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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Mauléon-Barousse dans les années 1920-1930

Publié par Jackie Mansas sur 4 Juin 2017, 12:13pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

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Vue de Ourde ancien. Au fond le vallon de Mauléon-Barousse au pied du Hourmigué.

 

Joséphine à Mauléon-Barousse.

 

Ma mère avouait toujours trouver un défaut aux saisons : l'hiver, il fait trop froid, le printemps est trop humide, l'été trop chaud et à l'automne, la sève qui descend "fatigue" les vieux et les malades qui risquaient de mourir.

 

Octobre et novembre lui rappelait un des moments les plus joyeux de son enfance : celui où son père donnait enfin le signal du retour vers le village et où enfin, elle pouvait se glisser dans un véritable lit. Mais elle était en même temps triste de quitter la montagne où il faisait si bon vivre. Elle se souvenait encore, alors que les ans s'étaient accumulés (1999-1916 = 83 ans), du Mauléon de son enfance qu'elle retrouvait intact en octobre alors qu'elle l'avait quitté au mois d'avril pour passer 6 mois dans une cabane en bois posée dans une clairière où coulait un torrent à la lisière des bois de hêtres immenses....

 

Et où elle, petite fille sûrement gâtée pourrie par les "mâles" de la famille : son père et ses trois frères aînés qui eux, comme ses deux sœurs dormaient dans des caisses en bois fabriquées par leur père, à leurs tailles, avec pour matelas des fougères séchées qui grattaient, grattaient et une seule couverture...

 

Elle, avec ses beaux cheveux auburn bouclés et ses grands yeux tantôt bleus, tantôt gris, tantôt verts qui regardaient avec une douceur infinie mais aussi une fermeté presque altière, et bien, elle avait le droit de s'allonger sur un drap afin que les "vilaines" fougères n'abîment pas sa peau de petite fille... Mais bien évidemment, ça grattait quand même.... Alors, pour elle, redescendre à Mauléon, comme pour toute la famille, c'était le bonheur....

 

On l'écoute raconter dans les Gazette des Vallées n° 11-12-13 1999 et 2000.

 

" Dans le quartier de Mauléon-Barousse qui longe l'ancienne route d'Esbareich, après le Pont de Pierre, un sabotier, Monsieur Saint-Germes, tenait son échoppe à côté de celle de son fils cordonnier. Ils avaient pour voisin Monsieur Luscan qui avait monté une centrale électrique dans son moulin. Je vous parle-là des années vingt. Il était très bricoleur et adorait la mécanique.

 

C'est chez lui que toute la Haute et Moyenne Barousse allait dépiquer le blé, l'orge, et presser les pommes qui portaient le joli nom de cousteras et qui donnaient un excellent cidre.Elles étaient grosses, joufflues et rouge.  Les chars et tombereaux chargés de sacs se succédaient durant plusieurs jours.

Un jour, il eut une idée de génie : il allait se servir de ses turbines pour fabriquer de l'électricité et la vendre aux mauléonnais.

 

Il installa un compteur dans chaque maison après avoir tiré lui-même les lignes électriques, les fils couraient partout dans les pièces mais ça fonctionnait. Jusqu'en 1930-1931, nous avons tous bénéficié du courant de Mr Luscan. Une fois par an, son épouse passait chez les abonnés pour relever les compteurs et se faire payer.

 

Personne ne rechignait. Bien sûr, les turbines ne produisaient pas trop de courant, nous étions moins éclairés qu'aujourd'hui mais c'était quand même mieux que de vivre à la lueur des lampes à pétrole. Je ne me souviens pas vraiment de la période des lampes mais tout le monde disait que le courant électrique était plus agréable.

 

D'accord, les installations étaient du bricolage mais sans danger. Nous étions entrés dans le monde moderne sans heurt et avec émerveillement. Il est vrai qu'à cette époque un rien nouveau nous "émerveillait", on avait l'impression de vivre autre chose.

 

Dans le quartier de Sartigues, il y avait une très bonne couturière, Madame Moizan. Elle habillait uniquement les dames qui choisissaient leurs toilettes d'après les modèles des catalogues qu'elle leur présentait. Ces dames de toutes conditions, achetaient le tissu lors de la Grande Foire qui avait lieu le dernier samedi du mois aux marchands de Loures, de Montréjeau et de Saint-Gaudens qui venaient installer leurs stands sur la place de Palouman et dans la grande rue.

