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Les caps bourrut des Pyrénées

Les caps bourrut des Pyrénées

Actualités d'hier et d'aujourd'hui sur les Pyrénées Centrales, au travers de l'histoire d'une famille, celle d'un "pays", celui des Pyrénées. Le passé est omniprésent avec celui d'un petit peuple : la Barousse...


Barousse : de la naissance au mariage au XVIIème et au XVIIIème siècle.

Publié par Jackie Mansas sur 7 Juin 2017, 19:21pm

Catégories : #Culture et société pyénéennes

Mauléon autrefois et aujourd'hui
Mauléon autrefois et aujourd'hui
Mauléon autrefois et aujourd'hui

Mauléon autrefois et aujourd'hui

La naissance d'un garçon donnait lieu à des réjouissances uniquement masculines, les filles étaient moins désirées et donc, n'avaient pas droit aux honneurs. On était content d'en voir arriver une ou deux dans la famille car il fallait bien respecter les conseils de Dieu : "croissez et multipliez"....

 

Il était honteux de ne pas avoir de progéniture, surtout lorsque l'on était marié.

 

Pour vous dire l'absurdité des croyances  en ces temps-là : une femme célibataire qui avait des enfants avec des hommes différents était plus considérée - en apparence - qu'une épouse stérile (enfin on pensait toujours que la faute lui incombait) ou bien qui n'arrivait pas mener à terme une grossesse ! Que de reproches !  La fille-mère multi récidiviste lui était donnée en exemple en permanence.... par devant parce que par derrière...

 

Mais on ne se posait pas la question de savoir ce que pensait la jeune femme célibataire qui devait, toute seule, élever ses enfants ! Si ce n'était de coucher avec encore d'autres hommes qui la payaient et qui ne se gênaient pas pour profiter sexuellement d'elle, sans se demander si elle en avait seulement envie ! Et les enfants ? Se souciait-on de ce qu'ils éprouvaient lorsqu'on les traitait de bâtards ?  Où de voleurs bien entendu, lorsqu'un quelconque larcin était commis ! Et oui, c'était comme ça.

 

Mais que ce soit fille ou garçon, s'il mourait avant d'être baptisé, on le disait condamné à errer à errer dans les limbes jusqu'à la Résurrection si l'on ne brûlait pas de grands feux lors de la fête de la Lumière.

 

La grotte de Troubat était un lieu réservé à cette cérémonie (1) :

 

"l'entrée forme un vaste péristyle tout enfumé, parce que tous les ans, le 2 février jour de la Purification de la Sainte-Vierge ou de la Chandeleur, les jeunes gens et les jeunes filles de la vallée viennent y allumer de grands feux pour y célébrer la fête de Notre-Dame des Lumières. Ces feux sont allumés, dit-on dans la contrée, en l'honneur des pauvres petits enfants qui, faute de baptême, doivent rester dans les limbes jusqu'au Jugement Dernier. Toute la journée se passe en danses et les jeunes gens qui veulent se signaler comme agiles vont jouer aux cartes sur un bloc de rocher en forme de bénitier qui fait saillie sur le côté gauche de cette voûte et auquel on ne parvient qu'avec grande difficulté, en grimpant sur les rochers à pic comme une muraille et présentant à peine des anfractuosités pour y placer les pieds et les mains".

 

Si l'on ne pouvait assister à cette fête, on brûlait des cierges.

 

"Les torches de la Chandeleur (2) sont de minces bougies de cire enroulées de manière à fournir un cylindre plus ou moins volumineux qu'on porte à bénir et dont par la suite on coupe un morceau chaque fois que l'on doit se présenter à l'offertoire. Ceci est peut être une coutume particulière à la Barousse de même que les pieds de porcs salés qu'à l'église on vient offrir à Saint-Blaise le jour de sa fête".

 

Une question s'impose : les donateurs de pieds de cochons - en fait TOUS les paroissiens - croyaient-ils vraiment que le saint allait descendre du Ciel pour les emporter ? Le lendemain du don, ils avaient disparu... ou bien, agissaient-ils ainsi pour respecter la coutume mais aussi parce qu' en honorant le saint, ils aidaient le curé à mieux vivre ?  Ils étaient comme leurs ouailles : pauvres ! Leurs saloirs pouvaient être approvisionnés...

