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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Juillet 1949 : le départ d'un brave homme

Publié par Jackie Mansas sur 26 Février 2017, 15:23pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Vue aérienne de Bertren 1950 ; actuellement ; Bertren en 1866 (carte d'état-major) ; carte postale Bertren après 1935. on remarquera que entre le relévé de 1866 et celui de 2017, les zones inondables voire marécageuses (en bleu) ont été urbanisées vers la fin du 20ème siècle. Sur le relevé de 1950, elles sont verdoyantes et humides.
Vue aérienne de Bertren 1950 ; actuellement ; Bertren en 1866 (carte d'état-major) ; carte postale Bertren après 1935. on remarquera que entre le relévé de 1866 et celui de 2017, les zones inondables voire marécageuses (en bleu) ont été urbanisées vers la fin du 20ème siècle. Sur le relevé de 1950, elles sont verdoyantes et humides.
Vue aérienne de Bertren 1950 ; actuellement ; Bertren en 1866 (carte d'état-major) ; carte postale Bertren après 1935. on remarquera que entre le relévé de 1866 et celui de 2017, les zones inondables voire marécageuses (en bleu) ont été urbanisées vers la fin du 20ème siècle. Sur le relevé de 1950, elles sont verdoyantes et humides.
Vue aérienne de Bertren 1950 ; actuellement ; Bertren en 1866 (carte d'état-major) ; carte postale Bertren après 1935. on remarquera que entre le relévé de 1866 et celui de 2017, les zones inondables voire marécageuses (en bleu) ont été urbanisées vers la fin du 20ème siècle. Sur le relevé de 1950, elles sont verdoyantes et humides.

Vue aérienne de Bertren 1950 ; actuellement ; Bertren en 1866 (carte d'état-major) ; carte postale Bertren après 1935. on remarquera que entre le relévé de 1866 et celui de 2017, les zones inondables voire marécageuses (en bleu) ont été urbanisées vers la fin du 20ème siècle. Sur le relevé de 1950, elles sont verdoyantes et humides.

 

Année 1949

 

Une naissance est attendue

 

Ce fut à la fin juillet que maman apprit qu’elle attendait un second enfant. Elle sut à quel moment il avait été conçu : durant les fêtes de l'Ascension les 2 et 3 juin car les ouvriers du chantier du Pic du Midi avaient reçu l'autorisation d'aller passer le week-end dans leurs familles. 

Et oui, les retrouvailles ont toujours du bon....

Quand le docteur Solier lui confirma sa grossesse et que le bébé naîtrait en début février 1950, elle lui répondit que ce serait une fille encore une fois. Le médecin railleur comme à son habitude lui demanda :

- Mais comment tu le sais ? Tu es devin ou tu as reçu une information du Ciel !

- J’ai regardé le calendrier et la lune a tourné 8 jours après la naissance de Jackie donc l’enfant qui naîtra sera du même sexe et c’est une fille !

- Il y en a qui vont être encore déçus ! Et dire que moi, je n’ai que des garçons et je rêve que ma femme me donne une fille ! Tu sais que tu as de la chance : une c’est bien mais deux c’est encore mieux ! Et si elle est comme la première, tu n’es pas sortie de l’auberge, tu peux m’en croire !

Il resta silencieux un moment en rédigeant son ordonnance puis, avec un sourire et un regard malicieux lui demanda :

- Et si la lune n’avait pas tourné, ce serait un garçon ?

- Evidemment, il faut qu’elle commence un autre cycle pour que le suivant soit du même sexe que le précédent. Si elle le finit où si elle y est en plein l’enfant sera de l’autre.

- C’est savant ce compte-là ! Ou es-tu allée chercher tout cela ?

- Je ne fais que répéter ce que les Vieux disaient mais ils avaient raison et vous verrez : j’aurai une fille dans 7 mois.

 

L'été 1949

 

Après la vague de chaleur qui avait traversé la France en avril et l’humidité du mois de mai accompagnée de gelée et de températures très basses, juin avait été moyennement beau. L’été arriva avec de fortes chaleurs et une absence de pluie durant près de 33 jours. Puis les orages éclatèrent et rafraîchirent l’atmosphère. Les agriculteurs réussirent toutefois à rentrer les récoltes qui s’avérèrent assez satisfaisantes et les vignes étaient envahies de grappes odorantes ! Le vin serait bon cette année encore.