 

C'était toute une organisation : il y avait une sacrée animation ce jour-là dans Mauléon et un monde fou. Toute la Barousse et les habitants des alentours y montaient. On n'entendait que très peu parler français, c'était le "patois" qui résonnait partout et c'était bien.

Les élus du canton et même du département passaient de stands en stands, parlaient avec tout le monde et à midi allaient dîner au restaurant des Pyrénées. Le banquet que l'on appelait "républicain" était offert par la municipalité et le Conseiller Général.

 

Madame Moizan avait un aspect très sévère, elle ne riait que très rarement et avec qui cela lui plaisait.

 

A côté du Monument aux Morts, entre la petite rue et la chapelle Saint-Blaise, une toute petite dame dont malheureusement, j'ai oublié le nom et avec qui j'étais très amie, vendait des fruits, des légumes et des friandises qu'elle allait acheter tous les lundis matin au marché de Montréjeau. Ma mère me donnait trois sous pour acheter une pipe au caramel que je mangeais à côté d'elle. Je l'écoutais me raconter des histoires sur sa vie, sur les gens, sur les coutumes.

 

J'ai été peinée lorsqu'elle est tombée malade car elle est partie vivre à l'Hôpital Saint-Frai tenu par les sœurs de l'ordre créé par Marie Saint-Frai "les Filles de Notre Dame des Douleurs" que, nous, nous appelions "les Petites Sœurs des Pauvres". Je me souviens toujours des religieuses qui venaient quêter tous les ans, au mois de novembre dans toute la Barousse".

 

Nous sommes en juin 2017 mais en suivant les récits de Joséphine, j'ai trouvé dans le numéro 12 de novembre-décembre 1999 et dans celui de janvier-février 2000, les récits suivants. Elle raconte la venue chaque automne des religieuses de l'ordre fondé par Marie Saint-Frai "Les Filles de Notre-Dame des Douleurs" que tout le monde appelaient "Les Petites Sœurs des Pauvres", quêter pour les pauvres qu'elles accueillaient dans leurs hospices afin qu'ils puissent finir leurs vies dignement.

 

Je trouve que c'est quand même d'actualité car la pauvreté et la souffrance de l'exclusion ne disparaissent pas d'un coup de baguette magique avec le retour de l'été.... !

 

"Les Petites Sœurs des Pauvres venaient donc quêter tous les ans en Barousse au mois de novembre. Elles ne voulaient pas d'argent, seulement des céréales, des fruits et autres denrées qui servaient à nourrir tous les pauvres et les personnes âgées vivant à l'Hôpital Saint-Frai à Tarbes. Sœur Radegonde est passée durant vingt-cinq ans toujours accompagnée d'une jeune religieuse, jamais la même. (1) 

 

Voici comment elles procédaient :

 

dans chaque village, une famille déléguée par la paroisse les recevait et les hommes les accompagnaient dans leur collecte de maison en maison, pour récolter la marchandise qui était chargée dans des tombereaux et certaines bonnes années, dans des chars pour les descendre ensuite jusqu'à la scierie de Gustavo Arcangéli où se trouvait le dépôt pour la Haute Vallée, Bramevaque et Troubat. A Mauléon, elles logeaient chez Madame Barrès notre voisine mais qui était également notre propriétaire car nous habitions la maison qui se trouvait après son commerce dans la rue de la Carrère.

 

De ce fait, comme à partir de 1927, je n'allais plus à l'école (à cause de l'attitude de l'institutrice), ma mère me "prêtait" aux religieuses pour mener la brouette de maison en maison et ce sur tout le territoire de la commune pour apporter les dons jusqu'à la scierie qui se trouvait dans le quartier de la Cristinie.

 

Je ne connais pas tous les noms des familles déléguées mais je me souviens que à Ourde c'était chez Bourrut et dans la village de mon mari, c'était justement chez ses parents qu'elles descendaient.... (2) Nous étions très jeunes tous les deux et nous faisions la même chose sans savoir qu'un jour, nous nous rencontrerions.

( En novembre 1927, maman avait 11 ans et papa 22...).

