Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...
Les erreurs de transmission ou d'interprétation sur le patrimoine
Dans tous les villages, la plupart des Anciens aimaient parler du passé car ils transmettaient ainsi la culture populaire. Les historiens retiennent ces témoignages mais étudient en même temps la personne qui raconte. Car, voyez-vous, il faut toujours se méfier des témoignages, il faut TOUT vérifier de ce qui est transmis. Lorsque tous les récits concordent, on peut - en ayant toujours à l'esprit une marge d'erreur - les transmettre à notre tour.
Et les autres, ceux racontés par les Chabraques ? et bien on les oublie après s'en être servi comme exemple "d'erreur de jugement". Il faut se dire que derrière toutes ces fausses informations se cache un besoin éperdu d'exister, de briller, en étant cet "autre" qu'on voudrait être au lieu d'être ce que l'on est.
ET c'est pour cela qu'il faut vérifier car croire sur parole est vraiment une terrible "erreur de jugement". La "transmission innocente" est facile à réparer. La "transmission volontaire pour réécrire l'histoire" est insupportable.
De ce fait, l'historien a un rôle de "réparateur" de Mémoire.
Un exemple de ces erreurs transmises par des personnes d'autrefois qui avaient besoin d'exister - on ne sait pas quel traumatisme les accablait - c'est si loin :
quand j'ai appris que le sobriquet d'une "maïsou" du village ancien, le Bédiaou (quartier Carrères), était dit actuellement "es cantounès", je me suis demandé si je rêvais ou pas. Es cantounès en "en so deth" n'existe pas, n'a jamais existé car il ne pouvait pas exister.
Donc, il a été inventé au XXème siècle pour des raisons que l'on ne connaît pas. De ce fait, l'important est de retrouver le véritable sobriquet.
Je m'explique.
Au 12ème siècle, le climat change, se réchauffe. La vie économique et sociale prend un essor fabuleux : des villes nouvelles poussent, comme les Bastides, dans le sud en terres d'Oc. L'économie fait un boum et la population aussi. On mange mieux car les récoltes sont de plus en plus abondantes et variées. L'ouverture du commerce avec l'Asie et le Moyen-Orient provoque un renouveau de l'économie.
Et que voulez-vous, normal, on fait des petits à qui mieux mieux. Qui vivent plus longtemps et qui ont le temps de se reproduire...
Au Moyen-Age, les hommes et les femmes portaient les mêmes prénoms. Chez nous, c'étaient Bertrande et Bertrand. Un sacré méli-mélo.
Donc, pour s'y retrouver, dès le douzième siècle, les pouvoirs publics de l'époque décidèrent que chacun pourrait choisir un nom pour que les maïsou - maison d'habitation, granges, étables, bergeries, basse-cour, porcherie, jardin potager, cour et verger - affiliée à une famille, se différencient les unes des autres. Il en fut de même pour les artisans et commerçants.
Le préfixe "en so deth" (qui veut dire "de chez cette maïsou") suivi du nom de la maïsou se transmettrait de générations en générations par la "maïsou". Elle garderait toujours ce nom. S'il n'y avait pas d'héritier mâle, le gendre hériterait du sobriquet puis ses enfants. Seul son héritier pourrait transmettre ce surnom à condition qu'il reste sur la maïsou.
Par exemple dans ma famille, "en so deth Poutchet" -" "de chez cette maïsou Poutchet" - s'est transmis dans la même maison ou maïsou avec des patronymes différents jusqu'au XXème siècle. Mais a changé de lieu pour des raisons d'héritage, ce qui est exceptionnel dans l'histoire rurale. On en parlera.
Le sobriquet n'est pas un nom de famille - le patronyme - il est "de chez qui", c'est-à-dire de la maïsou, le bien.
Chacun a choisi selon ses préférences. Comme la population continuait d'augmenter et que à chaque génération il y avait trop de en so deth de la même famille, on continua d'en donner à chaque fois qu'une nouvelle famille se formait.
Ceci jusqu'au 16ème siècle.
