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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barousse : 1848, les baroussais se révoltent ouvertement contre l'Etat et les forestiers...

Publié par Jackie Mansas sur 14 Juillet 2017, 11:44am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

 

La Haute vallée de la Barousse, la montagne d'Areng et tout en bas la plaine du piémont pyrénéen.

 

 

1848 dans Paris, la révolution éclate, le règne de Louis-Philippe va se terminer dans le sang et une nouvelle ère va commencer, avec l'avènement de la République.

 

Les évènements parisiens du 22 au 25 février ne parvinrent en Barousse que le 26 où l'exaspération était à son comble. Il faisait froid, très froid, la neige avait envahi tout autant les montagnes que les plaines, les greniers n'étaient pas très remplis, on avançait vers la soudure et on "faisait tirer", on se serrait dans les chaumines à la chaleur des bêtes à l'étable et certains enfants, les garçons surtout, dormaient dans la bergerie ou au grenier de la bergerie pour avoir chaud car le travail devait se faire le lendemain, il fallait trouver du bois et les forestiers étaient à l'affût pour distribuer les amendes à la pelle. Ils étaient accompagnés par des gendarmes et ils ne transigeaient pas. Que les habitants n'avait pas de chauffage ou bien un  maigre chauffage leur importait peu. Le percepteur réclamait son dû....

 

Les hommes et les jeunes hommes se réunissaient dans chaque village en colère après les forestiers mais aussi après le Receveur des Impôts qui malgré le froid et la neige avait décidé de maintenir  sa collecte. Des groupes se formaient par ci par là. L'exaspération était à son comble car ils allaient devoir payer les redevances dues, le receveur avait convié la gendarmerie pour le protéger et l'aider dans sa tâche. Outre les impôts annuels sur les revenus, les contrevenants coupables de déprédations dans les forêts, devaient régler les innombrables condamnations infligées par les gardes - véritablement honnis - ce qu'ils refusaient catégoriquement de faire : la forêt était LEUR propriété à tous ! 

 

Dès la nouvelle de l'insurrection connue, les habitants pensèrent tout d'abord qu'ils allaient pouvoir repartir en forêt et que le bon vieux temps revenait. Le dimanche, jour de réunion générale et habituelle pour discuter des affaires de la paroisse et également de la vallée, ils palabrèrent beaucoup sans pour autant prendre aucune décision mais les esprits s'échauffèrent de plusieurs crans.

 

La thèse officielle du déclenchement de cette révolution est la suivante :

 

"Le dimanche 27 février, les paysans des montagnes apprirent la proclamation de la République. La majorité ne devait l'apprendre que le 28 février au marché de Montréjeau. Le procureur général pense que c'est là qu'ils décidèrent de se révolter contre les forestiers (1). Des rumeurs de révolte couraient de Thèbes à Troubat, à Sost, des menaces après les Receveur des Impôts et des gardes-forestiers. Le maire de Saléchan affirme que la révolte est partie de Sost le 29 février malgré les appels au calme de son maire Soulé. Une troupe composée  des gens de Sost et d'Esbareich pénètre dans Mauléon et exige du Receveur, de l'Huissier et des Gardes, la remise des condamnations forestières".

 

Ensuite, les événements s'enchaînèrent rapidement.

 

65 - Environs De MAULEON-BAROUSSE - (4277) - SOST - Vue Générale - CPSM - Mauleon Barousse

La troupe d'hommes est partie de Sost par l'ancienne route qui mène à Esbareich à travers la montagne. La départementale n'existait pas encore, le pont d'Esbareich non plus. Pour rejoindre ce village depuis Peyremilla ou Batpouy, il y avait bien un pont en bois mais plus haut sur le cours de l'Ourse. Les habitants empruntaient le chemin antique.

D'Esbareich, la route ancienne débouchait dans le quartier Sourtaou puis par le pontet (2) de l'actuel hôtel des Pyrénées (ce dernier n'existait pas jusqu'au 20ème siècle, il n'y avait qu'un débitant de tabac) (4) sur la place de Palouman.

