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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barbazan : des légendes au thermalisme

Publié par Jackie Mansas sur 28 Août 2016, 09:53am

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Le lac de Barbazan -  site de la Fédération de pêche.

Le lac de Barbazan - site de la Fédération de pêche.

Si nous en croyons les légendes, dans les temps les plus reculés, Barbazan occupait l'emplacement du lac. Il était un joli bourg où tous les habitants vivaient dans l'aisance, pratiquant l'égoïsme et l'indifférence. On raconte qu'un jour deux voyageurs pauvrement vêtus, affamés, épuisés par une longue route, se présentèrent et demandèrent le gîte et le couvert. Ils frappèrent à chaque porte mais aucune ne s'ouvrit. Ils repartaient lorsqu'ils avisèrent à la sortie du village, une masure isolée où vivaient de pauvres gens qui n'hésitèrent pas à partager avec eux leur très maigre repas.

Le lendemain, à l'aube, la femme se leva et constata l'absence de ses invités. Elle sortit et les vit qui, du chemin, observaient le village. Le plus jeune des deux lui ordonna de s'éloigner et de ne pas regarder ce qu'ils allaient réaliser sous peine d'être transformée en statue. Elle obtempéra mais la curiosité fut la plus forte, elle se retourna au moment où Barbazan disparaissait sous des trombes d'eau. Le lac sans fond était né des Abysses et en face de lui, une femme de pierre le fixait pour l'éternité : " La Peyre Majou". Jésus, car c'était Lui accompagné de Saint-Pierre, avait voulu punir les villageois de leur méchanceté (1).

On raconte aussi qu'Hérode, Hérodiade et Salomé auraient été exilés à Lugdunum. Salomé errait souvent dans la contrée, à la recherche de l'oubli du crime qu'elle avait commis en trahissant - le plus abominable et le plus impardonnables des péchés pour les Pyrénéens - Jean le Baptiste pour qu'il soit mis à mort. Elle avait voulu, à la demande de sa mère Hérodiade, que sa tête lui fut apportée sur un plateau d'argent.

Mathieu rapporte cet événement dans son Évangile (vers 80-90), 14:3-11 :

« Car Hérode, qui avait fait arrêter Jean, l’avait lié et mis en prison, à cause d’Hérodias, femme de Philippe, son frère, parce que Jean lui disait : « Il ne t’est pas permis de l’avoir pour femme. » Il voulait le faire mourir, mais il craignait la foule, parce qu’elle regardait Jean comme un prophète. Or, lorsqu’on célébra l’anniversaire de la naissance d’Hérode, la fille d’Hérodias dansa au milieu des convives, et plut à Hérode, de sorte qu’il promit avec serment de lui donner ce qu’elle demanderait. À l’instigation de sa mère, elle dit : « Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste. » Le roi fut attristé ; mais, à cause de ses serments et des convives, il commanda qu’on la lui donne, et il envoya décapiter Jean dans la prison. Sa tête fut apportée sur un plat, et donnée à la jeune fille, qui la porta à sa mère. »

Un jour d'hiver particulièrement froid, elle voulut traverser le lac gelé mais la glace céda et elle tomba à l'eau. La glace se referma aussitôt autour d'elle et elle mourut ainsi, la tête dépassant de la surface brillante comme un plateau d'argent. (2)

Le lac de Barbazan a toujours été considéré comme un lieu mystérieux et magique. Dans son dictionnaire, Larcher écrit : " On y voit un grand lac dont on ne trouve pas le fond. On assure qu'il y avait à cet endroit un village qui fût abîmé parce que les habitants n'étaient point charitables. L'eau n'augmente ni ne diminue, le terrain est mouvant à l'entour. On dit que dans une grande inondation des eaux de la Garonne, celles du lac rejetaient plusieurs poissons de mer (anguilles). On n'ose pas y pêcher, mais ceux qui se sont hasardés à le faire ont pris des anguilles monstrueuses et peu d'autres poissons".

Cette légende du village englouti est aussi racontée à Biarritz, à Labastide-Villefranche, au lac de Lourdes, au lac d'Ilhéou et en d'autres sites des Pyrénées. (3)

L'émerveillement de Louis de Froidour

En 1647, Louis de Froidour écrivait à son tour :

"On voit d'ailleurs, un lac merveilleux au-dessous de Barbazan, d'autre costé la petite rivière (l'Ourse) (4), qui vient se jetter dans la Garonne, et toutes ces choses font la plus agréable vue qu'on puisse se figurer. Dans tout mon voyage, je n'ay rien veu dont j'ai esté plus se figurer. Ce lac dont je vous ai parlé est au-dessous des montagnes de Barbazan, au milieu d'une prérie, mais pour mieux dire d'un marais tremblant de touttes parts. Il est rond comme un cercle et parroist avoir esté fait à plaisir, car il n'y a rien de plus rond quoy que la nature l'ayt fait tel qu'il est. Il me parroist avoir 200 cannes de diamètree, c'est-à-dire 6 à 7 cents cannes de tour. Il est bordé d'une bordure de roseaux et de petites sacelles sauvages qui est partout esgalles et parroist aussy avoir été faite à plaisir. Il n'y a que quelques petites sources qui ne paroissent quasy point, par lesquelles on parroist dire que l'eau y vient, et de l'autre costé aussy il y a une espèce de petit ruysseau qui semble luy servir d'esgout. Sa profondeur sur les bords est de 18 à 20 cannes et au milieu de 60 et il y a un endroit dont jamais on n'a pu trouver le fondz. Je l'ay vu avec des personnes qui en avaient fait l'espreuve. Je vous diray mesme que quand on marche sur le marais dont il est environné, tout y tremble depuis le commencement jusques au lac. Et quoy que j'y ai esté dans la saison la plus sêche, celà n'a pas empesché que j'y aye trouvé ce que je vous marque. J'y ay enfoncé un grand baston avec la mesme facilité que l'on enfoncerait un fer bien chaud dans du beurre.

