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Les caps bourrut des Pyrénées : rencontre avec les Baroussais d'autrefois

Les caps bourrut des Pyrénées : rencontre avec les Baroussais d'autrefois

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Les deux Bramevaque des Pyrénées, un même nom, un lieu isolé dans la montagne et deux peuples semblables, les Convènes et les Consoranii

Publié par Jackie Mansas sur 12 Mai 2021, 18:29pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Les deux Bramevaque des Pyrénées, un même nom, un lieu isolé dans la montagne et deux peuples semblables, les Convènes et les Consoranii
Les deux Bramevaque des Pyrénées, un même nom, un lieu isolé dans la montagne et deux peuples semblables, les Convènes et les Consoranii

1 - château de Bramevaque en Barousse, château des comtes de Bigorre, puis d'Aure/Aragon, puis de la vicomté de La Barthe (par démembrement lors des héritages) rive gauche de la Garonne avant sa restauration dans les années 199O-2000.

2 - château de Bramevaque en Couserans, château des comtes de Comminges et de Foix, photos de Jean-Pierre Pomiès (voir son site de photos), rive droite de la Garonne à partir du Bas Comminges

Je vous ai parlé souvent de Bramevaque en Barousse et de Bramevaque en Couserans.
 
Je vous propose d'aller faire un  tour dans l'histoire des deux châteaux portant le nom, un tantinet "Barbare" de Bramevaque - la vache qui brame - si on se réfère au gascon local des Pyrénées Centrales.
Mais il aurait une autre origine datant des Romains et gasconisée lorsque la langue parlée dans ces régions des Pyrénées Centrales fut fixée pour le bien des populations.
 
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Carte du Couserans par Basilus

Carte du Couserans par Basilus

Nous allons commencer par présenter les deux "païs" :

 

COUSERANS

 

Il a appartenu au Comminges puis au comté de Foix et a été un puissant évêché jusqu'à la Révolution. Il s'étend le long des vallées rive droite de la Garonne et autour de ses affluents le Salat, le Volp, l'Arize et le Lez.

Mais pour bien commencer son histoire, précisons qu'il a été habité dès l'époque magdalénienne il y a 17 000 à 20 000 ans, comme en témoigne les nombreuses découvertes de cette époque, tel l'abri de Montfort à Saint-Lizier.

Puis il passe sous l'autorité de Rome en même temps que le Piémont pyrénéen en 121 avant Jésus-Christ. La ville actuelle de Saint-Lizier du Couserans aurait été fondée par Pompée en même temps que notre actuelle Saint-Bertrand de Comminges (Lugdunum Convanerum) en 72 avant Jésus-Christ.

Nous avons donc de part et d'autre de la Garonne, dans des vallées parallèles, deux villes semblablement bâties sur des oppidums et aux pieds d'oppidums se ressemblant étrangement :

- Lugdunum Convenarum rive gauche en pays Convenae

- Lugdunum Consaranorum, rive droite en pays Consoranni (aussi sur la rive droite du Salat, affluent de la Garonne)

Toutes les deux devinrent le siège d' évêchés très puissants.

Sous la domination romaine, elles eurent le même destin de brillantes et riches villes commerciales et religieuses. Elles perdirent cette dernière fonction en 1789.

 

                         BAROUSSE
 
La Barousse n'était qu'une vallée sans ouverture vers la plaine de la Garonne, à part deux petits cols étroits à Sarp et à Siradan qui permettaient d'accéder à une autre vallée bien plus petite qui longeait l'Ourse et qui avaient deux passages dangereux en haute montagne, Balès et Laouet.
Peu peuplée, peu exploitée économiquement sauf pour le bois, le marbre et le fer sous les Romains mais en petites quantités vu les difficultés dues au terrain très montagneux, abrupt et rocheux, elle était en fait, oubliée au milieu des montagnes.
Mais elle restait enclavée dans ce territoire qui composait le diocèse Convène avec les vallées d'Aure, de la Neste, du Nebouzan, puis toutes les seigneuries composant le Comminges jusqu'à Muret.
 
