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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


La fin des dinosaures .... 2017/ 2 Joséphine raconte .... Gaston Manent à Mauléon-Barousse

Publié par Jackie Mansas sur 26 Juin 2017, 23:49pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Joséphine raconte : "Gaston Manent fit planter des pommiers pour que les jeunes puissent apprendre le métier".
Joséphine raconte : "Gaston Manent fit planter des pommiers pour que les jeunes puissent apprendre le métier".

Joséphine raconte : "Gaston Manent fit planter des pommiers pour que les jeunes puissent apprendre le métier".

Les partis de gauche qui ont fortement marqué la France sont tous nés au début du 20ème siècle.

 

Le seul moteur qui les animait était l'amélioration de la société populaire en luttant contre les pouvoirs genre celui des "Maîtres de Forges".

Dans les Hautes-Pyrénées, trois élus d'importance nationale, sont nés en Barousse : Prosper Noguès, Gaston Manent, François Fortassin, tous ont œuvré au sein du parti radical.

Avant de partir les connaître au travers de leurs biographies officielles, écoutons Joséphine parler de Gaston Manent qu'elle a connu à Mauléon-Barousse alors qu'elle était une adolescente curieuse et désireuse de s'instruire :

 

"Gaston Manent a été élu Conseiller Général du canton de Mauléon-Barousse puis député des Hautes-Pyrénées dans les années 1925 mais j'étais trop jeune à l'époque pour m'en souvenir. Il est même entré dans un gouvernement au moment du Front Populaire. J'étais toute jeune, 19 ans, et je me souviens de son élection en 1935. Quelle fête à Mauléon, la Barousse radicale était montée pour le féliciter !

 

Il était un grand monsieur assez bel homme toujours habillé de noir, très élégant et soigné. Il a toujours porté la petite barbe et la moustache. Il était calme et posé. Lorsqu'il faisait sa campagne lors des élections, il parlait calmement - certains disaient qu'il récitait une leçon - ne se mettait jamais en colère et répondait à toutes les questions.

 

Les réunions se faisaient en français mais je suppose qu'il comprenait parfaitement le patois gascon. Lors de certaines réunions, lorsque les discours étaient terminés ainsi que les discussions, il dansait avec les autres le quadrille au son d'un phonographe. A chaque fois qu'il était élu, il offrait au maire de Mauléon et aux conseillers municipaux, un repas chez Arpajou. (1)

Les baroussais l'ont toujours appelé Gastounet, surnom qu'on lui avait donné lorsqu'il était enfant. Il se promenait dans le village lorsqu'il était là avec sa femme et en guise de bonjour, il lançait un petit signe de la main. Par contre, il a toujours été indifférent envers les immigrés italiens et espagnols. Il ne les saluait jamais ni même dit bonjour. Je crois qu'on ne l'intéressait pas parce que l'on n'avait pas le droit de vote.

 

Mais comme j'étais curieuse de ce qu'était la politique et que j'aimais entendre parler les hommes politiques parce qu'ils s'exprimaient à merveille et ils m'instruisaient, j'allais en compagnie de Mauricette de Noyès avec qui j'étais très amie, assister à toutes les réunions. On se mettait tout au fond de la salle dans un endroit où l'on ne pouvait pas vraiment être vues et on écoutait sans faire un geste, sans prononcer une parole afin que l'on ne nous fasse pas partir.... Nous étions des filles et sans doute les seules de la gent féminine à oser venir écouter ces messieurs si importants. Dans la salle il n'y avait que des hommes, c'était leur place, bien sûr. Et celle des femmes, à la maison...

 

Ma mère ne m'a jamais interdit d'y aller tout comme celle de Mauricette, elles pensaient sans doute que nous y avions droit.... Que c'était l'avenir...

