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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barbazan et les autres stations.

Publié par Jackie Mansas sur 16 Juin 2017, 17:15pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Barbazan et les autres stations.
Barbazan et les autres stations.
Barbazan et les autres stations.

Dans toutes les Pyrénées, avec l'avènement du Second Empire, un gros effort d'organisation matérielle et de législation thermale fut entrepris : construction d'établissements thermaux partout où jaillissait une source minérale, de lignes de chemins de fer pour en faciliter l'accès, de publicité en attirant de très hauts personnages telle l'impératrice Eugénie aux Eaux-Bonnes, à Saint-Sauveur et à Luchon. 

 

Des inspecteurs thermaux veillaient à la salubrité des stations et des sources. C'était la grande période où l'ingénieur François de Neufchâteau exécutait à Luchon ses fameuses galeries dont le principe est à la base du vaporarium, où Durand-Fardel, Le Bret et Le Fort faisaient paraître leur dictionnaire, où Filhol  publiait son célèbre mémoire sur les eaux thermales des Pyrénées (1).

 

La plupart des stations à la mode au XVIIème et au XVIIIème siècles continuèrent à connaître le plus grand succès au XIXème siècle.

 

On spéculait, on réalisait de grosses affaires en pariant sur les nouveaux besoins d'une clientèle recrutée dans tous les milieux. Chaque village désirait créer sa propre station afin de se développer et de s'enrichir et des particuliers acharnés à profiter de cette manne creusaient un  peu partout, volant les eaux des autres (2), en profitant "du flou de la législation". Comme on soigne les mêmes maladies dans beaucoup de stations, la concurrence ne peut se faire qu'au niveau de l'hébergement et de la présence de gens connus. Barège, Cauterets, Bagnères-de-Bigorre, Luchon et tant d'autres villes célèbres depuis deux siècles reçurent entre autres le jeune Antoine-Marie d'Orléans, cinquième fils du roi Louis-Philippe qui en juin 1841, âgé seulement de 17 ans, écrivait à sa sœur Marie ses impressions sur ses différents séjours dans les Pyrénées. Il n'est pas toujours aimable.

 

A Barèges, son passage a été plutôt agréable car il y avait une société parisienne importante.

Pour Bagnères-de-Bigorre, il écrit : "Ville qui quoique réputée fort jolie est affreuse à mes yeux : plus de montagnes, plus de société parisienne comme à Barèges. Quelques beaux et belles de province, étalant avec orgueil les modes d'il y a quinze ans ; en un mot, une franche petite ville!...".  

Ensuite : "Luchon est charmant, du moins du côté des étrangers, c'est-à-dire le Cours (3). Le reste n'est qu'une assez jolie petite ville ordinaire. Mais quand au Cours, figures-toi une immense allée d'arbres, formant berceau, bordée de petits palais de marbre, jolis et confortables, pleine de monde élégant. Il y a 1500 baigneurs à Luchon. Nous eûmes de la peine à trouver un logement. A la fin, nous en trouvâmes un bon, sur le Cours. On voit de tous côtés des montagnes immenses, toutes cultivées. C'est un séjour délicieux qui n'a que le défaut d'être une ville et le rendez-vous de tous les fashionables de Toulouse. C'est pas des parisiens, ils sont importuns et assommants dans les promenades. Le soir, j'eus le maire à dîner, le sous-préfet et le médecin. Cauterets est néanmoins moins bien situé que Luchon. La ville est trop élégante, il y a des balcons, des maisons de marbre et, ce qui est plus rare encore dans ce pays, beaucoup de jolies femmes".

 

Ben voyons, Antoine-Marie, les femmes pyrénéennes sont laides, sauf les parisiennes de Cauterets, tout le monde sait cela...

 

Mais à sa décharge, il faut dire que ce charmant jeune homme sûrement boutonneux, soignait une ophtalmie chronique qui devait troubler sa vision car si nous considérons les propos de son ancêtre Henri IV, qui ne se gênait pas de les trousser, les trouvant ravissantes et bien pourvues en courbes appétissantes....

