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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


les "immigrés" de Mauléon-Barousse : les charbonniers italiens dans les années 1920.... 2

Publié par Jackie Mansas sur 4 Mai 2017, 09:13am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

charbonniers ensachant le charbon de bois dans le Tarn mais la technique était la même partout...

charbonniers ensachant le charbon de bois dans le Tarn mais la technique était la même partout...

Feuilletons la Gazette des Vallées n°6 juillet-août 1998.

 

Joséphine continue de raconter une vie faite de joie, de peines et de beaucoup de travail dans le Mauléon de son enfance...

 

" Ce n'était pas parce que l'on vivait dans les bois durant sept mois de l'année que nous n'allions pas à l'école. Au contraire. Il fallait apprendre le français et la France puisque nous étions destinés à y vivre. Intégrés d'emblée, nous l'étions tous parce que français et immigrés, nous nous ressemblions beaucoup. Il n'y avait pas de différence.

Mais je dois préciser que cela était ainsi parce que nous étions dans les Pyrénées et que la population était ouverte et tolérante. Ayant vécu un passé de dur labeur avec beaucoup de pauvreté et donc de solidarité, les baroussais acceptaient l'étranger sans trop rechigner à condition bien entendu, que cet "étranger" restât à sa place... Si on se conformait aux coutumes sociétales, il n'y avait aucun problème, contrairement à d'autres régions.

 

Mais c'est parce que le Pyrénéen a conscience que le partage est plus important que le rejet des autres. J'ai vu des français durant l'Occupation - des parisiens en majorité - être rejetés sans appel parce qu'ils ne respectaient pas les coutumes et traditions en vigueur dans la vallée où il y avait le plus "d'étrangers" de toute la région....

 

On me dira que j'exagère dans mon propos vu que de nos jours, il y a peu de familles immigrées de première génération : leurs représentants sont âgés. Leurs enfants ayant épousé des français ou des françaises, il est vrai que leur nombre tend à baisser. Mais je peux vous assurer que plusieurs nationalités cohabitaient à Mauléon-Barousse et dans les villages de la plaine.

 

Mon frère Guido avait un don pour apprendre les langues en travaillant avec les "étrangers".... 3 mois - il parlait couramment et avec l'accent des pays concernés outre l'italien sa langue maternelle, le français, le gascon, l'espagnol, le portugais et le polonais... - le français et le gascon, d'accord, il vivait en France, d'abord à Saint-Bertrand dès l'âge de 9 ans puis à partir de 1920, à Mauléon-Barousse ! Mais pour maîtriser les trois autres, il a bien fallu que des hommes l'aient parlé devant lui... donc outre les espagnols très nombreux, des portugais et des polonais ont vécu en Barousse et aux alentours, tout comme quelques russes, mais là il est tombé malade, il n'a pas eu le temps d'apprendre la langue !

 

J'étais un bébé lorsque mes deux sœurs Eléonore et Fernande descendaient de la forêt domaniale pour aller à l'école de Ferrère. Elles étaient ensemble et se soutenaient tandis que moi, dès que j'ai eu cinq ans, il me fallut faire le chemin toute seule du Hourmigué à l'école de Mauléon !  Je n'avais pas peur mais si j'avais eu une sœur avec moi, le trajet m'aurait paru moins long.

 

Nous avons passé une année dans le Hourmigué de Sost. Mon père fabriquait le charbon dans la montagne de l'Arraïs, c'était très pentu. Et enfin, nous nous sommes installés définitivement à Mauléon mais uniquement durant l'hiver, bien entendu.

 

Le travail de mon père consistait à fabriquer le charbon de bois de manière très artisanale mais avec art car ce n'était pas facile de monter une charbonnière. Il arrivait à en fabriquer trois en même temps.

 

Voici comment il la construisait :

 

- il faisait une plate-forme en terre retenue sur les trois côtés par des piquets de 80 centimètres de hauteur et de 10 centimètres de diamètre séparés par des mottes d'herbe arrachées avec la terre et tassées à la pelle.

- il n'en mettait pas côté montagne car là, il y avait la pente pour la protéger.

- ensuite, il remplissait la plate-forme. Il commençait par poser des fagots bien secs tout autour puis il entassait par-dessus des branches et des troncs d'arbre de même diamètre en dôme .

- il faisait un trou sur le côté pour l'aération et l'allumage et en haut, il y avait celui, assez large, par lequel il alimentait la charbonnière.