 

Gastounet était radical-socialiste et s'étendait à loisirs sur ses idées. A l'époque du Front Populaire, les baroussais étaient mitigés envers les évènements qui se passaient en France. A mon avis, ils ne comprenaient pas très bien car tous les compte-rendu étaient faits en français et bon, la langue maternelle de tout le monde était le gascon qui se trouvait être également la langue officielle uniquement parlée dans les villages et sur les marchés. Alors, les subtilités du français dans les articles des journaux et lorsque les gens "importants" parlaient....

 

Mon frère Joseph qui n'avait pas encore la nationalité française - il ne la demanda qu'après la Libération et il l'obtint sans aucune difficulté car il avait travaillé pour la Résistance durant la guerre tout comme mon autre frère René, dans le même cas - et qui donc, n'avait pas le droit de voter ni d'assister aux réunions publiques, m'avait expliqué le mouvement auquel j'adhérais totalement. La vie était meilleure, on travaillait dur mais on gagnait plus. On a eu les congés payés et c'était bien.

 

Gaston Manent n'attaquait jamais les autres partis, il n'en disait jamais de mal. Il se moquait bien de ses adversaires et "faisait sa propagande" sans se préoccuper d'eux. Il déclinait son programme et ses idées, tout simplement.

 

Pourtant dans ce tableau, il faut ajouter qu'il était l'archétype de l'instituteur de la IIIème République assez imbu de sa personne et plutôt personnel.

 

Avant la guerre de 1935-1945, il avait fait acheter par la commune de Mauléon un grand terrain sur lequel il avait fait planter des pommiers afin que les jeunes du village apprennent la taille. Ils pourraient plus tard en faire leur métier ou tout au moins les tailler chez eux. Les jeunes y vinrent au début et puis s'en désintéressèrent. Les pommiers furent abandonnés mais les villageois allaient ramasser les pommes. Ma mère en faisait de la confiture, il n'y avait pas de pollution et sans produits dangereux, elles étaient belles et bonnes.

 

Voilà ce que je peux raconter de cet homme qui, je crois, était honnête et intelligent mais qui n'a jamais eu de rapports avec les immigrés.

Tout le monde l'aimait parce qu'il était un bon baroussais mais il n'a jamais amélioré la vie des pauvres." (2)

 

Biographies de ces trois élus baroussais :

 

En premier lieu, un petit aperçu de la population de Mauléon-Barousse, village de naissance de Prosper Noguès et Gaston Manent de 1836 à 1911 :

 

- 1836 : 421 hommes, 431 femmes, 852 habitants

 

- 1861 :  182 maisons, 198 ménages,  732 habitants dont 708 dans l'agglomération et 24 dans les lieux-dits habités.

 

- 1872 : 182 maisons, 200 ménages, 750 habitants dans les quartiers de :

             *  Sahorgue, 108 habitants

             *  Sourtaou, 133 habitants

             *  Pujo, 200 habitants

             *  Sartigues, 170 habitants

             *  Haussasèques, 109 habitants

 

- 1877 : 354 hommes, 357 femmes, 711 habitants décomptés comme suit 706 français et 5 étrangers.

              * Pujo : 27 maisons, 43 ménages, 154 individus

              * Sartigues : 37 maisons, 41 ménages, 154 individus

              * Sourtaou : 29 maisons, 35 ménages, 113 individus

              * Haussasèques : 36 maisons, 36 ménages, 133 individus

              * Sahorgue : 37 maisons, 40 ménages, 156 individus

 

- 1881 : 166 maisons, 178 ménages, 592 habitants

               * Sahorgue : 30 maisons, 33 ménages, 113 individus

               * Sourtaou : 32 maisons, 36 ménages, 128 individus

               * Pujo : 111 maisons, 41 ménages, 161 individus

               * Haussasèques : 27 maisons,  29 ménages, 110 individus

               * Sartigues : 36 maison, 39 ménages, 140 individus

 

- 1886 : 179 maisons, 194 ménages, 577 habitants.