 

Ce 2 juillet 1949, maman m'avait levée de bonne heure car elle devait finir de nettoyer la maison de Monsieur et Madame. Les vacances commençaient dans une semaine et ils allaient descendre de Paris - où Monsieur travaillait dans un ministère en attendant d'être réintégré dans l'Administration coloniale -  après le 14 juillet pour passer l'été jusqu'à la rentrée des deux garçons. Lui repartirait et reviendrait le 1er août. Elle allait avoir deux mois de travail non-stop et gratis puisque il fallait payer le loyer d'une maison inhabitable car franchement indigne au niveau de la salubrité, de l'électricité, sans eau, sans commodités, bref, un taudis ! En plus de l’entretien de toute l’année, elle les servait à chaque vacances : ménage, repas, linge etc.…

 

Ils se servaient dans sa basse-cour. Heureusement, elle pouvait travailler leur potager et ramasser tous les fruits du verger qu’elle transformait en confiture. Une partie, ramassée chez eux et dans les prés que papa avait hérité lors du partage des biens de la famille finissaient dans les pots et l’autre fermentait dans un tonneau en attendant l’alambic. En tant qu’agriculteur, il avait reçu le droit de faire distiller sa production au grand dam de sa mère qui aurait bien voulu récupérer l’autorisation afin que sa fille en profite.

Il avait fait la sourde oreille. Chaque année, il tirait quelques bouteilles de sa récolte. Quand quelqu’un venait lui rendre visite et les visites étaient nombreuses, après le café offert, il y avait le petit verre d’eau de vie et un « canard » léger pour les enfants.

Mémé exigeait un ou deux litres pour préparer les fameuses prunes à l’eau de vie. Elle choisissait les fruits avec attention après les avoir soigneusement examinés.

 

Ce jour-là :

 

Les hommes avaient travaillé très tôt dans les prés dès 5 heures du matin pour couper les foins avec la faucheuse tirée par les paires de vaches tandis que les femmes retournaient celui coupé la veille. Il faisait bon, la nuit s’effilochait, les étoiles pâlissaient et la lune s’apprêtait à se coucher à l’ouest. Une collation faite de pain et de fromage avait été emportée avec une bouteille de piquette que l’on avait pris soin de mettre au frais dans un des fossés qui amenait l’eau des sources de la montagne vers la Garonne. Les grillons occupaient encore pour quelques minutes le silence de la nuit finissante.

 

A 9 heures, tout le monde rentra. Les vaches retrouvèrent leur étable avec de l’eau fraîche et du foin.

 

La rue du Vignaou était déserte, chacun se sustentait dans sa cuisine d’œufs au plat cuits avec des tranches de ventrèche, de l’ail et du persil. Le pain qui avait été fabriqué le samedi précédent par les femmes était encore bien moelleux et le vin avait été mis à rafraîchir dans un seau descendu dans le puits. Le café fredonnait dans la cafetière. La fatigue avait creusé les visages et la bonne odeur de cuisine revigorait tout le monde mais aucun bruit ne montait de la rue. Soudain, chacun dressa l’oreille : une voiture descendait le Vignaou ! Qui pouvait donc circuler ? Quelqu’un qui allait à l’hospice ?

 

Il commençait à faire très chaud et personne n’avait envie de sortir pour voir qui arrivait. Maman, qui me surveillait toute barbouillée de confiture, écouta attentivement le bruit du moteur jusqu’à ce qu’il s’arrêtât. Elle me prit dans ses bras et courut pour voir qui conduisait cette voiture, elle eut peur soudain que quelque chose ne soit arrivé de grave à Mr Tomps. Elle descendit la rue et rassurée, le vit sortir de chez lui. Elle le trouva vieilli mais malgré tout guilleret. Il lui adressa un magnifique sourire et la salua d’un joyeux bonjour.

 

Côte à côte ils avancèrent et virent le chauffeur du taxi assister une très vieille femme toute vêtue de noir qui avait des difficultés à descendre de la voiture. Après l’avoir aidée à se redresser, il lui tendit deux béquilles. Elle avança difficilement vers sa petite maison qui jouxtait celle de Thomas Tomps. Elle devait monter deux marches pour accéder à la porte d’entrée.