- on y accédait au moyen d'une échelle toujours côté forêt. Il ne voulait pas que quelqu'un d'autre que lui y monte car c'était dangereux.

 

Je me souviens de Simon Rebourg de Mauléon qui tomba dans la charbonnière qu'avait fabriqué un certain Guielmo lorsqu'elle s'écroula. Guielmo n'avait pas réussi à l'empêcher de grimper sur l'échelle alors que la charbonnière était cuite et il assista totalement impuissant au drame. Il essaya de le sauver mais il était déjà trop brûlé lorsqu'il réussit à le sortir du brasier. Le pauvre Simon décéda à 16 ans à l'Hôpital de Tarbes. Ce fut une véritable tragédie tout le monde en fût retourné. Il était un très gentil garçon, nous avions exactement le même âge et il travaillait à l'usine. Il avait appris à parler l'italien à la perfection et il était très serviable. Je me souviens que lorsqu'il rencontrait ma mère poussant sa brouette pleine de bois, il l'arrêtait pour faire le travail à sa place. Il était vraiment très gentil.

 

Revenons au travail de la charbonnière si vous le voulez bien :

 

- lorsque les branches et les arbres étaient bien empilés, mon père jetait de la terre mouillée et des mottes d'herbe sur le dôme et il tassait bien le tout avec une pelle. Ca devenait dur comme du ciment.

- ensuite, il mettait le feu par le trou d'aération.

- les fagots s'enflammaient puis tout brûlait à l'intérieur, la fumée s'échappait par la cheminée et ça ronronnait fort.

- lorsque la fumée ne sortait plus, cela voulait dire que la "charbonnière cuisait."

 

Gazette des Vallées n° 7 septembre 1998

 

"Il la nourrissait par le haut et il fallait être adroit pour lancer le bois dans tous les coins afin qu'elle continue à brûler.

Tout le bois était coupé à la hache et scié au passe-partout. Chacun de nous avait son travail :

- mes frères coupaient et sciaient le bois

- ma mère et mes sœurs (avant qu'elles ne soient placées comme "bonnes") triaient les branches

- et moi, je coupais des petits tronçons avec une hachette que mon père m'avait fabriqué. Je m'amusais ainsi et lorsque j'étais fatiguée, il me disait de me reposer.

 

Une bonne charbonnière cuisait entre quinze jours et trois semaines. Il fallait faire doucement, c'était un travail très délicat car une charbonnière doit cuire comme un rôti, à petit feu. Lorsqu'elle était cuite, la terre commençait à se craqueler, la fumée s'échappait par les fissures, alors il arrêtait de la nourrir.

 

Avec un râteau à gros manche et avec de grandes et larges dents en bois, il enlevait la terre. C'était très beau à voir car à travers les fissures, on voyait apparaître le charbon rougeoyant. On aurait dit un volcan en éruption, une petite éruption évidemment ! Puis il étalait le charbon et nous,  nous l'éteignions à coups de seaux que nous remplissions d'eau au ruisseau. C'est pour cela que la charbonnière et la cabane étaient construites à proximité d'une source bien alimentée se transformant en un charmant petit cours d'eau.

 

Lorsque le charbon de bois était éteint et froid puis trié et enfin entassé dans des sacs de jute grossière grâce à une corbeille en osier - tout le monde participait - on voyait arriver la colonne de mulets de Robert Claret de Mauléon - ils étaient plusieurs muletiers répartis dans plusieurs villages - qui venait le chercher pour le ramener à l'usine. Deux grandes corbeilles pouvant contenir de nombreux sacs remplis de charbon retombaient sur chaque flanc des animaux. Les muletiers en attachaient aussi sur leur dos et ils étaient alors "couverts" de sacs, juste le poids qu'ils pouvaient supporter - ils étaient bien traités - et lorsque tous étaient chargés, ils redescendaient en longue procession vers le village, vers la Christinie...

 

Ils faisaient le tour de toutes les charbonnières toutes les trois semaines environ et comme il y en avait partout, ils ne chômaient pas !

 

Durant tout le temps où les hommes chargeaient les mules, il y avait beaucoup d'animation dans la clairière, tout le monde parlait, donnait des nouvelles, en prenait, prévoyait les futures productions.... Mes frères traduisaient pour que notre père puisse comprendre et ensuite il signait d'une croix les bons de livraison.... Je regardais avec des yeux grands comme des soucoupes tout ce petit monde des montagnes travailleur et rieur en même temps... Quel silence lorsque la dernière mule avait disparu à notre vue....

