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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Un soir de bal de la fête patronale de la Saint-Martin à Ourde en 1948...

Publié par Jackie Mansas sur 9 Février 2017, 14:53pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Mon oncle Bertrand  (1921-2009) en 1941, mon grand-père Jean-Marie (1864-1935), ma grand-mère Félicie (1878-1962) ; photo de 1916 : de gauche à droite : mon père Simon (11 ans), grand-père et grand-mère
Mon oncle Bertrand  (1921-2009) en 1941, mon grand-père Jean-Marie (1864-1935), ma grand-mère Félicie (1878-1962) ; photo de 1916 : de gauche à droite : mon père Simon (11 ans), grand-père et grand-mère
Mon oncle Bertrand  (1921-2009) en 1941, mon grand-père Jean-Marie (1864-1935), ma grand-mère Félicie (1878-1962) ; photo de 1916 : de gauche à droite : mon père Simon (11 ans), grand-père et grand-mère
Mon oncle Bertrand  (1921-2009) en 1941, mon grand-père Jean-Marie (1864-1935), ma grand-mère Félicie (1878-1962) ; photo de 1916 : de gauche à droite : mon père Simon (11 ans), grand-père et grand-mère

Mon oncle Bertrand (1921-2009) en 1941, mon grand-père Jean-Marie (1864-1935), ma grand-mère Félicie (1878-1962) ; photo de 1916 : de gauche à droite : mon père Simon (11 ans), grand-père et grand-mère

 

Mon parrain

 

J'ai eu pour marraine la soeur de maman et pour parrain, le cousin germain de mon père, Etienne Saint-Martin. Il était né le 16 février 1928 à Ourde dans le foyer du frère aîné de ma grand-mère après une fille qui reçut le joli prénom de Clémence. Il a quitté cette Terre en fin juin 2016. J'ai eu une très grande peine car je l'aimais beaucoup... Il a été un adorable parrain et un jour, je vous parlerai de lui car il était le montagnard par excellence, avec tous ses excès et toutes ses contradictions... 

 

C'est parce qu'au début de sa maladie en 2011 avant qu'elle n'emporte sa mémoire, qu'il voulait des réponses aux questions qui tournaient dans sa tête depuis toujours concernant la famille, que j'ai entrepris - pour lui faire plaisir et bien sûr par curiosité, je le reconnais - une enquête dans le passé. Grâce à son obsession pour régler ces silences et ces secrets qui pourrissent la vie de toutes les familles, j'ai pu recouvrer la mémoire après une amnésie de 26 ans ...

 

Ce jour du 19 avril 1989, lorsque l'automobiliste, à l'arrêt devant la pâtisserie de Loures, a ouvert sa portière au moment où je passais en vélo et m'a fait chuter... sur la tête, personne ne pouvait se douter qu'un véritable cauchemar commençait. Le cerveau, très abîmé, s'est refermé sur l'oubli et l'obliger à revivre a été très, très dur : en décembre 2014, parce que je ne pouvais plus supporter cette souffrance, parce que la mémoire revenue sur les événements de l'été 68 après ceux, encore plus terrifiants, de mai 1954, parce que le visage de ce petit garçon n'arrêtait pas de me hanter jour et nuit, parce que je ne savais pas qui il était, où il était, ce qu'il était, j'ai cessé de manger.

 

Comme ça, pour ajouter de la souffrance à la souffrance, pour qu'enfin, le bazar qu'il y avait dans ma tête cesse, pour que les larmes trop longtemps refoulées puissent enfin couler !

 

Ma soeur avait beau me porter des quantités de plats qu'elle avait préparés, ma petite chienne Shinook et Mara la chatte maman jusqu'au bout des griffes, avaient beau, sur le coup de midi et le soir vers 7 heures, me titiller pour que j'ouvre le frigo, rien n'y faisait... J'avais faim mais tout mon corps refusait la nourriture. J'ai cédé bien des fois à toutes leurs sollicitations sinon, je ne serais plus là, mais je ne me suis vraiment alimentée à nouveau et régulièrement qu'à partir de la fin mars 2015 parce que j'ai compris qu'il fallait vivre et que j'avais charge d'âmes... Parce que quelqu'un(e) d'éminemment gentil a réussi à libérer ma parole enfouie, m'a fait promettre d'avoir envie de vivre et donc de manger... et ne m'a pas lâchée !

