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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Destins de femmes en Pyrénées : les filles et le mariage .....1

Publié par Jackie Mansas sur 19 Juin 2017, 09:12am

Catégories : #Les femmes des Pyrénées autrefois

Mes grands-parents français de Bertren en Barousse
Mes grands-parents français de Bertren en Barousse
Mes grands-parents français de Bertren en Barousse

Mes grands-parents français de Bertren en Barousse

 

Les filles et le mariage, c'était une affaire d'Etat : ne pas le faire c'était encourir l'opprobre générale, être coupable de tares cachées etc... Pourtant, certaines auraient tout fait pour y échapper...

 

1949 : après le bal de la fête patronale de Ourde, le coup de foudre entre Consulte et Bertrand fait beaucoup parler....Deux camps se forment les contre et les pour, ces derniers étant la majorité. Les contre ? 

On devine qui ils étaient vu que la jeune femme était espagnole...

 

 

Dans ma famille, tout le monde est content même mémé ! Pourtant avec son caractère autoritaire, elle pourrait trouver à redire vu que Consulte a un petit garçon que tout le monde, toutefois, aime au village.  Mais non, elle est contente, la jeune femme est honnête, aimable, jolie, propre, réservée, travailleuse et ne fait pas parler d'elle, tout va bien... Elle se moque éperdument qu'elle ne soit pas française, elle le sera bien un jour...

 

 

Mémé, je pense n'a jamais aimé qui que ce soit en dehors de sa famille, enfin d'une partie de sa famille. Elle n'a fait cadeau de quoi que ce soit à personne. Même ses deux petites-filles préférées n'ont jamais rien reçu mais au moins l'une d'entre elles avait réussi l'exploit de réparer l'erreur : lorsqu'elle venait la voir, en catimini, elle fouillait les tiroirs et lui volait l'argent quelle trouvait !

 

 

Lorsque Georges (Giorgio en italien) arrivé de Venise en 1954 à l'âge de 9 ans et demi pour vivre désormais en France chez son oncle et sa tante Zabotto, m'a raconté que lorsqu'il était en train de labourer - oui à 9 ans au lieu d'aller à l'école - derrière sa maison, elle allait lui porter DEUX petits carrés d'une tablette de chocolat.... J'ai été ahurie un bon moment !

 

 

Mais il a ajouté que Madame Mondon et deux autres dames lui en offraient aussi mais de GRANDS... carrés.... Il est le seul à avoir reçu quelque chose d'elle, c'est à inscrire dans le livre des records.... 

 

 

C'est paradoxal : elle qui n'appréciait personne, a aimé, je dis bien aimé, les deux garçons étrangers qui sont arrivés un beau jour de leurs pays d'origine : Georges Buzato en février 1954, né en 1943 dans un petit village près de Venise et Noël Péguera, en mai 1958, né  en 1946 dans le petit village d'Aneto en Aragon. Donc, j'en déduis qu'elle avait malgré tout un cœur.

 

Comme vous pouvez le constater, ils étaient étrangers....

 

Ensuite, en 1957, il y a eu mon frère, sans doute, sans doute, après Bertrand, le plus grand et le seul amour de sa vie....

 

 

 

Donc, ce jour d'octobre 1949

 

 

 

Mais ce que maman ne comprenait pas, c'était l'attitude de sa belle-mère, de sa fille et de son dernier fils envers mon père : ils l'avaient toujours exploité, lui prenant tout l'argent qu'il gagnait, il travaillait à la ferme, chez Labardens, rendait service à tout le monde, était aimé de tout le village, même tenez-vous bien, des vieilles ganaches, avait des copains partout, mais était rejeté par sa famille, ce que tout le monde critiquait.

 

 

Vu que mon père ne racontait rien, elle décida de savoir ce qui avait pu se passer dans cette maison et qu’on lui cachait soigneusement. Maman n'était absolument pas curieuse mais alors pas du tout : elle ne m'a jamais reproché de l'être parce que je n'ai jamais rien fait de mal, ça m'amuse c'est tout. Ce qu'elle n'aimait pas, et qu'est-ce que j'ai pris ! c'était ma façon un tantinet moqueuse de plaisanter.  Mais bon, comme je me moque de moi-même la plupart du temps, je n'ai pas de remords....

