chez soi, on allait chercher l'eau à la fontaine sur la place du village, la seule qui existait à Barbazan, on n'avait aucune commodité mais cela n'avait aucune importance, car chez soi, c'était la même chose.  Ce n'était plus du repos ni du dépaysement, on repartait sans doute aussi fatigué que lorsque l'on était arrivé mais évidemment heureux d'avoir passé quelques jours dans un cadre de verdure, à profiter des promenades autour du village, surtout autour du lac, si beau, si profond, si silencieux mais conscients des bienfaits prodigués par "une petite cure de neuf jours" d'une eau minérale aux vertus sans pareilles.

 

Jackie Mansas

02/03/2017

 

1 - Jacques d'Astorg - Revue de Comminges 1987

2 - vente des biens nationaux Henri Martin - 1924

3 - Docteur Paul Duran - Revue de Comminges 1986

* G Perilhous : http://gperilhous.free.fr/MGenealogie/Cours/Annexes/Monnaie.html

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