 

Alors les souvenirs sont revenus et qu'est-ce que ça fait mal ! Mais bon, certains ont permis à mon parrain d'être mieux et de savoir avant d'oublier...

Que ne m'a-t'il pas raconté !

Surtout ses déconvenues amoureuses durant sa jeunesse.... et là, parfois, qu'est-ce que j'ai pu rire ! Pour un dragueur pareil avant de tomber amoureux de celle qui deviendra sa femme et qu'il a adorée durant toute sa vie, lui reconnaissant toutes les qualités du monde mais en particulier - mâle dominant oblige - celle de cuisiner à merveille, se prendre un vent a été mal vécu... 

Lorsqu'il m'a raconté l'histoire que je vais vous rapporter, c'est vrai, j'ai ri, mais bon, son air encore tellement déçu, tant de décennies après, était trop drôle !

 

Alors donc, novembre 1948.

 

Au mois d’octobre 1948, il revint en permission chez ses parents à Ourde pour un bon mois. On ne l’avait pas revu depuis son départ au service militaire en Allemagne en mars 1948. Il aidait son père très âgé et mal remis d’une très grave "fièvre de Malte" en coupant et fendant du bois. Une fois par semaine, le vendredi matin, jour de marché à Loures-Barousse, il descendait en vélo voir sa tante Félicie et ses cousins à Bertren. Il jouait avec moi, sa filleule, qui courait vers lui à chaque fois que je le voyais arriver.

 

Le jour de la fête paroissiale, la Saint-Martin, de son village perché dans la montagne, Etienne, vingt ans au compteur et toujours empressé auprès des jouvencelles, avait repéré un groupe de jeunes filles venu des villages voisins pour danser et passer une bonne soirée.

 

Il y en avait deux, de Bertren, très jolies avec de grands yeux bleu pervenche, qui lui plaisaient fortement. Il était résolu à leur faire une cour assidue mais la présence de mon oncle Bertrand, son cousin germain, qui était monté avec sa bande de copains le gênait dans ses ambitions. Les jeunes hommes, très motivés, invitaient toutes les filles à tour de rôle sans se reposer entre deux danses et les autres prétendants devaient biaiser pour en obtenir une. C'était une course contre la montre !

 

Les deux jeunes femmes, Consulte Carréra (1) et sa voisine Adrienne (2) étaient de Bertren, il les avait reconnues. Toutes deux, dans l’éclat de leurs 22 ans, rayonnaient de jeunesse. Adrienne, élevée par ses deux sœurs plus âgées qu’elle, était dotée également d’un fort caractère et savait jouer de sa beauté pour attirer les faveurs de tout un chacun. Il se sentait irrésistiblement attiré par elle. Mais il trouvait Consulte à son goût quoiqu'elle, dans son esprit, se trouvait dans la catégorie de celles que l'on épouse quoiqu'il arrive, tandis qu'Adrienne, plutôt délurée par sa personnalité et par son allure, pouvait n'être qu'une amourette passagère :  elle ne cachait pas son goût pour les hommes plutôt aisés, éloignés du monde paysan et tout le monde le savait !

 

Consulte, tout aussi jolie qu’elle, était réservée et discrète. Elle ne cherchait pas trop à plaire : en fait voulait-elle vraiment se marier ? Elle était une « fille-mère »… Son fils était né en 1943... A cette époque, ces jeunes femmes qui aux yeux des intolérants avaient gravement "fauté", subissaient maintes opprobres ! Pourtant, leurs enfants, dans leur grande majorité avaient été conçus par amour. 

 

Ce soir-là, elles venaient de se rasseoir et regardaient les autres danser, lorsqu’un grand gars bien découplé vint chercher Adrienne. Etienne, fortement dépité sur le moment car il n'avait pas été assez rapide mais très intéressé par Consulte, se dirigea vers elle pas assez vite toutefois car il se fit brûler la politesse par son cousin Bertrand qui venait de raccompagner à sa chaise une petite brune rigolote. Celle-ci repartit aussitôt !

Mais ce n'était pas possible : il se faisait souffler toutes les jeunes femmes qui lui plaisaient !

 

Bertrand avait repéré dès son arrivée la jeune femme qu’il connaissait bien et dont il était secrètement amoureux, il le resta toute sa vie ! Il ne l’avait pas invitée immédiatement car il voulait "épuiser le filon" avant de s’intéresser à elle plus particulièrement. (3) 

 

A Bertren, il n'osait pas trop lui montrer son intérêt pour ne pas donner du grain à moudre aux mauvaises langues et ma mère, à qui il se confiait, l'encourageait à se déclarer.