 

 

Elle savait très bien pourtant que mon soi-disant "mauvais esprit" n'était pas méchant, j'adore envoyer des vannes et j'essaie de ne jamais faire de peine. Cependant, ce n'est pas toujours le cas mais il faut prendre mon "humour" pour ce qu'il est, c'est rigolo c'est tout, pas autre chose... J'ai ri le jour où Mademoiselle Françoise Parant de la Maison de Repos de Sainte-Marie "m'expliqua" ma personnalité qui lui plaisait...(1). J'ai fait le poisson, vous vous en doutez... Elle m'encourageait à "rester moi-même"... à la fin de sa vie, grabataire dans sa chambre.... nuançons le propos tout de même !

 

 

 

Récit de la conversation avec Joséphine Castex.

 

 

 

Ce jour d’octobre 1949 était chaud et ensoleillé. En fin de matinée, maman était allée avec moi qui n‘avait pas du tout rechigné à marcher dans la montagne, ramasser quelques beaux cèpes et trémoulets. Elle en cuisinerait deux pour moi et elle et mettrait les autres à conserver dans des pots remplis d’huile en prévision du retour de son mari et des fêtes de l’hiver.

 

 

Sur le coup de 3 heures et demi, elle entra dans le bistrot vide à cette heure. Joséphine vint vers elle le sourire aux lèvres, me prit dans ses bras et m’embrassa. Puis elle lui demanda ce qu’elle désirait. La jeune femme inspira profondément et se décida à parler sans détours :

 

 

- Voilà, madame Castex, j’aurais quelque chose à vous demander. Mais si vous ne voulez pas me répondre, je ne vous en tiendrai pas rigueur. Je sais bien que ce n’est pas facile.

- Allez-y Marcelle, je vous écoute.

- Je voudrais que vous me racontiez ce qui s’est passé chez Mansas. Simon ne dit rien, j’ai bien compris qu’il était malheureux mais qu’a-t’il fait pour que personne ne l’aime chez lui ? Il leur a tout donné, il travaille comme un forçat et tous le rejettent ! Que s’est-il donc passé de si grave ? Qu'est-ce que sa mère lui a fait car je crois que tout le mal vient d'elle !

 

 

Joséphine s’assombrit comme si elle était cassée de tristesse. Elle s’assit sur un tabouret du bar, m'installa sur ses genoux et désigna une chaise à maman.

 

 

- Bien sûr, je vais vous raconter tout ce que je sais. Il y a longtemps que j’attends que vous vous décidiez à me poser des questions.

Votre belle-famille a toujours été importante dans la communauté. Depuis très, très longtemps, elle fait partie de celles qui comptent. Votre beau-père était un grand bonhomme, d’une honnêteté et d’une intégrité sans faille. Personne n’a jamais pu le détourner de la ligne qu’il s’était fixée. Une intelligence énorme, une sacrée personnalité et un caractère tout de même assez autoritaire. Son père, Jean, que j’ai connu - quand il est mort en 1911, j’avais 22 ans - était gentil, gai, c’était un joyeux luron qui aimait faire la fête.

 

 

Son mari entra dans la salle et lui demanda de lui passer la clé de la cave à vin qui était posée sur le comptoir, près de la balance. Elle obtempéra et lorsqu’il eut disparu dans les tréfonds de la maison, elle reprit comme si elle n’avait pas été interrompue :

 

 

- Seulement il y avait un problème dans cette famille : les hommes n’étaient jamais pressés de se marier ! Jean a épousé Louise à 40 ans et Jean-Marie se décida à 36 ans à prendre femme. Sa sœur, Baptistine, avait fait de même : née en 1862 comme ma mère, elle ne s’est mariée qu’en 1895, elle avait donc 33 ans ! C’est bien tard pour avoir des enfants ! Dans cette famille, on se marie âgé. Le frère aîné de Simon, Jean-Baptiste, a dérogé à la règle en convolant en 1926 à 24 ans ! Nous en fûmes étonnés. Sur le moment nous avons pensé qu’ils avaient fait Pâques avant les Rameaux mais non, leur fille n’est née qu’en 1931 ! A moins qu’elle était enceinte et qu’elle ait fait une fausse-couche, mais nous n’avons rien su.

 

Regardez Simon : il a eu des prétendantes mais il a attendu de tomber sur une femme qui lui plaisait sans se rendre compte que se marier à 41 ans, c’était un peu risqué pour avoir des enfants ; Marie-Louise avait 30 ans en 1939 ! Et Bertrand tombe amoureux à 27 ans ? Un record chez eux !

 

 

Elle se tut un bref instant et Marcelle en profita :

 

 

- Mais pourquoi attendent-ils autant ? Si comme vous le dites, il s’agissait d’une famille considérée, ils avaient tous les moyens de trouver chaussures à leurs pieds facilement, non ?