 

Lorsque tout avait été récolté, Monsieur Arcangéli mettait à leur disposition  trois chauffeurs, mes frères Joseph et Guido et Angelo Bracali. Ils chargeaient les camions et ils portaient le tout à la gare de Loures-Barousse. Parfois, il fallait faire deux voyages car les baroussais étaient généreux : dès la fin octobre, ils mettaient de côté ce qu'ils allaient donner....

 

C'était la fête lorsqu'on les voyait arriver. Chacun avait besoin de donner à plus pauvre que lui. Sœur Radegonde apportait avec elle du tabac gris et du papier Job pour que les hommes qui l'aidaient puissent rouler leurs cigarettes.

 

Je me souviens qu'une année, elles avaient eu beaucoup de malades et de personnes âgées à soigner et elles étaient arrivées en retard, au début décembre. Il y avait à peu près 80 centimètres de neige (c'était évidemment avant 1930) et nous venions de commencer la tournée dans Mauléon. Sœur Radegonde  recevait le fruit de la quête et sa compagne et moi, nous transportions la marchandise. On portait les sacs de pommes de terre avec la brouette et il n'était pas facile d'avancer. Nous tombions souvent mais nous essayions de ne pas renverser les sacs. C'était très lourd et très fatigant mais comme elle n'avait que peu d'années de plus que moi, nous éclations de rire à chaque chute. Nos galoches se remplissaient de neige, il fallait les enlever, les remettre et recommencer un peu plus loin. Imaginez le travail lorsque nous étions loin de l'usine !

 

Un de ces jours-là, en redescendant de Sartigues et en prenant le chemin de la fontaine, la jeune religieuse a glissé sur une plaque de verglas, le vent froid a rabattu sa robe par dessus sa tête. Par chance, je n'étais pas tombée et je me suis précipitée pour l'aider à se relever. J'ai remarqué pudiquement qu'elle portait de très jolis panties et jarretelles tout brodé de dentelles. A côté, mes grosses chaussettes retenues par un élastique faisaient minables.  Mais ne croyez pas que j'ai été jalouse, oh que non ! au contraire, j'ai trouvé cette lingerie ravissante car c'était la première fois que j'en voyais. Il n'y en avait pas dans les magasins de Mauléon et j'étais encore une gamine.

 

C'est pour cela qu'ensuite, toute ma vie, j'ai aimé les jolis "dessous" comme on disait à l'époque. La religieuse était gênée qu'elle avait été vue dans cette situation, elle s'est excusée auprès du Bon Dieu de ne pas avoir été à la hauteur de sa tâche. Je ne comprenais pas pourquoi elle était si désolée, chuter comme cela pouvait arriver à tout le monde ! Pour moi, ce n'était pas catastrophique. J'ai raconté l'aventure à ma mère qui était très croyante et très respectueuse des autres. Elle m'expliqua que les religieuses étaient mariées avec le Bon Dieu, elles devaient donc faire comme toutes les autres femmes : respecter leur mari et de ce fait ne pas s'exhiber.

 

Il est vrai que l'on était tous exagérément pudiques à cette époque, mais cela avait de bons côtés car à ce niveau, il y avait moins de problèmes relationnels entre les gens ! Tout le monde, à quelques exceptions près, se moquait de comment les autres étaient faits et on était plus tranquilles ! Mais voyez-vous, depuis ce jour, je ne ris pas lorsque quelqu'un tombe parce que je repense à la peine de la jeune religieuse."

 

Photos ci-après des premiers camions achetés par Gustavo Arcangéli et ses trois chauffeurs : Angélo Bracali, Joseph et Guido Cinotti.

 

Mon oncle Joseph à gauche et Angélo Bracali.

Mon oncle Joseph à gauche et Angélo Bracali.

Mon oncle Guido au volant et son jeune collègue Ottavio qui repartit au bout de quelques mois en Italie.

Mon oncle Guido au volant et son jeune collègue Ottavio qui repartit au bout de quelques mois en Italie.

 

La quête terminée, les religieuses s'en vont....

 

Elles repartaient aussitôt la collecte terminée. Les chauffeurs venaient les chercher sur la place de Palouman et sœur Radegonde montait avec mon frère Joseph. Pour elle, s'installer dans la cabine du camion était une véritable aventure car il fallait d'abord faire passer la cornette.