 

Ce soir, il avait le champ libre. Quand Consulte le vit arriver vers elle, son coeur battit plus vite et elle rosit de plaisir. Etienne, quant à lui, contrarié sur l’instant, se ressaisit vite et s’envola sur la piste avec une dame un peu mûre à la conversation inexistante mais qui valsait comme une déesse !

 

Il se consola très vite de ses déboires « sentimentaux » et surveilla du coin de l’œil la petite brune rigolote que les hommes jeunes et moins jeunes se disputaient. Quand l’un d’entre eux la reconduisait à sa chaise, c’était la cohue ! Son chaperon faisait semblant de ne rien remarquer. Elle n’avait que l’embarras du choix et s’amusait à faire languir ses prétendants.

 

A un moment donné, quand Etienne était sur les rangs, elle décida de tirer au sort son prochain cavalier en jouant à « Am Stram Gram pic et pic et colégram, bour et bour et ratatam » ! Il sauta de joie, il venait de gagner le droit de danser une Scottish endiablée avec elle ! Il ne la quitta plus de la soirée au grand dam des autres qui, philosophiquement, se décidèrent à inviter celles que personne ne remarquait, qui restaient sagement assises sur leurs chaises espérant qu’au moins un jeune homme dans la soirée viendrait les inviter...

 

Un seul, pour être, l’espace d’un instant, importante pour quelqu’un. Elles étaient, comme toutes les autres, accompagnées de leurs chaperons mais les mauvais esprits se demandaient si elles en avaient vraiment besoin. Néanmoins, elles valsaient quelques fois ensemble pour éprouver l’intense plaisir que procure la danse.

Les jeunes benêts eurent bien des surprises ce soir-là !

Et certains en plus, le cœur touché…

 

La nuit s’étirait, les danses succédaient aux danses, on sentait la fatigue envahir la grange où avait lieu le bal. Mais personne ne songeait à partir. Il y avait un couple pour qui la nuit ne devait pas finir… Les deux jeunes gens dansaient trop serrés l’un contre l’autre, parlaient en ne se quittant pas des yeux. Tous ceux qui les connaissaient les regardaient le sourire aux lèvres et les yeux brillant de contentement. Le coup de foudre était trop fort, il remplissait l’espace. Toute l’assemblée avait compris que ce soir de la Saint-Martin, dans ce petit village perché dans la montagne, un grand, très grand amour était né.

 

Etienne n'en conçut aucune amertume car il comprit que l'amour qui les unissait était trop fort, il ne pouvait que rayonner sur les autres et leur donner l'espoir de le connaître un jour !  Il pensa toutefois que la vie était injuste : les deux plus jolies jeunes filles qu'il connaissait lui échappaient ! Il était poursuivi par la malchance...

 

Il devait rejoindre son régiment après la fête de la saint Martin mais continuait à éprouver un petit pincement au cœur depuis ce fameux bal : Adrienne qui le faisait craquer l’avait snobé toute la soirée après lui avoir accordé tout de même deux danses. Il avait bien compris qu’à ses yeux, il était trop jeune et le métier de conjointe d’agriculteur ne l’intéressait guère. Ses deux sœurs ayant épousé des paysans continuaient de travailler la terre durement et elle ne voulait pas de ce destin pour elle. Elle lui avait bien fait comprendre qu'il n’était pas question qu’elle engage une relation avec lui, qui en plus ne lui plaisait pas : il était trop grand, trop maigre et un peu trop intelligent ! Car il était très intelligent et parfois, ce n'est pas très indiqué de le montrer... Pour un homme c'est moins grave mais pour une femme, ça peut tourner au vinaigre.

 

Il descendit à Bertren dire au revoir à sa famille et raconta la soirée à ma mère. Elle ne cacha pas sa joie : enfin Consulte allait avoir un mari ! Elle aurait une belle-sœur parfaite sans histoire, sans vanité ni prétention. C’était une grande et belle nouvelle. Etienne, tout à sa déception, ne comprit pas la raison de son contentement et se méprit. Comme il était hypersensible, cela le peina et il se renfrogna. Elle comprit sa bévue et le rassura : bientôt il rencontrerait la jeune fille qui lui était destinée et elle serait tout aussi jolie que les deux autres. Il n’avait pas de souci à se faire.