 

Il passait d'une station à l'autre dans l'espoir que les eaux le guériraient rapidement. La société provinciale ne lui plaisait évidemment pas, mais il ne rencontrait que la clientèle aisée.

 

le parc des Quinconces devant les thermes à Luchon

le parc des Quinconces devant les thermes à Luchon

Ne croyez pas que ces réactions sont le propre d'une époque, oh que non ! J'ai entendu ce même genre de propos lorsque je travaillais l'été, durant mes études (hiver et été 1970 ; été 1974) dans les hôtels de Luchon - travail que j'ai détesté mais détesté à un point tel que personne ne peut imaginer !à cause de la prétention des gens, de la bêtise, du mépris même pas caché et on finit par leur donner raison, malheureusement,  tellement ces gens savent rabaisser - et aux thermes de Barbazan où j'ai travaillé durant les saisons de 1972 et 1973... et à la Maison de Repos de Sainte-Marie... tout comme à Saint-Bertrand .... Combien de fois dans les conversations écoutées au hasard....

 

Anecdote à Barbazan :

 

Tenez-vous bien, une jeune femme curiste m'a déclaré après avoir dévisagé les personnes déambulant dans le parc et surtout les deux filles d'une employée qui venaient voir leur mère, avec un sourire carnassier : "Il faut bien remarquer qu'il n'y a que moi de jolie ici, mon Dieu que les gens sont laids dans ce pays ! Au moins vous, vous le reconnaissez non ? A part moi, il n'y a pas de jolies femmes ici..."... J'étais tellement ahurie que sur le moment j'en ai eu le sifflet coupé... Et puis, j'ai désigné les deux sœurs et je lui ai répondu, très gentiment : "Vous n'avez pas bien compté, vous êtes trois...".

Le regard ! Si ses yeux avaient été des fusils, je serais morte sur le coup... Elle m'a tourné le dos et je ne l'ai plus revue...

 

Louis-Napoléon Bonaparte...

 

Quelques années plus tard, ce prince impérial, fils de Napoléon III, séjourna aussi à Luchon et se déclara enchanté  !

Comme nous l'avons vu dans un autre article, il y avait un relais de poste et de chevaux tous les 12 à 15 km et ce prince voulait à tout prix que ce soit pour son arrivée comme pour son départ, arrêter son attelage à Bertren au relais Sécail. Il avait sa chambre attitrée donnant sur la route et sur le porche d'entrée. Il était reçu avec les honneurs et ne dédaignait pas de faire un brin de conversation avec le petit peuple des champs. (4)

 

Louis Eugène Napoléon

Louis Eugène Napoléon

Cet afflux de curistes apporta un certain enrichissement, surtout au niveau des familles entreprenantes (5) : commerçants, hôteliers et aubergistes. Les particuliers ne recevaient que le prix du loyer de leur logement, modeste et simple.

 

A partir de 1850, toutes les vallées pyrénéennes bougèrent, s'éveillèrent à des relations extérieures, cherchant le contact avec l'étranger, qui n'était plus considéré comme un accaparateur mais plutôt comme un pourvoyeur d'une certaine forme de richesse.

 

Barbazan et sa région n'y échappèrent pas et Descaillaux vit immédiatement le profit qu'il pouvait tirer de l'exploitation des eaux. En se fondant sur l'intérêt que les médecins leur avaient porté depuis deux siècles, il pouvait sans crainte entreprendre.

 

Jackie Mansas

16 juin2017 

 

1-  annales de la Fédération Pyrénéenne d'Economie Montagnarde R. Diguinal - 1935

2 - J-F Soulet "Bigorre et Quatre-Vallées -1981

3 - Cours des Quinconces face aux Thermes

4 - Madame Marie Mondon née Billère à Bertren à la fin du 19ème siècle et qui avait épousé l'héritier des Sécail propriétaire du relais

5 - J-F Soulet

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