Mais cela ne suffisait plus, la cacophonie était telle que les pouvoirs publics de l'époque décidèrent que chaque famille porterait un patronyme qui se transmettrait par le père et ensuite par ses fils. Les filles prendraient celui de leur mari.
Une vague de nouveaux noms se répandit et beaucoup de ces patronymes qui nous semblent ridicules et/ou péjoratifs avaient à ce moment-là une toute autre signification.
Il fut interdit de donner de nouveaux sobriquets.
Ce qui veut dire que si dans les villages que nous connaissons, les maïsou qui étaient désignées par le sobriquet encore au 20ème siècle avec la famille installée sur place depuis des générations, il était évident qu'elles avaient leurs origines dans le lieu AVANT le 16ème siècle.(1)
Et ce, pour tous les villages que d'Etigny avait ouvert au modernisme, avant cette date fatidique.
Au XXème siècle, certaines maïsou furent vendues et les familles portant leurs sobriquets sont parties en l'emportant dans leurs bagages et leurs souvenirs.
La maison garde ce surnom, mais les nouvelles familles n'ayant aucun lien avec l'originelle n'en hérite pas.. Cependant, si les descendants restent dans le village, ils les gardent pour eux en souvenir d'un fier passé et non pour la nouvelle habitation.
A Bertren, les néo bertrennais de la Vielle, de Subervielle, de la Pale, du Cascaret, du Badet et du Bernet sont arrivés à partir de 1750/60 puis tout au long du 19ème siècle et du 20ème. Il est donc juste d'affirmer qu'ils n'ont pas reçu de en so deth !
Pourquoi ès Cantounès n'est pas un sobriquet mais un mot désignant une profession ? Comme plastrayre désigne le plâtrier par exemple.
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L'administration des routes et voies fluviales.
1764 : dans toute la France, un programme de création et/ou d'entretien des routes voit le jour. Il fallait rénover tout le réseau routier qui était en mauvais état et qui était un frein au développement commercial et aux déplacements de voyageurs, de relais en relais. Le tourisme balnéaire et thermal commençait à poindre son nez mais il ne connaîtra un boum extraordinaire qu'à partir de 1850.
Jusqu'en 1764, les paysans, par la corvée, entretenaient plus ou moins bien l'ensemble des routes du royaume.
Mais en 1761, Turgot est nommé Intendant de la Généralité de Limoges. Pierre Marie Jérôme Trésaguet, ingénieur des Ponts et Chaussées de la Généralité (de Limoges) entreprend de simplifier administrativement les routes de la Généralité sous sa direction.
Son idée : les paysans n'entretiendraient plus ces routes et il y aurait désormais des employés requis pour ce service : 75 heures de travail par semaine pour un salaire dérisoire. Mais quand on doit manger tous les jours et nourrir sa famille, c'est mieux que rien... Et puis c'est un travail flatteur : on devient "fonctionnaire" c'est-à-dire salarié de l'Etat.
L'ingénieur proposa de diviser les routes "en cantons" (mot venant du latin signifiant "coins") de paroisses en paroisses.
Toutes ces portions de routes seraient entretenues par des cantonniers. Ce nouveau métier est donc créé.
Nous sommes en 1764, donc au 18ème siècle.
Le tout nouveau mot français "canton" qui désigne une portion de route sur un territoire sera utilisé dans d'autres administrations.
Voilà pourquoi, "cantounès" - cantonnier - ne peut pas être un sobriquet. Il ne peut être qu'un surnom qui désigne un employé de l'administration des routes et voies ferrées.
"Cantounès" "cantonnier" est donc une profession qui ne manquait pas de panache !
Durant près de quatre siècles, à Bertren, tout autour du castet, les corps de métiers indispensables étaient groupés. A Bertren, les trois familles au surnom précédemment cités occupaient l'espace au plus près des bâtiments seigneuriaux. Pourquoi donc ? Et bien parce qu'ils devaient être protégés et opérationnels. De ce fait, on avait besoin des compétences de tous : tous les chefs de ménage étaient dans leur grande majorité des brassiers puis des laboureurs mais ils étaient polyvalents, la plupart étaient également des artisans.