 

Et le travail de la charbonnière recommençait."

 

Rendez-vous une prochaine fois avec.... la construction de la cabane !

 

Jackie Mansas

3 mai 2017

 

Lorsque l'on écoutait ma mère tout comme ses copains d'enfance  - je n'ai pas connu de charbonniers à part mes deux oncles Joseph et René mais j'étais si jeune que bien évidemment, je n'avais aucune idée de ce qu'était ce métier - l'on avait l'impression que français et "étrangers" s'entendaient à merveille et que les baroussais dans leur grande majorité n'étaient nullement opposés à leurs présences.

Mais il n'en est pas de même ailleurs dans notre région d'Occitanie, dans le Tarn en particulier où la fabrication de charbon de bois était importante, les italiens ont eu des problèmes avec la population à qui "ils venaient enlever le pain de la bouche".

En cherchant sur internet, j'ai trouvé ces témoignages que l'on peut lire en entier sur le site

http://natifs50-graulhet.wifeo.com/article-100690-metiers-antan-charbonnier-dans-.html

Comme quoi, l'histoire d'un "païs" même lié par sa langue et sa culture est différente d'une région à l'autre....

 

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Documents :


Publié le 24/10/1999 | La Dépêche du Midi | Cordes

De mémoire de charbonnier

Haute-Serre, entrée de la forêt de la Grésigne / CPA

Souvenirs d'Aimé Mucci, ancien charbonnier italien installé en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au parcours souvent atypique, digne d'un roman.

Aimé Mucci, fils de charbonnier lui-même, et sa cousine Yvonne Bartoli, arrivée en 1929, racontent leur émigration en bas âge dans la Grésigne et la difficile intégration parfois de ceux qui «mangent le pain des autres». Ils sont aussi intarissables sur le travail du charbonnier : la construction savante de la charbonnière, son allumage puis sa lente carbonisation durant plusieurs jours qui demande une surveillance constante pour lui «donner à manger», enfin, son déshabillage nocturne. Et encore.

«On ne s'imagine pas»
C'est sans parler du transport du charbon obtenu, vendu alors dans le pays cordais par Noël Richard, et surtout de l'intendance qui doit suivre : les femmes qui cuisinent et le «meo», le gamin, chargé des corvées d'eau et de bois. «On s'imagine pas les conditions de vie», répète plusieurs fois un ancien camarade de classe d'Aimé en hochant la tête.


Publié le 26/04/2014 à 03:51 | La Dépêche du Midi | Latronquière


La vie des charbonniers italiens de Grésigne


Les charbonniers devant l'outil de travail./ Photo DDM

Depuis un temps immémorial, on pouvait recenser de nombreux producteurs de charbon de bois en forêt de Grésigne, et dans d'autres forêts du Tarn : forêts de Sivens, de la Montagne noire, des Monts de Lacaune, etc. Puis vers le Cantal, notamment à Laroquebrou, et en Ségala, également, où la fabrication de charbon de bois se faisait à l'usine Laval-de-Cère. D'ailleurs nous en retrouvons trace dans la désignation de lieux-dits aux alentours, références du cadastre. Ils fabriquaient ce charbon à partir de bûches entassées verticalement en meules, et recouvertes de terre : les charbonnières, «las carbonièiros» en occitan, meules composées parfois de deux étages et allant jusqu'à 150 stères.

En 1920, on fit appel à une main-d'œuvre étrangère et plus particulièrement italienne, de la province de Pistoia, surpeuplée. Ils émigraient par nécessité alimentaire et non pas politique.
La vie quotidienne était très rude et… rudimentaire. Et l'on se déplaçait perpétuellement !


La Grésigne, les Terrassiols / CPA

 

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On voit bien que la construction de la charbonnière n'était pas tout à fait la même (quelques petites différences) selon les régions et les conditions de vie également. Ma mère m'a raconté tout comme son copain d'enfance Albert (dit Bébert) Angiolini, que les meules étaient très hautes, on ne pouvait atteindre la cheminée qu'avec une échelle, sur les photos ci-dessus elles sont à hauteur d'homme, donc moins dangereuses, quoique.....

