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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barousse : les danses et les jeux aux 17ème, 18ème et 19 ème siècles.

Publié par Jackie Mansas sur 11 Juillet 2017, 10:44am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Quelque part dans les montagnes, la grotte des fées...à Sost. Aucune carte sur tous les sites de vente pour Aveux et Anla.

Quelque part dans les montagnes, la grotte des fées...à Sost. Aucune carte sur tous les sites de vente pour Aveux et Anla.

 

Personne ne peut imaginer maintenant vivre sans loisirs donc sans télé, sans cinéma, sans concert, sans repas, sans sorties en boîte ou autres dancings, sans tout quoi...

 

En ces temps lointains, nos ancêtres ne s'ennuyaient pas. Les jeunes s'amusaient tout autant qu'aujourd'hui mais bien sûr tout à fait différemment... Et ils ne se gênaient pas pour flirter dans les coins secrets voire plus si affinités...

 

Précisons en cas qu'on l'oublie, que tout le monde parlait gascon, personne à part les érudits ne connaissait la langue des étrangers du royaume de France...

 

Lors des veillées, les garçons arrivaient par groupes que signalaient leurs chants, dans les maisons où il y avait des jeunes filles. On racontait des histoires drôles (1), on jouait, puis arrivaient les masques (2) :

 

"Il s'agit de deux ou trois couples de jeunes hommes travestis, les uns en costume féminin, les autres en habits militaires, tous les visages étant caché par un foulard de soie fixé à la coiffure. Un joueur de violon ou d'accordéon les accompagne. Après un tour de danse fait entre eux, les masques, par signes, demandent la faveur d'une danse à la fille de leur choix et cette seconde danse terminée, le cortège se dirige vers une autre maison où la même scène recommencera".

 

Le cercle une fois reformé autour du feu, le jeu de l'identification commençait.

 

La mascarade était différente.

 

Les jeunes se vêtaient selon leur inspiration et maculaient leurs visages de suie. Le divertissement étai donné de maison à maison, dans la rue, sous un hangar. On interprétait des pièces de théâtre ou on improvisait.

 

 Le jour de la fête patronale que l'on appelait "la station" ou bien " la vòta" car elle était la fête du saint protecteur de la paroisse, on invitait parents et amis. Les enfants l'attendaient avec impatience  car ils pouvaient manger à satiété viande et gâteaux et boire un peu de vin. En effet, chaque foyer économisait pour cette fête : il s'agissait de la vivre pleinement.

 

Avant la Révolution, les consuls et l'assemblée aidaient les jeunes à la préparer, ensuite l'organisation fut confiée aux conscrits de l'année.

 

Le dimanche du saint patron :

- en mai à la saint Germier pour Sarp

- en juin à la saint Jean-Baptiste pour Loures

- à la saint Pierre pour Troubat,

- à la saint Cyr pour Ilheu

- en juillet à la saint Laurent pour Izaourt et Mauléon

- en août à la saint Christophe pour Créchets,

- à l'Assomption, le 15 août, pour Gaudent, Aveux, Esbareich, Siradan, Sost

- à la saint Julien pour Saléchan

- à la saint Barthélémy pour Bramevaque

- en septembre à la saint Michel pour Gembrie et Ferrère

- en novembre à la saint Saturnin pour Antichan

- à la saint Martin pour Ourde et Cazarilh

- en décembre à la saint Jean l'évangéliste pour Bertren et Sacoué.

 

Les gens "faisaient la fête à pied". Il n'y avait pas d'autres moyens pour se déplacer...

Après une nuit passée à danser et à chanter, ils repartaient travailler le lendemain.

 

On a coutume de dire que notre époque est violente et cruelle, d'accord, elle en est mais elle n'atteint pas les niveaux des siècles passés. Bien sûr, elle est aussi différente, elle peut tuer en masse comme à Paris, Toulouse, Nice, Bruxelles, Hambourg, Londres, Madrid lors des attentats mais au niveau des populations, comme les lois la répriment sévèrement, elle n'existe que dans des cercles particuliers, celui des bandes organisées, des maffias, des règlements de compte.