 

En l’écoutant parler, il réalisa combien il était puéril. Des filles il y en avait à la pelle ! Il suffisait de leur parler pour les « emballer », il fallait les complimenter, leur dire qu’elles étaient belles et parfaites et ça marchait !

Mon père, dans son coin, ne disait rien comme à son habitude mais on le sentait heureux d’entendre ces confidences sur son frère.

 

L'année 1948 se termine...

 

Le samedi suivant comme il pleuvait, Bertrand et ses copains plâtriers ne partirent ni en montagne, ni courir en vélo dans les cols. Lui travaillait dans les bureaux de la gare de Montréjeau-Gourdan-Polignan, au chaud. Car il faisait très froid, le gel avait fait son apparition un peu tôt au goût de tout le monde ! L’été avait été frais mais septembre plutôt chaud et beau. La neige était tombée dès le 28 octobre et ensuite la pluie était venue gâcher l’automne.

 

Aussi les jeunes hommes du village et des environs étaient consignés dans leurs maisons le week-end et cela ne leur plaisait pas trop. En attendant de pouvoir aller skier, il leur fallait accepter les distractions habituelles comme les tournois de belote, les parties de quilles et de pétanque sous la grange du bistrot Castex. Les Vignolle avaient pris leur retraite et fermé le leur qui ne leur rapportait plus assez.

 

Jean-Marie Labardens avaient placé ses ouvriers en « intempéries » à cause du mauvais temps qui rendait difficile le travail sur les voies de la SNCF et sur les chantiers de BTP. Conrad, le frère de Consulte, très grand ami des deux frères Mansas et heureux de voir que sa soeur avait "trouvé" un prétendant sérieux, celui qui était très recherché par la gent féminine et qui en plus, avait un emploi sûr et pas mal payé, avait été renvoyé dans ses foyers après une bronchite carabinée, pour quelques jours. Il travaillait à l'usine de Chaux et Ciments Couret à Izaourt et la chaux lui provoquait des saignements de nez à n'en plus finir ! Le docteur Solier lui avait dit de se reposer sans faire d’imprudence car il ne voulait pas qu’il attrape une maladie pulmonaire grave à cause de la poussière des pierres arrachées avec fracas dans la montagne lors des dynamitages.  Incapable, comme mon père, de rester sans travailler, il tournait comme un lion en cage !

 

Tout ce petit monde ouvrier s’ennuyait ferme, on n’était pas encore en hiver et il fallait rester « cloîtré » ! Alors, on venait papoter chez Simon dans la pièce bien chauffée par une cuisinière rougeoyante, devant une bouteille de vin vert. Ils arrivaient l’après-midi et restaient là jusqu’à l’heure du souper. Il y avait des discussions sans fin sur le Tour de France de l’été précédent qui avait vu Gino Bartali le remporter pour la deuxième fois avec à la clé, sept victoires d’étape ! Guy Lapébie et Louison Bobet s’étaient classés respectivement 3ème et 4ème, c’était bien car il y avait eu un français sur le podium. Quatre français dans les dix premiers, franchement, on avait assuré !

 

Puis mon père sortait les cartes et les parties de belote se succédaient. Quand 6 heures sonnaient au clocher du village, maman commençait à aller et venir car elle devait préparer le repas du soir ! Mais la partie finie, il offrait l’apéritif et le temps passait, passait …

Finalement, ils s’en allaient et bien évidemment, il se faisait vertement tancer ! Il parcourait le journal La Terre en faisant semblant de ne rien entendre, bien sûr, il était sourd, n'est-ce-pas...

 

Ma grand-mère Félicie

 

Tandis que maman fulminait contre ces gens mal élevés qui ne partaient jamais, ma grand-mère, seule dans sa demeure, s’ennuyait ferme. Bien sûr, Bertrand avait des copains qui venaient le voir mais ce n’était pas comme avant quand Simon était là : il y avait de l’animation, la maison était vivante. Elle se consolait en pensant qu’elle économisait le vin et les fameuses prunes à l’eau-de-vie qu’elle offrait à tous les visiteurs de marque.

Les dames avaient droit en plus à des petits gâteaux, les fameux « cigares ». Les copains de ses fils devaient se contenter d’une chopine.

 

Elle vieillissait doucement en se languissant de sa petite-fille Anne-Marie qu’elle avait, en somme, élevée. Son petit-fils, Jean-Claude ne l’intéressait pas outre mesure, il ne portait pas le nom de Mansas mais bon, il était là et il venait d'avoir une soeur, Simone. Les aimaient-elles ? J'en doute maintenant... 

