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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barousse : la vie collective de nos ancêtres....

Publié par Jackie Mansas sur 20 Mai 2017, 09:02am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Quelques scènes de la vie d'autrefois... Carte postale ancienne de Sost pour que vous puissiez imaginer le travail exécuté par les femmes sur ces pentes, même enceintes...
Quelques scènes de la vie d'autrefois... Carte postale ancienne de Sost pour que vous puissiez imaginer le travail exécuté par les femmes sur ces pentes, même enceintes...
Quelques scènes de la vie d'autrefois... Carte postale ancienne de Sost pour que vous puissiez imaginer le travail exécuté par les femmes sur ces pentes, même enceintes...
Quelques scènes de la vie d'autrefois... Carte postale ancienne de Sost pour que vous puissiez imaginer le travail exécuté par les femmes sur ces pentes, même enceintes...
Quelques scènes de la vie d'autrefois... Carte postale ancienne de Sost pour que vous puissiez imaginer le travail exécuté par les femmes sur ces pentes, même enceintes...
Quelques scènes de la vie d'autrefois... Carte postale ancienne de Sost pour que vous puissiez imaginer le travail exécuté par les femmes sur ces pentes, même enceintes...
Quelques scènes de la vie d'autrefois... Carte postale ancienne de Sost pour que vous puissiez imaginer le travail exécuté par les femmes sur ces pentes, même enceintes...
Quelques scènes de la vie d'autrefois... Carte postale ancienne de Sost pour que vous puissiez imaginer le travail exécuté par les femmes sur ces pentes, même enceintes...

Quelques scènes de la vie d'autrefois... Carte postale ancienne de Sost pour que vous puissiez imaginer le travail exécuté par les femmes sur ces pentes, même enceintes...

La vie en communauté en Barousse, on ne le dira jamais assez, c'était lutter contre le seigneur et l'Etat pour la propriété des forêts. Ou bien pour la possession des forêts, c'est selon.

 

La vie en communauté en Barousse, c'était le travail réalisé collectivement afin que chacun puisse recevoir une part décente pour vivre.

 

La vie en communauté, c'était se réunir l'été sur la place publique pour chanter ; l'hiver autour du feu pour effeuiller le maïs tout en grignotant des châtaignes et en sirotant la piquette, le petit vin aigrelet qui donnait des coliques à qui en buvait trop sans y être habitué...

C'est la veillée où l'on raconte à s'en faire frémir des histoires de diables et de sorciers.

 

Et la vie en communauté tourne autour de la naissance, du mariage et de la mort. La famille en est la base solide et indestructible, elle "s'est développée sur un terrain de choix, la liberté." (1)

 

Tout reposait sur cette organisation minutieuse ayant ses règles et ses coutumes. Le chef de maison était souvent l'homme mais si la femme était l'héritière, elle dirigeait les affaires et les biens et son mari était en même temps "son homme de confiance et son domestique". En 1525, plusieurs femmes vinrent déclarer leurs possessions lors de la confection du terrier. Cette situation durera jusqu'en 1792 où paradoxalement, ce seront les lois révolutionnaires qui leur ôteront leurs droits.

 

Elles n'avaient pas accès aux emplois honorifiques de consuls et de syndics et ne faisaient point partie des Assemblées mais chez elles, leurs fonctions étaient bien définies.

 

Chaque maison avait on  nom qui composait un tout et que l'héritier recevait à son entrée en fonction, à tel point que l'on oubliait parfois son véritable patronyme.

 

A Ourde, on connaisait (2) :

- Peyragua ..... pierre à chat

- Coupet ......petit coup

- Troch...... grande bande de tissu au détail

- Bourruch..... têtu

- Techenné..... tisserand

- Bourdet...... petite borde

- Capirot..... petite cape

- Couret..... petit col

- Molle...... moulin  

 

A Siradan :

 

- Huguet ; Guillem ; Brune

- Mounier..... meunier

- Pistoulet.....pistolet

- Tailleur.... tailleur

- Baredet, Jean de Dieu, Abeillon, Piarrin, Pault, Porte de Pey, Cunère, Baratte, Tambourin, Goueillé, Marot, Boutehouec (met le feu !)....