Il la reconnut et s’écria :

- Eh ! Bonjour Bernardine ! Vous voilà de retour, ça fait bien longtemps que l’on ne vous avait pas vue ! Je suis heureux de vous revoir.

La femme, en entendant sa voix, s’était arrêtée et bien campée sur ses prothèses, lui répondit toute joyeuse :

- Et bien oui, me revoilà chez moi après deux ans de maladie. Qu’est-ce que j’ai souffert après ma paralysie ! Je remarche avec des béquilles depuis quelques mois. Je ne vais pas trop loin mais j’arrive à me déplacer. J’ai eu envie de retrouver ma maison, mes fils ont pesté parce que je voulais m’en revenir chez moi mais j’ai tenu bon.

- Ils vont bien ? Et vos petits-enfants ?

- Tout le monde va bien, l’aînée de mes petites-filles Lucette, vous vous souvenez d’elle ? Elle est blonde comme les blés et maigre comme un « estoquefiche » ! Et bien Lucette va se marier …

L'homme, abasourdi, comptait mentalement les années qui étaient passées entre le jour où il avait vu la jeune Lucette dans son landau et celui où on lui annonçait que ce bébé allait se marier et faire à son tour des « nins » geignards !

- Mais ça lui fait, si je ne me trompe pas, vingt ans ? Déjà ! Que la vie passe vite !

 

Bernardine souriait, ses petits yeux malicieux glissaient sur le visage de Thomas, elle paraissait contente et joyeuse. Elle aperçut maman qui se tenait un peu plus loin, attendant qu'il ait fini de parler pour s’approcher. Elle la héla d’un « Et bien Marcelle, vous vous cachez ? Vous ne voulez pas me montrer cette mouflette que vous portez dans vos bras ? C’est votre fille ? Quand donc est-elle née ? »

Maman s’approcha, elle aimait bien cette vieille femme en général revêche qui détestait les enfants. Elle levait sa canne en l’air pour leur faire peur dès qu’ils s’approchaient de son portail en criant un « Ouste ! Dehors ! Malappris ! ».

 

Poliment, elle s’enquit de sa santé :

- Bonjour Bernardine, comment allez-vous ?

Cela faisait longtemps que la vieille femme n’avait pu dire son expression favorite et elle ne s’en priva pas :

- Au poil, disait la mouche ! Comment s’appelle cette petite fille ? Elle est bien mignonne mais dites-moi pourquoi me regarde-t’elle comme cela ?

- Elle se prénomme Jackie. Elle vous dévisage parce qu’elle ne vous connaît pas. Elle fait cela tout le temps.

Bernardine lui sourit puis recalant ses béquilles sous ses aisselles, repartit à petits pas douloureux vers sa maison.

Amélia, sa voisine, s’affairait pour l’accueillir, elle lui préparait tout ce dont elle allait avoir besoin.

 

 

Ils la regardèrent entrer puis ils s’en retournèrent marchant côte à côte au même pas. Mr Tomps amusé, lui dit :

- Et ça va recommencer : à chaque fois que quelqu’un passera, il lui demandera « comment ça va » et elle répondra : « au poil, disait la mouche ! » Puis un autre lui demandera : « alors que dit la mouche aujourd’hui ? » Et elle répondra : « au poil comme d’habitude ! »

Maman éclata de rire et il l’imita.

 

La glycine qui courait sur le haut portail encastré dans un haut mur retombait sur la chaussée. Elle était vigoureuse et il ne l’avait pas taillée. Il s’arrêta, elle aussi. La tristesse prit la place du sourire sur son visage lorsqu’il lui dit :

- Et bien Marcelle, il est temps de se dire au revoir, j’espère que je vous reverrai un jour prochain.

Il sourit devant son étonnement et poursuivit doucement :

- Et oui, je m’en vais définitivement. J’ai loué sur Muret une villa où j’habiterai avec ma fille. Je fais ce sacrifice pour elle car elle ne veut pas vivre avec sa mère. Elle veut étudier en paix. Elle a besoin de moi, elle pleurait en me réclamant. Alors, je me suis décidé à quitter ma maison. Si ma fille n’avait pas eu besoin de ma présence, je n’aurais jamais déserté mon chez-moi. Mais je ne vendrai rien, Marcelle, rien vous entendez ! A moins que je ne sois forcé si ma femme demande le divorce et que ça tourne mal, mais sinon, rien. Ils nous auront martyrisés pour rien.