 

Celle-ci devait être à peu près dans cet état en 1848. On ne pouvait y déboucher que par trois grandes routes, celle de Troubat, celle qui montait à Ourde puis Ferrère et celle qui rejoignait Esbareich par le pontet, l'autre, vers Sost, n'arrivait que jusqu'à la sortie de Mauléon au sud.

 

Il est fort probable que le Receveur des impôts s'est installé contre la maison du fond là où on voit la charrette car les gendarmes et les forestiers pouvaient surveiller toutes les issues. En cas d'échauffourée qui mettrait leur vie en danger, ils se replieraient rapidement vers le château sans trop de difficulté, la rue étant protégée par une porte d'entrée de forteresse.

 

EB31- 65) MAULÉON - BAROUSSE (HAUTES PYRÉNÉES) PONT ET PLACE DE PALOUMAN - (TRES ANIMEE - 2 SCANS) - Mauleon Barousse

 

Le procureur près de la Cour de Pau écrira "l'émeute est forestière et non pas politique" (2).

Certains ont ri de ces "révolutionnaires" se moquant férocement, d'autres, surtout les familles des condamnés se tairont de honte, certains s'en glorifièrent (les meneurs) mais le silence retomba tel une chape de plomb sur la Barousse.

Les événements ont été étudiés par Louis Clarenc en détail comme un historien sait le faire.

 

Mais, nous, nous allons essayer, un siècle et demi plus tard, de reconstituer cette Barousse-là formée de gens têtus, travailleurs, détenteurs d'une culture montagnarde étendue mais pour la plupart analphabètes car même si des écoles existent, elle ne sont pas très fréquentées....

 

Il y a un peu plus de 8500 habitants, les montagnes sont pelées, les terres épuisées, les routes impraticables durant quatre mois de l'année autrement qu'à pieds, il fait froid l'hiver dans les maisons, on n'a pas trop de nourriture à partager.... Bref, la misère est immense... Et la rage au cœur tout autant car même si le temps a passé, on garde la haine envers les successeurs des seigneurs d'antan qui voulaient uniquement vivre en "seigneurs" alors qu'en Barousse, cette "profession-là" est prohibée, elle n'existe pas. Donc, dans la tête de chacun, vu que la rancune est tenace, on naît dans la lutte pour conserver ses droits, on vit dans la lutte et lorsque l'on meurt, on maudit toujours ces seigneurs qui ne respectent pas les droits fondamentaux des montagnards...

 

Il me semble les voir assis devant leur feu, les yeux rivés sur les flammes qui dansent mais qu'ils ne voient même pas, en train de ruminer que cet Etat honni est pire que le marquis de Luscan, pire que les autres petits hobereaux qui réclament, réclament sans arrêt des droits que la raison et la tradition ne leur donnent pas.

 

Alors quand ils se rencontrent tous, que voulez-vous qu'ils fassent ? Et bien, ils ruminent ensemble... Ils sont tournés vers le passé et de ce fait, ils ne réalisent pas qu'ils sortiraient de la pauvreté, de la misère, du froid, de la faim seulement en partant vivre ailleurs. Ils ne peuvent pas seulement l'imaginer, seul un traumatisme terrible leur ouvrira l'esprit.

 

Et comme ils sont arrivés au bout de leur colère, en la laissant exploser avec une violence qui terrifie ceux qui réfléchissent en silence - bien sûr, personne n'a intérêt à contredire ces hommes durs et convaincus de leurs droits ancestraux qui ne peuvent pas accepter la défaite face à l'Etat tout puissant -  ils ouvrent la voie et donnent du courage à ceux et surtout à celles qui ne voient d'autre salut que dans l'exode vers un ailleurs inconnu mais dont on sait qu'il apportera peut-être... la fortune.

 

La Révolution de 1848 en Barousse a donné raison à l'Etat mais a sauvé aussi les forêts, les terres et la plupart des familles pauvres.