Ce lac a encore celà de particulier que jamais il ne croist ny ne diminue. Les inondations généralles des années 1651, 1657 et 1658, ne luy ont pas donné le moindre accroissement, ny les plus grandes secheresses, la moindre diminution. Son eau tire ordinairement sur la coulleur verte , mais quand le temps le plus beau, le plus tranquille et le plus calme, il s'agite de luy-mesme quelquefois, comme si quelque agent invisible ou un vent impétueux l'agittait, ce qui fait conjecturer aux gens du pays qu'il a quelque rapport avec la mer, cela arrivant ordinairement lorsque le mauvais temps vient du costé de l'océan.

Pendant les hivers, il gelle de façon qu'on va partout impunément, à l'exception d'un seul endroit où l'on croist qu'il y a quelque source d'eau chaude. Il ne faut point omettre de vous dire encore une chose fort remarquable, qui est que toutes les fois que les années doivent estre abondantes, on voit tourner tout le long des bords de ce lac un faisseau d'herbes et de fleurs qui est un signe infaillible d'une grande fertilité qui réjouit fort les paysans".

Un monde imaginaire foisonnant.

Les paysans savaient peupler le monde des eaux d'êtres imaginaires qui vivaient une existence de rêve où d'étranges rites magiques, seuls connus des dieux, les régissaient, eux pauvres mortels. Ils ne dédaignaient pas de mêler le Dieu des Chrétiens aux anciennes divinités païennes. Il suffisait que des phénomène naturels se manifestent et les légendes naissaient.

Au-dessus du lac et des sources thermales une chapelle est dédiée à Saint-Michel protecteur de la paroisse. Pourquoi donc à cet endroit ? Robert Gavelle résume en une seule phrase le rapport étroit entre une population superstitieuse et les phénomènes naturels :

"L'archange n''est pas inopportun auprès d'une source et particulièrement près d'une eau mystérieuse où l'on croyait ressentir à distance en 1647 "l'immensi trémor océani". "Les frémissements de l'océan immense". (4)

Ce lac d'origine glaciaire est situé au milieu de terrains imperméables, à proximité du massif du Cap de la Coste, à une altitude de 450 mètres. Cette montagne de contrefort n'est rien d'autre qu'une moraine et les eaux du glacier se sont déposées à ses pieds. A cheval sur deux bassins - Loures-Barousse et la plaine de la Garonne vers Toulouse - elle jouit d'une orientation excellente puisqu'elle abrite les terrains alentours des vents dominants et elle regarde vers le sud. Le site très particulier fait supposer la présence de populations préhistoriques dès les premiers temps de l'homme. En effet, la découverte de deux haches de bronze, une dans le massif et l'autre dans le quartier du Puntail (5), entérine cette supposition. Dans un champ sur la pente, a été mis à jour un squelette d'homme dont la tête était introduite dans un pot de terre. Aucune fouille n'ayant été entreprise, les restes furent inhumés dans le cimetière et il n'existe aucun rapport sur cette affaire.

Qu'a-t'il pu pu se passer ?

Deux questions à se poser :

- cette forme d'inhumation est-elle la conséquence d'un rite pratiqué par des populations très anciennes ? Il aurait fallu, alors, rechercher à proximité d'autres sépultures. Hélas, cela ne fut même pas envisagé.

- est-ce tout simplement un meurtre plus récent ? Il aurait fallu, bien évidemment, en apporter la preuve. Quoiqu'il en soit l'occupation de ce territoire est aussi attestée par la découverte de deux sarcophages mérovingiens de la même facture que ceux du Bazert. Nous ne saurons jamais ce qu'ils représentaient puisqu'aux deux endroits - Cap de la Coste et Bazert - ils dorment encore sous la terre !

La description des lieux par Louis de Froidour prouve bien que pour les habitants, tout ce qui se révélait mystérieux devait être obligatoirement vénéré. Les dieux occupaient une place prépondérante dans la vie quotidienne et les cultes de l'eau comme ceux du soleil et de la terre, rappelaient que la vie n'existait que grâce à ses trois facteurs.

Jackie Mansas

28 août 2016

1 - Larcher : dictionnaire

2 - Pertuzé : "Les chants de Pyrène"

3 - Bernard Duhourcau : "Guide des Pyrénées mystérieuses"

4 - Robert Gavelle : Revue de Comminges 1970

5 - idem

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