 

C'était toute une affaire, elle ne pouvait pas entrer en un seul mouvement : en premier, la coiffe, précautionneusement, puis le haut du corps, tandis qu'elle relevait la tête à l'intérieur, un petit mouvement tournant, un coup de reins et le corps, qu'elle avait fort mince, entrait.

Ensuite il s'agissait de positionner les jambes et ce n'était pas facile car la cornette coinçait au plafond. Après beaucoup de contorsions et beaucoup de taquineries de la part de mon frère, elle était enfin assise. Il la taquinait  mais elle lui répondait avec humour et gentillesse.

 

Je me souviens de son incroyable minceur, de son teint mat, de ses yeux noirs brillant de bonté et de son sourire éclatant comme si tout le bonheur du monde était en elle. Elle était une religieuse comme on les aime : bonne, douce, rieuse, profondément gentille.... (3) 

 

Dans la Basse-Barousse où elles venaient plus tard, je crois, elles prenaient le train. A Bertren, c'était Simon  qui devait devenir mon mari quelques 15 ans plus tard, qui les accompagnait partout dans le village et ne les quittait pas d'une semelle, totalement dévoué... (2) ; il allait les chercher à la halte de Galié et ils rentraient jusqu'à sa maison à pieds, lui portant leur sac de rechange et toilette. A la fin de la quête, il transportait tous les dons avec son char jusqu'à la gare de Loures. Il était accompagné du jeune Conrado, né en 1919, arrivé d'Espagne avec toute sa famille en 1927...  Simon m'a raconté qu'elle le taquinait parce qu'il avait très bon appétit. Il était heureux de se souvenir d'elle comme tous ceux qui l'ont connue.

 

Mais tout a une fin et elles ne sont plus passées dès que l'Etat leur a versé les subventions nécessaires au bon fonctionnement de leur établissement. Je pense qu'elles ont quêté jusqu'aux années 50. En fait jusqu'en 1957...

 

C'était formidable en Barousse mais ce devait être pareil partout : croyants ou non-croyants, tout le monde donnait le plus possible parce que ces dons étaient pour les pauvres et uniquement pour eux. Quand j'étais jeune, il était normal de donner même si l'on n'avait pas beaucoup parce que celui qui souffrait était encore plus notre frère que celui qui avait tout".

 

Même si la solidarité existe toujours et de magnifique façon - Restos du Cœur, Secours Catholique et Populaire, Croix-Rouge, Téléthon, Sidaction - elle est différente, totalement différente. Personnellement, je pense que la guerre de 39-45 a fait beaucoup de mal au niveau des mentalités avec ces notions indignes que sont le racisme et l'intolérance (par exemple), qui ont poussé et qui malheureusement poussent toujours sur le terreau stérile de l'ignorance, de la prétention et de la méchanceté. 

 

Jackie Mansas

5  juin 2017

 

1-  mon parrain Etienne Saint-Martin m'avait confié la raison et je peux vous assurer qu'elle valait son pesant d'or...

2 - essayez de deviner pourquoi tous les messieurs des familles déléguées étaient si empressés, voyons .... A lire après la photo suivante.

3 - vu celles que j'ai eu la malchance de croiser dans ma vie, je me suis demandé si cette personne n'avait existé ainsi que dans le souvenir de ma maman mais renseignements pris, elle disait vrai.... Elle devait avoir la foi, sans doute....

Marie Saint-Frai fondatrice de l'ordre et son habit de religieuse.

Marie Saint-Frai fondatrice de l'ordre et son habit de religieuse.

Il est vrai que l'habit de ces religieuses était assez imposant mais pour les toutes jeunes filles entrées au couvent soit par obligation soit par vocation, il pouvait être seyant et même très seyant...

 

Voici ce que m'avait raconté mon parrain Etienne à ce sujet lorsqu'elles passaient en Barousse, dans son enfance et son adolescence, il était né en février 1928. Je n'ai pas pu cacher un fou-rire, que j'ai facile, même très facile... si vous saviez à quel point ! Avant j'agissais bêtement pour tenter tant bien que mal de le cacher, maintenant, je me débrouille pour disparaître avant qu'il ne prenne des proportions dantesques....

