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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barbazan : 1815, la famille d'Astorg revient.

Publié par Jackie Mansas sur 8 Avril 2017, 21:06pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Barbazan : 1815, la famille d'Astorg revient.
Barbazan : 1815, la famille d'Astorg revient.
Barbazan : 1815, la famille d'Astorg revient.

La Révolution se termina et l'empire

lui succéda mais les exilés

ne revinrent qu'à la Restauration.

 

Jean-Jacques Marie d'Astorg revint donc à Barbazan et racheta le château grâce à un emprunt. Les habitants furent heureux de le retrouver ainsi que toute sa famille. Il fut élu maire de la commune et retrouva au quotidien l'attachement et la ferveur de ses "gens" comme il les appelait. Eugène, son fils, le 29 mai 1820, écrivit à sa mère Marie-Thérèse de Cely résidant à Cely en Gironde - on se souvient qu'elle détestait vivre à Barbazan : (1)

 

"... Nous sommes arrivés samedi soir à Saint-Gaudens où nous devons coucher afin de faire de bonne heure notre entrée. Des députations de Barbazan nous attendaient à l'auberge pour nous féliciter sur notre voyage et pour pouvoir nous contempler et pour reporter à leurs concitoyens impatients des détails sur nous tous et savoir nos ordres sur l'heure de notre arrivée. Les villages voulaient venir au-devant de nous jusqu'à Saint-Gaudens, mais mon père avec raison s'y est refusé.

Le Constitutionnel aurait tonné contre nous et notre féodalité. Dès le matin du dimanche, six super "beschevaux" de la Poste (que par parenthèse le maître de Poste n'a pas voulu que nous payons) ont été attelés à notre voiture, deux postillons bien vêtus les conduisaient. Le cortège se mit en marche à 6 heures du matin, mon père et moi sur le siège et tout notre monde dans la voiture, en toilette, ainsi que Charles (2) dans ses plus beaux atours et paré de la plus jolie mine du monde. Arrivés à une lieue (3) de Barbazan, à une certaine croix qui est  l'embranchement du chemin de Saint-Gaudens et de celui de Montréjeau (3), toute la population entière de la vallée et de toutes les communes dont mon père était seigneur autrefois nous attendaient, non pas en désordre comme dans les environs de Paris, mais rangés et parés, les maires en tête de chaque village ayant leurs écharpes blanches comme insignes de leur fonction (4).

Nous avons fait arrêter les chevaux et sommes descendus de voiture, moi donnant le bras à Nath (5), mon père et Charles près de nous. Nous avons fait quelques pas. Alors le maire de Labroquère s'est avancé et nous a fait un discours fort bien tourné que je vous envoie et qui était (???). Nous y avons répondu et Nath n'a pas été du tout déconcertée de son personnage : elle a représenté la dame souveraine avec toute la meilleure grâce possible...".

 

Chaque maire du canton fit son discours et Eugène les embrassa tous, ce qui fut fort apprécié. La Garde Nationale (150 hommes bien armés) leur rendit les honneurs et crièrent avec eux "Vive le Roi". Puis escortés de la sorte, ils reprirent la route.

 

Reprenons la lettre d'Eugène :

 

" Toute la colonne s'est mise en marche au petit pas, mais en arrivant au haut de la côte de laquelle on découvre cette magnifique vue de Saint-Bertrand (6), je vous avoue que mon imagination se figurait. Vous représentez-vous apparaissant  sur le haut de cette montagne cette colonne de paysans armés ; marchant bien en ordre, notre voiture au milieu et toutes les femmes en capulets rouges, blancs, noirs, suivant tout le cortège, passant sous les vignes dans des chemins si bien dessinés, au milieu du pays le sauvage et le plus délicieux, mon père pleurant de joie de la réception si bonne que l'on faisait à ses enfants à cause de lui, moi jouissant du plaisir que pouvait faire à Nath des témoignages d'intérêt qui sont si rares aujourd'hui et du bonheur de mon père et vous auriez une idée du tableau que nous offrions à ce moment. Enfin nous découvrons Barbazan et ce même manoir si convenable dans le lieu où il était situé. Nous arrivons à l'église où nous descendons. Le curé nous attendait pour commencer la messe. L'église était toute ornée de fleurs. La messe commença et pour rendre le spectacle complet, c'était une messe en musique, jouée et chantée faux. Deux violons accompagnaient les chanteurs au pupitre, enfin, ils faisaient de leur mieux".

 

La fête continua au château où châtelains et habitants festoyèrent et dansèrent ensemble. Les habitants aimaient sincèrement leur ancien seigneur et obéissaient à n'importe lequel de ses ordres. Il aurait suffit que le comte d'Astorg, maire de Barbazan, décidât que la ville deviendrait une station cotée et tous aurait suivi.

 

Mais il était vieux, malade, accablé de dettes contractées pour racheter son domaine et essayer de le restaurer (7). Lorsqu'il mourut à Auch où il s'était retiré, l'antique demeure plongea dans le silence et la famille d'Astorg le vendit. Le duc de Rovigo l'acheta à nouveau mais ne le gardât que quatre années. Durant ce laps de temps les fêtes succédèrent aux fêtes, grandioses et féériques, coûteuses aussi. Mais pour les habitants rien n'était pareil. Trop éloigné de Paris et de sa vie brillante, la famille Rovigo la vendit au vicomte de Saint-Gemme en 1852. En 1871, ce fût au tour d'un certain Burton, irlandais de naissance, qui s'en défit rapidement au profit des Montoussé du Lyon. Ceux-ci en restèrent propriétaires jusqu'en 1945, date à laquelle le château fut entièrement détruit par un incendie en même temps que l'Hôtel des Thermes.

 

Dès que les Astorg eurent disparu de l'horizon barbazanais, les habitants ne se sentirent plus aussi proches de leur ancien seigneur, aussi dépendants de ses décisions, aussi respectueux de ses souhaits.

 

Mais il faut le comprendre : cet homme était né seigneur féodal et ne pouvait changer. L'exil n'avait fait que renforcer ce que sa naissance et son éducation lui avait donné. En revenant chez lui, il voulait retrouver son monde tout simplement, donc, transformer son village en station thermale était impossible à réaliser...

 

Tout pouvait alors commencer avec l'arrivée de Jean-Claude Descaillaux en 1846 comme directeur-propriétaire du modeste établissement thermal qui existait et qu'il décrit d'ailleurs fort bien dans sa monographie en 1856.

 

C'était le tournant décisif dans l'histoire du village.

Jackie Mansas

8 avril 2017

 

1 - J.d'Astorg - Revue de Comminges 1987

2 - Charles fils d'Eugène, âgé de six mois le 29 mai 1820

3 - Le Bazert

4 - Emblème de la République Française : "Le 30 juillet 1830, au lendemain des Trois Glorieuses, Louis-Philippe fait œuvre de réconciliation nationale en reprenant le drapeau tricolore qui reste désormais l’emblème national de la France jusqu’à nos jours". 

5 - Nathalie du Puy, femme d'Eugène

6 - après le Bazert avant d'arriver à Labroquère

7 - J. d'Astorg - revue de Comminges 1987

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