 

 

Puis remarquant sa tristesse, il ajouta :

- Ne soyez pas si triste, voyons, je ne m’en vais pas si loin que ça, nous nous reverrons. Je ne vous oublierai pas, vous avez été parfaite et vous m’avez soutenu alors que vous n’êtes pas née dans le village. Vous ne me connaissiez pas et pourtant vous m’avez défendu.

Aidez Simon à vivre, Marcelle, il n’a que vous. Moi loin d’ici, il n’aura plus que des copains de pacotille et je crois qu’il le sait. J'étais son meilleur ami, confident, soutien....  Et puis, la vie passe....

Nous avons beaucoup parlé avant qu’il ne reparte travailler pour Labardens. Nous avons retrouvé notre amitié mais quelque chose s’est cassé tout de même. Il n’aurait pas dû prendre partie contre moi, je ne comprendrai jamais ce qu’il lui a pris.

 

Maman lui répondit presque comme une confidence, car quelque part elle, elle avait compris mais n'arrivait toujours pas à démêler l'écheveau des magouilles de Nez de Couteau : 

- Je crois qu'il l'a fait exprès pour que vous partiez le plus vite possible afin de vous protéger vous et votre fille. Elle est trop intelligente et cet homme-là n'aurait pas lâché le morceau tant qu'il ne l'aurait pas empêchée d'étudier. Mon mari s'y est mal pris d'accord mais je crois que c'était son but, que la petite puisse vivre en paix.

 

A mon avis, elle avait deviné les manoeuvres de Nez de Couteau et de ses soutiens mais effrayée par leur méchanceté à laquelle elle n'était pas habituée, elle n'a pas su mettre des mots sur cette indignité et en a été victime à son tour. Ce n'est qu'à la veille de sa mort qu'elle m'a avoué avoir toujours su que cet homme, caricature du paysan, malin, méchant, voleur, manipulateur et magouilleur, près de ses sous comme un usurier tel qu'on le représente sur des gravures avec un physique maigre, coupé au couteau, le béret sur la tête et l'oeil égrillard tellement il est content du mal qu'il va vous faire, était derrière toutes les catastrophes humaines qui se sont abattues sur le village après la Libération et le retour des prisonniers.

Après avoir bien réfléchi et cherché, fouillé dans l'histoire contemporaine du village, je crois qu'elle avait raison : mon père n'avait pas trouvé d'autres solutions que de rejoindre les "méchants" pour que son meilleur ami se décide à partir et que sa fille soit enfin heureuse loin des vieilles ganaches brunes qui lui reprochaient de ne pas être "de race pure"...et d'être trop intelligente ! Tout un programme !

 

Maman était extrêmement peinée et déçue. Cet homme était tellement gentil, subtil, intelligent, il connaissait tant de choses ! Il lui avait apporté beaucoup et elle ne l’oublierait pas.

Il reprit doucement comme s’il murmurait pour que même le silence ne l’entende pas :

- Ne dites rien à personne, mais ce soir vers minuit un de mes cousins de Muret viendra me chercher. Il s’arrêtera aux Quatre Chemins et nous monterons mes bagages et puis un déménageur viendra dans la semaine. Il ne faut pas que quelqu’un nous entende. Demain matin, les volets ne s’ouvriront pas et ils se poseront des questions. J’espère qu’ils ne trouveront jamais de réponses ! Adishatz, Marcelle, prenez soin de vous et de votre famille. Ne laissez jamais quelqu’un faire du mal à Simon et à vos enfants. Lui ne saura jamais se défendre ni vous défendre. Vous ne pouvez compter que sur vous. Mais il vous aime plus que tout au monde, vous êtes la seule bonne chose qu’il ait eue dans sa vie.