 

 

Joséphine ne répondit pas directement à la question, elle ne voulait pas perdre le fil de son récit :

 

 

- Votre beau-père, Jean-Marie, sur le marché de Montréjeau en fin 1898, se lia d’amitié avec un cultivateur du petit village de Ourde qui cherchait à marier dans une maison aisée, une de ses sœurs. Il avait réussi à en caser deux dans un couvent sans trop de résistance et il lui en restait deux autres sur les bras. Félicie avait 23 ans, était belle mais dotée d’un très fort caractère. Il avait du mal à la convaincre de quitter la maison, elle n’avait pas voulu du couvent, elle ne voulait pas de mari mais elle ne pouvait pas rester plus longtemps à la ferme, il n’y avait pas assez de revenus. Ses trois frères étaient entrés : un dans un monastère, un autre dans l’administration des Eaux et Forêts et le dernier, dans l’armée. Cet homme vantait la marchandise… Jean-Marie se laissa tenter.

 

 

Marcelle l’écoutait attentivement un peu choquée tout de même : une femme était donc pour certains une « marchandise » ? « Mais quelles mœurs ! » pensa-t-elle.

 

 

Joséphine sur un ton un peu revêche continua :

 

 

- Il n’était pas contre le fait d’épouser cette jeune femme et demanda à la rencontrer. Durant quelques semaines, en 1899 et 1900, il monta à pieds, le soir après le travail et le repas, jusqu’à Ourde : 18 kms aller et autant retour, pour faire connaissance. Il fut très mal reçu car elle refusait sa présence. Il ne lui plaisait pas. Aucun homme ne lui plaisait : elle ne voulait pas se marier tout simplement, pourtant elle savait bien qu’il fallait y passer. C’était comme ça et pas autrement. Moi, j’ai eu une chance inouïe, j’ai pu me marier par amour les deux fois ! Mes parents ne m’ont rien dit, ils ont accepté mes décisions. Mais les autres femmes…

 

 

Marcelle la sentait remontée à cause de l’injustice qui était faite aux femmes dans ces "bonnes familles". On les considérait comme des biens que l’on pouvait vendre ou échanger et leurs révoltes n’étaient pas acceptées. Joséphine était féministe : une femme était un être vivant, libre de ses choix et de son destin, un point c’est tout !

 

 

Elle tendit l’oreille plus attentivement :

 

 

- Ils se sont mariés, ici, au village en 1901 car c’était la tradition, la fille se mariait dans le village de son futur.

- Et pourquoi donc ?

- Parce que le lendemain de la nuit de noce, elle devait prendre en mains une maison qu’elle ne connaissait pas et qui devenait sienne. Je vous laisse imaginer ce que devait être cette nuit entre des époux qui ne s’étaient vus que quelques fois le temps de faire connaissance.

Félicie a apporté en dot une paire de vaches de travail qui, à l'époque, coûtait une fortune : Jean-Marie avait bien négocié l’affaire et si le frère de Félicie voulait se débarrasser de l’encombrante personne, il fallait bien qu’ils acceptent. Demandez-lui de vous raconter et vous allez voir combien elle en a encore du ressentiment !

Jean-Marie n’a pas compris qu’on ne négocie pas une femme et un mariage comme on négocie du bétail, domaine dans lequel il réussissait très bien car il était âpre en affaires.  Il a gagné de nombreux prix dans les concours lors des comices agricoles et l'argent qui allait avec ensuite, avec la vente des produits. Félicie l’a haï dès le premier jour. Et cette haine devait se retourner contre ses enfants, enfin les enfants qu'elle aurait de lui, sur les autres non....

 

 

 

Elle s'interrompit un instant puis reprit plus tristement :

 

 

 

- Ne croyez pas qu'elle aimait son fils aîné, oh que non, pas du tout mais elle ne lui disait rien vu qu'il était l'héritier, elle avait tenu sa part  du contrat en le mettant au monde mais il ne fallait pas lui demander de l'aimer en plus... Oui, elle n'aimait pas ses deux premiers enfants parce qu'ils étaient ceux de son mari ! Indifférente envers l'aîné, méchante envers le cadet, c'est à lui qu'elle a fait payer ce mariage imposé contre une paire de vaches et de ce fait le renoncement de sa part d'héritage familial... Elle hait son frère, vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point !

Pourquoi croyez-vous que Jean-Baptiste est parti de la maison si vite ? Il n'en pouvait plus voilà tout.... Simon est trop gentil comme son grand-père, il ne sait pas se révolter et le coup qu'il a reçu sur la tête à 9 ans n'a évidemment pas arrangé les choses.... Ce qu'il a vécu est terrible, je peux vous l'assurer ! Avez-vous vu le gourdin à gros nœuds posé contre la cheminée ? Il était pour lui...