 

Ceci n'est qu'un éventail, il serait trop long de les énumérer tous mais le répertoire de tous les patronymes de Barousse et de Neste a été fait de façon remarquable, nous espérons tous que son auteur acceptera un jour de nous faire partager  le fruit de son travail et de ses recherches.... Les caps bourrut lui ouvrent tout grand leurs pages ....

 

Chaque village possédait son Balent (vaillant), son Tambourin (qui joue du tambourin), son Poutchet (petit coq en colère). Beaucoup devinrent des noms de famille à l'usage.

 

Dans la hiérarchie familiale, le couple venait en premier, puis les enfants et enfin les cadets et les ascendants s'ils étaient encore vivants et qui jouissaient de la considération générale. Leur rôle toutefois restait effacé : la grand-mère aidait à la cuisine et le grand-père à l'étable.

 

Les personnes âgées  restées seules étaient prises en charge par le voisinage si elles ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins. Personne n'était rejeté par la communauté à part les parias de toujours, les cagots. On trouve quelques familles à Ourde, Mauléon, Samuran, Ilheu, Anla, Loures et à Bertren, à la sortie du village, lieu-dit La Vigne sur le tracé de la route antique (jusqu'à l'ouverture de la route royale par d'Etigny à la fin du 18ème siècle) qui reliait le village au gué à péage de Luscan, on trouve encore deux pans de mur de leur maison qui devait également servir de "douane"  à quiconque voulait entrer, en venant du Comminges par le gué.

Il leur était facile de bloquer la voie et de disparaître dans le Montégut en rejoignant la grotte pour se mettre à l'abri et en faisant le guet, protéger le bediaou.

Des lumières qui erraient dans le massif dans la nuit, est née la légende "des nains du Montégut" qui auraient établi là un village où personne ne pouvait entrer vu qu'il était à la hauteur de ses habitants très agressifs...

 

A Mauléon et à Loures des maisons leur étaient réservées et ils devaient obligatoirement choisir un métier du bois : menuisier ou charpentier. Certains parvinrent à acquérir une certaine fortune mais ils ne purent jamais jouir de l'estime de la population.

 

L'origine des cagots fait l'objet de controverses et il sera difficile de la trouver un jour. Cependant certains auteurs en parlant de leur disparition avant le 18ème siècle, affirment qu'ils n'ont pu survivre à la consanguinité, qu'ils se sont mélangés à la population par des mariages à partir du moment où Henri IV courtisa assidûment les jolies cagotes de son Béarn natal...

 

Un peu de tout cela sans doute mais personnellement, je pense que pour fuir l'ostracisme, l'exclusion, les mauvais traitements, les coups et une sorte d'esclavage, ils sont tout bonnement partis  se réfugier dans les villes nouvelles afin de vivre décemment sans avoir à justifier de leur existence vu qu'il n'était pas écrit sur leur front la mention "cagot". Un peuple ne disparaît pas sans raison tout d'un coup comme cela.... Ils ont été les précurseurs du mouvement d'exode rural qui commença à partir de 1850...

 

Les cadets, s'ils avaient de la chance, épousaient une héritière, sinon ils restaient célibataires pour ne pas diviser le bien qui revenait à l'aîné, l'héritier à qui l'on avait "donné" en mariage, une cadette pour les mêmes raisons.

 

Ils vivaient misérablement sur le lopin de terre qu'on voulait bien leur laisser et essayaient de l'agrandir par le défrichement. Ils s'établissaient souvent comme artisans et transmettaient leur charge à leur aîné. C'est pour cette raison que l'on rencontre tant de surnoms de métiers au 19ème siècle qui n'existaient pas auparavant (tailleurs, tailhas, molle, moulat, troch, téchéné). Quelquefois, ces couples de cadets réussissaient à gagner quelque argent. Au 19ème siècle, étant trop nombreux, ils ne purent s'établir ni comme cultivateurs car l'Etat surveillait trop bien les forêts, ni comme artisans. Alors, ils choisirent l'aventure comme marchands-colporteurs ou se placèrent comme domestiques chez des parents dans une grande ville. Parents qui étaient déjà partis au siècle précédent bien sûr....