Balent était laboureur et forgeron /charron. Sa parole comptait car il était un important personnage dans la paroisse.
Peyra était carrier, tailleur de pierre, maçon. Et second consul. Il devait être au service des paroissiens comme des occupants du castet (des militaires mal payés et peu éduqués).
Poutchet était laboureur et Premier consul.(1)Il était un personnage important dans la paroisse qu'il dirigeait d'une main de fer.
Comme partout en France, il devait relever les impôts, il était craint et redouté. Cependant, en Barousse, petite vallée peu peuplée au Moyen-Age et assez rustre, qui vivait en premier lieu sous la domination de la maison comtale Bigorre/Aure-Aragon-Labarthe/Armagnac/royaume de France puis du Pays d'Etat des Quatre-Vallées, le consul avait la lourde charge de faire respecter et d'appliquer la Coutume égalitaire et plutôt juste.
Au niveau populaire, s'entend ! Ne demandons pas l'avis des nobles et du haut clergé, on connait la réponse du Tiers-Etat...
Et il y en avait d'autres...
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Jackie Mansas Cinotti
le 24 juillet 2025
Lire attentivement les Notes
NOTES
1 - dans mon arbre généalogique, nous trouvons la naissance d'anciens aïeux nés à la fin du 15ème siècle et décédés au 16ème siècle à Bertren. Ce sont ceux-là qui sont la première génération à porter un patronyme transmis par le père uniquement. Le père qui apparaît pour la première fois sur l'acte de naissance comme le déclarant et le géniteur.
J'ai retenu les noms de Tron, Boucamy, Poumian, Artigue.
Nés au 16ème et décédés au 17ème : Baron dit Trouin, Verdier.
Nés au 17ème et décédés au 18ème : Marqueste, Pomian, Noguès, Baron
Nés au 18ème et décédés au 19ème : Sainte-Marie,
Avec le même nom depuis des siècles, une seule famille est encore présente en 2025 : Baron
Avec un autre nom depuis les années 1820, une seule famille est encore présente : Mansas.
Toutes les autres qui portaient un en so deth ont disparu.
On ne trouve pas de Mansas en Barousse avant le mariage au XVIIIème siècle de Jacquette Billère d'Izaourt, héritière, avec un Jean-Marie Mansas, cadet, de Tibiran-Jaunac. C'est lui qui reçut dès le jour du mariage, le sobriquet de la famille Billère. Il s'agissait d'un acte de transmission important. Jacquette Billère épouse Mansas, était la sœur de l'expert-géomètre de d'Etigny qui choisit d'habiter Bertren en faisant construire une belle demeure dans le tout nouveau quartier de Suberbielle au sud du Bédiaou. Ils sont donc mes arrière-arrière-arrière-arrière grands-parents. Jacquette et Jean-Marie Mansas auront trois garçons dont le dernier Jean se mariera à Luscan avec une demoiselle Antichan. L'aîné restera sur la maïsou à Izaourt et le second se mariera avec une héritière à Sacoué.
Voici un aperçu de la troisième branche :
Jean-Marie Mansas de Tibiran ép. Jacquette Billère d'Izaourt
3 fils dont Jean ép. L. Antichan de Luscan
1 fils Jean-Baptiste ep. Jeanne Sainte-Marie de Bertren
2 enfants survivants dont Jean ép.. Louise Verdier de Jaunac
2 enfants : Baptistine ép.. Siméon Lamoure de Bertren et
Jean-Marie ép. Félicie Saint-Martin de Ourde
Jean-Baptiste Simon Marie-Louise Bertrand
Simon ep Joséphine Cinotti de Mauléon-Barousse
Jacqueline Antoinette Jean Bertrand
Jean-Bertrand_________ ep. Anne C. de Gerde
2 filles : Clémentine Pauline
Clémentine cj. Frederick L. de Pointe-à-Pitre
2 garcons : Joachim Mansas L.(2018) et Gabriel Mansas L. (2022)