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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barbazan : de 1846 aux belles années du thermalisme

Publié par Jackie Mansas sur 11 Avril 2017, 08:57am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Le nouvel établissement en 1901 avec la galerie-salle d'attente pour les curistes.

Le nouvel établissement en 1901 avec la galerie-salle d'attente pour les curistes.

1846 voit Barbazan changer son destin

 

Lorsque Jean-Claude Descaillaux acheta la source et la "Baraque", il était bien décidé à donner à ce modeste établissement éclat et fortune. Mais il s'attaquait à rude tache car les eaux n'étaient pas connues en France, sauf de quelques éminents professeurs et surtout utilisées, nous l'avons vu, par les populations locales, modestes et sans prétention.

 

Il avait des atouts en mains. En premier lieu, le site magnifique et tranquille à l'écart des routes principales et du village. Pour y accéder, il fallait quitter la voie dite royale de Toulouse à Luchon au pont de Labroquère et s'engager dans un chemin large et bien entretenu qui rejoignait Barbazan, le traversait en deçà du château, continuait  le long de la lisière  de la forêt et filait ensuite sur Luscan, Galié, Fronsac et Saint-Béat (1). Les maisons s'élevaient en amphithéâtre et "offraient un aspect tout à fait pittoresque" (2) à cause de leur blancheur qui se remarquait de loin. Tout au long du chemin, des prairies verdoyantes bordées de "superbes allées de peupliers" se perdaient vers la Garonne. Au-dessus de la source, un bosquet de chênes tout noueux couronnait le tertre herbeux de bruissements étouffés.

 

Plus haut, le village, dominé par le château et ses flèches pyramidales, son esplanade escortée de tilleuls plusieurs fois centenaires, était aussi entouré de champs cultivés et bordés de haies odorantes...

 

Le second atout pour un développement réussi, était la population hospitalière de nature, ennemie du changement brutal mais qui savait au moment opportun prendre les décisions qui servaient ses intérêts (3). On la décrit de constitution robuste, de taille avantageuse, à la physionomie ouverte, au caractère franc, loyal et généreux !

 

J-C Descaillaux décida de modifier l'antique établissement et fit élever contre la pente une bâtisse qui comportait quatorze cabinets de bains, deux buvettes et d'un bout à l'autre du bâtiment, une large galerie servait de salle d' attente aux baigneurs (4).

 

Barbazan : de 1846 aux belles années du thermalisme
Barbazan : de 1846 aux belles années du thermalisme

Dans les années 1860, on adjoignit un "sable d'inhalation et de pulvérisation" afin de soigner les affections de l'appareil respiratoire. Ceci pour attirer une certaine clientèle dont les ressources plus que faibles ne leur permettaient pas d'aller à Bagnères-de-Bigorre.

 

On y rencontrait bien parfois quelques personnes aisées et riches qui croyaient aux vertus de l'eau et qui, séduites par la beauté du pays, acceptaient de loger dans les très modestes auberges du lieu ou chez l'habitant où l'on vivait en famille. Ils venaient pour un séjour de huit/dix jours et profitaient de leur cure, tant au point de vue médical que des loisirs. Quelques promenades leur étaient proposées : la forêt de hêtre de Sarp, la cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges, entre autres.... On leur recommandait de bien manger mais pas trop :"bons potages, viandes blanches, bouillies ou rôties, poisson, légumes peu assaisonnés, fruits bien mûrs et mieux encore cuits, pour ceux atteints de fièvre, pas de laitage ni de fruits".

 

Ce nouvel apport de population durant cinq mois de l'année obligeait la commune à des aménagements. Par exemple, en août 1852, le Conseil Municipal de Barbazan demanda à l'Administration l'autorisation d'installer un débit de tabac au village. Les utilisateurs étaient obligés de se rendre à Labroquère pour s'approvisionner et la ville, de ce fait, récupèrerait non seulement les voyageurs venant de Saint-Béat et de Sauveterre, mais aussi des curistes. A cette date, fût proposée également la construction de l'actuelle route départementale coupant l'agglomération en son centre.

 

Le 14 mai 1867, il fut décidé de remettre en état le chemin qui menait au moulin de Patoye et qui desservait également l'établissement thermal (5). D'après le compte-rendu de la délibération du Conseil Municipal, nous remarquons le souci et le respect que la population locale portait aux curistes - qui il faut le reconnaître apportait un certain développement économique... -  : "Il est un autre public digne à tous égards du plus grand intérêt qui fréquente le chemin du moulin et ce public est en nombre toujours croissant".