Un peu d'histoire pour se rappeler, histoire de rafraîchir les "petites cellules grises" comme dirait le si célèbre Hercule Poirot.

 

Pourquoi y a-t-il deux Bramevaque dans les Pyrénées Centrales ? 

 

Epoque romaine  :

bien que l'Espagne et le Portugal actuels existaient sous l'appellation  "Hispanie", la péninsule appartenait à l'empire romain et bien évidemment, la chaîne des Pyrénées ne constituait en aucun cas une frontière puisqu'il y avait assez de "ports" (cols en français actuel) pour passer,  hors enneigement, soit de fin mai à la mi-octobre d'une province, l'Hispanie, à celles de la Gaule, surtout par les passages les plus faciles : les deux extrémités de la chaîne rarement enneigées et plutôt plates.

Les chevaux n'apprécient guère de grimper le long de sentiers dangereux en haute montagne et faire suivre l'artillerie.... Pas facile !

Il est bien évident que les Romains dès leur arrivée dans ces régions les plus septentrionales de leurs provinces, ont commencé à prospecter pour entreprendre des travaux gigantesques :

 

- choisir les endroits les plus propices à l'urbanisation (aucun relief donc plaines ultra plates) : villae et grands domaines agricoles, commerces, places, thermes, sanctuaires...

Mais les Gaulois avaient fait la même chose, choisissant de préférence les endroits les plus propices pas très loin des rivières et en plaine.

- pour relier ces cités et ainsi développer le commerce, l'exploitation des richesses naturelles, il fallait des routes principales qui traverseraient ces contrées, stables, larges, dallées... avec des auberges, des relais tout au long pour le confort des voyageurs ; il fallait également mettre en place un réseau de routes secondaires sur celui existant à travers les montagnes afin de relier tous les villages et hameaux éloignés

- il fallait, en sus, établir un trafic sur fleuves et rivières afin de faire partir vers Tolosa et Burdigala les produits miniers (fer etc.), les produits de pierre (marbre), le bois. Une flotte est créée ainsi que les chemins de halage. Sur la Garonne et les autres rivières, des ports sont installés aux confluents des rivières et un système commercial de voyageurs, de transport de produits voit le jour ...

- les voyageurs peuvent ainsi passer d'un lieu à l'autre.

Le danger pour l'Empire Romain ne venait pas de l'invasion d'une armée mais plutôt de bandes de criminels et autres bandits de grands chemins terrés dans les montagnes qu'ils connaissaient par coeur et qui n'avaient pas peur de traverser les plus hauts ports pour venir piller les riches domaines gallo-romains.

Aussi, tout au long de la chaîne, à l'entrée des vallées étroites qui se succédaient parallèlement jusqu'à la barrière des hauts sommets, les romains firent construire des forts identiques avec une sorte de "petit" donjon carré bâti au milieu d'un certain périmètre qui occupait l'extrémitié d'un éperon rocheux.

Il était entouré d'une enceinte fortifiée avec d'autres petites tours ou bâtiments et on ne pouvait accéder au donjon que par l'étage, c'est pour cela que dans ceux que l'on retrouve encore aujourd'hui à peu près intacts, il n'y a aucune porte d'entrée au rez-de-chaussée.

 Il en fallait plusieurs par vallée. 

Même relief, même position, même constructions, mêmes moyens de surveillance pour se protéger d'éventuelles attaques et surtout, surtout des crues des fleuves et rivières : tout était étudié pour installer puis pérenniser une région florissante à tous les niveaux économiques, sociaux et politique.

 

                      Les goulets

 

Cependant à l'entrée des vallées, c'est-à-dire à la sortie du piémont pyrénéen, pour protéger les goulets des invasions venant de la plaine toulousaine, des domaines de petites  superficies à cause des marécages et des crues phénoménales des rivières, ne jouant pas un rôle au  niveau économique de premier plan, ont été édifiés sur le flanc des massifs bloquant toute entrée vers le sud.