 

Un petit compte : soit partout en Barousse, un curé sans revenus et sa paroisse de par exemple, 30 feux. Un cochon a 4 pieds, chaque feu en donne 1, donc le brave homme se retrouve avec 30 pieds de cochon... Il a de quoi se faire un festin... (3)

 

Puis la vie s'écoulait. L'adolescent partageait son temps entre le travail, le chant, la danse et les jeux. Enfin venait le mariage décidé par les parents. Les contrats restèrent rares jusqu'au 19ème siècle, même si, au 17ème siècle, ils étaient signés lorsque les futurs conjoints étaient issus de familles riches. "Le 3 mars 1697, devant Bernard Esclarmon, notaire royal de la châtellenie de Bramevaque, François Saint-Pé d'Esbareich, promet de prendre pour femme Estienne Carbon dite Luscan. Jean Saint-Pé, frère du fiancé lui constitue pour tous les droits paternels et maternels la somme de 310 livres à savoir 150 livres en argent, grains et bestiaux le jour des noces, 30 livres à la Saint Martin et un an après 7 livres et ainsi de suite jusqu'à ce que soit payée la somme de 310 livres.

François Saint-Pé renonce en faveur de son frère à tous les droits de légitime avec promesse de non jamais rien demander".

 

Jeanne Luscan veuve de Jacques Soulé et sœur de la dite Estienne lui fait don : "de la moitié de tous et chacun ses biens présents et advenir, meubles et immeubles en payant la moitié des charges pour et en jouir présentement avec clauses que en cas de séparation quand cas ladite Luscan donatrice se réserve la moytié desdits biens donnés...".

 

Beaucoup de ces unions étaient prénuptiales, ce qui tendrait à prouver que le mariage à l'essai (4) en vigueur dans les Pyrénées ait, aussi, été pratiqué en Barousse.

 

Le mariage était désiré par tous. Le but suprême était de fonder une famille. Les relations entre fiancés étaient soumis à certaines règles. Cependant, on peut dire qu'à part à Sost, la vallée ne pratiquait guère la tolérance pour la liberté des mœurs mais s'en servait plutôt pour asservir les femmes dans leur grande majorité.

 

La tradition voulait que l'on se marie en janvier/février, quelquefois en août, au moment où les travaux les plus durs étaient terminés et où les gens étaient disponibles pour assister à la cérémonie et à la fête qui s'ensuivait.

La cérémonie avait lieu le soir, les préparatifs étant longs et il fallait tout de même finir le travail quotidien surtout la traite du soir des vaches, des brebis et des chèvres mais dans les familles en général, c'était le ou les domestiques - la plupart du temps - qui s'y collaient obligatoirement.... !

 

Les veufs et les veuves s'unissaient le matin (6 heures), sans doute pour éviter le charivari mais surtout pour pouvoir vaquer en toute quiétude à leurs occupations. Dans la journée, ils offraient un fût de vin (la piquette, rassurez-vous...) aux jeunes du village. S'ils oubliaient, leur première nuit était troublée par des bruits de toutes sortes, des chansons méchantes et injurieuses. L'article L VI du règlement de police de 1772, interdit toute manifestation de ce genre sous peine de payer aux Consuls une amende de 3 livres et "d'être arrêtés et poursuivis criminellement comme perturbateurs du repos de tranquillité publique".

 

On connaît la grande part que la jeunesse avait dans la société locale.

 

C'était elle qui souhaitait la bienvenue au garçon ou à la fille  qui venait prendre époux ou épouse au village (5) : "la jeunesse se met sous les armes... le jour des noces le détachement sous le commandement de son officier élu, va attendre l'arrivant à l'entée du village ; l'arrête avec sa suite et ne cesse de lui présenter les armes tout le temps que met le chef à lui présenter au nom de la population toute entière le compliment de bienvenue. Puis les voyageurs sont conduits à un buffet sommairement constitué par une table couverte d'une jolie nappe et chargée de sucreries. Là se tient un jeune homme choisi pour sa bonne tournure et son affabilité, qui, tout de blanc vêtu, offre à chacun de quoi remédier aux fatigues du voyage. Enfin, le cortège se reforme encadré par la milice qui les conduit à l'église tambour battant et clairon sonnant par des rues qui, on le devine bien sont loin d'être désertes. A l'église, les hommes d'armes forment une double haie au milieu de la nef et assistent à la messe l'arme au pied. Un commandement bref au moment de l'élévation : les instruments retentissent, chaque homme met un genou à terre et présente l'arme ; le chef seul debout salue de l'épée. A la fin de la cérémonie, le cortège est conduit à domicile après un arrêt au buffet déjà aperçu et qui établi cette fois devant l'église offre à tout venant apéritif et biscuits. Or, tandis que la noce festoie à domicile, la milice fait de même à l'auberge et il n'est pas besoin de dire que ce n'est pas à ses frais".