 

 

Marcelle n’en revenait pas : ils avaient échangé une femme contre une paire de vaches ? Cela représentait de l’argent ! Mais il aurait mieux valu que la famille de Félicie donne la valeur des animaux en argent pour la dot !  Elle aurait été moins humiliée. Et peut-être que le gourdin n'aurait jamais  vu le jour....

 

 

- Là, je comprends mémé, j’aurais été mortifiée moi aussi. Mais, moi, plutôt que d’accepter ce mariage à ces conditions et ensuite de le faire payer à mon fils, je serais partie travailler ailleurs ou j’aurais fait du colportage sur les routes. Tant d’autres l’ont fait !

 

 

- Je ne crois pas que Félicie soit de ce bois-là. Jamais elle ne serait partie, elle était trop attachée à sa mère qui était une gentille petite bonne femme.

 

 

- J’étais enfant quand je l’ai connue, c’est vrai qu’elle était d’une gentillesse et d’une générosité rares. Je me souviens d’elle car j’accompagnais ma mère acheter la laine des moutons chez eux pour la filer ensuite. Elle se tenait, toute habillée de noir avec sa drôle de coiffe sur la tête, contre la cheminée. Elle ranimait le feu dès qu’il s’étiolait. Un sourire magnifique éclairait son visage tout ridé.

 

 

Joséphine se rappelait cette femme qui était sortie loin de son village pour la première fois de sa vie lors du mariage de sa fille en février 1901. Elle était effectivement habillée de noir et portait la coiffe des montagnardes.

 

 

- Savez-vous que pour elle aussi, son mariage fut arrangé et obligé ?

- Comment cela ?

- Elle avait 23 ans et son mari 50 ! Vous vous rendez compte : ils ont mis une gamine dans le lit d’un vieil homme !

- Quand même Madame Castex, ne dites pas cela, à 50 ans, un homme est encore jeune ! Regardez au village, ils ne sont pas si mal que cela !

- Marcelle, vous me décevez, ce n’est pas comme cela qu’il faut raisonner. Je ne parle pas des cinquantenaires de 1949, je vous parle de ceux d’il y a cent ans ! Soyez sincère, est-ce que à 20 ans, vous auriez couché avec un homme aussi vieux ? Par exemple, est-ce que vous auriez couché avec mon mari  ?

 

 

Marcelle ne sut que répliquer. Bien sûr, elle répondit intérieurement à la question de Joséphine que non. Elle n’osa pas le dire tout haut mais Joséphine avait compris et lui asséna :

 

 

- Bien sûr que non ! Il est vieux, il est bon pour moi mais pas pour une jeunesse ! Et pourtant, mon mari est encore un bel homme. Voyez-vous Marcelle, il n’a jamais travaillé physiquement, il était clerc de notaire ! Ce n’était pas fatigant et usant. Donc il peut, encore, être bien de sa personne. Mais un cultivateur de la haute montagne en 1870 ! Soyez honnête et reconnaissez avec moi, que dormir avec un mari de cet âge en ces temps-là a dû être atroce. Moi je n'aurais pas pu !

 

 

- Oui, je crois bien que vous avez raison. Oui bien sûr, vu sous cet angle… Mais bon, dans le cas de Félicie ce n’était pas pareil, son futur n’avait que 14 ans de plus qu’elle.

 

 

- C’est vrai, Jean-Marie, en 1900, n’avait que 36 ans et portait beau. Félicie avait 22 ans, elle n’avait pas connu d’autres hommes, il était le premier, ce qui était étonnant car - et je peux vous le dire - ce n’était pas courant !

 

 

Marcelle ne comprit pas l’allusion et s’écria :

 

 

- Que voulez-vous dire ? Je ne vous suis pas !

 

- Mais Marcelle d’où vous sortez ? Ah je comprends, votre famille est étrangère et en Italie, les mœurs sont plus rigides qu’en France et chez vous la religion gouverne tout. Pas ici, je peux vous l’assurer ! A quel âge croyez-vous que nous toutes, je dis bien toutes, avons connu les garçons ? Certaines c’était à 14 ans d’autres vers 18 ans, jamais plus tard mais lorsqu’une fille arrivait au mariage, elle n’était plus vierge depuis longtemps !

- Mais il fallait être vierge pour la nuit de noces puisque le matin, les grands-mères vérifiaient le drap, non ?

- Bien sûr et c'était toujours bon, le drap était tâché...

- Mais comment cela pouvait-il se faire ?