 

Donc, voici... la raison :

 

Parrain :

"Sœur Radegonde était une femme d'un certain âge, mince, gentille, douce mais on ne la lui faisait pas ! Elle était encore belle lorsque j'étais un adolescent dans les années 40... Mais bon comme la sève montait, j'étais très intéressé par les filles, tu t'en doutes, surtout celles qui étaient douces et jolies bien évidemment... Et figures-toi que Sœur Radegonde venait chaque année avec une jeune consœur qui venait de prononcer ses premiers vœux, jamais la même, pour l'aider dans sa tâche et pour la former à la charité.

Bien évidemment, avec leur habit et surtout leur coiffe qui encadrait leurs visages, elles étaient tellement belles, on aurait dit des anges et à chaque fois, j'avais un pincement au cœur.  C'était incroyable, comment pouvait-on être aussi jolie et entrer au couvent ?

 

Moi tout en rigolant :

- C'est peut-être parce qu'elles étaient religieuses qu'elles étaient aussi jolies...

Lui sérieux et pensif :

-  Tu  veux dire que leur beauté ne venait pas de la Terre mais du Ciel ?

Moi :

- Je n'irais pas jusque là, elles étaient jolies à la base, comme toutes les jeunes filles de leur âge, c'est normal, c'est la jeunesse. Les espoirs, les rêves tout est beau et de plus, si elles vivent dans un monde préservé dans leurs familles, dans leur vie sociale, si elles n'ont subi aucun traumatisme, aucun malheur,  il n'y a pas de raison. Toutes les jeunes filles sont jolies parce que la vie commence, tout simplement... Comme les garçons qui se fabriquent, c'est normal...

Lui :

- Sans doute... Quoiqu'il en soit, chaque année, elles me plaisaient et je profitais des discussions entre elles, ma mère et ma sœur - lorsque elles séjournaient à la maison à Ourde avant de passer à table - pour me glisser près de la fenêtre car je savais que sœur Radegonde allait s'asseoir à côté de ma sœur qui faisait le service, en face de ma mère et de mon père, la jeune nonne ensuite, alors si je me plaçais au bout, je pouvais lui faire du pied sous la table sans crainte.... 

 

Là, j'ai ri en imaginant la scène et il m'a suivie. Au bout d'un moment, il m'a avoué :

- Mais elle avait l'œil, la sœur Radegonde, je peux te l'assurer ! Je me suis fait gauler dès le premier jour de la première fois !

Moi :

- Comment ? Tu n'as pas été assez discret ?

Lui :

- Mais non, de ce côté-là, ça allait mais c'est que la jeune nonne a rougi jusqu'aux oreilles, alors ! Ma mère en face d'elle qui me connaissait bien m'a jeté un coup d'œil de reproche, donc sœur Radegonde qui lui parlait s'en est aperçue, a regardé la jeune fille et a tout compris très vite... Aussi, elle s'est levée et a pris sa place  !!! J'ai été obligé de me calmer...

 

Pauvre de lui...

Et après ? Que se passait-il ?

- Quand elles partaient, sœur Radegonde me disait que j'étais un coquin et qu'il fallait que je fasse quelques prières pour me faire pardonner !

Moi :

- Tu les faisais ?

Lui :

- Penses tu ! Je recommençais l'année suivante....

Moi :

- Tu sais que tu vas aller en Enfer ?

On a fini par rire aux éclats....

 

On comprend bien pourquoi les messieurs étaient empressés mais je soupçonne fort que sœur Radegonde emmenait avec elle de jeunes religieuses rayonnantes de la beauté de leur jeunesse et de leur foi pour attirer les dons...

Elle veillait sur leur vertu avec attention mais comme tout le monde le sait, les hommes quelque soit leur âge, feraient n'importe quoi pour attirer l'attention.... des anges !  Parce que au début, toutes les femmes sont des anges, ensuite, c'est une autre histoire....

Enfin c'est ce qu'ils disent !

 

Alors, à part l'ego des jeunes coqs, personne n'en souffrait et les dons s'accumulaient : pommes de terre, blé ou farine, poulets et canards prêts à cuire, pâtés, saucisson et saucisses, jambons, maïs (pour nourrir les poules de la congrégation), fromages (fabriqués l'été pour elles), légumes-racines du jardin, des pommes, des confitures, etc. etc.

 

La fin justifie les moyens !

 

Jackie Mansas

5 juin 2017

 

 

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