Bien sûr, ce chemin était un lieu de promenade car on ne pouvait pas traverser la Garonne mais on pouvait voir le village de Loures à quelques encablures et les paysans travailler dans les champs...

D'une rive à l'autre, on se regardait...

 

Les Lourais se rendirent vite compte qu'ils pourraient tirer profit du développement du thermalisme et se battirent comme des lions pour que la gare soit bâtie sur leur territoire. La "guerre" commença en 1867 lorsque la municipalité de Loures présenta son projet d'implantation de la gare sur le lieu-dit "Landes de Dessus".

 

Le 22 juin 1867, la municipalité de Barbazan déposait ses propositions :

 

- la gare pourrait être installée au passage à niveau du carrefour de Labroquère à la place de la halte prévue.

- ce lieu, à quelques centaines de mètres du pont était très fréquenté par les habitants des huit communes du canton de Saint-Bertrand (5 500 âmes), qui se rendaient au chef-lieu, St-Bertrand bien entendu.

- les curistes qui venaient à l'établissement thermal seraient obligés de retourner sur leurs pas pour le rejoindre vu qu'il n'y avait aucun moyen de traverser la Garonne entre Loures et Barbazan en fait entre la rive gauche et la rive droite au bout du chemin de Patoye

- le seul endroit où l'on pouvait traverser le fleuve était le pont de Labroquère.

- les habitants de Saint-Bertrand, les commerçants et surtout les religieux et les pèlerins n'y voyaient que des avantages surtout que les grandes foires attiraient un monde fou et que les manifestations religieuses fort nombreuses voyaient les croyants affluer de partout.

- Leur inquiétude, somme toute assez légitime, portait sur le fait que si les voyageurs descendaient à Loures, ils n'auraient pas envie de retourner sur leurs pas...

 

La voie de chemin de fer traversait le village de Loures dans les quartiers Cap de Vielle - parcelles de terre et pré - et Lande de Dessus où l'on ne trouvait que des champs cultivés, quelques pâtures.

 

Le village (très petit) était regroupé autour d'une place publique mal entretenue traversée par un canal et l'église se trouvait en contrebas. Chaque maison était pourvue d'un grand jardin car les lourais, pour augmenter leurs maigres revenus, cultivaient des légumes qu'ils vendaient à Saint-Bertrand lors des foires et marchés. Ils fournissaient également les maisons particulières et auberges tant en légumes qu'en fleurs, les familles aisées appréciaient les beaux bouquets... Elles envoyaient leurs domestiques les choisir sur place et les acheter.... On ne marchandait pas.

 

De ce fait, le raisonnement des lourais était simple : ces quartiers cultivés qui avaient été gagnés sur les marécages entre 1750 et 1770 pour laisser passer la route royale Toulouse-Luchon pouvaient bien recevoir une gare : la bâtisse, les quais de chargement, la place des voyageurs, celle des marchandises, il y avait de quoi satisfaire tout le monde surtout qu'il s'agissait de petites parcelles à regrouper....

 

Ils argumentèrent qu'à Labroquère, l'endroit choisi au carrefour de trois voies : la première qui menait au village de Labroquère, le contournait puis revenait sur Seilhan à droite, la seconde, en face qui traversait la Garonne au pont puis rejoignait St-Bertrand sur sa droite et enfin la troisième qui s'en allait vers Barbazan en longeant la montagne et ensuite le lac pour déboucher au centre du village, n'était en aucun cas commode, il n'y avait pas assez de place pour installer une gare avec ses voies, ses quais, ses places...

Ce qui n'était pas l'avis des barbazanais bien entendu !

 

Loures fut choisi malgré les arguments avancés par son rival. Il y avait l'espace requis, les voies de communication étaient bien accessibles, on pouvait arriver de partout facilement... Un seul bémol toutefois : les crues nombreuses de la Garonne et de l'Ourse qui inonderaient les lieux sans que l'on ne puisse rien faire !

 

A suivre

 

Jackie Mansas

11 avril 2017

 

1 - plan cadastral Napoléonien 1832

2 - J-C Descaillaux 1854

3 - 547 habitants en 1854

4 *- François Gimet : "Guide du tourisme et du baigneur - 1855"

5 - actuelle route Barbazan-Loures-Moulin de Patoye (Office de Tourisme) en face de l'Hôtel des Bains qui a été démoli lors de l'agrandissement de la route nationale.

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