Dans notre région, nous comptons Barbazan, Luscan, Galié, Fronsac, Gaud, Marignac, (ces deux derniers se situent sur la rive gauche), Saint-Béat, Lez, Fos, Melles (Sérial) sur la rive droite et sur la rive gauche Bertren, Siradan, Esténos, et ensuite nous les retrouvons tout le long de la Pique sur des deux rives mais surtout sur celle de gauche de la rivière.

Le plus important étant celui de Guran. Le dernier fort se trouve au dessus de Luchon vers Superbagnères mais avant d'entrer dans la cité au nord, le port de Peyresourde qui n'existait pas en l'état mais comme un sentier de moyenne communication, sous la neige huit mois de l'année, permettait l'accès aux vallées d'Oueil et du Larboust.

 

Ces forts se ressemblent tous sauf ceux de Bertren, Galié et Fronsac qui tous les trois sont bâtis selon les plans d'une "petite" forteresse, destinée à une garnison et à un petit nombre d'habitants vu le peu de terres arables non inondables qu'ils pouvaient cultiver.

 

On appelle cet espace urbanisé autour d'une tour de guet et à signaux et d'un donjon auquel on ne peut accéder que par l'étage (voir le Casterbet à Valcabrère, parfait exemple), un bédiaou (espace libre et public) composé de plusieurs niveaux, les "bayles", avant d'arriver à l'enceinte extérieure de protection du castet en Barousse ou castel en Couserans. L'église se trouvait dans l'enceinte du château.

Le Moyen-Age garda cette organisation mise à mal par les invasions barbares, réparées tant bien que mal puis laissées à l'abandon.

 

               Le Moyen-Age et Charlemagne

 

Charlemagne décida de créer tout au long des frontières, des comtés gouvernés par des comtes élus et révocables à tout moment par l'empereur, unités militaires, économiques et politiques couvrant de larges territoires protégés par le réseau restant des tours de guet et autres forts romains bien placés sur des versants de montagnes, à peu près à la même altitude afin de défendre les frontières de la France.
Tout fonctionna bien jusqu'à sa mort mais ses successeurs découpèrent son empire et les comtes élus en profitèrent pour demander un titre de noblesse, celui de comte par rapport à leur fonction et les ducs (1) firent de même. Ainsi naquirent nombre de seigneuries et la vassalité. (2)

Et les titres se transmirent par primogéniture (3))

 Il ne fallut pas un siècle pour que ces entités dites nobles, après des guerres meurtrières pour un bout de territoire, une dispute quelconque, ne s'amenuisent et quand la vassalité s'imposa puis se durcit en  devenant féodalité, les anciens comtés étaient morcelés et ne ressemblaient en rien aux marches carolingiennes.

 
Dès la fin du 9ème siècle et surtout au 10ème, le comté de Comminges se situait sur la rive droite de la Garonne de l'Espagne à Muret avec pour "capitale", Fronsac. Son château féodal porte d'ailleurs le nom des comtes de Comminges.


                       LA BAROUSSE
 
La Barousse, la Neste et Aure par leur position géographique étaient revenues au comté de Bigorre et surtout grâce aux échanges avec l'Aragon et grâce au roi de ce pays hispanique, le fameux Sanche d'Aragon.
La Barousse située côté rive gauche mais enclavée dans son cocon de montagnes était revenue au comté d'Aure/Aragon allié au comte de Bigorre et au gré des héritages se retrouva dans l'escarcelle de la baronnie ou vicomté de Labarthe à partir du 12ème siècle.
La Barousse était donc la propriété exclusive de la maison d'Aure et Aragon avant d'échouer par héritage au vicomte ou baron de Labarthe. 

 

Trop enclavée, trop pauvre et trop peu peuplée, elle ne pouvait intéresser personne d'autre vraiment si ce n'est pour son bois et son gibier ; pour le reste, économiquement, rien n'était rentable sans l'arrivée de  bras nouveaux et le servage tomba à point nommé.

Rappelons pour mémoire, que nous tous, qui que nous soyons, sommes issus du petit peuple besogneux (85% de la population était rurale et paysanne jusqu'à la deuxième moitié du 19éme siècle), nous sommes les descendants des serfs de ces siècles lointains (4) corvéables à merci, maltraités et méprisés...