 

Au XVIIème et au XVIIIème siècles, la bienvenue était moins onéreuse pour les familles car ces honneurs ne revenaient qu'à l'héritier. Pour les autres, elle était plus spontanée. A la fin du XIXème, si les parents ne pouvaient payer la bienvenue, les jeunes demandaient un repas en contrepartie. cela ne voulait pas dire que l'étranger s'intégrait totalement dans la communauté.

 

On raconte cette aventure qui arriva à un boulanger d'Aveux.

 

Il fréquentait une jeune fille de Sost et un soir qu'il était chez elle, les garçons du village s'emparèrent de sa jument et de la jardinière où elle était attelée. Ils jetèrent le tout dans l'Ourse tuant net l'animal (6). Pour la fête patronale, ils interdisaient aux jeunes des autres communes d'approcher les filles et les attendaient à l'entrée du village avec des fourches et des faux...

 

Et voilà comment on pouvait s'amuser... Les garçons qui avaient un coup de cœur pour une fille de Sost avaient du courage et on ne sait pas comment ils pouvaient arriver à leurs fins !

 

Partout les jeunes faisaient courir l'âne "Hé courré ach asé" pour un adultère, un concubinage, une manifestation d'avarice ou de vanité...

 

Ils auraient de quoi faire de nos jours....

 

Ils tourmentaient les personnes âgées jugées méchantes ou sans indulgence et ceci le 1er avril ; "on appelait cela les élargir (alarga)" (7) : on venait réveiller le coupable pour lui annoncer une catastrophe ; un blessé dans la famille, des animaux évadés de l'étable, le feu dans une grange. Il courait vite sur place où l'attendaient les rires et les moqueries ; s'il se mettait en colère, il déchaînait les injures et les méchancetés...

 

De nos jours, la cruauté est différente mais tout aussi forte si ce n'est plus.... Il est tellement difficile de vivre dans notre société actuelle et s'endurcir n'est pas donné à tout le monde... Je me suis toujours demandé comment les personnes gentilles et sans malice pouvaient survivre dans celle de nos ancêtres...

 

La vie avait ses droits et malgré les interdits de l'église, les garçons et les filles se rencontraient lors des fêtes religieuses, des fêtes patronales, dans le travail réalisé en commun, en gardant les troupeaux dans les prés et des idylles se nouaient.

 

On ne peut pas affirmer que les mères célibataires si nombreuses au XIXème siècle, aient eu leurs enfants de cette manière si libertine mais on ne peut s'empêcher de remarquer que dans les villages repliés sur eux-mêmes, jaloux de leur intégrité et de leur individualisme, la consanguinité due à cette fécondité hors mariage soit établie.

 

Jackie Mansas

12 juin 2017
 

Sources :

 

1 - Robert Gavelle, revue de Comminges, 4ème trimestre 1974

2 - J.L Pène : la Barousse

3 - si on y ajoute les autres dons à savoir des saucissons, des ronds de saucisse, des pâtés, des fritons, des morceaux de jambon, voire un jambon, si on multiplie par 30, on peut penser qu'il a de quoi manger toute l'année. On y ajoute, un poulet pour les dimanches où il n'était pas invité dans une riche famille, un lapin de temps en temps, des œufs à volonté, des truites pêchées au ruisseau, des écrevisses (il y en avait partout), du gibier, des fruits à gogo (en dehors de ceux de son jardin), les légumes de son potager, du vin (la piquette, faut pas trop pousser quand même), du cidre...

4  - J-F Soulet : La vie quotidienne dans les Pyrénées sous l'Ancien régime.

5 - J.L. Pène : la Barousse Première édition 1947.

6 - Bertrand Verdalle : carriole à deux places avec deux grandes roues.

7 - J.L. Pène, la Barousse

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