 

Certains finissaient par avoir un commerce bien à eux et leur aisance nouvelle faisait rêver ceux qui restaient sur l'exploitation familiale et dont le sort était peu enviable.

 

Les enfants, quant à eux, tenaient une grande place dans la famille. Un couple infécond se voyait taxé de tares et presque d'opprobre car il ne remplissait pas le contrat que l'on attendait de lui. L'enfant était toujours bien accueilli, on ne saurait dire s'il s'agissait d'instinct de survie ou bien d'amour. Lorsqu'un d'entre eux mourait, il fallait le remplacer à tout prix. Si le bébé qui naissait était du même sexe, on lui donnait le même prénom.

 

Les mères célibataires, si elles ne pouvaient trouver un mari, avaient une abondante progéniture et jouissaient - à l'époque, avant que l'Eglise ne vienne fourrer son nez dans les affaires qui ne la regardaient pas - du respect général parce qu'elles montraient leur aptitude à procréer. Les femmes enceintes n'étaient pas considérées comme différentes par rapport à leur état, elles travaillaient jusqu'au terme. La grossesse se passait plutôt bien car les jeunes femmes étaient dotées d'un physique plutôt charpenté au niveau du bassin malgré leur petite taille.

 

Elles devaient absolument se soumettre à quelques interdits (et on les surveillait étroitement), tel celui qui empêchait les tâches de vin d'apparaître sur le visage de l'enfant en gestation : la mère devait placer ses mains sur ses reins lorsqu'elle avait une envie, je ne vous dis pas la gymnastique à la saison des fraises....

 

Lors de l'accouchement, on appelait la sage-femme nommée "matrone" et les voisines l'aidaient dans sa tâche, tout reposait sur ses épaules, la survie de la mère et de l'enfant.... le choix était vite fait lors d'un problème grave qui obligeait le mari et sa famille à choisir entre sauver la mère ou sauver l'enfant. En cas que ce fut un garçon, on sacrifiait la mère, bien entendu .... le père trouverait une autre épouse, les cadettes, ça ne manquait pas. Si c'était une fille et bien on l'acceptait et elle grandissait plus ou moins bien, selon les traditions familiales....et la marâtre épousée aussitôt terminé le temps du deuil imposé !

 

Les matrones étaient  nombreuses en Barousse, au moins une par paroisse et en 1632, l'évêque recommanda bien de les instruire dans la religion afin qu'elles puissent donner le baptême en cas de danger de mort ou d'impossibilité d'amener le nourrisson à l'église dans les vingt-quatre heures. Beaucoup de ces bébés décédaient dans les quelques heures suivant la naissance, soit qu'ils étaient prématurés (on les dits trop petits et faibles et on les place immédiatement devant le feu de la cheminée pour les maintenir en vie), ou malformés (quelques bébés sans sexe défini, en général déclarés comme fille - et oui, un garçon ne peut pas avoir une malformation à ce niveau-là voyons - sans membres, visage déformé etc. etc.) ou trop gros : en 1855, un garçon âgé de deux heures est dit décédé d'un excès d'embonpoint (3). La maman a survécu mais dans quelles conditions ? On ne sait pas.

 

On donnait à l'enfant le prénom du parrain et de la marraine choisis dans l'entourage familial ou chez les voisins. Au 18ème siècle, dans certaines petites paroisses, un seul couple remplissait cette fonction et ainsi tous les enfants portaient le même prénom, ce qui rend difficile une reconstitution des familles, les patronymes ne différant pas non plus.

 

La tradition voulait que les voisins participent aux grands et petits événements de la vie familiale même si les disputes et les fâcheries étaient légion.

 

Jackie Mansas

20 mai 2017

 

1 - A. Sarramon : "Les Quatre-Vallées"

2 - Mr Bertrand Lamolle Ourde

3 - Archives communales d'Izaourt

Ensuite pour tout ce qui est relatif à la famille, il faut consulter les registres paroissiaux, on y trouve tous ces renseignements.

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