 

L'exode féminin qui en a résulté - un peu moins du côté des hommes - a vidé les familles. A partir du moment où le nombre d'enfants a diminué, les parents et les plus jeunes ont pu manger à leur faim et améliorer leur "train de vie" grâce à l'argent gagné par les "exilés".  Et ils ont ainsi offert un meilleur avenir à leurs enfants. Avec l'avènement en 1870 de la Troisième République, de l'enseignement obligatoire et gratuit, ces peuples ruraux, loin de Paris, donc de l'Etat et des puissances économiques, ont tout simplement profité de l'ascenseur social...

 

Nous avons vu la thèse du Procureur mais en fait qu'en est-il de celle de la tradition populaire qui semble, à nos yeux actuels, beaucoup plus plausible ?

 

On sait que les hommes de Sost et d'Esbareich descendent, le 29 février, sur Mauléon où le Receveur des Impôts qui s'est installé sur la place en compagnie d'un huissier, des gardes-forestiers et de quelques gendarmes, attend de pied ferme les contribuables de la Haute-Vallée. Lui aussi doit rendre des comptes à sa hiérarchie...

 

Malgré le froid et la neige, il n'a pas voulu transiger. Partout, dans tous les villages, dans toutes les familles une telle décision ne passe pas. Tout le petit monde baroussais est exaspéré : ils ne peuvent pas payer ! Le peuple ne peut pas payer... Les bourgeois oui, mais ils ne disent rien pour ne pas envenimer la situation, toute cette colère peut se retourner contre eux...

 

Face à face, des hommes déterminés à aller jusqu'au bout...

 

La place s'est peu à peu remplie d'hommes, de femmes et d'enfants et un sourd murmure occupe tout l'espace. Seul le roulement des eaux de la rivière peut encore le couvrir. Par petits groupes, les hommes vont et viennent, les forestiers et les gendarmes ont l'arme proche de leurs mains...

 

Une femme vêtue pauvrement est arrivée avec son âne chargé d'un maigre fagot de bois. La brave bête est harassée et elle aussi. Depuis quand, lui comme elle n'ont pas vraiment mangé ?

 

Cazarilh est loin, trop loin pour quelqu'un qui n'a rien sauf une pauvre maison, deux chèvres, une vache et quelques brebis et il fait si froid ! Elle fait le tour des groupes pour tenter de vendre ces branches sèches ramassées près de sa maison, elle n'a pas l'argent pour payer la somme demandée par le cynique et implacable receveur... Personne ne veut la dépanner, ils sont à peu près tous dans la même situation...

 Et puis arrive son tour....

 

A suivre...

 

Jackie Mansas

14 juillet 2017
 

 

Voir ci-dessous un exemple de pontet entre deux rues, la plus petite - un carrérot - et une grande rue passante ou bien une place. (5) Une fois close par une lourde porte, le quartier était protégé d'éventuels agresseurs. Toutes les villes médiévales avaient ce type d'architecture qui s'est développé dans les bastides.

 

Pour les textes cités : orthographe et grammaire d'origine

1 - Bordes : la Révolte des Baroussais

2 - Louis Clarenc la Révolution de Barousse : thèse de 3ème cycle Toulouse

3 - un pontet est une construction au-dessus du croisement de deux rues, l'une passante ou place et l'autre plus petite, destinée à relier deux habitations et transformée en pièce supplémentaire.

4 - Recensements Mauléon-Barousse archives départementales des H-P.

5 - comme je n'ai pas de photo du pontet de Mauléon permettant de déboucher du carrérot de Sourtaou sur la place de Palouman j'ai copié-collé cette photo tirée du site :

 

http://bastidess.free.fr/bastideArchitecture.htm

pour images de pontet...et autres éléments d'architecture médiévale.

Cartes postales du site Delcampe. Je n'en ai pas trouvé d'Esbareich, peut-être une prochaine fois...il faut être patient.

Photos de Barousse

http://www.vttour.fr/sorties/montagne-d-areng-grande-traversee-des-cretes-de-la-barousse-jour2,13127.html

 

 

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