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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Le thermalisme en Barousse à Ferrère : les Chalets Saint-Nérée.

Publié par Jackie Mansas sur 7 Juin 2017, 14:15pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Ferrère : les Chalets Saint-Nérée avant 1920
Ferrère : les Chalets Saint-Nérée avant 1920

Ferrère : les Chalets Saint-Nérée avant 1920

A l'extrémité de la vallée de Barousse, là où les montagnes sont dressées fièrement les unes contre les autres, imposantes et sauvages, après la dernière agglomération, Ferrère, se nichait dans une petite dépression la troisième station thermale de Barousse, les Chalets Saint-Nérée. Elle avait été créée en 1848, croit-on, par Nérée Boubée, dans cet endroit où jaillissaient une eau soufrée connue pour ses vertus depuis la nuit des temps à 780 mètres d'altitude.

 

Description de cette image, également commentée ci-après

Nérée Boubée

Après quelques années de stagnation, vers 1920, un ariégeois la reprit et elle connut un regain de popularité. En 1929, des charentais venus soigner leurs rhumatismes trouvèrent le lieu enchanteur et décidèrent de l'acheter. Ils le modernisèrent en y adjoignant un court de tennis, un jeu de boules, un jeu de croquet, une salle de billard et de bal. L'établissement proprement dit construit près de la source contenait douze cabinets de bains, une douche pour les femmes et une pour les hommes. L'eau était chauffée pour les baignoires et au premier étage des chambres avaient été aménagées. L'hôtel avait été bâti au fond du pré contre la pente et près de la route de Ferrère à Crouhens, se trouvait la ferme. Tous les terrains aujourd'hui boisés étaient cultivés autour de la propriété.

 

L'entreprise était essentiellement familiale : la propriétaire cuisinait, ses filles se répartissaient les tâches domestiques : une servait à table, une autre donnait les bains et la troisième recevait les clients. Ils employaient seulement un plongeur, une personne à tout faire et une laveuse. L'entreprise qui avait bien démarré en 1931 disparut avant la guerre de 1939 après une faillite retentissante.

 

Ce n'était pas le manque de clientèle qui lui fit fermer ses portes mais les dépenses exorbitantes que nécessitait une cuisine de tout premier ordre, réputée en haut lieu et surtout les prix de journées extrêmement modiques. Pourtant les curistes et les touristes qui venaient passer quelques jours appartenaient tous au milieu bourgeois. Des sénateurs dont le futur président de la République Paul Doumer, montaient en compagnie de Berger de Barbazan, de restaurateurs, de pharmaciens et médecins de Montréjeau, pêcher la truite.

 

Y séjournèrent aussi un gouverneur de l'Afrique Occidentale Française, monsieur Brévier,  Madame et Monsieur Vincent Auriol, entre autres, des banquiers, des présidents de société et d'éminents professeurs en médecine. Il y eut jusqu'à 100 personnes par mois en juin, juillet et août.

 

On y soignait les rhumatismes, l'obésité et les maladies du système nerveux.

 

La légende s'est emparé de ce lieu idyllique. La voici :

 

"Saint-Nérée avait ouï-dire que l'eau de cette source s'échappant du Montlas était excellente pour les rhumatismes. Il vint en ces lieux, but et se baigna et se trouva soulagé. Cette guérison fut immédiatement connue de toute la région, mais les gens de Ferrère jaloux des bienfaits dispensés par leur eau décidèrent de le tuer. Armés d'arc et de flèches, ils se portèrent à sa rencontre, l'encerclèrent dans la clairière et au moment où ils tiraient, un vol de colombes l'entoura et le sauva. Devant un tel prodige, les habitants se repentirent et lorsque le saint mourut, ils enterrèrent son corps dans le parc de la propriété". (1)

Mais qui était Nérée ?

 

Remontons au temps des Grecs Anciens :

 

Nérée était un dieu marin primitif appelé "le vieillard de la mer". Il était le fils de Pontos (la mer) et de Gaïa (la terre). Il épousa l'Océanide Doris et fut le père des 50 Néréides. On peut le rencontrer - peut-être - si on assez d'imagination, dans la Mer Egée. (2)

 

Au temps des Romains persécuteurs de chrétiens :

 

"Saints Nérée et Achillée, Domitille et Pancrace

 
La météo traditionnelle nomme ces saints les "saints de glace".
 