Tous les charbonniers venaient donc de la même région de Pistoia en Toscane mais au début du 20ème siècle, ils émigraient par besoin de partir vivre autre chose dans un autre pays et les salaires amélioraient les revenus de la famille restée au pays certes. Toutefois, ils n'étaient pas misérables, ils n'étaient pas aisés non plus, ils se situaient entre les deux  mais l'envie d'aller "faire fortune" les a taraudé tous. Le "rêve américain" pour ceux qui voulaient partir sans espoir de retour !...

 

En Barousse, dès que Gustavo Arcangéli - à partir de 1936 - fut obligé de respecter les acquis des travailleurs, plus aucun ne vint poser ses valises en Barousse car il n'alla plus "recruter" de la main-d'œuvre "pas chère" dans sa province... les autres repartaient dans l'année qui suivait leur arrivée car ils vivaient mieux chez eux en Italie qu'ici en France en travaillant deux fois moins : et oui, ils s'échinaient au travail dans la montagne et à l'usine et le patron les payait avec un lance-pierre...

 

Force est de constater que ceux qui sont arrivés après la première guerre mondiale, ailleurs que dans les Pyrénées furent assez mal accueillis. Mais la guerre était passée par là... et la situation sociale était très difficile !

 

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J'ai trouvé cette description de l'animal dit "mule" pour les femelles et "mulet" pour les mâles sur le site http://www.attelage-patrimoine.com/2015/06/la-mule-et-le-joug-landais-dans-les-landes-1-histoire.html

 

La mule et le joug "landais"

dans les landes de Gascogne.

1° Histoire

La mule et l'attelage au  joug "landais" ;1° Histoire

Brève présentation de l'hybride qu'est la mule.

 

A part quelques exceptions liées à des contraintes particulières, les espèces ne se croisent pas entre elles dans leur milieu naturel. Pourtant, l’homme a réussi, par certaines techniques ou artifices, à croiser des espèces entre elles comme, par exemple, le canard mulard (croisement d’un canard de Barbarie avec une cane de Pékin ou une cane de Rouen) ou le coquart (croisement d’une poule et d’un faisan). L’accouplement de l’espèce chevaline avec l’espèce asine a un taux de fécondité  inférieur à un accouplement classique de chaque espèce. Cette hybridation donne naissance, mise à part de rares exceptions, à des produits stériles :

Le bardot ( bardeau pour un male, bardote/ bardine pour la femelle) quand il est le croisement d’un cheval et d’une ânesse.

Ce type d’hybride, qui ressemble à un petit cheval à grandes oreilles avec le dos souple, garde souvent le caractère vif du cheval. Il présente en général moins de qualité de travail et de facilité de dressage que le mulet. De plus, les ânesses plus petites que le cheval risquent des problèmes lors des mises bas. Sa production a donc toujours été très limitée, comparée à la production du mulet qui est devenue pratiquement industrielle, tout particulièrement au XIX° siècle.

 

La mule (ou mulet pour un mâle) quand il est le croisement du baudet et de la jument. 

Mule tondue à la manière catalane (Photo Figoli prise a la ferme de Meras d'Olivier Courthiade)

Mule tondue à la manière catalane (Photo Figoli prise a la ferme de Meras d'Olivier Courthiade)

En général, la mule gagne en taille et donc en force par rapport à ses géniteurs tout en gardant le dos droit et solide de l’âne. De plus, elle présente d’autres qualités; sobriété alimentaire, rusticité, sûreté de pied, « sang froid », courage, bonne résistance aux maladies, longévité de travail,… Bien que doté d’un solide caractère, elle est attentive et docile s’il elle est dressée et manipulée régulièrement par un muletier compétent.

Dans les Landes, les mules furent toujours préférées aux mulets. Les causes de ce choix sont liées à la plus grande vivacité des mulets, ce qui oblige de les castrer avec les risques de complications liés à cette intervention. Peut-être aussi une tradition d’origine religieuse.

« L’étiquette interdisait l’emploi d’animaux castrés aux attelages du pape et les mulets entiers étant parfois méchants, on prit l’habitude, à la cour papale, de n’employer que des mules. Cette méthode, adoptée par les grands d’Espagne et d’Italie, se généralisa au point de devenir une coutume courante » -Lagoeyte, « De l’utilisation des mules dans les landes de Gascogne »-

 

Voir aussi http://www.leg8.com/histoire-vivante/mules-et-mulets-des-pyrenees

 

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