Nos ancêtres n'avaient pas la chance d'avoir un Code Civil et un Code Pénal pour punir ceux qui, lors des rassemblements publics, déclenchaient des bagarres qui finissaient parfois très mal et de ce fait les violences étaient nombreuses à chaque fête patronale... A la base, toujours ou à peu près toujours, une fille...

On était un homme si on flanquait une "bonne dérouillée" à un rival, un adversaire... L'alcool aidant, comme de nos jours....

 

Mais la plus répandue des récréations était la veillée.

 

En novembre et décembre on effeuillait le maïs. Les mois suivants, on se réunissait pour parler de la vie quotidienne, pour se moquer des gens que l'on n'aimait pas (ça n'a pas changé dans les réunions d'amis ou autres ; mais au 21ème siècle, les mentalités sont différentes : on ne "cause" plus de tout, puisque on est submergé d'infos, alors on fait des fixettes sur quelqu'un que l'on n'apprécie pas et ça dure, ça dure ), pour écouter les Anciens raconter les histoires de magie, de sorcellerie et de bandits.

 

On racontait volontiers cette aventure qui était arrivée à un certain Baptiste dit Tite d'Aveux qui permit l'arrestation de voleurs de bétail.

 

Depuis fort longtemps, on volait des animaux dans les bordes du bois de la commune. Tite enferma ses brebis, fit le signe de la croix en rabattant la porte en disant :"Je vous laisse à la garde de Dieu". Une voix cria dans le noir :"A la garde du diable". En proie à une peur bleue, il prit "ses jambes à son cou" et vint avertir les hommes du village. Les voleurs furent appréhendés à Labat (hameau de saint-Bertrand). (3)

 

Toujours à Aveux, on parlait de cet endroit de la montagne appelé Cot de Bat et où furent relégués les pestiférés d'Ilheu dans des temps lointains. Il y avait des fours à chaux construits par les malades (4).

 

"Selon une légende deux cavaliers sortant de la forêt s'emparèrent d'une jeune fille et la précipitèrent dans un de ces fours en flammes... Les mères retenaient près d'elles leurs enfants en leur disant : " n'allez point là-bas, la fée y étend son linge". Le soir, les pasteurs qui ramenaient leurs troupeaux surveillaient avec grand soin les petits agneaux car dès que l'obscurité se répandait, la fée suivait pas à pas toujours prête à ravir une proie.

 

Un jour, des bûcherons surprirent l'enfant de la fée égaré dans les bois et l'emmenèrent dans leur cabane. Pendant le repas, il se tint constamment sous la table refusant de manger. Un cri singulier "scoubas" ne cessait de se faire entendre. Le petit, interrogé, répondit que c'était sa mère qui l'appelait. On se hâta de le reconduire à la forêt".

 

A Sost, on connaissait une autre version de l'histoire : il existait la grotte des hados (des fées) qui se transformaient en chèvres la nuit venue. On ne pouvait jamais les attraper, si cela arrivait, elles entraînaient l'imprudent et on ne le revoyait plus.(5)

On raconta qu'un soir "un homme s'y introduisit et captura un hadoun (6). Il l'emmena chez lui, le petit s'émerveilla de tout. Mais le temps passa et une nuit des appels doux et plaintifs se firent entendre "hadoun, hadoun" et l'enfant s'envola par la cheminée".

 

A suivre

 

Jackie Mansas

9 juillet 2017

 

1 - mon père avait beaucoup d'humour vraiment beaucoup et lorsqu'il était avec un ou plusieurs de ses copains, si je pouvais les écouter, je ne me privais pas car quand ils racontaient des histoires de leur jeunesse - enfin lorsque lui se rappelait - c'était à mourir de rire. Mais bien évidemment, traduit en français, ça n'avait plus la même saveur. De toute façon, ça l'aurait écorché vif de raconter ses histoires en français alors...

2 - J-L. Pène : la Barousse

3 - Bertrand Verdalle + d'Aveux.

4 -  Verdalle instituteur d'Aveux : monographie 

5 - un autel votif y aurait été déposé et cassé

6 - hadoun : petit de la fée

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