 

Je n'étais pas attirée par elle, je savais qu'elle était la mère de mon père mais il y avait quelque chose en elle qui me rebutait. C'était flagrant qu'elle ne m'aimait pas, je ressemblais trop à mon grand-père, bien sûr, c'était la lignée alors, vu qu'elle avait toujours haï cet homme qu'on lui imposa comme mari, elle n'allait pas aimer sa descendance ! Et vu ce qu'elle avait martyrisé son fils, mon père...

Et pourtant, elle m'a sauvé la vie...

 

Elle n'a connu que 7 de ses 8 petits-enfants : elle a aimé ses deux premières petites-filles, Janine la fille de son fils aîné qu'elle prit sous son aile à sa mort en 1935 ; il a été écrasé entre deux trains (il était électricien à la gare de Montréjeau-Gourdan-Polignan et habitait Arreau). Janine n'avait que quatre ans... Et Anne-Marie, la fille aînée de sa fille née en 1940 qu'elle a élevée jusqu'en 1945.

 

Mais le seul qu'elle a adoré jusqu'au bout de sa vie car elle a oublié volontairement, (elle ne souffrait d'aucune maladie) le reste de sa famille, a été mon frère Jean Bertrand, l'héritier, celui qui représentait la lignée... Allez comprendre....

 

La seule personne qu'elle a toujours appelée à ses côtés jusqu'à sa mort en avril 1962, a été ma mère. Personne d'autre. A partir du moment où elle est devenue pensionnaire à l'Hôpital (comme on appelait l'hospice) en 1959, elle a oublié sa famille, elle n'a réclamé que mon père, ma mère et mon frère...

Oui, pour comprendre...

Ma soeur et moi n'avons jamais eu dans son coeur aucune place. Personnellement, cela ne m'a jamais rien fait, j'avais l'impression qu'elle n'existait pas... C'est dur comme expression mais lorsqu'un adulte montre son dédain à un enfant, la réaction est immédiate, l'adulte n'existe plus...

 

Je crois qu'elle n'a jamais su accepter sa vie et les erreurs qu'elle a commises, de graves erreurs.

 

Mais la haine n'est jamais bonne conseillère et à partir de 1954, elle, la femme à la forte, très forte personnalité, à la volonté sans faille, au caractère très affirmé, ne s'est jamais remise du choc qu'elle a reçu comme tant d'autres au village. Certains, très âgés, en sont morts. Ma grand-tante Baptistine n'a pas pu supporter ce qu'elle a vu et elle s'en est allée à 92 ans comme un soupir qui s'éteint...

 

Grand-Mère a été une proie facile pour les personnes à l'esprit retors. Avant cette date, mai 1954, elle était heureuse que son dernier fils veuille épouser Consulte. Qu'elle était de nationalité espagnole n'a jamais été un problème. A mon avis, elle n'y a même jamais songé. Personne n'a pensé que le fait que son troisième fils soit tombé amoureux d'une espagnole après que le second ait épousé une italienne, soit un obstacle.

Après cette date, elle a tout fait pour l'empêcher ! Et elle a réussi malheureusement.

 

Je pense qu'à la fin de sa vie, elle s'est rendue compte de l'injustice que son intransigeance avait provoqué mais il était trop tard pour changer les choses... et quand enfin, elle allait céder, les vieilles ganaches brunes se sont empressées de lui couper l'herbe sous les pieds...

 

Jamais de la vie, il ne devait y avoir dans une honorable famille française, DEUX étrangères...

A part à eux, une telle éventualité n'a jamais gêné personne !

C'est la vie.

 

Jackie Mansas

le 9 février 2017

 

1 - de son vrai prénom espagnol Consultation ; son fils m'a autorisé à raconter son histoire, rassurez-vous ! Il n'y a aucune ambiguïté, je peux la rapporter comme je crois qu'elle a été, nous en avons parlé franchement et il a accepté immédiatement. Il sait très bien que jamais, pour rien au monde, je ne voudrais faire de peine et que je n'écrirai que ce que je sais être vrai alors ... Tout a été vérifié et revérifié. Donc, pour les esprits chagrins s'il y en a, aucun problème ! 

2 - j'ai oublié le prénom de cette dame, j'en suis désolée alors je lui en ai donné un qui, je trouve, aurait pu lui correspondre !

3 - je ne me moque pas, je répète les expressions....

 

 

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