Comme une grande majorité d'entre nous , nous descendons aussi des cagots encore plus méprisés car exclus et accusés de tous les maux de la terre.... Rien que d'y penser , cela donne une belle leçon d'humilité.... Enfin...

 

Les querelles eentre seigneurs se succédèrent encore longtemps surtout du côté du Larboust, seigneurie commingeoise mais revendiquée par la Bigorre.
Gageons que les populations en avaient plus qu'assez de ces querelles, un jour, je suis commingeois, le lendemain je suis bigourdan....
Cela explique peut-être le caractère bien trempé des montagnards et surtout leur désir d'être libres, de le rester et de décider par eux-mêmes de leur destin.
En l'an 1300, la Barousse reçoit comme les autres vallées de la vicomté de Labarthe, "Les Coutumes" qui leur donnent les pouvoirs de s'administrer eux-mêmes et de défendre leurs droits.
Louis XI dont le but était d'unifier le royaume de France et de faire disparaître tous ces comtés, baronnies, duchés qui représentaient un danger permanent pour la royauté, intégra cette vicomté passée par de nombreuses vicissitudes, à la Couronne de France en tant que pays d'Etat portant le nom de Quatre-Vallées. 

 

Bramevaque porte le nom si fier, si porteur d'histoires et de culture dans tous les écrits anciens de "château des comtes d'Aure et Labarthe".
 
Ce qui est tout à fait normal, situé sur la rive gauche de la Garonne, en relation par le col de Hajolle à Samuran avec le château-fort de Galié et celui de Bertren, il se situe dans la continuité de cette barrière défensive voulue en premier par les Romains puis par Charlemagne et gardée, entretenue par les seigneurs féodaux qui se succédèrent avant de laisser leurs seigneuries au roi de France.
C'est donc un lieu de pouvoir politique partagé avec Troubat où se trouvaient les "poteaux des pendus" (pouvoir de justice) dressées au carrefour de l'ancienne route vers Mauléon et la Haute Vallée : les condamnés à mort étaient pendus puis exposés pour l'exemple.
Rassurez-vous, l'histoire locale n'a laissé aucun nom de supplicié ! Elles devaient plutôt avoir un effet de dissuation sur la population.... enfin, si la torture et la mise à mort d'un condamné a pu empêcher les autres de commettre des crimes, ça se saurait !  

Les "délinquants" goûtaient plutôt le "confort plus que sommaire" de la tour-prison du château qui se trouve bâtie en dehors de l'enceinte extérieure en équilibre sur la pente dangereuse qui descend vers la rivière Ourse. On ne pouvait y entrer que depuis le chemin de ronde, donc pour s'échapper....

Le second pouvoir de Bramevaque était militaire, la forteresse étant imposante et imprenable mais à la veille de la Révolution, il n'y avait plus que quelques gardes avec un commandant.
Les bâtiments étaient tous en très mauvais état.

A suivre

Jackie Mansas

11 mai 2021

Les deux Bramevaque des Pyrénées, un même nom, un lieu isolé dans la montagne et deux peuples semblables, les Convènes et les Consoranii
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NOTES
 
1 -  un duché était composé de plusieurs comtés, eux-mêmes formés de nombreuses baronnies
2 - la vassalité naquit pour administrer les différentes seigneuries et autour du seigneur grand ou petit : en échange de sa protection et de celle de son armée (ost), les paysans lui devait allégeance et payaient tous les impôts qui lui revenaient ou bien qui revenaient au roi (voir sites et livres sur ce système de gouvernance)
3 - primogéniture : transmission au fils aîné uniquement
4 - le servage succéda à l'esclavage romain mais les serfs n'avaient pas les mêmes droits et les mêmes protections que ces lointains esclaves. En fait c'est la terre que le seigneur leur dit de cultiver qui est serve et en y travaillant dessus, tout homme devient serf, appartient au seigneur ainsi que sa famille et tout ce petit monde est corvéable à merci. (voir sites et livres qui traitent de cette institution)

 

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