A vous de voir si le 12 mai marque une baisse sensible de température ! Nous fêtons en tous cas les saints Nérée, Achille (ou Aquilée) et Pancrace, auxquels s'ajoutent en certaines régions les saints Gervais et Boniface. Ces divers saints sont placés sous l'auréole conférée par la tradition rurale multi-séculaire, mais qui étaient-ils ?
 
Nérée et Achille étaient deux frères, soldats de l'armée impériale à Rome. Selon l'inscription laissée par le Pape Damase en 384, ils n'étaient pas encore chrétiens quand éclate la persécution de Dioclétien en 304. C'est en martyrisant eux-mêmes des chrétiens que, gagnés par leur héroïsme, ils se seraient convertis à la foi au Christ. Leurs tombes ont été retrouvées en la catacombe de Domitille, sur la voie Ardéatine à Rome. Le bas-relief les présente mains liées derrière le dos et décapités par le bourreau.
 
 
Achille signifie en grec "qui a de belles lèvres".
 
Nérée vient du grec Nêreus, l'un des plus anciens dieux de la mer.
 
 
Saint Pancrace était aussi un jeune chrétien qui souffrit le martyre à Rome pour sa foi au Christ en 304, donc à la même époque que Nérée et Achille ; il n'avait que quatorze ans. Il était originaire de Phrygie en Asie mineure. Orphelin, il est recueilli par son oncle Denis. Il le suit à Rome où tous deux deviennent chrétiens. A la mort de son oncle, le jeune Pancrace distribue aux pauvres tous les biens reçus en héritage. Un tel geste attire l'attention sur lui. Arrêté lors de la persécution de Dioclétien, il proclame son identité chrétienne et son bonheur d'appartenir au Christ. Il sera décapité sur la voie Aurélienne. Ce jeune martyr est demeuré très populaire parmi la jeunesse romaine.
 
Pancrace signifie en grec "tout" (pan) et "chair" (kreas)" (3).
 
 
 
Alors, il faut se poser la question : que serait-il venu faire à Ferrère ?  En plus, si à son jeune âge, il avait déjà des rhumatismes.... Le pauvre....
 
 
 
Qui était donc le Nérée qui aurait bu à la source et aurait été guéri ? On ne saura jamais mais il est plus que probable que cette belle légende a été inventée par le professeur Simon Suzanne Nérée Boubée, naturaliste, entomologiste et géologue, né à Toulouse et savant reconnu, car le site était beau et propice aux rêves les plus fous... et puis comme il voulait lancer un commerce thermal au fond de cette coume perdue au milieu de hautes montagnes sombres... Il était obligatoire, pour attirer les curistes et les randonneurs, d'inventer, à partir de son troisième prénom à lui, une belle histoire que le chaland lambda allait gober sans réfléchir au fait que la venue d'un saint du 4ème siècle dans ces lieux hostiles, froids et humides, était impossible même à imaginer....
 
Mais il a réussi son pari : il avait le sens du marketing management de notre siècle ! Un précurseur Nérée Boubée ?
 
Comme quoi....
 
 
Jackie Mansas
 
7 juin 2017
 
 
Vue générale de Ferrère ancien

Vue générale de Ferrère ancien

Photo :

Buste de Nérée Boubée (1806-1862) au cimetière de Bagnères de Luchon :

Par Père Igor — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=39653603

Sources.

1 - légende racontée par ma mère, Joséphine Mansas née Cinotti et par Albert Angiolini dit Bébert de Mauléon. Mais le récit des Chalets a été fait par ma mère Joséphine qui y a travaillé durant plusieurs années avec ma grand-mère jusqu'à sa fermeture.

2 - Wikipédia

3-http://www.lejourduseigneur.com/Web-TV/Saints/Neree-Achille-et-Pancrace Rédacteur : Frère Bernard Pineau, OP"

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