 

 

Joséphine éclata de rire puis à voix basse, comme un secret, lui confia le grand mystère de la vierge déflorée la nuit de ses noces par son mari .....

 

 

- Je vous explique l'astuce : vous pensez-bien qu'il fallait à tout prix que l'inspection des grands-mères se passe bien sinon, la jeune mariée allait être courbée sous les reproches... Comme si les grands-mères n'avaient pas fait la même chose.... La jeune mariée partait de chez elle avec cachée sur elle, une petite fiole de sang de poulet ou de lapin, c'était selon ce que l'on avait mangé la veille du mariage ou bien si elle avait eu ses règles précédemment, elle en gardait un peu. Ses sœurs ou ses copines pouvaient également lui rendre ce service et comme dans la nuit, le mari était ailleurs que à côté de sa femme et pas du tout performant vu tout ce qu'il avait bu durant la journée, la jeune épousée était tranquille, elle dormait bien...

 

 

Un petit silence puis :

 

 

- Et le matin suivant, alors que l'autre ronflait toujours, elle tâchait le drap de dessous ..... et hop ! l'affaire était faite. Le gars penserait toute sa vie qu'il avait accompli le devoir conjugal et défloré sa belle et elle se marrerait bien en le regardant plastronner.... Si on voulait se marier, il fallait être vierge, mais comme l'amour, je parle du premier, de l'amourette adolescente, a touché le cœur de toutes les jeunes filles à un âge encore disons-le tendre, en faisant attention, on pouvait ne pas se gêner.

Mais vous savez, de tout temps et la plupart du temps, les femmes ont fait ce qu'elles ont voulu, ce sont elles qui mènent le monde tout en faisant croire le contraire aux matamores de pacotille... qui d'ailleurs n'ont aucune opinion d'autre que celle de leurs femmes. Il y a des fois lorsque je les entends parler - avec un "ma henna" tous les trois mots - j'ai envie de leur demander "et toi, tu penses quoi ? parce que ce que tu nous débites là, c'est ce que pense ta femme, pas toi..."(2)

 

 

- Comment cela, je ne vous comprends toujours pas ?

 

 

- Je veux dire que ce sont toujours les filles qui choisissent leurs maris sauf dans les familles traditionnelles... Tous les moyens sont bons pour conquérir l’élu de son cœur ! C’est d’ailleurs amusant ! C’est ce que j’ai fait pour avoir mon premier mari, Théodore, mort au front en 1915, deux ans après notre mariage. Il y avait pas mal de concurrentes sur les rangs car il descendait souvent de son village, Cazarilh, pour venir passer la soirée avec ses copains au bistrot et il avait été vite repéré !

- Il venait pour vous ?

- Sûrement. Mes parents organisaient des tournois de quilles, de pétanque et de belote. Et puis des bals, pour la Saint-Jean-L’Evangéliste le 21 décembre lors de la vòta patronale, pour les moissons, pour la Chandeleur, pour Pâques, pour la Pentecôte et le 15 août. (3)

 

 

La curiosité titillait la jeune femme :

 

 

- Et comment avez-vous fait ?

 

 

Joséphine prit un air rieur pour lui confier :

 

 

- Ma tante m’avait expliqué quelques petites choses sexuelles qui plaisaient aux garçons et le tour était joué. Et puis je me débrouillais pour que les filles les plus dangereuses soient tenues à l’écart lorsqu’il venait passer la soirée où danser le dimanche quand il y avait bal. Le café de mes parents avait très bonne réputation. Ma tante occupa les prétendantes le temps que Théodore fut convaincu que j’étais la meilleure et la femme de sa vie.

 

 

Les deux femmes rirent de bon cœur et je les imitais parce que c'est si bon de rire....même quand on est un bébé et que l'on ne comprend pas ce que racontent les adultes...

 

 

Jackie Mansas

19 juin 2017

 

 

1 - au moins il y avait quelqu'un...

2- ça n'a pas changé....

3 - les fêtes patronales de Bertren dont le saint patron est Jean l'Evangéliste - il a sa statue dans la niche derrière l'autel à la gauche du Christ en croix, Marie est à droite - étaient très courues : concours de belote, de quilles, de pétanque, représentations théâtrales et bal. Il y a très longtemps que tout cela n'existe plus mais à l'occasion, quelques personnes très âgées les racontent encore "on venait danser à Bertren, sous la grange du bistrot, c'était chouette, il y avait une de ces ambiances mais dans la journée, il y avait tant de choses aussi... Ils savaient l'organiser cette fête ! Ah ! notre jeunesse partie, tout ça ne se fait plus maintenant !"

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