 

Village :

             * Palouman : 15 maisons, 15 ménages, 42 individus, 42 français

             * Sahorgue : 34 maisons, 35 ménages, 101 individus, 97 français, 4 étrangers

             * Sourtaou : 16 maisons, 19 ménages, 50 individus, 50 français

             * Postes : 9 maisons, 14 ménages, 37 individus, 37 français

             * Peyremilla : 7  maisons, 7 ménages, 21 individus, 21 français

             * Pujo : 16 maisons, 17 ménages, 44 individus, 44 français

             * Pont de Pierre : 20 maisons, 22 ménages, 56 individus, 56 français

             * Sartigues : 29 maisons, 30 ménages, 96 individus, 56 français

            * Haussecèques : 29 maisons, 29 ménages, 95  individus, 95 français, 6 étrangers.

 

Hameaux :

            * Pradettes : 3 maisons, 4 ménages, 11 individus, 11 français

            * Laqueich : 1 maison, 1 ménage, 4 individus, 4 français

 

1911 : 143 maisons, 150 ménages, 473 habitants

 

          * Pont de Pierre : 9 maisons, 9 ménages, 34 individus, 34 français

          * Mairie : 6 maisons, 7 ménages, 30 individus, 29 français, 1 étranger

         * Palouman : 16 maisons, 16 ménages, 61 individus, 60 français, 1 étranger

          * Sahorgue : 31 maisons, 33 ménages, 120 individus, 119 français, 1 étranger

          * Sourtaou : 17 maisons, 17 ménages, 58 individus, 58 français

          * Haoussesèques : 13 maisons, 15 ménages, 52 individus, 46 français, 6 étrangers

          * Pujo : 14 maisons, 15 ménages, 42 individus, 42 français

          * Sartigue : 20 maisons, 21 ménages, 81 individus, 71 français, 10 étrangers

         * Couloumé : 4 maisons, 4 ménages, 13 individus, 12 français, 1 étranger

         * Peyremilha : 5 maisons, 5 ménages, 21 individus, 13 français, 8 étrangers

         * Pradette : 4 maisons, 4 ménages, 15 individus, 15 français

         * Sahoue : 3 maisons, 3 ménages, 10 individus, 10 français

         * Cristinie : 6 maisons, 7 ménages, 27 individus, 27 français

 

Population agglomérée : 148 maisons, 156 ménages, 564 individus, 536 français, 28 étrangers

Présents le jour du recensement : 473 ; absents : 21.

Naissances au cours des années (âges des recensés) :

- 1910 ou 1911 : 15

- 1891 à 1909 : 160 (âges de 1 à 19 ans)

- 1871 à 1890 : 162 (âges de 20 à 39 ans)

- 1851 à 1870 : 129 (âges de 40 à 59 ans)

- 1850 et avant : 90 (âges de 60 ans et plus)

 

On remarque une forte population en 1836 et une diminution constante ensuite surtout à partir de 1877 jusqu'en 1911. Les étrangers apparaissent au recensement de 1886, en majorité des italiens venus travailler comme charbonniers.

A peu près tous les métiers sont représentés. La tranche d'âge que l'on peut qualifier de jeune - enfants scolarisés + adolescents - est importante en 1911 : 160 individus, donc au moins deux écoles pour les plus jeunes.

Jeunes adultes : 162 individus, soit une population dynamique qui peut faire fructifier le réseau économique...En conclusion, une population jeune, entreprenante et capable de soutenir efficacement tout politique né dans le village.

 

Il est donc évident que pour des jeunes ambitieux nés dans cette petite ville animée car peuplée, ayant pu profiter de l'ascenseur social mis en place par la IIIème république avec l'accès aux Ecoles Normales en particulier, il était plus que normal qu'ils aient eu envie de se lancer en politique et d'y réussir car le soutien populaire était très fort.

 

Nous commencerons la prochaine fois par la biographie de Prosper Noguès.

 

Jackie Mansas

26 juin 2017

1 - les propriétaires à cette époque de l'Hôtel des Pyrénées à Mauléon.

2 - Gazette des Vallées n° 23 septembre/novembre 2001

Listes de recensement : Archives départementales des Hautes-Pyrénées.

 

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