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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barousse : la vie aux champs au XVIIIème siècle

Publié par Jackie Mansas sur 18 Avril 2017, 18:05pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Château de Bramevaque

Château de Bramevaque

L'organisation sociale dans la vallée.

 

Comme partout dans le beau royaume de France, la société baroussaise se divisait selon les Trois Ordres : noblesse, clergé, Tiers Etat.  Mais il faut y ajouter une forme de bourgeoisie composée essentiellement d'agriculteurs et d'artisans.

 

La révolution ne fit que changer les rôles : le marquis de Luscan s'exila mais les autres "petits" nobles restèrent et réussirent à garder leurs fortunes parce qu'ils étaient tout simplement des paysans. Aisés, certes, mais leur soi-disant noblesse ne pouvait se remarquer que dans certains attributs comme une belle maison, des voitures et des chevaux (pas beaucoup), et une certaine éducation qui les faisait sortir du lot. La plupart en avait la morgue mais les habitants ne se laissaient pas impressionner !

Au 19ème siècle les "vrais" disparurent mais les bourgeois prirent leur place et se montrèrent tout aussi âpres au gain. Au 18ème siècle le baron de Mauléon et le roi recevaient les hommages de plusieurs de ces "petits" nobles : en 1660-1665, Molinery représentant du roi, reçut en argent : (1)

- consuls de Bramevaque .................................................................................    20 livres

- consuls de Betpouy.........................................................................................       9 livres

                                                                                                       Plus serment de fidélité

- Monsieur de Luscan........................................................................................     25 livres

- Mr de Binos de Saléchan de Sainte-Marie.......................................................    15 livres

- Monsieur de Gaudent de Sarp.........................................................................    25 livres

- Melle de Tajan..................................................................................................    23 livres

 

Certains devaient également des fiefs au baron de Mauléon : Mrs de Cazarilh, de Peyremilla, d'Ustou....

La noblesse, de par les Coutumes et les privilèges, était mise à l'écart des autres groupes sociaux et de l'administration de la vallée et en souffrait. Elle pouvait difficilement tenir son rang car à part une tourelle, une fenêtre à meneaux, un balcon ouvragé, un perron monumental, dans l'habitation, rien ne la distinguait de la masse des paysans riches. On ne connaissait  que deux "gros" châteaux en Barousse, Bramevaque et Mauléon et un plus moderne - 17ème siècle sur l'emplacement d'un plus ancien - à Siradan. Il y avait des petits castets dans plusieurs paroisses à Ferrère (démoli dans les années 1930), Cazarih, Bertren (en piteux état actuellement), Samuran (démoli au début du 20ème siècle), Créchets, encore en l'état et bien restauré...

Les autres tels ceux de  Izaourt, Loures, Sarp, Saléchan, sont récents et sont plus des manoirs que des châteaux : le choix de l'architecture du 18ème siècle a été reprise tout au long du 19ème ...

 

Dans leur mémoire présenté aux Etats Généraux de 1789, les nobles des Quatre-Vallées se plaignent de ne pas présider les assemblées, de ne pas même y être représentés, de devoir payer les redevances religieuses et royales et d'être si ouvertement méprisés par les "casalors" ou "casalours" - chefs de famille grands propriétaires - roturiers certes, mais qui détenaient le pouvoir "absolu".

 

En Barousse, les de Gémit de Luscan se conduisirent de tout temps comme de véritables seigneurs féodaux en refusant de payer la dîme comme tout bon baroussais. En 1632, ils menacèrent les habitants venus les sommer de la remettre pour des pièces de terre qu'ils possédaient à Loures et à Izaourt, en particulier une grande île sur la Garonne qu'ils s'étaient appropriée et d'où ils tiraient contre monnaie, des pierres et du gravier. Malgré les sommations de l'évêque, ils ne s'exécutèrent pas (2).

 

Ils agissaient toujours de la même manière à la veille de la Révolution. Pourtant, selon la Coutume, nobles et non nobles étaient égaux devant l'impôt calculé selon les revenus de chacun.

 

On comprend bien vite pourquoi la famille Gémit de Luscan n'attendit pas pour faire ses malles et s'exiler en Espagne en 1789 lorsque les Baroussais, menaçants se présentèrent au château et brûlèrent tous les titres de propriété du marquis.

 

Le clergé était fort nombreux.

 

Certains diront même qu'il s'agissait d'une profession qui mettait à l'abri de la pauvreté. Mais en Barousse, il était si facile d'ironiser sur la religion ! La plupart des curés étaient originaires de la vallée car pour être respecté, il valait mieux être  natif du lieu !

A la Révolution, peu refusèrent de prêter serment et ceux qui le firent, pourchassés, réussirent à s'enfuir en Espagne par la montagne.

Une légende raconte que ceux qui vivaient à Bertren - rejoints par quelques chanoines du chapitre de Saint-Bertrand - s'enfuirent avec l'or de la cathédrale par un souterrain qui partait du castet et ressortait à Troubat à quelques encablures de l'actuelle grotte de Troubat (il faut enlever la route de l'ancienne carrière - il y avait un simple sentier - et revoir le vrai sentier qui menait du village à la grotte encore accessible dans les années 1990 pour imaginer le paysage) ouverture qui a disparu juste après cet exploit pour que personne ne trouve l'or car, figurez-vous qu' ils n'ont pas pu l'emmener avec eux !

Ils auraient été cachés avant de pouvoir partir sans risque vers la haute vallée dans la grotte du mailh de Passade au-dessus du village de Bertren et ravitaillés en cachette par les habitants qui attendaient la nuit pour se glisser dans les fourrés de buis afin d'emprunter le sentier caché qui menait à la grotte..

A suivre

Jackie Mansas

18 avril 2017
 

1 - série B3 - 3954 - Archives Départementales de Pau

2 - visite épiscopale de Monseigneur de Griet en 1632

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