 

Maman avait ses yeux ce jour-là verts comme la forêt, tous mouillés de larmes. Que cet homme était gentil ! Comment sa femme avait-elle pu le quitter et pourquoi ces gens lui avaient-ils fait autant de mal ? Elle aurait dû le soutenir mais elle avait craqué, elle était partie en emmenant leur fille. La vie était injuste. Elle me serra dans ses bras, puis se retourna vers lui qui la regardait en souriant et lui répondit :

- Au revoir Monsieur Tomps, prenez soin de vous, vous aussi et de votre fille. Il faut qu’elle réussisse, qu’elle aille loin dans les études. (1) Et vous aussi, il faut que vous soyez heureux.

Elle était trop émue pour parler encore et elle le quitta brusquement.

 

Vers la fin de sa vie, lorsqu'elle m'a raconté cet épisode en 2006, elle a prononcé cette phrase prémonitoire :

- les racistes gagneront si l'Etat les laisse faire en ne s'occupent pas des enfants des immigrés. Ils ne veulent pas qu'ils les remplacent, ils croient qu'ils sont plus intelligents que les vrais français alors ils font en sorte que ces enfants soient abandonnés et laissés dans la rue. Comme cela, ils resteront toujours EN BAS ! Et tu verras, un jour, ils (les racistes) seront au pouvoir parce que tous, nous les avons laissés faire ! Tous les partis politiques ont laissé faire !

- d'après toi pourquoi même la gauche ?

Un petit moment de réflexion puis la sentence est tombée :

- parce qu'ils ont eux aussi, à gauche, une mentalité de coloniaux... et un jour, en France, on traitera les Noirs et les Arabes même s'ils seront nés en France et qu'ils seront français, comme ILS traitaient leurs grands-parents dans les colonies, tu verras, ce qu'on leur fera, tu verras...

 

Le bon sens populaire ...

 

Retournons vers le passé...

 

Le lendemain matin, vers 9 heures, elle entendit la voisine qui frappait aux volets de Thomas en l' appelant. Son mari, tout aussi inquiet, essayait d’ouvrir le portail et un rassemblement commençait à se faire devant la maison close. Ceux qui revenaient des champs s’arrêtèrent. Les voix montèrent sourdes, fortes, dures.

Maman se demanda ce qu’elle devait faire : les laisser crier et se perdre en conjectures ou bien aller leur dire la vérité ?

La voisine criait :

- Réponds, réponds ! Tu ne vas pas nous faire le coup des Belges, non ?

Comme les hommes secouaient le grand portail en bois, maman craignant qu’ils ne le cassent me prit dans ses bras et descendit la rue vers le groupe. Ils se turent instantanément en la voyant s’approcher d’eux la mine grave et les yeux tristes.

Elle s’arrêta à leur hauteur et n’attendit pas les questions pour leur annoncer sèchement :

- Monsieur Tomps est parti et ne reviendra pas. Il m’a dit au revoir et il a ajouté qu’il ne vendra aucune de ses maisons ni aucun de ses biens. Je vous souhaite de passer une bonne journée.

Elle n’attendit pas de réponse et se retourna pour rentrer chez elle. Une fois seule, elle laissa ses larmes couler et pensa que l’avenir se présentait bien sombre.

Elle ne se trompait pas.

Dans les maisons aux volets à demi clos à cause de la chaleur, tous les voisins exprimèrent leur consternation et surtout, surtout, leur incompréhension face à la situation. 

Ils n'avaient pas compris les raisons pour lesquelles, certains du village s'en étaient pris à cette famille, allant jusqu'à traiter Thomas que tout le monde aimait - après les grandes manoeuvres contre la petite fille jugée "trop intelligente "- de "bouffi" et de faire remarquer souvent, très souvent, à son épouse qu'elle était tellement laide que personne, à part son mari, n'aurait jamais voulu d'elle...

C'était vraiment du niveau de caniveau mais bon, les vieilles ganaches n'ont peur de rien, la preuve en ces temps d'élections présidentielle.... législatives et pour finir sénatoriales ! 2017 est une année chargée ....

 

Jackie Mansas

15 février 2017

 

1 - il me semble avoir entendu dire qu'elle était devenue ingénieur ! pas mal pour une mularde franco-espagnole, mais cela n'a pu se réaliser que parce que ses parents étaient partis d'ici loin des vieilles ganaches brunes/grises bien décidées à chasser de la Terre tout produit métissé..... Oui, je sais c'est terrible mais j'ai entendu cette phrase effrayante....

2 - elle est partie le 27 juillet 2007.

 

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